00:00Réseaux sociaux, la France devient le premier pays européen à interdire les réseaux sociaux au moins de 15 ans.
00:06Et si contrôler l'accès aux vidéos violentes, si lutter contre le harcèlement en ligne,
00:11si limiter l'accès aux smartphones qui sont parfois devenus le prolongement de la main de nos plus jeunes,
00:18si cela est une nécessité, son application et le mode de contrôle interrogent pour ne pas dire inquiète.
00:23Demain, toute personne qui souhaitera accéder aux réseaux sociaux devra montrer pas de planche.
00:29Mais qui va contrôler cette immense banque de données ?
00:31Les plateformes vont-elles jouer le jeu ?
00:33Et celles qui refusent seront-elles interdites sur notre territoire ?
00:37Est-ce qu'on entre dans une sorte de fichage numérique grandeur nature ?
00:43Eh bien, on va en parler avec vous, bien sûr, Sébastien et Georges,
00:45mais on va surtout en parler avec Fabrice Eppelboin,
00:48qui est professeur à Sciences Po, qui est spécialiste des médias sociaux et de la guerre informationnelle.
00:54Alors, quel regard porte le professeur que vous êtes,
00:58le spécialiste des médias sociaux et de cette guerre informationnelle,
01:02cette interdiction pour des réseaux sociaux aux moins de 15 ans ?
01:06Bonjour Fabrice.
01:10Fabrice Eppelboin, visiblement Fabrice Eppelboin ne nous entend plus.
01:14Si, si, si, je vous entends.
01:16Ah, Fabrice.
01:17Alors, je ne sais pas si vous avez entendu ma question.
01:22Bon, eh bien, on va aller voir Fabrice Eppelboin dans un instant,
01:26Sébastien Ligné et Georges Fenech.
01:29Je voudrais qu'on écoute quand même qui on va écouter.
01:33On va écouter Georges peut-être dans un premier temps, vous en pensez quoi ?
01:36Moi, je pense que, comment vous dire, les bonnes intentions sont quelquefois malheureusement
01:45à contre-courant de ce que nous devrions faire.
01:48L'enfer est pavé de bonnes intentions.
01:48L'enfer est pavé de bonnes intentions, vous avez raison Sébastien.
01:53Donc, il faut protéger nos enfants, c'est sûr,
01:56de tout ce que les réseaux sociaux ont de mauvais.
01:59Les ados sont évidemment très réceptifs.
02:02Il y a le harcèlement, il y a la violence,
02:06il y a plein de choses qui sont évidemment très préjudiciables aux adolescents.
02:11Mais, pour autant, est-ce qu'une interdiction brutale de cette façon-là est réaliste ?
02:18On voit des exemples étrangers, notamment en Australie, ça ne marche pas.
02:22Comment techniquement empêcher les jeunes de regarder et d'avoir accès aux réseaux sociaux ?
02:27Moi, je suis plutôt partisan, je ne sais pas si Sébastien a notre avis,
02:31mais je suis plutôt partisan de l'éducation plutôt que de l'interdiction et la répression.
02:37Voilà, en gros.
02:39Écoutez, Sébastien Ligné, dites-nous.
02:41Parce que Fabrice, je crois qu'on a retrouvé la connexion avec Fabrice et Pellebois,
02:45mais d'abord Sébastien Ligné.
02:47Je suis encore très partagé.
02:49Pour tout vous dire, j'étais à 50% il y a quelques heures
02:52entre la nécessité, en effet, de sauver nos enfants et les plus jeunes des réseaux sociaux,
02:57notamment de TikTok et des smartphones,
02:59et l'inquiétude face au risque de censure, de fichage,
03:03de contrôle de l'information sur Internet et les réseaux sociaux.
03:06Et en fait, plus ça avance, plus je suis en train de basculer,
03:07plus tôt dans l'opposition à ce texte, pour plusieurs raisons.
03:11Quel gérouette ! Hier soir, il était mitigé, maintenant il est opposé.
03:17Parce que vous avez bien compris ce qu'il peut se passer, les dérives.
03:21Mais les dérives que j'avais bien compris, mais qui sont en train de se matérialiser déjà.
03:24Un, parce qu'en effet, j'ai aucune confiance dans l'État pour protéger nos données
03:31quand on sait que les services de l'État sont hackés tous les mois
03:35et que je n'ai pas forcément envie que mes données se retrouvent dans la nature,
03:39même si certains vont me dire que les données sont de toute manière dans la nature.
03:42Et puis globalement, j'ai un problème philosophique, en fait.
03:44Je ne suis pas certain que ce soit à l'État d'éduquer nos enfants.
03:48C'est-à-dire que c'est avant tout aux parents d'expliquer.
03:50On connaît les risques aujourd'hui.
03:52Tous les parents, surtout les plus jeunes parents, connaissent les risques
03:55parce qu'ils ont appris à vivre avec les réseaux sociaux et les nouvelles technologies.
03:58J'ose espérer que les parents aujourd'hui savent qu'il faut protéger leurs enfants
04:02des smartphones et des réseaux sociaux.
04:04Et je ne suis pas certain que ce soit à l'État de législérer sur tout.
04:07Et en plus, techniquement, c'est compliqué.
04:097h23, Fabrice Eppelboin, est-ce que vous m'entendez ?
04:13Je vous entends.
04:14Je vous entends mal, moi.
04:15Excusez-moi, j'ai l'impression que vous êtes dans un tunnel.
04:19Parce que le spécialiste des médias sociaux que vous êtes,
04:22la connexion est très mauvaise.
04:25Donc, on ne va peut-être pas refaire la bague trois fois.
04:28Fabrice Eppelboin, est-ce que c'est un souci technique ?
04:30Ou est-ce que c'est...
04:33Pas de vos côtés, en tout cas.
04:35Bon, eh bien, c'est d'une autre, cher Fabrice Eppelboin.
04:37Donc, ce que je vous propose, c'est qu'on raccroche
04:39et qu'on vous rappelle un tout petit peu plus tard.
04:41On va écouter Anne Le Hénanf,
04:44qui est la ministre déléguée chargée de l'intelligence artificielle et du numérique,
04:48qui détaille ce matin sur Sud Radio le dispositif
04:50et déclare que c'est une interdiction sèche
04:53sur l'ensemble des réseaux sociaux.
04:55Nous, on a fait une interdiction sèche sur l'ensemble des réseaux sociaux,
05:00y compris ceux dont la fonctionnalité était secondaire.
05:05Je pense par exemple à des jeux de vidéos comme Roblox,
05:07qui ont un réseau social, mais qui est secondaire,
05:11qui permet de discuter, puisque leur jeu premier,
05:14c'est pendant le jeu, entre des gens qui ne se connaissent pas.
05:16On sait que c'est un terrain de chasse pour les pédocriminels.
05:19Donc, il est évident qu'il fallait que ça rentre dedans.
05:20La fonctionnalité YouTube réseau social, elle est aussi concernée,
05:25mais pas évidemment l'accès aux vidéos pour les mineurs.
05:28Vous voyez, c'est donc une définition très large.
05:30Ça veut dire par exemple Instagram, Facebook, TikTok, Twitter, sont dedans ?
05:34Tous les réseaux sociaux.
05:36Alors, comment, ce qui m'intéresse, c'est de savoir comment maintenant,
05:40ceux qui ont plus de 15 ans vont pouvoir se connecter à tous ces réseaux sociaux.
05:46Qui va contrôler tout cela ?
05:48Qui va organiser tout ça ?
05:50Et puis, j'ai une pensée sur les réseaux sociaux,
05:52parce que c'est une parole alternative,
05:53c'est une autre manière de aussi traiter de l'actualité.
05:57Vous avez des médias qui se sont créés sur les réseaux sociaux,
06:01une autre forme de médias,
06:03parfois des opposants politiques,
06:05qui, en revanche, parlent sous couvert d'anonymat.
06:09Ces personnes vont-elles poursuivre leur activité ?
06:12Est-ce qu'elles vont supprimer leur compte par peur, par crainte,
06:16et bien d'être fichés et de se retrouver fichés avec une banque de données
06:20qui est entre les mains de ceux qu'ils essayaient,
06:24non pas d'attaquer violemment, mais de contrecarrer parfois,
06:28de rappeler qu'il y a une autre parole que la parole ou que le récit imposait.
06:33– Le rapport du Sénat, rappelez-vous, encore récemment.
06:35– Georges Fenech sur les ingérences intérieures.
06:39– Sur les ingérences intérieures,
06:40et la proposition de créer encore un machin,
06:43une espèce d'observatoire ou de je ne sais quoi,
06:46pour justement savoir qui dit vrai, qui dit faux.
06:50Non mais là, on porte atteinte à des libertés fondamentales,
06:53sous prétexte, avec des bonnes raisons,
06:55mais on porte atteinte à des libertés fondamentales.
06:58Donc il y a risque, il y a danger pour nos libertés.
07:00– Et puis, de toute façon, d'un point de vue très technique et pratique,
07:05déjà c'est très compliqué à mettre en place,
07:06parce que les plateformes qui sont en opposition totale avec cette mesure
07:10vont se battre jusqu'au bout pour éviter à devoir, pour les mettre en place.
07:14Et puis surtout, pardon, aujourd'hui les jeunes,
07:17ils connaissent déjà des moyens de contourner ce genre de processus de vérification.
07:21Donc il y a un risque majeur que cette mesure
07:24ne protège absolument pas les mineurs qui vont avoir des moyens de se détourner.
07:28– Et pourquoi 15 et pas 16 ?
07:29– Déjà, c'est totalement arbitraire, pourquoi pas 18 ?
07:33– Et surtout, le risque, c'est qu'in fine,
07:35ce soit simplement les adultes comme nous qui n'ont rien à se reprocher,
07:38qui parfois se servent de l'anonymat d'Internet
07:41pour parler plus librement, pour réveiller des informations,
07:44et ce sont eux qui vont être pénalisés,
07:46parce qu'eux, ils vont devoir mettre leur pièce d'identité
07:49dans la main d'organismes tiers.
07:51– Je me pose une question à voix haute.
07:53– Les enfants de moins de 15 ans n'auront pas le droit d'aller sur les réseaux sociaux,
07:59en revanche, ils ont le droit de déterminer leur genre avant 15 ans ou pas ?
08:04– Ils ont tous les droits.
08:06– Non mais c'est-à-dire, vous savez qu'à l'école, par exemple,
08:08il y avait une fameuse circulaire Blanquer, si mes souvenirs sont bons,
08:13c'était sous Jean-Michel Blanquer, de déterminer le genre.
08:17Donc, c'est intéressant, c'est quand même,
08:19déterminer son genre, c'est une question peut-être un petit peu plus importante.
08:22– On est suffisamment mûr pour des questions essentielles.
08:24– Voilà, et on ne l'est pas pour aller sur les réseaux sociaux.
08:26Et encore une fois, je trouve que c'est très important de lutter
08:29contre le harcèlement en ligne,
08:31contre les images violentes qu'il pourrait y avoir sur les réseaux sociaux.
08:35Je ne suis pas sûr que les intentions,
08:38en tous les cas, les intentions présentées,
08:42ne reflètent pas l'ensemble du projet qui est mis en place aujourd'hui.
08:46– La carotte est belle.
08:46– La carotte est belle.
08:47– La carotte est belle.
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