00:00Les Bleus joueront leur dernier match de cette Coupe du Monde, pas celui qu'on aurait voulu, la petite finale
00:05et non la grande.
00:06Et puis ce soir surtout, c'est la fin de l'ère Deschamps, Didier Deschamps après 185 matchs comme sélectionneur
00:12de l'équipe de France.
00:13On va revenir sur ces 14 années passées à la tête des Bleus avec notre invité. Bonjour Dominique Roche.
00:19Bonjour.
00:20Vous êtes journaliste, vous avez écrit une première biographie sur Didier Deschamps il y a plus de 20 ans et
00:24vous venez de sortir ce livre.
00:26Didier Deschamps, ce que je sais de lui aux éditions Solar.
00:30Vous qui le connaissez bien, j'ai envie de vous demander à quelques heures de ce tout dernier match, qu
00:35'est-ce qu'il peut avoir en tête Didier Deschamps ?
00:37Je pense qu'il a en tête ce qu'il a toujours en tête avant un match, c'est déjà
00:42gagner.
00:44Et puis je pense aussi qu'il doit être un peu submergé par plein d'émotions différentes.
00:53L'émotion de son dernier match en équipe de France, ce n'est pas rien quand même.
00:58Donc même si c'est quelqu'un qui ne montre pas trop ses émotions, il les ressent et je pense
01:03que ça doit le bouleverser quand même.
01:06Quand vous dites qu'il a envie de gagner, c'est parce que ça c'est très présent chez lui.
01:10Plus même que l'envie de gagner, c'est qu'il déteste perdre.
01:13C'est ça, c'est ce que je dis toujours, il a plus la haine de la défaite que l
01:17'amour de la victoire.
01:19Et c'est vrai qu'à ce point-là, parce que tous les sportifs de haut niveau sont comme ça,
01:24mais lui, il a un truc presque pathologique.
01:27Donc je me suis posé la question, je me suis dit, mais qu'est-ce qu'il fait que…
01:31Et en fait, j'ai compris qu'il était tellement perfectionniste, il était tellement bosseur,
01:39que perdre pour lui, c'était presque une insulte à son travail, vous voyez ?
01:44C'était presque une faute professionnelle.
01:46Mais ça se manifeste même dans sa vie privée ?
01:48Oui, oui, c'est l'anecdote qui est assez connue, c'est-à-dire que quand son fils était petit,
01:53il jouait au foot avec lui et il ne le laissait jamais gagner.
01:56Est-ce qu'on connaissait un père qui ne l'a jamais gagné son fils ?
01:59Et le gamin était en larmes et ce n'était pas possible, il ne le laissait pas gagner.
02:03C'est dur à digérer pour lui, vous pensez, cette fin, parce qu'on aurait tous,
02:08et lui le premier, j'imagine, aimé que ça se finisse en finale et même avec une victoire.
02:13Oui, alors je vais vous dire, oui, c'est dur à digérer, c'est une grande déception,
02:18c'est en plus pour sa dernière, c'est terrible.
02:22Mais comment vous dire, c'est quelqu'un qui ne regarde jamais derrière.
02:27Et là, il est… alors bien sûr, il est très concentré sur le match de ce soir,
02:31et puis dès que le coup de sifflet final va retentir, après l'émotion, après tout ça,
02:36il va être complètement tendu vers l'avenir, voilà, et c'est sa grande force.
02:41Des émotions, il y en a eu beaucoup parce qu'il a notamment, enfin il a perdu sa maman pendant
02:45ce mondial,
02:46il a dû rentrer en France en urgence, ça, ça a pu l'affecter durant ce mondial ?
02:51Ça affecterait n'importe qui.
02:54Alors après, c'est vrai qu'il a une force mentale d'une grande, grande puissance,
03:00et je pense que c'est quelqu'un qui arrive à cloisonner,
03:03c'est-à-dire que quand il est dans l'action, il va être dans l'action, dans ses matchs,
03:07etc.
03:08Et puis après, quand il va rentrer dans sa chambre le soir, d'un coup ça va revenir.
03:13Mais c'est sûr qu'il n'a pas eu le temps de faire le deuil,
03:16et je pense qu'il le fera après la Coupe du Monde.
03:19Ceci dit, ça a été l'occasion de voir sa relation très forte avec les joueurs.
03:23On a notamment une image qui restera de ce mondial,
03:26c'est Kylian Mbappé qui vient célébrer son but avec lui lors du match,
03:31juste après son retour de l'enterrement de sa mère.
03:34C'est cette photo très forte.
03:37Ça, c'est à l'image de ses 14 ans passés avec les différents joueurs.
03:41Il a réussi à construire vraiment une relation particulière.
03:44Déjà, ça doit être difficile de ne pas l'aimer.
03:48D'abord, il est très respecté par ses joueurs,
03:50tout d'abord parce que son palmarès parle pour lui,
03:54et puis c'est parce que c'est quelqu'un, il le dit,
03:56ce n'est pas moi qui le dis,
03:57qui est totalement au service de l'équipe de France.
04:00Il ne gagne pas pour lui, il ne fait pas tout ça pour lui,
04:04il fait ça pour déjà l'institution, pour la Fédération française,
04:08pour l'équipe de France, et puis surtout,
04:10et ça il le dit, il le répète,
04:11pour le maillot, pour le drapeau, pour le pays.
04:15Mais il les aime ses joueurs.
04:17Il est hyper protecteur aussi avec ses joueurs.
04:18Il est hyper protecteur envers ses joueurs.
04:20Et il est hyper protecteur.
04:21Enférence de presse, etc.
04:22Oui, alors c'est vrai qu'il y a eu un changement,
04:23il n'a pas toujours été comme ça.
04:25Et moi, je date ce changement d'à peu près en 2018.
04:29C'est comme s'il avait...
04:31Quand il a gagné la Coupe du Monde.
04:32Oui, mais même avant.
04:33C'est vraiment toute la Coupe du Monde 2018.
04:35C'est comme si pendant toutes ces années,
04:37de 2012 à 2018,
04:39il avait construit une équipe,
04:41il avait insufflé un état d'esprit,
04:44et qu'en 2018, il s'était dit,
04:47bon ben voilà, ça y est,
04:48les fondations sont là.
04:50Maintenant, je peux me lâcher.
04:51Et je peux...
04:52Et c'est vrai qu'on a vu un changement radical.
04:55On le voit, il enlace ses joueurs.
04:58Et donc je crois qu'il y a...
04:59Cette année, avec cette équipe-là,
05:01je crois qu'il y a un vrai...
05:02Non, j'ai des bêtises,
05:03parce qu'avec Olivier Giroud et tout ça,
05:04c'était la même chose.
05:05Avec Griezmann, c'était très fort.
05:06Avec Griezmann, il y a un vrai lien.
05:08Mais parce qu'en 2012,
05:09quand il arrive,
05:11il arrive à la tête des Bleus,
05:12à un moment,
05:13on est juste après la grève,
05:15dont on se souvient tous,
05:16et il a cette mission-là
05:17de porter l'équipe de France
05:19de nouveau au plus haut.
05:21Oui, oui, il est arrivé,
05:22il a pris une équipe de France en ruine,
05:25et on se souvient de cette phrase
05:27quand il a fait sa première conférence de presse,
05:30où il a dit,
05:31les joueurs n'ont plus le droit à l'erreur.
05:33Et là, ça signifiait...
05:35Non, je me disais,
05:37pour un homme comme lui,
05:38le mot « retraite »,
05:39est-ce que ça a un sens ?
05:40Est-ce que c'est une forme de soulagement
05:42ou est-ce que c'est quelque chose
05:43qui peut lui faire peur ?
05:45Franchement, vous voulez que je vous dise ?
05:46Bien sûr, ça n'existe pas.
05:48Il n'y a pas de retraite.
05:49Il l'a dit, il le répète,
05:51il ne prendra jamais sa retraite.
05:53Donc là, ce qu'il va faire,
05:54c'est que je pense qu'il va souffler,
05:55allez, un mois, même pas.
05:57À chaque fois, il dit qu'il veut prendre un an.
05:59À chaque fois, il dit,
06:00ça y est, je suis crevé,
06:01il faut que je souffle.
06:03Et puis au bout d'un mois,
06:04ça y est, ce n'est pas possible.
06:06Donc, il a des propositions.
06:07Vous imaginez le nombre de propositions qu'il a ?
06:09Vous savez là où il va aller ou pas ?
06:11Non.
06:12Il y a quelques rumeurs.
06:12Il y a quelques rumeurs.
06:14Il y a quelques rumeurs.
06:14On a entendu l'Arabie Saoudite,
06:15notamment sur les réseaux sociaux, etc.
06:17Mais c'est vrai que c'était déjà le cas
06:18quand il avait arrêté avec Marseille
06:19et puis il avait profil à France.
06:20Oui, il ne s'arrête jamais.
06:22Il ne peut pas s'arrêter.
06:23Donc, la retraite, dans 20 ans peut-être.
06:25Quel âge il a, rappelez-nous ?
06:2658.
06:28En tout cas, il ne prendra pas de décision
06:30sans sa femme
06:30parce que vous racontez
06:31que c'est son pilier, Claude Deschamps.
06:34Ah oui.
06:35Non seulement, c'est un couple hyper solide
06:37parce qu'ils se sont connus
06:38à 16 ans, 15 ans.
06:40Mais en plus, c'est une team.
06:42C'est une équipe.
06:43Et c'est sa colonne vertébrale.
06:45Et d'ailleurs, il le dit,
06:46sans elle,
06:47il n'aurait peut-être pas eu la même carrière.
06:49C'est sûr, d'ailleurs.
06:50Quelle trace il laissera
06:52dans l'histoire des Bleus, Didier Deschamps ?
06:55Alors, je vais peut-être vous étonner.
06:57Je pense que ses plus grandes victoires,
07:00ce sont, évidemment,
07:02ce sont ses titres,
07:03ce sont ses larmes de joie,
07:05cette France qui gagne.
07:08Mais je crois que,
07:10en tout cas, moi,
07:11je le ressens comme ça,
07:12il nous a rendu fiers d'être français
07:17parce qu'il symbolise ce visage
07:19de la France qui gagne,
07:21de la France qui rayonne.
07:23Et voilà, moi,
07:25je me souviens avoir eu des frissons
07:27en écoutant la Marseillaise.
07:28Bon, ce n'est pas trop mon truc.
07:30Et ces stades,
07:31quand on est allé au Stade de France,
07:33c'est cette Marseillaise qui résonnait.
07:36Voilà,
07:37cette trace-là,
07:38il l'aura laissée.
07:40Et puis, c'est quand même,
07:41on peut le dire,
07:42l'équipe l'écrit ce matin,
07:43un des plus grands,
07:44voire même le plus grand sélectionneur
07:45de l'équipe de France.
07:46Il fait partie des rares
07:47à avoir été champion du monde
07:49et comme joueur
07:50et comme sélectionneur.
07:52On a envie de finir
07:53avec cette image de 98,
07:54quand même,
07:56qu'on n'a pas encore.
07:57Voilà,
07:59on aura ça en tête,
08:00évidemment,
08:01ce sélectionneur
08:02et joueur
08:02qui marquera
08:04l'histoire des Bleus,
08:05quoi qu'il arrive.
08:06Merci beaucoup,
08:07Dominique Roche,
08:07d'avoir été avec nous.
08:08Je rappelle le titre
08:09de votre livre,
08:09Didier Deschamps,
08:10ce que je sais de lui
08:11aux éditions Solar.
08:13Sous-titrage Société Radio-Canada
08:13et d'avoir regardé cette vidéo.
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