00:04Et on passe au scan, comme à chaque fois, et Hervé, pour toi, le remboursement des médicaments anti-obésité et
00:10médicalement, une bonne nouvelle ?
00:11Oui, c'est une avancée très importante, ça a été dit, effectivement, c'est une maladie grave, chronique, et surtout
00:17qui coûte très cher à la collectivité.
00:18Il y a un cabinet, Asteres, je le cite, qui estime que ça coûte 13 milliards d'euros par an
00:24en 2024, et que ça va monter à 15 milliards en 2030 si on ne fait rien.
00:28Donc, clairement, il fallait agir, il fallait faire quelque chose, et donc, dans ce cadre-là, je comprends que notre
00:33cher ministre, Stéphanie Riste,
00:35je dis ça comme on change de ministre tout le temps, on oublie les noms, 10 ans, il n'y
00:40a que moi qui les connais,
00:41donc elle a annoncé le remboursement de deux médicaments anti-obésité, deux pour l'instant, sur leur nom de marque,
00:49Ouégoji et Mounjaro,
00:50et alors, ce que je peux vous dire, c'est que, sans jeu de mots, définir leur prix remboursé n
00:55'a pas été une mince affaire.
00:57D'abord, ils ont mis tout un tas de conditions, ils ont dit, bon, c'est réservé uniquement aux patients
01:02les plus graves.
01:04Donc, vous l'aviez expliqué, il faut un IMC élevé, des comorbidités, tout ça.
01:08Alors, après, c'est là où ça devient amusant, c'est que les chiffres ne sont pas très précis.
01:12Donc, j'ai vu, d'après l'OFEO, vous connaissez, vous deux, l'observatoire français d'épidémiologie de l'obésité,
01:19que ça correspondrait à un million de patients.
01:21Ce qui est intéressant, c'est que dans le texte, il y a marqué, c'est le chiffre le plus
01:24chèvre, bon, cité.
01:25C'est pas très solide comme source, mais enfin bon.
01:27Donc, ça, c'est un point.
01:28Donc, c'est certains patients.
01:29Après, c'est certains médecins, certains experts de l'obésité, pour les appeler comme ça,
01:34dont vous avez parlé, les médecins-coordinateurs du PCR ou les nutritionnistes endocrinaux, diabétaux, etc.
01:41Il serait environ 2000 en France.
01:43Alors, je me suis dit que ça, c'était une bonne façon d'en limitant la primo-prescription à ces
01:47gens-là,
01:48parce que si on dit qu'il y a un million de patients et 2000 médecins, ça fait 2500 patients
01:53par médecin.
01:54Il va y avoir un petit peu de temps avant que tout le monde soit vu.
01:56Je pense que le calcul a été fait volontairement.
01:59Troisième point, le prix à être remboursé a été gravement abaissé.
02:03Entre remboursé et non remboursé, je ne sais pas si vous avez observé, moins 45% les prix.
02:07Donc, les labos pharmaceutiques ont accepté, mais ils ne sont pas fous,
02:10parce qu'ils voient bien que ça va amplifier derrière,
02:13avec une prise en charge qui est facialement de 65%,
02:16mais qu'en fait, c'est de 100%.
02:17Vous savez que l'ALD ne concerne pas l'obésité en France,
02:20contrairement à tous les autres pays d'Europe.
02:22Donc, pourtant, toutes les comorbidités associées, comme le diabète, sont prises en ALD.
02:25Affection longue durée.
02:27Donc, tout ça pour dire que notre ministre a déclaré sur le Péron de l'Elysée,
02:31quand elle a dit ça, c'est pas vrai, c'était à pitié,
02:34ça va coûter une centaine de millions par an.
02:36Et moi, ça m'amuse toujours qu'une ministre dise au conditionnel
02:39ça devrait coûter une centaine de millions.
02:41Ça prouve qu'on ne sait pas le prix.
02:42Parce qu'à ton avis, ça pourrait coûter beaucoup plus cher.
02:44À mon avis, ça va coûter beaucoup plus cher.
02:46Effectivement.
02:47D'abord parce que l'OMS parle d'une épidémie d'obésité.
02:50Donc, dans tous les pays du monde, en France,
02:51le nombre de patients obèses va augmenter.
02:54C'est mécanique, c'est inéluctable.
02:56Ça a doublé en 30 ans.
02:57Je ne vois pas pourquoi ça s'arrêterait.
02:59Là, c'est le premier point.
03:00Et chaque année, on va avoir des nouveaux patients
03:02qui vont venir s'agréger aux patients déjà existants.
03:04Et je n'ai pas trouvé de chiffre d'incidence.
03:07Le nombre de nouveaux patients n'existe pas.
03:09Donc, je connais vaguement le nombre de patients,
03:11mais pas vraiment le nombre de nouveaux patients.
03:13Donc, c'est intéressant.
03:14Je pense aussi que certaines prescriptions
03:16pourraient être hors champ, pour le dire un peu hors AMM.
03:19Parce que, peut-être pas les primo-prescriptions,
03:21les grands experts des centres vont faire tout bien.
03:22Mais quand on va retomber, c'est le médecin généraliste
03:24dont on parlait, qui est censé, sans formation,
03:29prolonger la prescription.
03:30Parce que si on arrête, on prend du poids.
03:32Mais il y a quand même des critères à respecter.
03:33Des critères sur lesquels on n'a pas formé.
03:35« Mettez-vous à la place du IMG, il a 5 minutes
03:37pour dire à un patient,
03:39ok, son IMC n'a pas baissé tout à fait assez. »
03:41Ben, on arrête.
03:42Il va recommencer à prendre du poids.
03:43C'est absurde.
03:44Donc, forcément, on va y avoir des dérives aux gentilles
03:47en disant « Bon, allez, ça n'a pas vraiment baissé,
03:48mais on en reparle dans un mois. »
03:51Et puis, on a plein d'agonistes de GLP1 qui arrivent.
03:54Et donc, la concurrence marketing va être terrible.
03:57Et donc, il va y en avoir plus.
03:58Ils sont plus efficaces.
04:00Ils sont Peros, Voivral, tout ça.
04:01Et surtout, ils vont avoir plein d'autres indications
04:04hyper intéressantes.
04:05L'apnée du sommeil,
04:07la stiétopathie, la mâche,
04:09la maladie d'Alzheimer.
04:10Ce n'est pas une blague.
04:11Les études sont en cours.
04:12Et l'arthrose du genou, le diabète et tout ce qu'on veut.
04:15Donc, on va se retrouver à avoir ouvert une boîte de Pandore.
04:18Ce qu'on appelle les agonistes de GLP1.
04:19Ils vont être indiqués dans toutes les pathologies
04:22et remboursés.
04:23Et pour toi, deux courbes vont se croiser ?
04:24Clairement.
04:25On va avoir la courbe, la perte des poids des patients
04:27et la prise de poids financière des laboratoires pharmaceutiques
04:31qui ont eu la bonne idée d'investir ce segment.
04:34Je ne sais pas si vous avez constaté que Lili est aujourd'hui
04:37le premier laboratoire pharmaceutique à avoir dépassé
04:40une capitalisation boursière de 1 000 milliards de dollars.
04:43Et Novo Nordisk, petit laboratoire danois,
04:48en 2023, sa capitalisation boursière était supérieure
04:51au PIB de son pays d'origine.
04:53D'ailleurs, supérieure aussi à la cotation de LVMH en Europe.
04:57Je ne sais pas si ça vous donne des...
04:58Voilà.
04:59Donc, bref, tout le monde veut sa part du gâteau.
05:01Un gâteau qui fera maigrir les patients, assez étrangement,
05:04mais qui va bien faire grossir certains organismes financiers.
05:07Merci beaucoup Hervé.
05:08Chers invités, est-ce que vous partagez ce point de vue ?
05:11C'est une révolution qui va coûter cher ?
05:14Ah, c'est sûr.
05:15Et ce qu'a annoncé la ministre, malheureusement,
05:17est un petit peu en décalage.
05:18Je vous laisserai faire les calculs,
05:20mais 1 million de personnes,
05:21et prenons uniquement la molécule qui est la moins chère,
05:24qui est à 195 euros remboursée, à 65%.
05:26Si vous multipliez par le nombre de patients sur un an de traitement,
05:30c'est 1,5 milliard pour la Sécurité sociale.
05:33Uniquement pour la Sécurité sociale.
05:36Et on part de 1 million de personnes,
05:38sachant que ça se situe entre 1 et 3,
05:40donc vous voyez, ça peut vite passer à 2 milliards ou 3 milliards.
05:44Donc c'est des chiffres, effectivement, assez astronomiques.
05:48C'est la raison pour laquelle les conditions ont été assez strictes,
05:51mais malgré tout, avec un coût qui...
05:55Hervé évoquait quelques possibles erreurs.
05:58Oui, mais encore une fois, je pense que le sujet de santé publique,
06:01ce n'est pas forcément le coût facial de 1 milliard ou 2 milliards ou 3 milliards.
06:05C'est derrière, est-ce que véritablement ces patients vont maintenir le poids perdu,
06:10vont s'éloigner des risques de comorbidité liés à cette perte de poids ?
06:14C'est ça, le vrai enjeu pour l'enjeu de santé publique.
06:18Il est là.
06:19Et donc l'accompagnement, ce qu'on évoquait,
06:22qui est nécessaire pour ne pas reprendre ce poids.
06:24Si vous arrêtez le traitement, vous reprenez.
06:26Élise ?
06:27Oui, c'est vrai, ça va coûter cher,
06:29mais bon, après, ça limitera peut-être les coûts liés aux autres complications,
06:32donc par exemple, maladies cardiovasculaires, cancers,
06:35même diabète, qui sont des facteurs de risque de l'obésité.
06:38Mais après, c'est vrai que le traitement, il faudrait le prendre toute la vie,
06:41comme les autres pathologies chroniques,
06:43comme on se foigne un diabète, les diabétiques,
06:45ont le traitement toute la vie.
06:46Donc l'obésité, il faudrait que le traitement soit toute la vie du patient.
06:50Donc c'est pour ça que ça coûtera encore plus cher
06:52si le patient prend ce traitement toute la vie.
06:54mais ça limitera à certains coûts de d'autres pathologies.
06:59Merci beaucoup.
07:00Merci.
07:00Merci, chers invités.
07:02Damien Cacaré, directeur général de RNPC,
07:05et Élise Bourgeois, responsable de recherche clinique
07:07à la Ligue nationale contre l'obésité.
07:10Et Hervé, je te dis, bonnes vacances.
07:11Bonnes vacances, Élix.
07:12On va à la rentrée.
07:13Volontiers.
07:13Et tout de suite, on passe à la pépite santé.
07:15Sous-titrage Société Radio-Canada
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