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En 1981, avec l'arrivée de la gauche au pouvoir, la France doit faire face à la défiance de ses services spéciaux et à celle de son partenaire américain. Les services secrets s'illustrent dans l'affaire Farewell, un espion russe qui livrait des documents à la DST, le service de contre-espionnage. Mais ils sont ensuite déstabilisés par celle du Rainbow Warrior : elle les discrédite durablement.
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00:05Est-ce que, pour la raison d'État, j'ai le droit de commettre un certain nombre d'actes ?
00:09Et est-ce que je peux le faire face à ma propre conscience et à ma propre morale ?
00:18On a décidé à l'époque de monter un service d'exécution que j'ai appelé tout de suite Murder
00:24Incorporated.
00:27On a le droit de commettre toutes les turpitudes à condition de ne pas se faire prendre.
00:31C'est ça la grande morale.
00:36Un service de renseignement ne peut pas être dirigé comme un service ordinaire.
01:05En mai 1981, François Mitterrand est élu président de la République.
01:11Les services de renseignement ne voient pas d'un très bon œil l'arrivée des socialistes au pouvoir.
01:17L'entrée de ministres communistes au gouvernement n'arrange rien.
01:23En ces années de guerre froide, même les alliés fidèles de la France, comme les États-Unis, se cabrent
01:28et s'interrogent sur la fidélité de la France et de son gouvernement socialo-communiste.
01:34Le numéro 2 américain à l'Élysée, George Bush, vice-président, a déjeuné aujourd'hui avec François Mitterrand.
01:40Justement, la présence de ministres communistes au gouvernement français a été l'un des premiers sujets de discussion avec François
01:47Mitterrand.
02:10François Mitterrand doit gérer cette crise avec les États-Unis.
02:13Il ne le sait pas encore, mais son service de contre-espionnage va venir à sa rescousse.
02:20La DST travaille sur un dossier extrêmement sensible, le coup du siècle pour les services français.
02:26Une affaire qui va rehausser le prestige du nouveau président auprès des Américains
02:31et leur faire comprendre qu'ils ne transigent pas avec les espions de Moscou.
02:36Son nom, Farewell.
02:41Au printemps 1981, Vladimir Vetrov, un agent du KGB, prend contact avec la direction de la surveillance du territoire.
02:50Dans les années 60, son service l'avait envoyé en poste à Paris, le paradis sur terre pour un soviétique.
02:58Comme son épouse et leur fils, il se prend de passion pour la France.
03:03Au terme du séjour, le retour à Moscou est brutal.
03:07Vetrov ne progresse pas quand ses collègues grimpent les échelons.
03:11La déception fait place à la haine contre le KGB.
03:15Il veut le détruire, il va le trahir.
03:20Il va livrer à l'Occident le trésor de guerre du KGB, les fruits de son pillage technologique dans tous
03:26les pays capitalistes.
03:29Des milliers de documents d'une valeur inestimable arrivent sur les bureaux de la DST.
03:35C'est une affaire considérable, la plus énorme que la DST ait traitée sur le monde communiste au XXe siècle.
03:41Cette affaire doit rester ultra secrète.
03:44Le directeur du contre-espionnage lui donne aussitôt un nom de code.
03:48Farewell.
03:49Vous savez pourquoi j'ai choisi ce nom-là ?
03:51Parce que Farewell, ça pouvait laisser penser à supposer qu'il y ait une fuite quelque part.
03:57C'était forcément une affaire anglo-saxonne, disons.
04:01Farewell, ça donnait une connotation américaine et ça orientait peut-être des recherches des soviétiques vers les Américains.
04:08Si la règle avait été suivie, c'est le SDEC, renommé en 1982 DGSE, qui aurait dû être saisi, car
04:15l'affaire se déroule à l'étranger, à Moscou.
04:18Le ministre de la Défense socialiste Charles Hernu, dont dépend la DGSE, est l'ami fidèle de François Mitterrand.
04:24Il aurait dû être mis au courant.
04:27Marcel Chalet décide de n'avertir que son ministre de tutelle, l'ancien résistant Gaston Deferre, le ministre socialiste de
04:33l'Intérieur.
04:34Lorsque j'ai parlé de l'affaire, il m'a dit, n'en parlez pas à Hernu.
04:41Et il a ajouté, il raconte tout à sa femme.
04:45Si vous l'informez, dans la demi-journée, tout Paris va être au courant, sa femme, etc.
04:55Charles Hernu est tenu à l'écart.
04:58Il faut maintenant avertir le président François Mitterrand.
05:02Ça se passe le 14 juillet, à l'issue de la Garden Party.
05:06J'ai expliqué au président ce qu'était cette affaire, comment elle était née.
05:12Son visage, malgré sa capacité de contenir ses émotions,
05:17était tout à fait significatif de l'intérêt extraordinaire qu'il attachait à mes propos.
05:28Le 19 juillet, 5 jours après avoir été mis au courant,
05:32François Mitterrand se rend au sommet du G7 à Ottawa.
05:36Le président français informe son homologue américain, Ronald Reagan.
05:40La France dispose d'une source exceptionnelle, à l'intérieur du système soviétique.
05:45D'après les informations qui m'ont été données par la CIA, ils ne se sont pas du tout compris.
05:52Du tout compris.
05:53François Mitterrand a dit farwell, ce qui veut dire portez-vous bien.
05:58Ronald Reagan a pris ça au premier degré, j'en sais rien.
06:01En tout cas, il n'y a pas du tout compris.
06:05Que Reagan soit au courant ne change rien.
06:07Les espions soviétiques poursuivent leurs opérations.
06:11Il est urgent que les chefs de service se rencontrent pour parler plus en détail de l'affaire.
06:16Marcel Chalet part à Washington rencontrer le vice-président George Bush, ancien patron de la CIA.
06:22Le voyage aux Etats-Unis était évidemment nécessaire et même urgent,
06:27puisque Farwell nous avait appris que le système de couverture radar
06:32qui commandait la protection des Etats-Unis contre une attaque nucléaire, par exemple,
06:38et le système de protection de la Maison-Blanche elle-même, était connu des soviétiques.
06:45Il était urgent de dire aux Américains que leur système avait été démasqué et qu'il fallait qu'ils le
06:50changent.
06:51Le patron de la DST rencontre tous les dirigeants de l'appareil de sécurité américain.
06:56Elle leur révèle l'ampleur de la moisson moscovite.
07:00Cette révélation, ils la reçoivent avec une extrême surprise.
07:05George Bush a dit que c'était probablement une des percées les plus significatives
07:08depuis la Seconde Guerre mondiale dans le système soviétique.
07:12This is obviously the most significant breakthrough of the iron curtain.
07:18J'ai entendu ça avec beaucoup de plaisir,
07:21mais ça correspondait bien à l'image que je m'étais déjà faite de cette affaire et des perspectives qu
07:26'elle offrait.
07:29Bien que l'affaire se déroule depuis près de deux ans à l'extérieur du territoire,
07:33le nouveau directeur de la DGSE, l'amiral Pierre Lacoste, n'est pas davantage mis au courant que son prédécesseur.
07:41La DST ne m'a pas mis au courant de l'affaire Farwell.
07:46Ça n'a pas effleuré notre esprit, monsieur.
07:49Ça n'a pas effleuré notre esprit.
07:50Et j'ai le souvenir d'une scène absolument fantastique
07:54où un colonel de la DGSE, qui était chargé du contre-espionnage,
07:59il m'a dit, vous savez, à Moscou, c'est impossible de traiter la moindre affaire.
08:04À 1m50, dans mon coffre, il y avait 300 ou 400 documents de l'affaire Farwell.
08:14Je ne lui avais rien dit.
08:21C'est un excellent ami, mais...
08:26En fait, c'est une très grande opportunité,
08:31que ce soit la DST qui ait traité le dossier Farwell,
08:35parce que si ça avait été un agent de la DGSE,
08:38les soviétiques n'auraient pas manqué de l'intercepter.
08:41Mais c'est parce que ça a emprunté des voies tout à fait anormales,
08:46d'anormales dans la logique administrative,
08:49que l'affaire Farwell a réussi.
08:52En 1983, la DST n'a plus de nouvelles de Vétroff depuis plus de 10 mois.
08:58À Moscou, il ne vient plus au rendez-vous habituel avec son officier traitant.
09:02Peu importe, la DST a accumulé assez de preuves.
09:06L'heure de la riposte a sonné.
09:08Le préfet Yves Bonnet, son nouveau directeur,
09:11sollicite un entretien avec le président de la République
09:14pour prendre ses instructions.
09:17Et à la fin de mon exposé, François Mitterrand me demande
09:22« Et alors, que me proposez-vous ? »
09:25Je lui ai dit « Je vous propose l'expulsion d'une quarantaine d'officiers de renseignement
09:30de l'ambassade de l'Union soviétique à Paris. »
09:37François Mitterrand me répond aussitôt « Allez-y ! »
09:40Il me répond si vite que j'ai un petit trouble.
09:44Je me dis « Est-ce qu'il a bien compris ? »
09:49Est-ce que je me suis bien fait entendre ?
09:51Et donc je réitère ma question,
09:54quitte à paraître un petit peu insolent,
09:55mais supposer qu'on se mette à expulser une quarantaine de diplomates soviétiques
10:01alors que le président n'avait pas très bien compris,
10:03ça ferait, comme on dit aujourd'hui, ça ferait désordre.
10:05Donc je renouvelle ma question et il me répète les mêmes mots « Allez-y ! »
10:11Aval du président, qui a quand même dit,
10:17tant que ses propos m'ont été rapportés,
10:20« Vous avez quand même eu la main un peu lourde. »
10:24Expulsion ? Au Quai d'Orsay, on aime guère le procéder.
10:27Mais on vient de découvrir que les talex de l'ambassade de France à Moscou
10:31sont truffés de micro et que le pillage durait depuis cinq ans.
10:35Humiliés, les diplomates acceptent les mesures de rétorsion.
10:39Le 27 mars 1983, le Quai d'Orsay informe l'ambassade du RSS
10:44que plusieurs membres de son personnel seront déclarés personnels non grattés et expulsés.
10:51François Cher, directeur de cabinet du ministre des Relations extérieures,
10:55reçoit la désagréable mission d'informer l'ambassade soviétique à Paris
10:59en la personne de Nikolai Afanasievski venu protester contre cette décision.
11:04Je le reçois tard, 21h, 21h30 le soir, dans mon bureau au Quai d'Orsay.
11:10Je lui communique, c'était le scénario dont j'étais convenu avec Bonnet,
11:17je lui communique le document soviétique qui faisait clairement valoir tout ce que nous savions en ce domaine.
11:30Je le lui tends, il le consulte d'un air dédaigneux.
11:35Quand le haut fonctionnaire du ministère français des Affaires étrangères a convoqué l'ambassadeur russe à Paris
11:43en lui disant, monsieur l'ambassadeur, vous faites de l'espionnage, c'est inadmissible, voilà la preuve.
11:50Et il lui a montré un rapport ultra secret fourni par Farwell.
11:57Qu'est-ce qui s'est passé de l'autre côté ?
11:59L'ambassadeur était tout sauf un idiot, surtout qu'à l'époque, l'ambassadeur russe, il en savait un bout
12:03sur les services.
12:04Il a bien regardé le papier en question.
12:07Et l'enquête a été lancée en Russie en disant, qui a eu connaissance de ce papier ?
12:12Qui a pu l'avoir entre les mains ?
12:14Et progressivement, ils sont arrivés à la conclusion qu'il n'y en avait que cinq ou six.
12:19Farwell était mort.
12:25Protéger les sources, c'est le pas même des services.
12:29Malheureusement, beaucoup de gens l'oublient, y compris dans la fonction publique.
12:34Ça a duré, même pas peut-être 30 secondes, et il me le rend en me disant, tout ceci n
12:39'est bien évidemment que Faribol et ne correspond à rien.
12:43Quel choc et quelle rapidité d'exécution. Un coup de balai diplomatique comme celui-là, on n'avait jamais vu
12:48ça.
12:48Je vous laisse découvrir les images que vous voyez en direct.
12:51Diplomates, journalistes et autres, all described as agents of the secret services of the Soviet Union.
12:56Les expulsés et leurs familles, environ 150 personnes, montent dans les véhicules.
13:0013h37, les véhicules démarrent, direction Roissy.
13:04C'est la première fois que la France procède à une expulsion si massive de diplomates soviétiques.
13:12Enfin, je mets le mot « diplomate » entre guillemets.
13:1547, c'est quand même, même si c'était une grosse ambassade, c'était très spectaculaire.
13:20On a presque vidé l'ambassade.
13:22Malgré la ruée des journalistes, ils ne font aucune déclaration jusqu'à l'embarquement vol 1252.
13:28Les conséquences politiques sont déjà évidentes.
13:31C'est la crise la plus grave entre Moscou et Paris.
13:35Paris punit les Russes à la face du monde.
13:38Mais les raisons demeurent un secret d'État.
13:41Je rencontre un jour François Mitterrand qui me dit, sans rire,
13:46« Ah, vous m'en avez fait faire une bonne.
13:50Figurez-vous que l'autre jour, j'ai demandé un de mes correspondants habituels à l'ambassade soviétique,
13:59M. Tcheverikov, et on m'a répondu,
14:02« Mais comment, M. le Président, vous l'avez expulsé ? »
14:06Et Mitterrand me dit,
14:07« Vous vous rendez compte, vous m'avez fait expulser un de mes meilleurs amis,
14:12si ce n'est mon meilleur contact, au sein de l'ambassade de l'Union soviétique. »
14:17Or, Tcheverikov était le résident du KGB,
14:19et ça, manifestement, le Président de la République l'ignorait.
14:24Quelques jours plus tard, des émissaires français partent expliquer cette décision chez tous les alliés,
14:29également informés des pénétrations qui les ont frappées.
14:33La source Farewell a travaillé à l'ancienne.
14:36Les noms des agents ont été écrits noir sur blanc de sa propre main.
14:40Cette liste fait des ravages.
14:42En Algérie, en Belgique, aux Pays-Bas, en Suisse, en Espagne, en Italie, au Danemark, au Canada, au Japon,
14:50à chaque fois, les informations de Vetrov transmises par la DST provoquent la stupeur.
14:55215 officiers de renseignement soviétique sont identifiés dans une quinzaine de pays,
15:00et parfois expulsés.
15:03On a complètement détruit leur système de collecte du renseignement scientifique et technique dans le monde occidental.
15:13La DST s'est retrouvée, dans ces années-là, comme, très franchement,
15:19un des très grands services de sécurité de l'Occident.
15:24Et nous avons pu traiter vraiment, d'égal à égal, avec les meilleurs services occidentaux.
15:30Je me souviens de la réflexion d'un officier de la CIA qui nous a dit
15:33« Vous avez vos gommes et vos crayons, vous êtes meilleurs que nous avec des ordinateurs de dernière génération. »
15:42Félicitant le président français, Ronald Reagan lui lance
15:45« C'est l'une des plus grandes affaires d'espionnage du XXe siècle. »
15:50Grâce à cette affaire exceptionnelle,
15:52la DST a permis à François Mitterrand de régler un très sérieux problème diplomatique.
15:57Effaçant l'effet de la présence des ministres communistes dans le gouvernement,
16:01il a démontré aux Américains que la France demeure d'abord une alliée fidèle.
16:05Naguère objet de suspicion, la DST est devenue pour François Mitterrand un sujet de satisfaction.
16:13Pour Vladimir Vetrov, la source Farewell, la fin de partie est tragique.
16:18La pièce à conviction présentée aux Russes a rapidement permis de l'identifier.
16:24Il est exécuté.
16:26Mais à cette époque, son existence demeure un secret d'État.
16:31Le grand public et la presse ignorent pourquoi tant de diplomates russes ont été expulsés.
16:36L'affaire doit rester confidentielle.
16:45Deux ans plus tard, en 1985, Yves Bonnet constate que les espions russes ont repris du service.
16:51Il veut leur donner une leçon.
16:54En contradiction avec les ordres reçus,
16:57il prend l'initiative inédite d'ouvrir sa porte au journal Le Monde et à TF1 pour leur présenter des
17:04preuves.
17:04Là, depuis le printemps 1983, un document ultra confidentiel sommeille dans une armoire forte.
17:11C'est la pièce maîtresse du dossier d'expulsion.
17:15Les quatre premières pages passent en revue la documentation et les échantillons technologiques pillés par les agents soviétiques.
17:22Yves Bonnet donne le même document que celui que Afanasiewski avait lu et il avait blémi dans le bureau de
17:33François Cher.
17:34C'est-à-dire le document le plus secret de l'affaire est publié dans le monde.
17:38Bonnet a même organisé une visite, pratiquement, de service de la DST pour...
17:43Alors, lui, il disait que c'était pour l'intérêt de la maison, pour l'image de la DST, donc
17:47du ministère de l'Intérieur et donc de vous, monsieur le ministre.
17:50Moi, je pense que c'était une énorme connerie de sa part.
17:54Le directeur de la DST a pris une initiative contestable.
17:58Elle risque d'oeuvrer contre la diplomatie française.
18:02François Mitterrand place en effet de grands espoirs dans les capacités réformatrices du nouveau maître de Moscou, Mikhail Gorbatchev.
18:09L'initiative d'Yves Bonnet risque de jeter à terre la relation franco-soviétique.
18:14Lorsque François Mitterrand lit Le Monde avec l'article de Plenel, c'est un déchaînement de fureur.
18:23Ah ben, ça l'a stupéfait. Il était sidéré. Il a commencé à m'engueuler.
18:28Je lui dis, ben oui, d'accord, engueulez-moi, mais enfin, c'est pas moi qui ai nommé Bonnet.
18:32Après ça, quand il continuait à m'engueuler, je lui dis, attendez, moi, je suis dans ce cas-là, pour
18:35Bonnet, on le vire demain matin.
18:38On le remplace au conseil des ministres suivant.
18:41Ah non, parce que vous comprenez, c'est quand même quelqu'un qui, quelqu'un que, etc.
18:45Alors, tout le monde s'émeut. Le secrétaire général de Izebianco m'appelle, extrêmement agressif, pour ne pas dire, et
18:58menaçant, pour ne pas dire davantage.
19:00Et évidemment, à ce moment-là, mon trône, Citroën, il y a fait beaucoup plus que vaciller.
19:09François Mitterrand ne pardonne pas.
19:11En cherchant à faire valoir ses efforts et ses succès, la DST convainc surtout le président qu'elle complote contre
19:17lui, afin de gêner le rapprochement franco-soviétique.
19:21Décidément, le malentendu entre service et pouvoir est profond.
19:24Yves Bonnet est remercié.
19:27L'événement de 1985 a complètement détruit ce qui avait été construit avant.
19:31C'est-à-dire qu'on avait rétabli, en quelque sorte, le courant entre le pouvoir politique et la DST.
19:38Tout d'un coup, tout s'écroulait.
19:44Le préfet Rémi Potra succède à Yves Bonnet à la tête de la DST.
19:49Selon l'usage, le président le reçoit.
19:52La première chose qu'il m'a dit, c'est « Votre maison ne m'aime pas, et depuis longtemps.
19:59»
19:59Il m'a dit « Vous savez, dans l'affaire Farwell, cette affaire, j'ai une certitude, cette affaire est
20:07une manipulation totale des services américains dont la DST était l'objet.
20:11Et j'aimerais, m'ajoute-t-il, que vous me fassiez un rapport sur ce sujet. Votre prédécesseur m'en
20:18a fait un, et qu'il ne me satisfait pas. »
20:23Les bras m'en sont tombés. Je ne vois pas comment, après avoir expulsé les 47, Mitterrand se serait laissé
20:30influencer à ce point.
20:33Alors, le personnage est compliqué, on ne va pas trop entrer dans les détails, mais ça m'a paru assez
20:39extravagant.
20:41J'ai remis mon rapport, quand même, pour terminer cette histoire.
20:45Mais comme c'était effectivement la même conclusion que celle à laquelle était parvenu Yves Bonnet,
20:50c'est-à-dire une grande affaire quand même du siècle en matière de contre-espionnage et de renseignement aussi,
20:57et donc, eh bien, bon, le cabinet du président de la République m'a fait comprendre que ce n'était
21:02pas tout à fait ce qu'il souhaitait,
21:03et m'a demandé un deuxième rapport.
21:06J'ai donc fait un deuxième rapport sur l'affaire Farwell,
21:09et qui a conclu dans les mêmes conditions que le premier, bien sûr.
21:12C'est à partir de ce moment-là qu'on a dû penser que j'étais vraiment peu fait pour
21:15ce type de métier.
21:20L'affaire Farwell, c'est la gloire de la DST.
21:24Sa gestion illustre cependant la relation toujours difficile entre les politiques et les services.
21:30Grâce à la DST, François Mitterrand a joué du gros bâton contre les espions de Moscou.
21:35Et finement, un homme d'État aguerri, et malgré les maladresses de son service,
21:40il est parvenu à ne pas rompre les relations de la France avec la Russie.
21:45Mais Mitterrand joue sur deux tableaux.
21:48Derrière la façade diplomatique, il a conscience de la guerre de l'ombre qui s'opère contre l'URSS.
21:56Le président français a bien senti que le géant soviétique est affaibli.
22:01Il ne veut négliger aucune occasion de le pousser dans ses retranchements,
22:04y compris en le confrontant les armes à la main.
22:08Clandestinement, il envoie la DGSE au combat, sept fois en Afghanistan.
22:12En décembre 1979, Moscou y a envoyé son armée.
22:17Une guerre est née.
22:19Les Américains ont engagé des opérations clandestines.
22:22Les Français ne sont pas loin.
22:24Du côté de Kaboul, les dessous de la guerre froide sont bel et bien brûlants.
22:28Les Afghans ont commencé à organiser leur résistance.
22:33Ils savaient se servir de fusil, c'est à peu près tout.
22:37Mais ils n'avaient pas de connaissances sur la manière de se battre en situation de guérilla.
22:44Donc nous avons formé des personnels d'abord en France
22:48et ensuite nous les avons amenés sur le terrain pour mener des opérations.
22:51On a organisé en parallèle, bien entendu, au départ de Djibouti,
22:59des livraisons de matériel d'infanterie, de matériel semi-sophistiqué
23:04comme les engins tactiques anti-chars.
23:08On travaillait avec Massoud.
23:12Nous avions réussi à mettre en place des méthodes
23:15qui ont permis à la guérilla de s'implanter.
23:20Le principe des Russes étant d'essayer de faire partir la population
23:26et nous, notre principe était de permettre à cette population
23:30de rester sur place pour qu'une guérilla puisse y vivre.
23:35Nous avons bien réussi à le faire.
23:37Ça a été beaucoup plus discret que les Américains.
23:39Nous sommes toujours plus discret que les Américains.
23:43Pendant que les agents du service Action font le coup de feu en Afghanistan,
23:47d'autres fronts s'ouvrent.
23:49Pour les armées françaises, les Annemis Terran sont particulièrement actives.
23:55À Beyrouth, elles tentent de s'interposer entre les musulmans et les chrétiens.
23:59Dans l'Orient compliqué, elles vont subir un coup terrible.
24:14Le 23 octobre 1983, à Beyrouth,
24:18les armées françaises et américaines sont la cible d'un double attentat dévastateur.
24:22Le casernement des Marines s'est touché,
24:25de même que l'immeuble Drakkar qui abrite les forces françaises.
24:30241 Marines américains sont tués,
24:33ainsi que 58 parachutistes français.
24:36Un massacre.
24:43Quelques heures après le drame,
24:45malgré des risques réels,
24:47François Mitterrand est présent sur les lieux de l'attentat.
24:50Il décide de riposter.
24:52La DGSE reçoit des directives.
24:56La nouvelle théorie consiste à frapper vite et fort
24:59ceux que l'on soupçonne de vouloir porter atteinte aux intérêts français.
25:04Politiquement erronée et techniquement impraticable,
25:08cette attitude conduira le service action à perdre ses repères.
25:12Le président de la République a souhaité
25:16que l'on marque le coup vis-à-vis des initiateurs de cette affaire.
25:21Nous étions persuadés à la DGSE,
25:24et moi j'ai partagé cette conviction,
25:27que les véritables responsables étaient les Iraniens,
25:31que c'était à l'ambassade d'Iran de Beyrouth que les choses se passaient.
25:37En représailles, dix jours plus tard,
25:40le service action conduit l'opération Satan.
25:44Objectif, ambassade d'Iran à Beyrouth.
25:47Méthode, des agents placent une Jeep bourrée d'explosifs devant le bâtiment.
25:53Résultat, aucun, la Jeep n'explose pas.
25:57Quand on voit que ça ne se déroule pas comme on veut,
26:00donc on passe sur le plan B, pour utiliser une formule habituelle.
26:06Donc on envoie un projectile de bazooka qui fait but,
26:09et l'explosif n'explose pas.
26:12Alors que quelques fois, des explosifs se mettent à exploser
26:15dans des conditions qui ne sont pas prévues.
26:18Voilà, ça fait partie des impondérables qui peuvent arriver dans la vie.
26:22C'était catastrophique.
26:24On n'avait pas réussi à faire exploser la Jeep,
26:27elle n'avait pas explosé.
26:29Après, ils avaient essayé de tirer dessus au bazooka,
26:32ça n'avait pas explosé non plus.
26:34Et puis, il y avait carrément l'adresse du concessionnaire
26:37qui avait vendu la Jeep.
26:39François Mitterrand a dû, comme à son habitude,
26:42penser les sourcils en disant « bande d'imbéciles ».
26:45Il est furieux, mais je pense qu'il a dû considérer
26:47que décidément, il n'était pas très doué.
26:51La presse n'aura pas connaissance de l'affaire.
26:54L'amiral Lacoste est épargné.
26:56Après le revers de l'opération Satan à Beyrouth,
26:59le chef du service Action est remplacé.
27:02Le camouflet est un choc.
27:04Cet échelle doit être lavé.
27:06Pour regagner la confiance du politique,
27:08le nouveau chef du service Action a besoin d'un coup d'éclat.
27:13L'attentat contre un bateau de l'organisation écologiste Greenpeace.
27:18Cela s'est passé en Nouvelle-Zélande.
27:19Une bombe a fait sauter le chalutier de Greenpeace.
27:22Il y a un mort parmi l'équipage.
27:23Le bateau devait participer à un mouvement de protestation
27:26contre les essais nucléaires français dans le Pacifique Sud.
27:29La campagne de protestation a aussitôt été annulée.
27:33Dans la paisible Nouvelle-Zélande,
27:35cet événement est considérable.
27:37Les dépêches arrivent dans toutes les rédactions du Monde.
27:40J'ai vu cette dépêche et je me suis dit,
27:44ok, ça c'est la maison.
27:46Quand on a vu ce message et qu'on l'a lu ensemble,
27:48on a dit ça, c'est la DGSE.
27:51Voilà.
27:52C'était, comment on dit en langage policier,
27:56c'était gros comme une maison.
27:57Des boules dans mon bureau,
27:58sans crier gare,
28:00le directeur central de la police judiciaire.
28:02Ouh là là !
28:03J'ai venu de regarder ça.
28:04Ça, c'est encore une connerie des services spéciaux.
28:09Si la suspicion est immédiate,
28:11c'est que la France est agacée par Greenpeace
28:13qui cherche depuis des années
28:14à gêner les essais nucléaires français
28:16qui se déroulent sur l'atoll de Mururoa.
28:20Pour réaliser cette opération,
28:22la DGSE a déployé une trentaine de personnes sur le terrain.
28:27Un agent a infiltré l'organisation écologiste.
28:32A bord d'un voilier,
28:33une équipe de marins
28:34a apporté les explosifs sur l'île.
28:37Des nageurs de combat ont été chargés
28:39de poser les bombes sous la coque du bateau.
28:44Deux officiers français de la DGSE,
28:47les faux époux du range.
28:49En réalité, le capitaine Dominique Prieur
28:51et le commandant Alain Mafard
28:52ont fait la liaison entre ces équipes.
28:55Malgré ces moyens colossaux,
28:57c'est un fiasco.
28:59La DGSE a tué un homme
29:01et les faux époux du range
29:03sont arrêtés et interrogés
29:04par la police néo-zélandaise.
29:07Chaque fois, on était parvenu à les neutraliser
29:09sans mort d'homme et sans scandale.
29:11C'était du niveau du sucre
29:13dans le réservoir d'essence.
29:15C'était pas spectaculaire,
29:16mais les gens de Greenpeace
29:18recevaient le message 5 sur 5.
29:22Une opération de ce type a été étudiée
29:24par les plongeurs.
29:25Et elle avait leur préférence.
29:27Mais elle a été refusée.
29:29Le nouveau chef du service action
29:30veut mettre en avant le savoir-faire
29:32de son unité,
29:34donc sa propre valeur.
29:36Il leur ordonne de préparer
29:37une action spectaculaire et violente
29:39qui vise à couler le navire
29:41dans le port d'Auckland
29:42à l'aide d'explosifs.
29:44Mais une telle mission
29:46doit être validée
29:47par le pouvoir politique.
29:48Il faut dégager des fonds spéciaux.
29:51Qui a pu accepter
29:52d'utiliser de si gros moyens
29:54contre des écologistes ?
29:57Charles Hernu,
29:58le ministre de la Défense
29:59qui contrôle la DGSE.
30:02Laurent Fabius,
30:03le Premier ministre
30:04qui accorde les fonds spéciaux.
30:08Ou le président François Mitterrand,
30:10chef des armées.
30:14L'amiral Lacoste soutient
30:15qu'il en a parlé
30:16au président de la République
30:17et qu'il a donné son feu vert.
30:19Mais il en a donné son feu vert
30:20à quoi ?
30:20Il a donné son feu vert
30:21à prendre toutes les mesures
30:23pour que la campagne de Greenpeace
30:26ne gêne pas les essais nucléaires
30:28à Meurois.
30:29Si c'est ça la question,
30:31la réponse est probablement oui.
30:36Couler dans le port d'Auckland
30:39un bateau de Greenpeace,
30:41ça probablement non.
30:43Il n'y a pas de place
30:44pour le doute.
30:46François Mitterrand
30:47a approuvé une opération
30:48contre Greenpeace
30:49afin d'empêcher
30:50que les écologistes
30:51gênent les essais nucléaires.
30:53Mais qui a défini
30:55les modalités
30:56et organisé
30:57une opération
30:57aussi détonnante ?
31:01Le ministre de la Défense,
31:02Charles Hernu,
31:03traverse à ce moment-là
31:04de graves problèmes
31:05mêlant alcoolisme
31:06et sentiments d'invulnérabilité.
31:09C'est lui qui donne le feu vert
31:11à cette opération aberrante,
31:13envoyée par le fond
31:14un vieux chalutier
31:15qui voulait gêner
31:16des essais nucléaires.
31:23Le 16 juillet,
31:25six jours après l'explosion,
31:26Charles Hernu
31:27et Pierre-Jacques
31:27se sont convoqués
31:28chez le premier ministre
31:29Laurent Fabius.
31:30La discussion est brève.
31:32Fabius,
31:33j'espère que nous n'avons pas
31:35fait cette connerie.
31:36Je vous préviens,
31:36je ne couvrirai pas.
31:38Hernu dément
31:39toute participation.
31:41Il a menti au premier ministre,
31:44il a menti au premier ministre,
31:46moi j'ai entendu,
31:47j'ai entendu mentir,
31:49donc je suis là
31:50quand il ment.
31:52Il dit quoi ?
31:53Il dit au premier ministre
31:55qu'ils sont les Anglais.
31:58Hernu ne ment pas seulement
31:59au premier ministre,
32:00il tient le même discours
32:02devant le président.
32:04J'ai eu vraiment la scène
32:05la plus pénible de ma vie
32:06quand j'ai vu Charles Hernu
32:08dire que c'était
32:10probablement.
32:10On avait l'assurance
32:11que c'était un coup
32:12des Anglais montés
32:13contre nous
32:15et qui suaient
32:16à grosses gouttes
32:17dans le bureau
32:18du président de la République.
32:20Transpirer,
32:21transpirer.
32:23Dans cette affaire-là,
32:24mon ministre
32:25qui était Charles Hernu
32:26était parfaitement au courant
32:27puisque c'est lui
32:28qui m'avait demandé
32:29de le faire.
32:30Il y avait une solution,
32:33c'était la solution classique
32:34dans les rapports
32:35entre services secrets.
32:37On peut contacter
32:38le service secret adverse
32:40et on peut dire
32:42on a un pépin,
32:43on a fait une connerie,
32:45combien,
32:45qu'est-ce qu'on fait ?
32:46Je vois Alexandre de Maranche
32:47au Traveleurs
32:48à cette époque-là.
32:49Il m'a dit
32:49mais Michel,
32:50on n'est ni en Bulgarie,
32:52ni en Roumanie,
32:52ni en Tchécoslovaquie,
32:54ni en Pologne,
32:54on est dans notre club
32:57du monde libre,
32:58entre guillemets.
32:58tout de suite,
32:59il fallait téléphoner,
33:01arranger le coup,
33:02reconnaître
33:03et puis trouver une formule.
33:04Charles Hernu
33:05a refusé
33:09cette solution possible.
33:11En Nouvelle-Zélande,
33:13Alain Mafard
33:13et Dominique Prieur
33:14sont interrogés.
33:15Le capitaine Prieur
33:17téléphone au numéro d'urgence
33:18que la DGSE
33:19leur a donné
33:19pour le cas
33:20où un problème
33:21surviendrait.
33:23L'officier responsable
33:24qui aurait dû lui répondre
33:25n'est pas présent.
33:27Les Néo-Zélandais
33:28demandent l'assistance
33:28de la police française
33:29pour identifier le numéro.
33:32Charles Hernu
33:33implore le ministre
33:34de l'Intérieur,
33:35Pierre Jox,
33:35de tout faire
33:36pour bloquer
33:36les investigations.
33:38On ne va tout de même
33:39pas livrer le nom d'agents
33:40qui ont servi à l'Est
33:41et en Afrique.
33:43Pierre Jox
33:43tente de gagner du temps.
33:46On a eu un jour
33:47un appel téléphonique.
33:48Les Néo-Zélandais
33:49nous disent
33:49« Ah, elle a appelé
33:50tel numéro.
33:50C'est quoi ce numéro ? »
33:52Je dis « Ah, la cause,
33:53c'est quoi ce numéro ? »
33:53C'est un des numéros
33:54de grand secours
33:54de la DGSE.
33:55Ils disent « Non,
33:55c'est pas possible. »
33:57On a renuméroté.
33:58On a trouvé un appartement
34:00qu'on a déclaré vide.
34:01On a fait un bidonnage
34:02terrible pour égarer
34:03les Néo-Zélandais
34:05pendant 8 jours.
34:06Vous avez modifié
34:06l'attribution du numéro ?
34:08C'est ça ?
34:09On a attribué
34:11fictivement,
34:12rétroactivement,
34:12le numéro
34:13à un appartement
34:14qui en effet
34:15était vide
34:15pour des raisons techniques.
34:16On a dit
34:16que le locataire
34:17on a tout fabriqué.
34:19ça a tenu 10 jours,
34:21ça ne servait à rien.
34:21Les Néo-Zélandais
34:22qui ne sont pas
34:23les plus fins limiers
34:24du monde
34:25demandent l'identification
34:27du numéro
34:28à la police française,
34:30en l'occurrence
34:30à la police judiciaire,
34:31qui ne sait pas
34:32pourquoi on le lui demande
34:33et qui révèle
34:36le pot au rose.
34:37C'est un numéro
34:38de la DGSE.
34:40Je suis stupéfaite
34:41parce que tout se passe
34:42comme si
34:43les policiers
34:43ne savaient pas
34:44qu'ils ont affaire
34:45à des gens
34:46de leur pays,
34:47pratiquement des collègues
34:48si je puis dire,
34:48dans un domaine.
34:49Et donc,
34:50ils n'ont pas d'ordre
34:51qu'ils ne reçoivent pas d'ordre
34:53apparemment
34:53qui ferait
34:55en sorte
34:56qu'ils ne donnent pas
34:57toutes ces informations.
34:58De voir
34:59des fonctionnaires
35:02français
35:03sur le territoire
35:04national
35:04de la France
35:07poursuivre
35:07avec une police étrangère,
35:09des fonctionnaires
35:10ou des officiers français,
35:12je le dis
35:13gentiment là,
35:14mais je vais dire
35:15maintenant
35:16qu'à mon avis,
35:17ça ne s'était pas vu
35:19depuis la collaboration
35:21et l'occupation nazie.
35:25La presse enquête
35:26et révèle
35:27que les époux Turanges
35:28sont deux officiers
35:29des services spéciaux.
35:31Mais la police néo-zélandaise
35:33se fourvoie
35:33en les accusant d'homicide.
35:35Le chénon manquant
35:37c'est l'équipe
35:38de trois nageurs
35:38de combat
35:39que personne n'a vu
35:40et dont l'existence
35:41n'est même pas soupçonnée.
35:45Au sommet de l'État,
35:46personne n'est dupe.
35:47Le gouvernement
35:48se prend à espérer
35:49que le feuilleton
35:50de l'été
35:50en est à son dernier épisode.
35:53Pendant de nombreuses semaines,
35:55le président
35:55de la République
35:56lui-même
35:57était persuadé
35:58que ce que j'ai appelé,
36:00qu'on a rappelé
36:01tout à l'heure
36:01la stratégie du mensonge,
36:05était pratiquement
36:06arrivée
36:07au succès.
36:10Mais le 17 septembre,
36:12l'affaire bascule.
36:13Le monde révèle
36:14l'existence
36:14d'une troisième équipe,
36:16celle qui a posé
36:16les bombes.
36:17Ses nageurs de combat
36:18ont quitté
36:19la Nouvelle-Zélande
36:20sans se faire prendre.
36:21Le mensonge d'État
36:23est avéré.
36:24La DGSE
36:24est l'organisatrice
36:25de toute l'opération.
36:27Mais Ernu persiste.
36:29« Aucun service,
36:34aucune organisation
36:35dépendant
36:36de mon ministère
36:38n'a reçu
36:39l'ordre
36:40de commettre
36:41un attentat
36:43contre
36:44le Rimbaud-Varrière. »
36:46Le lendemain,
36:47le 19 septembre,
36:48François Mitterrand
36:49est dos au mur.
36:50Il écrit à Laurent Fabius
36:51exigeant
36:52que des têtes tombent.
36:53Le Premier ministre
36:54réagit aussitôt
36:55et ordonne à l'amiral Lacoste
36:57de lui confirmer
36:58par écrit
36:58les noms
36:59des agents impliqués.
37:01« Je ne signe pas ça.
37:04Jamais
37:04un chef de service secret
37:06ne doit
37:07de lui-même
37:08dévoiler
37:09le nom
37:09de ses agents.
37:10C'est un principe,
37:13c'est une ligne
37:14de fracture.
37:15C'est la négation
37:16même
37:16de la fonction. »
37:22Charles Ernu,
37:23ministre de la Défense,
37:24a démissionné ce matin
37:26l'amiral Lacoste,
37:27directeur des services secrets
37:28et Limogé.
37:30« Bonsoir.
37:31Raison d'État.
37:32Le président de la République,
37:33François Mitterrand,
37:34a accepté la démission
37:35du ministre de la Défense,
37:36Charles Ernu,
37:37que celui-ci
37:38avait présenté
37:39au Premier ministre ce matin.
37:40« Est-ce que le président
37:41de la République
37:41vous a renouvelé
37:42sa conférence ? »
37:43« Il a rendu public
37:44un texte tout à l'heure.
37:46Vous a-t-il réconforté ? »
37:47« Je ne suis pas
37:48un petit peu
37:49mauvais moral. »
37:51« Il n'est pas lâché.
37:54Il subit la sanction politique
37:55d'une grave erreur politique
37:57qu'il a commise.
37:57Ce n'est pas être lâché.
37:58On n'est pas sur un terrain moral. »
38:00« Monsieur le ministre,
38:00s'il vous plaît. »
38:02« Oui, s'il vous plaît. »
38:02« Charles Ernu. »
38:03« C'était un brave type. »
38:04« Mais faisant un peu... »
38:06« Prenant trop de risques
38:06et faisant un peu n'importe quoi. »
38:15« Laurent Fabius contacte
38:16Paul Quilles. »
38:18« Et le premier ministre me dit
38:20« Voilà, le président de la République
38:21souhaite que tu remplaces
38:22Charles Ernu
38:23comme ministre de Défense. »
38:24« Bah, je ne t'avais pas la question. »
38:26« Je pensais que c'était
38:27une affaire pourrie, quoi. »
38:29« C'est pour ça que quand on va
38:30proposer une mise à défense,
38:31c'est gentil, mais on me demande
38:32à moi de venir dénouer
38:34une affaire pourrie. »
38:35« C'est quand même
38:35pas très agréable, quoi. »
38:37« Et puis, le directeur de cabinet
38:38me dit la phrase qui tue.
38:42Tu ne peux pas refuser
38:43et faire ça au président
38:44de la République. »
38:49Charles Ernu m'a dit
38:50que je trouverais
38:51les dossiers en bon ordre.
38:53Mais ce qui était intéressant,
38:54c'est parce qu'il y avait
38:54dans les dossiers
38:55ce qui n'était pas.
38:57Et qu'il fallait retrouver
38:58et qu'on a retrouvé
38:58un 48 heures.
39:00Mais vraiment un travail
39:00de juge d'instruction.
39:01C'est-à-dire qu'on a interrogé
39:02les uns, les autres.
39:04Dans une pièce, dans une autre,
39:05on les a fait se contredire
39:06et puis on est arrivé
39:08au bout de l'élucidation.
39:11« Ce sont des agents
39:14de la DGSE
39:16qui ont coulé ce bateau.
39:19Ils ont agi sur ordre.
39:22Mesdames et messieurs,
39:24la vérité sur cette affaire
39:26est cruelle.
39:29Mais il importe.
39:31Comme je m'y suis engagé,
39:34qu'elle soit clairement
39:35et totalement établie. »
39:38La situation se pose
39:39toujours de la même façon.
39:41Donc, est-ce que
39:42le pouvoir politique assume
39:45ou est-ce qu'il n'assume pas ?
39:46Le fiasco, c'est d'avoir dévoilé
39:49dans cette affaire
39:50que c'est au nom
39:52et pour le compte
39:52de la République française
39:53que l'opération
39:54avait été menée.
39:54C'est ça, le fiasco.
39:55Le fiasco, c'est d'avoir
39:56soulevé les jupes de Marianne
39:57et montrer son derrière
39:58à tout le monde.
39:59politique, je le dis
40:02de façon très précise,
40:04étant incapable
40:05de gérer sa propre pulsion
40:09et contradiction
40:09avec son service
40:12et entrant dans une espèce
40:15de vrille infantile
40:19du parapluie
40:21pour se protéger.
40:22C'est ne rien comprendre
40:23que d'accuser les services
40:24de renseignement
40:25de faire dans l'illégalité.
40:26Bien sûr qu'ils font
40:27dans l'illégalité.
40:28Ils ne font même que ça
40:29parce que pour les actions légales,
40:31l'État a suffisamment
40:32de fonctionnaires,
40:33de diplomates,
40:33de militaires,
40:34de juges,
40:35de policiers.
40:35Si tous les États du monde
40:37entretiennent
40:37des services spéciaux,
40:39je dis bien spéciaux,
40:40pas secrets,
40:41parce que ce ne sont pas
40:41des services secrets,
40:42tout le monde sait
40:43où est la DGSE,
40:44la CIA ou l'MASX,
40:45c'est de pouvoir faire
40:46des opérations spéciales
40:48pour pouvoir s'affranchir
40:49de la légalité
40:50et des engagements internationaux.
40:51Quand on est officier
40:52de renseignement,
40:53qu'on est prêt
40:54à donner sa vie
40:54pour la défense du pays
40:56parce qu'on va quand même
40:57jusqu'à ce niveau-là
40:58et nos familles le savent,
41:01on attend du politique
41:02quand même un petit peu
41:03plus de tenue.
41:05Devant la justice
41:06néo-zélandaise,
41:08Dominique Prieur
41:08et Alain Mafard
41:09plaident coupable.
41:10Ils sont condamnés
41:12sans procès
41:12à 10 ans de prison.
41:15Même si la France
41:16obtiendra leur libération
41:17en juillet 1986,
41:19leurs noms sont publiés,
41:21leurs visages sont exposés,
41:23leur carrière est terminée.
41:26Officier de tradition,
41:27l'amiral Lacoste
41:28a sombré sans dire un mot.
41:29Il assume sa part
41:31de responsabilité
41:32et ne s'en blindera jamais.
41:35Je mourrais en pensant
41:36à cette affaire.
41:37C'est effectivement
41:38un aveu d'échec.
41:40Bon,
41:43je suis relativement serein
41:45parce que
41:46quand j'ai accepté
41:47ce poste,
41:49j'ai accepté
41:50cette éventualité.
41:52Je savais
41:53que ça pouvait arriver.
41:57La DGSE
41:58doit rentrer dans le rang.
42:00Le 25 septembre 1985,
42:02le gouvernement
42:03choisit de nommer
42:04à sa tête
42:04le chef d'état-major
42:06de l'armée de terre,
42:06le général René Himbaud.
42:08Ancien légionnaire,
42:10un homme à poigne.
42:13J'ai,
42:15à ma profonde stupéfaction,
42:17découvert
42:18une véritable opération
42:20maligne
42:20de déstabilisation
42:24de nos services secrets.
42:26Je dirais même
42:27de destruction
42:28de nos services secrets.
42:32bien entendu,
42:34j'ai aussi trouvé
42:35des gens
42:36qu'il fallait sanctionner.
42:37J'ai coupé
42:38les branches pourries.
42:39Il faut couper
42:41les mauvaises branches,
42:42on va liquider
42:43tout ça, etc.
42:45Dans la maison,
42:47ces messages
42:48ne passent pas.
42:49Chacun fait modestement
42:50sa part de travail,
42:51la fait honnêtement,
42:53la fait loyalement,
42:53et on se fait traiter
42:56de branches pourries.
42:57Et je serai
42:58le rempart
42:58de ce service.
42:59Ce que je veux dire,
43:01c'est qu'à partir
43:01de maintenant,
43:04toute information
43:05que l'on prétendrait
43:08retenir
43:09ou recueillir
43:10de ce service
43:12est mensonge.
43:14Parce que j'ai
43:15verrouillé ce service.
43:16Ça a été
43:17avec le recul
43:18assez drôle
43:19puisque
43:20un de mes amis
43:22qui avait un poste
43:23important dans
43:24l'appareil d'État
43:25m'a dit
43:26qu'il était rentré
43:27chez lui
43:27et qu'il a branché
43:29la télévision,
43:30le journal télévisé.
43:31Il a vu
43:31un général
43:32à la télévision
43:33cadré
43:34annonçant
43:35qu'il avait
43:35et il s'est dit
43:36ça y est,
43:37c'est le putsch.
43:40L'affaire Greenpeace
43:41est une catastrophe
43:43pour la DGSE.
43:44Sa réputation
43:45internationale
43:46est anéantie.
43:48Les nageurs de combat
43:49quittent leur base
43:50d'Aspleto en Corse
43:52pour celle de Kellerne
43:53en Bretagne.
43:54Ils le vivent
43:55comme une punition.
43:57Rien ne va plus
43:58entre le pouvoir politique
43:59et les services spéciaux.
44:01Le malentendu
44:02est plus profond
44:03que jamais
44:03depuis leur création
44:0440 ans plus tôt.
44:07Pour François Mitterrand,
44:08la confiance
44:09est définitivement rompue.
44:11Il assure
44:12à Jacques Attali
44:12« Ce qui m'attriste,
44:14ce n'est pas l'ordre donné,
44:15mais c'est la tragique
44:16incompétence
44:17dont a témoigné
44:18son exécution.
44:19Mais il est vrai
44:20qu'avec la bêtise,
44:21on ne peut jamais
44:22savoir où l'on va.
44:25La gestion de l'affaire
44:26Greenpeace
44:27par les socialistes
44:27pèsera lourd
44:28six mois plus tard
44:29lors des élections
44:30législatives
44:31que remporte la droite
44:32derrière Jacques Chirac.
44:40Au bout de deux ans
44:42de cohabitation,
44:43François Mitterrand
44:44se présente
44:44à sa propre succession.
44:46Face à lui,
44:47son premier ministre,
44:48Jacques Chirac,
44:49décide de ne pas faire
44:51de l'affaire Greenpeace
44:52un sujet de campagne.
44:56Je dis à Jacques Chirac
44:57« Tu sais,
44:58ne te fais pas d'illusion,
45:00Mitterrand,
45:00t'es un tueur.
45:02Donc si tu vas
45:03dans ce débat,
45:04il faut que tu ailles
45:04avec l'idée
45:05de le tuer.
45:06Il est bien évident
45:07que dans l'affaire
45:08du Rimbaud-Royot,
45:10François Mitterrand
45:11n'a pas dit la vérité
45:12et que d'autre part,
45:14il a lâché en race campagne
45:19les agents des services
45:20de renseignement français
45:22qui avaient été mandatés
45:23pour faire,
45:24qui avaient été désignés
45:26pour faire cette opération.
45:28Il faut le dire.
45:30Et dans ce cas-là,
45:31il est mort.
45:32Il a été un peu tenté.
45:34Il me dit « Ah oui,
45:36et puis Édouard Balladur a dit
45:37« Oh Jacques,
45:38ce ne serait pas très convenable. »
45:39Alors j'ai dit
45:40« Alors on n'y va pas. »
45:41Alors il a dit
45:42« Mais je ne me laisserai pas faire
45:43d'ailleurs quand j'arriverai là-bas.
45:44Je ne dirai pas M. le Président,
45:46je dirai M. Mitterrand. »
45:48Permettez-moi juste de vous dire
45:49que ce soir,
45:52je ne suis pas le Premier ministre
45:54et vous n'êtes pas
45:55le Président de la République.
45:56Nous sommes deux candidats
45:59à égalité
46:01et qui se soumettent
46:02au jugement
46:03des Français.
46:05C'est le seul qui compte.
46:06Vous me permettrez donc
46:07de vous appeler M. Mitterrand.
46:09Mais vous avez tout à fait raison,
46:10M. le Premier ministre.
46:13Je dirai,
46:14je s'en fais.
46:22En 1988,
46:23François Mitterrand
46:24est réélu Président de la République.
46:27Michel Rocard
46:28est nommé Premier ministre.
46:29Il éprouve un grand intérêt
46:31pour les affaires de renseignement.
46:37Je m'aperçois vite
46:39que tout ça
46:39est assez déplorable,
46:41que les services
46:42nous envoient
46:43de l'information brute,
46:45qu'un Premier ministre
46:46en fonction
46:47qui a autre chose
46:47dans la tête
46:48et autre chose à faire,
46:49a du mal
46:50à classer,
46:51à analyser,
46:52à placer dans un contexte,
46:53à pondérer,
46:54si j'ose dire.
46:56Et quand par hasard
46:57il y a des choses lourdes,
46:58on a des notes
46:59de plusieurs services
47:00qui diffèrent entre elles,
47:01et donc je commence
47:03à me désespérer
47:04de cette production.
47:05Et je voyais
47:06le Président de la République
47:07deux fois par semaine.
47:08Comme nous apprécions peu
47:10notre compagnie mutuelle,
47:11on allait vite.
47:12Et voilà qu'un jour,
47:14nous sommes mercredi,
47:15il y a Conseil des ministres
47:16à 10h,
47:17je suis arrivé à 9h,
47:18comme d'habitude,
47:18on a fini le travail
47:19à 9h30.
47:21à ce moment-là,
47:22je dis au Président
47:22de la République,
47:23M. le Président,
47:25puisqu'on a un peu
47:26de temps libre,
47:27je vais prendre le risque
47:28de sortir de mes plates-bandes,
47:30de pénétrer directement
47:31dans les vôtres.
47:32Alors ça l'amuse,
47:33et du coup,
47:34il cesse de signer
47:35le paraffeur
47:35qu'il était en train
47:36de signer,
47:36il me regarde,
47:37il pose son stylo,
47:38et il me dit
47:38qu'est-ce qu'il vous arrive ?
47:40Et je lâche,
47:42M. le Président de la République,
47:43je voudrais procéder
47:44à une réforme
47:45des services spéciaux.
47:46À ce seul mot,
47:47il me coupe
47:48et me dit tout de suite
47:49cette phrase inouïe,
47:51« Ah, mon grand échec ! »
47:53Alors il réfléchit,
47:54un peu furieux
47:54de me voir comme ça,
47:55ça doit durer
47:56une dizaine de minutes
47:56cette conversation.
47:57Puis à la fin,
47:58dans un grand sourire,
47:59il n'a pas repris son stylo,
48:00il n'a pas repris son paraffeur,
48:02il m'en regarde
48:02et puis il me dit
48:03« Si ça vous amuse ! »
48:05Jamais sans doute
48:06la réforme
48:07d'une si grande fonction
48:08de l'État
48:08n'a été confiée
48:09à un chef de gouvernement
48:10pour un tel motif.
48:12« Si ça vous amuse ! »
48:14Fait rarissime,
48:16Michel Rocard
48:16se rend au siège
48:17des services secrets français,
48:18boulevard Montier.
48:20J'étais allé
48:21pour les saluer,
48:22pour le pot d'apéritif
48:23et bon courage les gars,
48:24quoi.
48:25Mais les circonstances
48:26étaient telles
48:26qu'il a fallu
48:26que j'improvise
48:27une espèce de perspective
48:29des intérêts
48:31de la France
48:31en soulignant
48:32les besoins
48:33d'informations
48:34et de renseignements
48:34un peu partout.
48:35Il avait cette vision
48:37qu'un pays
48:38qui n'avait pas
48:38de grande politique
48:39de renseignement
48:40est un pays
48:41et de coordination
48:42du renseignement
48:43était un pays
48:44qui dans
48:45un petit nombre d'années
48:46ne pourrait plus
48:47tenir sa place
48:47au rang des grandes puissances.
48:49On avait un esprit
48:50en face de nous
48:51très pétillant.
48:52Ça,
48:52les hommes du renseignement
48:53aiment beaucoup
48:54parce que
48:56c'est très stimulant.
48:57Il devait y avoir
48:583% de cette honorable assemblée
49:00qui avait voté à gauche
49:01un jour dans sa vie
49:02et voilà
49:02qui venait de la gauche,
49:03un premier ministre
49:04qui les saluait
49:04et qui reconnaissait
49:06l'importance
49:07de leur métier.
49:09Et ça,
49:09moi,
49:10j'en ai gardé
49:10un fort souvenir.
49:11Les gens du renseignement
49:12sont aussi
49:13des gens sensibles
49:15et de voir
49:16un premier ministre
49:18avoir des idées
49:20aussi claires
49:21et comprendre
49:22ce monde
49:22laissait poindre
49:23beaucoup d'espoir.
49:24Il a aimé
49:25la DGSE
49:26parce qu'elle lui faisait
49:27participer aussi
49:28à la politique étrangère
49:29de la France
49:30et quelquefois
49:31sous ses aspects
49:33les plus malins,
49:34si je puis dire.
49:35La situation
49:36des services
49:37évolue rapidement.
49:39La proportion
49:40des personnels
49:40civils augmente
49:41en même temps
49:42que les budgets.
49:44Le renseignement
49:44technique est renforcé.
49:46Pour un temps,
49:48le renseignement
49:48devient une priorité
49:50de l'État.
49:51Les réformes
49:52de Michel Rocard
49:53font rapidement
49:53sentir leurs effets.
49:55Et je me revois
49:57arrivant un matin
49:58à 8h30
49:58comme d'habitude
49:59à mon bureau,
49:59trouvant la production
50:00des services de la nuit,
50:02écoute téléphonique,
50:02puis une note.
50:04premier document
50:05coopératif
50:06de tous nos services
50:07et en travaillant ensemble.
50:09Donc,
50:09premier résultat
50:10de la réforme
50:11qu'on venait de faire.
50:13Et à l'évidence
50:15de grande qualité,
50:16convaincant,
50:17parfait.
50:18L'ennui
50:18d'une telle réforme
50:19pour un homme politique,
50:20c'est que personne
50:21n'en sait rien.
50:22Il y a eu
50:23juste quelques publications
50:25au journal officiel
50:26et puis c'est tout.
50:28Et le bénéfice électoral
50:29est absolument nul.
50:30Mais la France
50:31marche un peu mieux.
50:33Farewell,
50:34Greenpeace.
50:35Pour les services
50:36de renseignement français,
50:37le premier septennat
50:38de François Mitterrand
50:39a vu le plus brillant
50:41succès du siècle
50:42voisiner avec l'échec
50:43le plus retentissant.
50:45Entre les services
50:46et le pouvoir,
50:47le malentendu
50:48aura été constant.
50:49Et le septennat
50:50se termine
50:51comme il a commencé,
50:52dans une relation douloureuse
50:54marquée par des éclats
50:55permanents.
51:04Quelques mois plus tard,
51:06un événement historique
51:07fait passer ses dissensions
51:08au second plan.
51:09Le 9 novembre 1989,
51:12le mur de Berlin
51:13s'effondre
51:1428 ans
51:14après sa construction.
51:16Ce bouleversement
51:17est synonyme
51:18de la fin
51:18de la guerre froide.
51:20Les services secrets
51:21auraient-ils pu
51:23le prédire ?
51:26Depuis 1945,
51:28ils luttaient
51:29contre le communisme.
51:30Sans adversaires,
51:32ils sont désemparés.
51:35Quelles seront désormais
51:36leurs nouvelles raisons
51:37d'exister ?
51:44Dans combien de cas
51:46ce service a-t-il mis
51:48l'exécutif
51:49en difficulté ?
51:53Deux fois ?
51:55Trois fois peut-être ?
51:57En 60 ans ?
51:58Si vraiment
51:59on faisait n'importe quoi,
52:00ça se saurait tous les jours.
52:03Et jusqu'à présent,
52:04hormis quelques cas
52:05qu'ont défrayé
52:06un peu la chronique
52:07sur le plan médiatique,
52:08vous n'entendez parler de rien.
52:10Sachant que ce sont
52:11des services
52:11qui ont amené
52:12des opérations
52:13de la plus extrême délicatesse,
52:16de la plus extrême dangerosité
52:17et où le risque
52:19est permanent.
52:20Mais on ne fait pas
52:21n'importe quoi
52:21dans cette maison.
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