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  • il y a 8 minutes
« Mieux vaut prévenir que guérir » trouverait ses origines chez Benjamin Franklin, au XVIIIᵉ siècle. Dans cette nouvelle chronique, le sociologue Gérald Bronner revient sur l'histoire et la signification de cette expression bien connue, et décrypte ce qu'elle révèle de notre manière de penser et d'agir au quotidien.

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Transcription
00:00On dit souvent « mieux vaut prévenir que guérir ».
00:02Mais faut-il réellement prendre au sérieux ce programme ?
00:10Voici une formule qui paraît sans doute frapper au coin du bon sens.
00:14C'est vrai, il est souvent préférable pour vous d'anticiper un problème
00:18avant qu'il ne survienne plutôt que d'attendre qu'il vous tombe dessus.
00:22Cette idée d'ailleurs est au cœur de la médecine chinoise.
00:24Mais dans nos contrées, c'est sous la plume de Benjamin Franklin
00:27qu'elle se popularise et trouve un équivalent dans la langue française dès le XVIIIe siècle.
00:32On pense naturellement à son application dans le cadre de la santé publique
00:35puisque la formulation même du proverbe nous y pousse.
00:39En fait, il n'y aurait tout simplement rien à redire à cette maxime populaire.
00:43Sauf dans certains cas.
00:44D'une part, notre attention collective est parfois détournée pour des raisons conjoncturelles,
00:49vers des risques secondaires qui nous font perdre de vue des risques plus importants.
00:53Savez-vous par exemple que les maladies pulmonaires obstructives chroniques
00:58provoquent trois fois plus de morts que les cancers du sein ?
01:01Oui, seulement elles récoltent 37 fois moins de dons.
01:05Voyez ici que la prévention, si utile soit-elle,
01:09lorsqu'elle n'est pas orientée par une cartographie rationnelle,
01:12peut vous conduire à oublier que l'argent des dons obéit à une logique de vase communiquant.
01:16Ce que certains gagnent, d'autres le perdent.
01:19D'autre part, le proverbe laisse entendre que la prévention serait inconditionnellement bénéfique.
01:25Pourtant, il existe des situations où il peut vous faire plus de mal que de bien, ce proverbe.
01:31La peur étant un bon produit médiatique,
01:33on voit se répandre toutes sortes d'alertes sanitaires
01:35qui se revendiquent de la prévention, justement.
01:38Certaines étant fondées et d'autres, pas du tout.
01:40La mémoire collective retient plus facilement celles qui ont visé juste
01:44plutôt que la masse des alertes infondées.
01:46Et pourtant, ces alertes infondées laissent parfois des traces indélébiles dans notre environnement social.
01:53Vous connaissez peut-être des personnes convaincues que les ondes émises par le Wi-Fi
01:57ou les antennes relais nuissent à leur santé.
01:59Il se produit en fait ce que l'on pourrait appeler des épidémies de symptômes ressentis.
02:04C'est-à-dire que ces personnes souffrent,
02:07mais surtout d'avoir endossé des récits préventivement empoisonnés.
02:11Comme le montre d'ailleurs une étude réalisée par Imagerie Cérébrale,
02:13ces personnes qui croient être sensibles aux ondes réagissent douloureusement plus que les autres
02:19à une exposition qui pourtant est fictive.
02:21De la même façon, il a été démontré que si vous regardez un reportage télévisé
02:26sur les effets néfastes des champs électromagnétiques,
02:29vous êtes plus susceptible de percevoir une stimulation Wi-Fi totalement imaginaire.
02:34Les récits qui se diffusent autour de vous ne sont donc pas sans effet.
02:37Et parfois, prévenir peut tout simplement vous rendre malade.
02:42C'est ce que montre aussi une étude menée par une école de santé publique de Sydney
02:45qui établit un lien étonnant.
02:48Les plaintes de santé sont plus nombreuses dans les zones
02:51où les groupes d'opposition ou champs d'éoliennes sont aussi les plus actifs.
02:56Certaines formes de prévention peuvent donc être empoisonnées.
02:59Par conséquent, vous pouvez accorder du crédit au proverbe,
03:03mieux vaut prévenir que guérir.
03:04Mais si vous prêtez attention à l'état du marché cognitif,
03:08n'oubliez pas de prêter aussi attention à toutes les situations
03:12où cette maxime implique des effets secondaires redoutables.
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