Y a-t-il une crise de la science en France ? Quel rôle vital joue l’école ? Où en est-on de la confiance de la société envers la sciences ? Quelle est la signification de ses travaux à lui ?
Pour répondre à ces questions, Alain Aspect, prix Nobel de physique en 2022, est l'invité des Grands Entretiens d'Anne Rosencher.
00:00 : Introduction
01:52 : La devise sur l'épée de l'Académie française d'Alain Aspect
03:31 : La baisse du niveau à l'école et ses problèmes
06:02 : Adapter l'enseignement scientifique à ceux qui en ont le goût
06:47 : Les conséquences de la baisse de niveau en maths
08:15 : La défiance de la société vis-à-vis de la science
09:52 : Que dire aux gens sceptiques face à la science ?
10:47 : La "vérité scientifique"
12:32 : Comment se réapproprier la physique quantique à un moment où tout le monde se dit expert ?
14:05 : "La notion de culture scientifique s'est perdue" en France
15:38 : L'Asie a une culture scientifique
15:54 : Le scientifique contemporain n'est plus glorifié, admiré
16:49 : "Les meilleurs élèves en sciences partent dans le business"
17:38 : Le déclassement des moyens scientifiques en France
18:41 : La paperasse bureaucratique est-elle dévastatrice ?
21:33 : Pourquoi les sciences sont plus valorisées en Asie ?
23:09 : Pourquoi a-t-on inventé la physique quantique ?
24:41 : Investit-on encore dans des projets dont on ne connaît pas la finalité ?
26:37 : Moins d'investissements qu'aux Etats-Unis ?
27:44 : Est-ce que l'IA va révolutionner la science ?
30:06 : Que dire à un jeune qui veut faire des sciences aujourd'hui ?
30:43 : Le débat Einstein - Bell sur lequel a travaillé Alain Aspect pour son prix Nobel
35:56 : Les autres symboles sur l'épée d'immortel d'Alan Aspect
38:22 : Qui mettre sur les billets de 20 euros ?
41:48 : Outro
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Pour répondre à ces questions, Alain Aspect, prix Nobel de physique en 2022, est l'invité des Grands Entretiens d'Anne Rosencher.
00:00 : Introduction
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03:31 : La baisse du niveau à l'école et ses problèmes
06:02 : Adapter l'enseignement scientifique à ceux qui en ont le goût
06:47 : Les conséquences de la baisse de niveau en maths
08:15 : La défiance de la société vis-à-vis de la science
09:52 : Que dire aux gens sceptiques face à la science ?
10:47 : La "vérité scientifique"
12:32 : Comment se réapproprier la physique quantique à un moment où tout le monde se dit expert ?
14:05 : "La notion de culture scientifique s'est perdue" en France
15:38 : L'Asie a une culture scientifique
15:54 : Le scientifique contemporain n'est plus glorifié, admiré
16:49 : "Les meilleurs élèves en sciences partent dans le business"
17:38 : Le déclassement des moyens scientifiques en France
18:41 : La paperasse bureaucratique est-elle dévastatrice ?
21:33 : Pourquoi les sciences sont plus valorisées en Asie ?
23:09 : Pourquoi a-t-on inventé la physique quantique ?
24:41 : Investit-on encore dans des projets dont on ne connaît pas la finalité ?
26:37 : Moins d'investissements qu'aux Etats-Unis ?
27:44 : Est-ce que l'IA va révolutionner la science ?
30:06 : Que dire à un jeune qui veut faire des sciences aujourd'hui ?
30:43 : Le débat Einstein - Bell sur lequel a travaillé Alain Aspect pour son prix Nobel
35:56 : Les autres symboles sur l'épée d'immortel d'Alan Aspect
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NewsTranscription
00:02L'IA va révolutionner la façon de faire la science.
00:05Pourquoi on invente la physique quantique au début du XXe siècle ?
00:10Parce qu'il y a un certain nombre de faits que les physiciens ne savent pas expliquer.
00:14Je n'aime pas du tout l'expression « vérité scientifique ».
00:17Bonjour, bienvenue dans cette nouvelle édition des grands entretiens d'Anne Rosencher.
00:22Anne Rosencher, c'est moi.
00:24Et tous les 15 jours, j'interroge pour vous une personne pertinente sur un sujet en particulier.
00:30La plupart des journalistes sont très fiers d'expliquer qu'ils étaient nuls en maths et en physique et en
00:37sciences quand ils étaient au lycée.
00:38Et je pense que ça, ça contribue considérablement à dévaloriser l'idée que la science est une culture.
00:44Pour cette nouvelle édition, je reçois le grand physicien Alain Aspect.
00:48Les Français l'ont découvert à l'automne 2022 quand il a reçu le prix Nobel pour ses recherches sur
00:54l'intrication quantique.
00:56Et immédiatement, il a séduit le grand public.
00:58Son livre « Si Einstein avait su » est d'ailleurs un succès en librairie.
01:03Ah si, un détail très important.
01:06La gare de l'épée est une ellipse qui rappelle les trajectoires des planètes et des astéroïdes.
01:13Et j'ai gravé deux numéros à l'intérieur.
01:15Le numéro de l'astéroïde attribué à mon professeur de physique, Maurice Hirsch.
01:21J'ai réussi à lui faire attribuer un astéroïde à Maurice Hirsch.
01:26Nous avons mille questions à lui poser.
01:28Y a-t-il une crise de la science en France ?
01:31Quel rôle vital joue l'école ?
01:33Où en est-on de la confiance de la société envers les scientifiques ?
01:37Pour répondre à ces questions et à d'autres, Alain Aspect est avec nous, avec vous, dans la rédaction de
01:42l'Express.
01:43Installez-vous, ça commence.
01:51Alain Aspect, bonjour.
01:52Bonjour.
01:53Alors on vous sait bien entendu prix Nobel, mais depuis peu vous êtes aussi immortel,
01:58puisque vous êtes entré en avril dernier à l'Académie française.
02:02Et vous avez bien sûr contribué à cette tradition de fabriquer une épée,
02:08enfin de faire fabriquer une épée avec les symboles qui vous représentent ou qui vous tiennent à cœur.
02:14Et je voulais que vous nous parliez d'un de ces symboles qui ne figure pas sur l'épée elle
02:19-même,
02:19mais sur son fourreau.
02:21Vous y avez fait graver une devise.
02:23Quelle est-elle et pourquoi ?
02:26Alors cette devise, c'est nous les maîtres d'école,
02:29parce que je voulais rendre hommage aux instituteurs,
02:33qui je pense sont essentiels dans notre société,
02:36en tout cas en ce qui me concerne, à mon institutrice de cours moyen,
02:39a certainement contribué à me donner le goût de la science.
02:44Et j'ai cherché une devise assez courte pour pouvoir la mettre sur l'épée.
02:47Finalement, j'ai trouvé ce titre d'un livre de Jacques Ouzouf, d'historien,
02:52qui est un recueil de témoignages d'instituteurs,
02:56les fameux hussards noirs de la République,
02:58instituteurs de la Troisième République,
03:00au début du XXe siècle.
03:03Et c'est un livre passionnant qui montre combien ces gens croyaient à l'éducation.
03:09Je me considère comme un maître au sens où je suis autant professeur que chercheur,
03:14et où encadrer les jeunes thésards m'a toujours semblé dans le rôle de mentor aussi,
03:22comme on dit.
03:23Donc, cette devise, c'est ma revendication à l'appartenance à la tribu des maîtres d'école au sens large.
03:30D'accord.
03:31Justement, ça nous permet de rentrer dans le vif de sujet
03:34et de parler de l'école qui est au centre de tout.
03:38Vous êtes un scientifique, un amoureux de la science,
03:42vous la défendez, et l'école, on le dit, française,
03:48forme peut-être de moins en moins, en tout cas dans les sciences et en tout cas dans les mathématiques,
03:52où on voit le niveau, selon les classements nationaux et internationaux,
03:57documentent que le niveau baisse.
03:59Est-ce que c'est au centre de tout ?
04:01Et quel est le problème pour vous ?
04:03Où est-ce que ça pêche ?
04:04Je pense que le problème, c'est le fait qu'à la différence de la formation des instituteurs d'autrefois,
04:11qui avaient une vraie formation pluridisciplinaire,
04:14je sais que mes parents étaient instituteurs, j'ai entendu dire,
04:17c'était aussi important pour eux d'apprendre les mathématiques,
04:22des mathématiques simples, mais d'apprendre les mathématiques,
04:25d'apprendre la physique, d'apprendre les sciences naturelles,
04:29et puis de maîtriser la grammaire, l'analyse logique,
04:33et puis l'histoire, la géographie.
04:36Mais ça a changé, ça ?
04:37Ça a totalement changé, puisque pendant, je ne sais pas combien d'années,
04:41mais de trop longues années, on a recruté les professeurs des écoles,
04:46puisqu'il ne faut plus dire instituteurs,
04:47on a recruté les professeurs des écoles avec un master qui pouvait être un master monodisciplinaire.
04:53Et l'expérience a montré qu'en général, c'était de purs littéraires,
04:57et lorsqu'on a affaire à de purs littéraires,
05:00eh bien on a le problème que lorsqu'ils doivent enseigner des notions de sciences
05:05et les mathématiques à l'école primaire,
05:08très souvent, ils sont mal à l'aise avec ça,
05:11donc les élèves vont le ressentir,
05:14et ça m'amène à un point dont on reparlera peut-être.
05:17Comme une majorité aujourd'hui des professeurs des écoles sont des dames,
05:22voilà un mauvais modèle pour les filles,
05:25parce que si l'institutrice, la professeure des écoles,
05:29est mal à l'aise devant les sciences,
05:31les filles vont le ressentir,
05:34et je pense que c'est un mauvais rôle modèle.
05:36Alors je crois qu'on a aujourd'hui une réforme qui est en cours,
05:40qui vise à donner justement aux professeurs des écoles
05:45une formation beaucoup plus pluridisciplinaire,
05:49et je pense qu'il est temps d'y revenir.
05:51J'ai l'impression que c'est la cause principale.
05:53Alors la deuxième cause, à mon avis,
05:55c'est que la volonté de faire suivre les mêmes cours à tout le monde
06:01a quand même, dans un certain sens, empêché...
06:05Vous voulez dire dans les niveaux supérieurs ?
06:06Voilà, dans le lycée, dans le lycée.
06:34En physique, on avait vraiment des cours exigeants,
06:36parce qu'on avait choisi la filière scientifique.
06:39Je pense qu'il ne faut pas l'imposer à tout le monde,
06:42par contre, il faut l'offrir à ceux qui en ont envie et qui l'aiment.
06:46Et on a parlé donc des causes, parlons aussi des conséquences,
06:50parce qu'en fait, parfois, certains disent,
06:54oui, non mais il faut arrêter de se braquer sur les maths,
06:58c'est un élitisme, c'est un peu exagéré,
07:03il n'y a pas besoin d'avoir un très grand niveau.
07:05Qu'est-ce qu'on perd quand le niveau en maths général,
07:09moyen des élèves, puis des futurs citoyens, baisse ?
07:13On perd la maîtrise du langage commun à toutes les sciences.
07:18Les mathématiques, c'est le langage de la science.
07:20Alors, il y a quand même eu un problème,
07:22on va remonter à la réforme Lagarigue,
07:25où on a voulu imposer,
07:28on en revient à ces pauvres instituteurs,
07:30on a voulu leur imposer d'enseigner ce qu'on appelle les maths modernes.
07:34Et moi, j'en parle avec mes collègues mathématiciens à l'Académie des sciences,
07:38ils sont d'accord avec le fait que ça, c'était une grosse erreur.
07:40En maths, il faut distinguer deux choses.
07:42Les mathématiques outils, qu'il faut enseigner à tout le monde.
07:46Et puis, les mathématiques pures, abstraites, etc.
07:50Et là, je reviens à ma définition, à ma proposition précédente.
07:55C'est-à-dire, ces mathématiques plus abstraites, plus avancées,
07:59il faut l'offrir à ceux qui en ont le goût.
08:01Mais les mathématiques outils, autrefois, les tables de multiplication,
08:04bon, aujourd'hui, on a des calculettes,
08:06mais je veux dire, les mathématiques outils,
08:08il faut l'offrir à tout le monde, parce que c'est le langage commun à toutes les sciences,
08:12y compris sciences économiques et sociales.
08:15D'accord.
08:15Et alors, parlons maintenant plus généralement de la science dans la société.
08:19On a beaucoup dit ces dernières années, notamment pendant le Covid,
08:22mais ça remontait même à avant,
08:24qu'il y avait de plus en plus de défiance de la société vis-à-vis de la science et
08:29des scientifiques.
08:29Est-ce que vous le constatez ?
08:32Et si oui, à quoi est-ce dû, selon vous ?
08:35Alors, je suis bien capable de savoir si cette défiance a augmenté ou pas.
08:39Je pense qu'il y a toujours eu des gens qui avaient une grosse défiance pour la science.
08:44Je ne sais pas si vous connaissez les statistiques sur ce sujet.
08:47En tout cas, ce qui est clair, c'est que quand je me trouve face à un public,
08:52je considère que dans ce public, il y a trois catégories.
08:55Il y a les amoureux de la science, ils sont venus m'écouter,
08:57et ceux-là, il faut que je leur fasse plaisir en racontant des choses.
09:01Il y a ceux qui sont totalement sceptiques.
09:04Alors, il y en a peut-être certains qui sont venus par curiosité pour voir un prix Nobel,
09:08mais ils sont totalement sceptiques.
09:09Et à la limite, ceux-là, je ne peux rien pour eux.
09:11S'ils sont vraiment hostiles, je ne peux rien pour eux.
09:13Moi, ce qui m'intéresse, c'est tous ceux qui sont au milieu.
09:15C'est-à-dire qu'ils disent, oui, la science apporte un certain nombre de choses,
09:19mais quand même, alors c'est à ceux-là que j'ai envie de parler.
09:23Et de ce point de vue, j'ai entendu que dans les cours de médecine,
09:29eh bien, on apprend un peu la même chose aux médecins généralistes sur les vaccinations.
09:33On leur dit, quand vous avez des antivax, ne perdez pas votre temps
09:36et ne vous énervez pas avec eux.
09:39Gardez votre énergie pour ceux qui ont un doute,
09:41pour leur expliquer pourquoi c'est bien de se vacciner.
09:43Et j'ai un petit peu la même approche vis-à-vis du public qui est devant moi.
09:49Alors, qu'est-ce que je peux leur dire à ceux-là,
09:50ceux qui sont dans la catégorie du milieu ?
09:52Eh bien, si on parle du Covid, je peux leur dire,
09:55mais attendez, le Covid, c'est extraordinaire.
09:57On a réussi à 9 ans à faire un vaccin,
10:00alors que la norme jusque-là, c'était 10 ans.
10:03Et ça, c'est grâce à la science.
10:04C'est grâce à Kathleen Carrico,
10:06qui a travaillé pendant 30 ans sur un sujet de recherche fondamentale,
10:10qu'on lui déconseillait de choisir,
10:13parce qu'apparemment, il n'y avait aucune application.
10:15Il n'y avait pas de débouché, l'ARN.
10:17Et puis, d'un seul coup, en s'appuyant sur ces 30 ans de travaux,
10:20on arrive à faire un vaccin comme...
10:23On n'a aucun exemple de ça dans l'histoire de l'humanité.
10:26Et puis, de façon plus générale, je leur dis,
10:29attendez, si moi, septuagénaire,
10:31je vis aussi bien que mes parents lorsqu'ils étaient sexagénaires,
10:35c'est bien grâce au progrès de la science en général.
10:39Alors, vous allez me dire, la médecine et la pharmacie.
10:41Oui, mais la médecine et la pharmacie ont bénéficié
10:44de toutes les avancées de la science.
10:45Oui. D'ailleurs, on confond un peu souvent...
10:49J'imagine que d'ailleurs, ça revient dans vos discussions
10:52avec ces gens du milieu, on va dire.
10:57Science et vérité, vérité scientifique,
10:59tout ça sont des notions qui se mélangent.
11:01Genre, on fait comme si la science avait des vérités révélées,
11:05ce qui n'est pas exactement le cas.
11:06Absolument.
11:07Comment se passe la démarche ?
11:08Ni révélées, ni pas révélées.
11:10Moi, je n'aime pas du tout l'expression vérité scientifique.
11:15Pour moi, parce que vérité laisse entendre quelque chose d'absolu.
11:18Alors, peut-être dans les mathématiques, et encore dans les mathématiques,
11:23on sait bien que parfois, en s'écartant d'une vérité absolue,
11:26par exemple le fait que deux droites parallèles ne se rencontrent jamais,
11:30on sait bien que si on s'écarte de ça,
11:32on arrive à construire une nouvelle géométrie qui est intéressante,
11:34qui est intéressante pour la relativité, etc.
11:36Mais bon, laissons de côté les mathématiques.
11:39Pensons essentiellement à la physique.
11:41En physique, ce que nous avons, ce sont des théories établies
11:46et qui résultent d'un consensus.
11:48Ce que je veux dire, c'est que lorsqu'une nouvelle hypothèse est émise,
11:51qui va conduire à une nouvelle théorie,
11:54généralement, il y a des débats.
11:56Il y a des opposants à ça.
11:57Mais au bout d'un certain temps,
11:59la méthode scientifique permet à la majorité des gens qui participent au débat
12:04de tomber d'accord sur un consensus.
12:06Lorsque ce consensus est là,
12:08on a un nouvel élément qui permet de faire un pas de plus.
12:12S'il y a une chose qui m'horripile,
12:14c'est d'entendre dire la science, c'est le doute.
12:17Non, la science, c'est le doute pendant cette phase
12:19où on est en train d'explorer de nouvelles pistes
12:22et on a des débats.
12:24Mais une fois que le consensus est établi,
12:26la science, c'est un socle solide pour aller plus loin.
12:32Oui.
12:32Ce qui n'est pas évident à faire comprendre
12:34dans les périodes de, je dirais, de masse média,
12:37ça a quand même transformé le débat sur la science.
12:39C'est-à-dire que tout le monde donne son avis de temps en temps.
12:41Vous allez avoir, vous qui faites de la mécanique quantique,
12:45des gens qui se mettent à parler de mécanique quantique.
12:47Oui, oui, oui, oui, oui, je pourrais citer des exemples,
12:51mais on ne va pas donner de nom.
12:52D'accord, ne soyons pas polémiques.
12:56C'est quelque chose qu'il faut se réapproprier,
12:59cette démarche, les réalités de la démarche scientifique,
13:02dans un monde où désormais tout le monde parle.
13:06Alors on va peut-être élargir le débat.
13:09Je pense que la seule solution, c'est d'avoir recours aux experts.
13:13Mais cela me permet d'aller plus loin
13:15quand on pense à toutes les fake news, etc.
13:18Ce qui est un vrai problème.
13:19Je crois que la solution, c'est ce que j'appelle
13:21les tiers de confiance.
13:23C'est-à-dire qu'il va falloir qu'il y ait des sites
13:25de journalistes qui garantissent que c'est...
13:28Normalement, les journalistes garantissent...
13:29Normalement, c'est notre travail, quoi qu'il n'y a.
13:31Mais avoir des vrais sites que j'appelle
13:34des tiers de confiance.
13:36Et dans le domaine de la science,
13:38le tiers de confiance, on va dire,
13:41c'est l'Académie des sciences,
13:42mais ce sont les experts du domaine.
13:43Les experts reconnus.
13:45Parce qu'il ne faut pas croire que la science
13:48est un domaine figé où les gens ne veulent
13:50aucune évolution.
13:52Au contraire, nous sommes friands
13:54d'avancer, de nouveautés.
13:57Mais il faut les vérifier
13:59et il faut que le consensus s'établisse
14:02sur le fait que, oui, ça c'est une vraie avancée.
14:05Alors justement, une question.
14:06Parce que vous défendez que la science
14:08est aussi une culture.
14:11Est-ce qu'on a perdu cette notion-là
14:13ou est-ce que ça continue quand même ?
14:15Non, non.
14:16Je crois que notre société est épouvantable
14:18de ce point de vue-là.
14:20Alors la responsabilité, elle est double.
14:22D'abord, j'ai déjà parlé du fait
14:24que les maîtres,
14:25les professeurs des écoles
14:27n'ont plus cette culture pluridisciplinaire.
14:30Moi, mes instituteurs valorisaient énormément la science.
14:33Alors Pasteur, Einstein,
14:35c'était vraiment leur héros, si vous voulez.
14:38Et puis, je m'adresse à une journaliste.
14:42Je pense que la plupart des journalistes
14:44sont très fiers d'expliquer
14:46qu'ils étaient nuls en maths et en physique
14:48et en science quand ils étaient au lycée.
14:51Et je pense que ça, ça contribue considérablement
14:54à dévaloriser l'idée que la science est une culture.
14:57Puisque nous avons des gens
14:58qui apparaissent comme cultivés,
15:00qui sont des leaders d'opinion
15:02et qui se glorifient d'avoir été nuls en science
15:06quand ils étaient à l'école.
15:07Je pense que vous portez une lourde responsabilité.
15:11Pas vous en particulier,
15:12le vous en tant que professionnel.
15:16J'entends les critiques.
15:16J'entends trop à la télévision,
15:19encore une fois,
15:20des gens se glorifier.
15:23Est-ce qu'on entend des gens se glorifier
15:25d'avoir jamais entendu parler
15:26de Victor Hugo, Goethe ou Shakespeare ?
15:29Non, jamais.
15:30Tandis qu'on entend des gens se glorifier
15:31d'avoir été nuls en maths et en physique.
15:33Je pense que ça fait partie
15:35de la mauvaise ambiance.
15:37Et alors, quand on va regarder les pays d'Asie,
15:40la Chine, l'Inde, la Corée,
15:44voilà des endroits
15:46où la culture est extrêmement valorisée.
15:48Il ne faut pas s'étonner de leur succès
15:50dans le domaine des technologies aujourd'hui.
15:53Est-ce que ça va de pair avec, je dirais,
15:56le fait que l'image même du scientifique,
15:58la figure du scientifique,
16:01s'est un peu étiolée dans l'imaginaire national ?
16:04C'est-à-dire que, comme vous dites avant,
16:08il y avait quand même,
16:10pas une glorification,
16:11mais une énorme admiration
16:13pour les scientifiques,
16:14pour les grands scientifiques
16:16qui ruisselaient sur les chercheurs contemporains.
16:20Aujourd'hui, la figure du chercheur contemporain,
16:23alors elle est sympathique,
16:24elle est aimée,
16:25mais elle n'est pas glorifiée, en tout cas.
16:27Je crois qu'on le considère
16:29comme tellement différent
16:30de la culture habituelle
16:33qu'on regarde ça un peu
16:35comme un animal rare
16:37et je pense que l'erreur est là.
16:38Encore une fois,
16:39il faut en revenir au fait
16:40que, normalement,
16:41la science fait partie de la culture.
16:42Il n'y a pas de raison
16:43d'être analphabète en science.
16:46Je crois qu'il faut...
16:48Alors, il y a un autre phénomène
16:50que je ne sais pas expliquer,
16:52c'est le fait que les meilleurs élèves
16:55en science,
16:56la plupart d'entre eux,
16:58ensuite partent dans le business,
17:01si j'ose dire,
17:02dans les mathématiques financières,
17:04dans des choses comme ça.
17:05Il me semble que dans ma génération,
17:08l'idéal pour un bon élève
17:10en maths ou en physique,
17:11c'était d'aller vraiment vers la recherche.
17:13Je ne dis pas forcément la recherche pure.
17:16Moi, j'ai une grosse appétence
17:18pour la recherche appliquée,
17:19mais pour la recherche elle-même,
17:20mais pas pour des fonctions
17:22de management.
17:25Et alors, aux Etats-Unis,
17:27c'est le même problème,
17:29sauf qu'aux Etats-Unis,
17:30ils résolvent le problème comment ?
17:31En important massivement
17:32des Indiens et des Chinois.
17:34Et c'est les Indiens et les Chinois
17:35qui font la science aux Etats-Unis.
17:37Et nous, on n'a pas ça.
17:38Est-ce qu'il n'y a pas aussi
17:39une question de déclassement
17:40des moyens ?
17:41C'est-à-dire que les moyens...
17:44Quel est l'état de la recherche
17:45aujourd'hui ?
17:47Est-ce qu'on paye assez
17:49les scientifiques,
17:50les chercheurs ?
17:51Non, incontestablement,
17:53on ne les paye pas assez,
17:53mais on ne les paye pas assez
17:55quand j'étais jeune
17:56et on a quand même fait
17:58ce métier.
17:59Donc, c'est sûrement
18:01une partie du problème.
18:02Alors, c'est quand même
18:03une partie du problème,
18:04soyons concrets.
18:05À Paris,
18:06le prix des logements est tel
18:08qu'un chercheur
18:09avec un salaire de chercheur
18:11ne peut pas se loger à Paris.
18:12Donc, ça,
18:13ce n'était pas vrai
18:13il y a 50 ans.
18:14Moi, tous les
18:15entre guillemets
18:17vieux professeurs que je connais,
18:18ils se sont tous achetés
18:19un appartement
18:20au quartier latin
18:21ou ailleurs.
18:21Aujourd'hui,
18:22ça apparaît strictement impossible.
18:23Donc, cette question
18:24de salaire
18:25ne doit pas être
18:26sous-évaluée,
18:27mais il n'y a
18:29pas que ça.
18:30Je pense qu'il y a vraiment
18:31cette espèce
18:32d'image dans la société.
18:34Je pense qu'il y a
18:35moins,
18:36comme vous l'avez dit,
18:38moins d'admiration
18:38pour la figure
18:40du chercheur.
18:41Quand je parlais de moyens,
18:43il y a la question
18:44du salaire
18:44dont on parlait,
18:45il y a aussi
18:45les questions
18:46des moyens
18:47mis à disposition.
18:48Moi,
18:49j'ai interrogé
18:50beaucoup de chercheurs
18:51qui me disaient
18:52que notamment
18:52la part
18:54désormais
18:55quasiment bureaucratique
18:56pour essayer
18:57d'obtenir
18:58des financements
18:59était devenue
19:00quelque chose
19:01de totalement
19:04dévastateur.
19:05Ils n'ont pas
19:07fait ce métier
19:08entre guillemets
19:09pour passer
19:10un mi-temps
19:10sur du remplissage
19:11de formulaires.
19:13Il y a deux questions
19:15différentes.
19:15D'abord,
19:16le montant.
19:16Le montant des moyens
19:17est insuffisant.
19:19Mais bon,
19:20il n'est pas nul
19:20quand même.
19:21Or,
19:22nous connaissons
19:22la situation budgétaire
19:24de la France.
19:25Qui suis-je
19:26pour dire
19:26que la recherche
19:28est une priorité absolue
19:29par rapport
19:30aux hôpitaux,
19:31par rapport
19:32à l'école primaire ?
19:34Je veux dire,
19:35donc,
19:35je pense
19:36qu'il ne faut pas rêver,
19:38il faut essayer
19:39de faire
19:39du mieux qu'on peut
19:40avec les crédits
19:41que nous avons.
19:43Alors,
19:43la question
19:44de la bureaucratie,
19:45là encore,
19:46les journalistes
19:47portent une partie
19:48de la responsabilité
19:49parce qu'il faut voir
19:50d'où vient
19:51cette bureaucratie.
19:52Elle vient du fait
19:53que les gens
19:53à tous les niveaux
19:54veulent se couvrir
19:55parce qu'ils sont
19:56toujours sous le risque
19:57d'une enquête
19:59journalistique
19:59ou d'une enquête
20:01parlementaire.
20:01On passe son temps
20:02à chercher
20:03à démontrer
20:03que les gens
20:04ne se sont pas
20:06tout à fait
20:06bien comportés.
20:08Et donc...
20:08Dans les sciences aussi ?
20:10Bien sûr que oui.
20:11C'est pour ça
20:11qu'il y a toujours
20:13un soupçon
20:14et s'il y avait
20:14un conflit d'intérêts
20:15et s'il y avait ceci
20:16et il faut remplir
20:17des tas de formulaires.
20:20Autrefois,
20:20je parle comme un vieux,
20:21je suis un vieux,
20:22autrefois,
20:24on avait une grande liberté
20:25et il y avait
20:26des contrôles
20:27à posteriori.
20:28Si on avait fauté,
20:29on pouvait se faire
20:30sanctionner.
20:31Aujourd'hui,
20:32il y a des contrôles
20:33a priori sur tout.
20:34Le pompon,
20:35c'est l'Europe.
20:36Moi,
20:36j'ai bénéficié
20:36de crédits européens.
20:37Entre parenthèses,
20:38la misère
20:40de notre recherche
20:40est quand même compensée
20:42par la possibilité
20:43d'avoir des crédits européens
20:44qui permettent
20:44aux laboratoires français
20:45quand même
20:46de ne pas couler.
20:48Mais le pompon,
20:49c'est au niveau européen.
20:50La bureaucratie.
20:51La bureaucratie européenne.
20:53Et encore une fois,
20:53c'est la faute de personne.
20:55C'est la faute du fait
20:56que quand vous avez
20:57je ne sais plus
20:57combien d'États
20:58et que chacun arrive
20:59à ses normes
21:00et qu'on ajoute
21:00toutes les normes,
21:01il faut respecter
21:03les normes de tout le monde.
21:04Alors,
21:04c'est affreusement compliqué.
21:06D'accord.
21:06Et à Bruxelles,
21:08alors,
21:08ils sont totalement paranoïaques
21:09sur les risques
21:10de conflits d'intérêts.
21:11Quand j'étais
21:12dans une commission
21:15pour évaluer
21:16un panel,
21:16comme on dit,
21:17à Bruxelles,
21:18le simple fait
21:19que j'étais au CNRS,
21:21on voulait m'empêcher
21:22d'évaluer
21:22tous les labos CNRS
21:24de France et de Navarre
21:25comme si j'étais
21:25dans le même laboratoire
21:27que ces gens-là.
21:28Il y a une paranoïa
21:29terrible
21:30sur le conflit d'intérêts.
21:32Bon,
21:32il faut vivre avec.
21:34Alors,
21:34puisqu'on en est
21:35au diagnostic
21:36de ce qui va
21:37et de ce qui ne va pas,
21:38quand vous allez,
21:39j'imagine que parfois
21:40pour des symposiums,
21:43pour des échanges,
21:44vous allez aux Etats-Unis
21:45ou en Asie
21:46ou en Chine,
21:47peut-être,
21:47êtes-vous allé,
21:48qu'est-ce qui vous marque
21:50dans la différence,
21:51je dirais,
21:55de comportement
21:56des politiques
21:57et des sociétés,
21:58parce qu'on n'a pas encore
21:58parlé du pouvoir politique,
22:00vis-à-vis de la science,
22:02du rapport à la science
22:04fondamental
22:04et appliqué.
22:06On en a déjà parlé.
22:07Je veux dire,
22:08il y a un enthousiasme
22:08incontestable
22:09dans ces pays
22:11animés.
22:11Pourquoi ?
22:12Parce qu'ils y prochètent
22:13quelque chose
22:14de l'avenir,
22:15de la puissance ?
22:16je pense pour la même raison
22:17qu'il y a un siècle,
22:19il y avait chez nous,
22:20basé sur les lumières,
22:22etc.,
22:23les instituteurs,
22:25ils avaient une croyance
22:28dure comme du fer,
22:30si j'ose dire,
22:32héritée des lumières,
22:33que la science
22:35garantissait un progrès
22:36pour l'humanité,
22:37ce qui est vrai,
22:37encore une fois,
22:38il suffit de regarder
22:39l'allongement
22:40de la durée de vie
22:41et l'allongement
22:42de la durée de vie
22:43en bon état,
22:44en pouvant profiter
22:45de la vie.
22:46Je veux dire,
22:47il n'y a strictement
22:48aucun doute.
22:48Eh bien,
22:49on a perdu
22:50cette foi,
22:52si j'ose dire,
22:52dans la valeur
22:53de la science
22:54et de la technologie,
22:55parce que j'insiste,
22:56moi, j'aime beaucoup
22:57les applications
22:58de la science.
23:00Juste au passage,
23:01je ne suis pas sûr
23:02qu'on va en reparler,
23:03donc j'en profite
23:05pour le caser.
23:06Physique quantique.
23:08Pourquoi on invente
23:10la physique quantique
23:11au début du XXe siècle ?
23:12Parce qu'il y a
23:13un certain nombre
23:14de faits
23:14que les physiciens
23:15ne savent pas expliquer.
23:16Par exemple,
23:17le fait que la matière,
23:18cette table est stable
23:19parce qu'ils savent
23:20que la matière
23:21est formée
23:21de charges positives
23:22et négatives,
23:23que les charges positives
23:24et négatives s'attirent,
23:25dont la matière
23:26devrait s'effondrer
23:27sur elle-même.
23:28Pourquoi elle ne s'effondre pas ?
23:29Eh bien,
23:29il faut inventer
23:30cette théorie
23:31très compliquée
23:32à inventer,
23:33qui est la physique quantique,
23:34pour comprendre
23:35que la description
23:36au niveau microscopique
23:37n'est pas la même
23:38que celle
23:39à notre échelle.
23:40Donc,
23:40tout ça apparaît
23:41comme un simple
23:43jeu de l'esprit.
23:44Sauf que
23:45des gens
23:46essayant
23:46de comprendre
23:47le déplacement
23:49des électrons,
23:51la propagation
23:52des électrons
23:53dans des matériaux
23:54qu'on appelle
23:54des semi-conducteurs,
23:56vont avoir
23:56l'idée géniale
23:57d'inventer
23:57le transistor.
23:59D'autres physiciens
24:00essayant de comprendre
24:01comment la lumière
24:02est absorbée
24:03et émise
24:04par la matière,
24:05toujours en utilisant
24:06la physique quantique,
24:07vont inventer
24:08le laser.
24:09Et tout ça
24:10nous donne
24:10la société
24:11de l'information
24:11et de la communication
24:12parce que
24:13qui dit transistor
24:14dit circuit intégré,
24:15qui dit circuit intégré
24:17dit ordinateur.
24:18Quant au laser,
24:20c'est les autoroutes
24:20de l'information
24:21avec les fibres optiques.
24:22Donc au départ,
24:23c'est une pure curiosité
24:25scientifique
24:25et puis il y a
24:26des applications.
24:27Et ces applications
24:28ne sont pas faites
24:29par un bricoleur
24:29dans un garage.
24:31Elles sont faites
24:31par les meilleurs
24:32physiciens de l'époque
24:33qui essayent
24:34d'appliquer
24:35la nouvelle théorie
24:36à la matière
24:36qu'ils ont sous les yeux.
24:38Donc pour moi,
24:39je ne dissocie
24:40absolument pas
24:41la technologie
24:41de la science.
24:42Et peut-être
24:42qu'il faut quand même
24:44revenir là-dessus
24:45parce que ça fait
24:45deux fois
24:46que ce soit
24:46par rapport
24:47à la mécanique quantique
24:48ou à la physique quantique
24:49et par rapport
24:50à l'ARN
24:51dont vous nous parliez avant,
24:54il y a quand même
24:54cette culture
24:55dans la science
24:56qu'au départ,
24:58on peut travailler
24:58sur des choses
24:59dont on ne sait pas du tout
25:00si elles mèneront
25:01à quoi que ce soit.
25:02Il y a le modèle
25:03aux Etats-Unis
25:03de ce qu'ils appellent
25:04la DARPA,
25:05les agences de défense.
25:07Ils revendiquent
25:08un taux d'échec.
25:09Ils investissent
25:10des milliards
25:10dans des projets
25:11où déjà,
25:13si ce n'est pas
25:14extrêmement ambitieux,
25:15c'est non.
25:15C'est-à-dire que
25:16si ce n'est pas risqué,
25:17c'est non.
25:17et ils revendiquent
25:18un taux d'échec
25:19de 9 sur 10.
25:21C'est-à-dire que
25:21c'est leur taux
25:23revendiqué.
25:24Ça,
25:25ce rapport
25:26en fait entre
25:26ce qu'il faut investir
25:28dans une recherche
25:30fondamentale
25:30dont on ne sait pas
25:31si elle aboutira
25:33un jour
25:33sur quoi que ce soit
25:34et finalement
25:36le 10%
25:37qui va y aboutir,
25:38est-ce que c'est
25:39une culture
25:40qu'on a encore
25:41ou est-ce que
25:41justement
25:42les histoires
25:43de restrictions budgétaires
25:45auxquelles on est
25:46soumis
25:46bien évidemment
25:47l'amputent un peu.
25:49Non,
25:49je crois que
25:49dans la recherche publique
25:50on continue
25:51à avoir cette culture.
25:53Si vous prenez
25:53l'Agence Nationale
25:54de la Recherche
25:55qui finance la recherche,
25:57elle a vraiment
25:57une partie de ses programmes
25:58qui est ce qu'on appelle
25:59ouvert
26:00et puis blanc,
26:02des recherches blanches,
26:04enfin des projets blancs,
26:05c'est-à-dire
26:06vraiment ouvert
26:06et puis
26:07une partie
26:08qui est orientée.
26:09Mais ça,
26:09moi,
26:10ça ne me choque pas du tout
26:10que le gouvernement
26:12ou l'État
26:13qui donne
26:14un certain nombre
26:14de crédits
26:15disent
26:15je veux qu'une partie
26:16de mes crédits
26:17soit utilisée
26:18pour développer
26:19l'intelligence artificielle
26:21ou les vaccins
26:22ou autre chose.
26:23Je ne suis pas choqué.
26:24Dès l'instant
26:25où il y a une certaine
26:26fraction des crédits
26:27qui va vers
26:28dans la recherche
26:30totalement ouverte.
26:31Vous avez la même chose
26:31au niveau de l'Europe.
26:32Mais la fraction,
26:33excusez-moi,
26:34en France et en Europe,
26:35elle est bien moindre
26:36qu'aux États-Unis.
26:38Vous ne diriez pas ça ?
26:40J'allais vous parler
26:41de l'Europe.
26:41Dites-moi.
26:42Au niveau de l'Europe,
26:43vous avez les crédits
26:44qui sont donnés
26:45par la commission
26:46de façon générale
26:47qui normalement
26:47sont ciblés.
26:48Mais ils ne sont quand même
26:49pas trop regardants.
26:50Je peux vous dire
26:51que les chercheurs
26:52sont parfaitement capables
26:53d'habiller
26:54avec des applications
26:55long terme
26:56des sujets
26:57de recherche
26:58long terme.
26:59Et puis,
27:00vous avez
27:00le Conseil européen
27:03pour la science
27:03qui, lui,
27:04est ouvertement pur.
27:06J'ai bénéficié
27:08d'un tel contrat
27:08et puis,
27:09j'ai été ensuite
27:10dans les comités
27:12qui donnent
27:12tel contrat.
27:13L'idée,
27:14c'est vous proposer
27:15ce que vous voulez
27:16à condition
27:17que ce soit
27:17totalement disruptif.
27:19Donc,
27:19l'idée,
27:20c'est high risk,
27:21high potential gain.
27:22C'est la DARPA,
27:22en fait.
27:23C'est la même chose.
27:23High risk,
27:24high potential gain.
27:25Alors,
27:25les crédits sont
27:26bien moins importants
27:28que ceux de la DARPA.
27:29Mais cette culture
27:30n'est pas perdue.
27:31D'accord.
27:32Très bien.
27:33Et qu'est-ce que
27:35vous diriez,
27:36vous,
27:37Alain Aspect,
27:38à un jeune
27:39qui,
27:40aujourd'hui,
27:41voudrait se lancer
27:42dans la science ?
27:43Est-ce que,
27:44par exemple,
27:44l'IA
27:45va révolutionner la science
27:47et ouvrir le champ
27:47des possibles,
27:48par exemple ?
27:48Alors,
27:49ça,
27:49c'est une question
27:49qu'on va traiter séparément
27:51de ce que je vais dire
27:52à un jeune.
27:52Oui,
27:53l'IA va révolutionner
27:54la façon de faire la science
27:56parce que c'est un outil
27:58extraordinaire.
27:59mais de la même façon
28:00que les ordinateurs
28:01ont révolutionné
28:02la façon de faire
28:03de la science.
28:04Maintenant,
28:04jusqu'où ça va
28:05la révolutionner ?
28:06Parce que les ordinateurs
28:07ont eu beau révolutionner
28:08la façon de faire la science,
28:10je dirais qu'intellectuellement,
28:12les processus
28:13sont restés les mêmes.
28:14La vraie question,
28:15c'est est-ce que l'IA
28:16va aller jusqu'à
28:19modifier
28:20le processus intellectuel ?
28:22Ça,
28:22je ne le sais pas.
28:24Mais je pense que
28:25ce n'est pas complètement exclu.
28:26J'espère que non.
28:27Ça,
28:28ce serait dans quel sens
28:29s'excusez-moi.
28:30Eh bien,
28:31ce serait dans le sens
28:32qu'on n'aurait pas,
28:33on n'aurait plus besoin
28:36du coup de génie
28:37d'un Galilée
28:38ou d'un Newton
28:40qui,
28:40à un moment donné,
28:41a l'idée géniale
28:43et qui,
28:43ensuite,
28:44va se révéler
28:46fructueuse
28:47et donner...
28:49L'épiphanie, quoi.
28:50Oui,
28:50et s'il y a
28:51été capable
28:52d'avoir
28:53de telles épiphanies ?
28:54Jusqu'à présent,
28:55on n'en a pas d'exemple.
28:56Mais,
28:56et s'il y a
28:57été capable
28:58d'un seul coup
28:58de faire émerger
28:59un concept
29:00totalement nouveau
29:02auquel personne
29:02n'a pensé.
29:03Jusqu'à présent,
29:04on n'en a pas d'exemple.
29:05Mais,
29:06c'est une question ouverte.
29:07Mais,
29:07en tout cas,
29:07dans la vie quotidienne
29:09du chercheur,
29:10c'est une révolution.
29:11Par exemple,
29:12plus personne
29:13ne fait son programme
29:14d'ordinateur
29:16au laboratoire
29:17pour brancher
29:18un appareil
29:18sur l'ordinateur.
29:19Avant,
29:20il fallait faire
29:20le programme.
29:21Maintenant,
29:21on demande à l'IA
29:22de fabriquer le programme.
29:24mais la révolution
29:26a été très importante
29:28avec les ordinateurs.
29:29À partir du moment
29:29où elle avait un ordinateur
29:30qui était capable
29:31de résoudre
29:31des équations
29:33et des choses comme ça,
29:34ça a aussi
29:34beaucoup modifié
29:35notre façon de travailler.
29:37Donc,
29:37c'est un outil extraordinaire
29:39qui va sans doute
29:41révolutionner
29:41la façon de travailler
29:42au moins autant
29:43que l'ordinateur.
29:44La vraie question,
29:45c'est est-ce qu'il va y avoir
29:46un changement qualitatif
29:47de nature ?
29:48Jusqu'à présent,
29:49on n'en a pas d'exemple,
29:50mais pourquoi pas ?
29:51Et là,
29:51dans ces cas-là,
29:52c'est vertigineux ?
29:52Oui.
29:53Il faudra que la société
29:54s'adapte.
29:55Mais après tout,
29:56la société,
29:57c'est adapté
29:57à l'invention
29:58de l'écriture,
29:59c'est adapté
30:00à l'invention
30:00de l'imprimerie,
30:01c'est adapté
30:02à l'invention
30:03de l'ordinateur,
30:04donc elle devra s'adapter.
30:06Et alors,
30:07à ce jeune
30:07ou à cette jeune femme,
30:09ce jeune homme
30:10ou cette jeune femme
30:10qui voudrait faire
30:11des sciences aujourd'hui,
30:12qu'est-ce que vous lui diriez ?
30:13Je lui dirais d'une part
30:14que c'est intellectuellement
30:17tellement intéressant
30:18que ça vaut vraiment
30:19la peine d'y aller
30:21et puis que par ailleurs,
30:22il a quand même
30:23une chance
30:23de contribuer
30:24à la solution
30:25des problèmes
30:26qui se posent
30:27à la planète.
30:29Et il y en a ?
30:30Il y en a quelques-uns ?
30:31Et il y en a beaucoup.
30:32Je lui dirais
30:32qu'en travaillant
30:33dans la science,
30:34il a une chance
30:34de contribuer
30:35à la solution
30:35des problèmes.
30:36Et qu'en plus,
30:37c'est une vie de plaisir ?
30:38Ah oui,
30:39c'est une vie de plaisir,
30:40absolument.
30:40Et alors,
30:41on va parler de la science
30:42mais on va parler là aussi
30:43de vos travaux à vous.
30:45Sur votre épée
30:47d'académicien
30:47dont je parlais au début,
30:49vous avez fait graver
30:51les visages
30:52d'Einstein
30:53et de John Bell,
30:55si je ne trompe pas.
30:56Est-ce que vous pouvez expliquer
30:57pour les Béossiens
30:59qui nous regardent
31:00ou qui nous écoutent
31:01et puis pour celles
31:02qui vous posent
31:03des questions aussi,
31:05à travers eux,
31:06quelle est la querelle,
31:08le débat scientifique
31:09que vous avez tranché vous
31:11et qui vous a valu
31:12ce prix Nobel ?
31:13Alors,
31:14le débat
31:14était un débat
31:15entre Albert Einstein
31:17et Niels Bohr.
31:19Albert Einstein,
31:20l'un des vrais pionniers
31:21de la physique quantique
31:23et jusqu'à un certain point
31:25du développement
31:26de la physique quantique
31:27et Niels Bohr,
31:29je dirais,
31:29la figure tutélaire
31:31qui,
31:31à partir d'un certain point,
31:33a regroupé autour de lui,
31:35à Copenhague,
31:36l'ensemble des gens
31:36qui ont fait avancer
31:38jusqu'au point
31:39où ça a été
31:39une théorie bien établie.
31:41Et là,
31:41Einstein s'était déjà
31:42un petit peu retiré du jeu.
31:44Alors,
31:44pourquoi Einstein
31:45s'était-il retiré du jeu ?
31:47Parce que,
31:48autour de Niels Bohr,
31:50ce qu'on appelle
31:51l'école de Copenhague,
31:52avait une interprétation
31:53de la physique quantique.
31:55Je fais une parenthèse.
31:57Les résultats
31:58de la physique quantique
31:58s'expriment
31:59par des probabilités.
32:01Grosso modo,
32:02une question
32:02en physique quantique,
32:03c'est,
32:03si je mesure
32:04l'énergie des atomes,
32:06qu'est-ce que je peux avoir ?
32:08La réponse est,
32:09je peux avoir
32:09la valeur numéro 1
32:10ou numéro 2
32:11ou numéro 3,
32:12pas n'importe quelle valeur.
32:13C'est pour ça
32:14qu'on dit quantique.
32:15C'est parce qu'il y a
32:15un nombre fini de valeurs.
32:17Qui plus est,
32:18dans tel état quantique,
32:20on a une probabilité
32:21de 30%
32:22d'observer
32:22la première valeur,
32:2340% d'observer
32:25la deuxième valeur,
32:25etc.
32:26Le fait que ça s'exprime
32:28par des probabilités
32:29conduisait Einstein
32:30à penser
32:31qu'il y avait
32:31une théorie sous-jacente
32:33dont la physique quantique
32:35ne serait qu'une sorte
32:36de statistique.
32:37C'est sa fameuse phrase,
32:38les dieux ne jouent pas au dé ?
32:40Par exemple,
32:40oui,
32:41on exagère beaucoup
32:42sur cette phrase,
32:42mais grosso modo,
32:43c'est ça.
32:44Et Niels Bohr,
32:45lui,
32:45pensait que la physique quantique
32:48était la description
32:50ultime du monde.
32:51Mais là,
32:51on entre dans la philosophie.
32:53C'était la conception
32:54philosophique
32:54de Bohr
32:56qui le conduisait
32:57à penser
32:57qu'il était vain
32:59de chercher
32:59une description
33:00en dessous.
33:01et ce débat
33:02entre Bohr
33:03et Einstein
33:03qui a duré
33:04toute leur vie
33:05était un débat
33:06qui apparaissait
33:06totalement
33:08épistémologique,
33:09philosophique,
33:10sans aucune conséquence
33:12sur la pratique
33:12de la science.
33:13Donc,
33:14la majorité
33:15des physiciens
33:15actifs
33:16dans leur réalité,
33:18dans leur activité quotidienne
33:20ne s'y sont pas
33:20vraiment intéressés.
33:22Sauf vous !
33:22Non,
33:23non,
33:23non.
33:23Sauf John Bell
33:25en 1964.
33:26Donc,
33:27le débat
33:27débute
33:28dans les années 20
33:29mais mon sujet
33:32démarre
33:33avec un article
33:34d'Einstein
33:34avec ses collègues
33:35Podolski et Rosen
33:36en 1935.
33:37Et ce débat
33:38sur l'intrication
33:40dure toute leur vie.
33:42Einstein meurt
33:43en 1955,
33:44Bohr meurt
33:45en 1964,
33:47pardon,
33:47en 1962.
33:49Rien ne s'est passé
33:50jusque-là.
33:51C'est-à-dire
33:51aucun n'a réussi
33:52à convaincre l'autre.
33:531964,
33:54John Bell
33:55fait une découverte
33:56extraordinaire
33:56en suivant
33:58le point de vue
33:58d'Einstein
33:59dont je ne rentre pas
34:00dans les détails.
34:01Il démontre
34:02que
34:03certaines mesures
34:04sur des états
34:05intriqués
34:06vont aboutir
34:07à des résultats
34:08en désaccord
34:09avec ce que prévoit
34:11la théorie quantique.
34:12Donc,
34:13si on suit Einstein,
34:14on arrive
34:15à un désaccord
34:15avec la physique quantique
34:17qui jusque-là
34:18était totalement adoptée
34:19par Einstein.
34:20Einstein
34:20croyait parfaitement
34:21au calcul quantique.
34:23Il voulait
34:23les interpréter
34:24différemment.
34:25Et c'est pour ça
34:26que je dis
34:26que ça n'était
34:26que de la philosophie
34:27et de l'épistémologie.
34:28et d'un seul coup,
34:30on s'aperçoit
34:31que si on suit Einstein,
34:33il y a un moment
34:34où on est en désaccord
34:35avec les prévisions
34:37du calcul quantique.
34:39Alors ça,
34:39Einstein ne le savait pas.
34:41D'ailleurs,
34:41d'où le titre
34:42de mon livre,
34:42si Einstein avait su.
34:44Einstein ne savait pas.
34:45S'il avait su,
34:46s'il avait connu
34:47le théorème de Bell
34:48et puis le résultat
34:49des expériences.
34:50On ne sait pas
34:51ce qu'il aurait dit.
34:52Donc,
34:52je reviens à ça.
34:53Ce que John Bell découvre,
34:55c'est la possibilité
34:56de trancher
34:56par une expérience.
34:58Et donc,
34:59eh bien,
35:00John Clauser
35:00a fait,
35:02je dirais,
35:02la première expérience
35:03qui s'approchait
35:05du schéma
35:06suggéré
35:06par John Bell.
35:07et mon équipe
35:09à l'Institut d'Optique
35:10a fait une expérience
35:12plus sophistiquée
35:13que celle de Clauser,
35:15plus proche
35:16du schéma
35:16sur lequel
35:17résonnait John Bell.
35:19J'ai compris.
35:20Et voilà.
35:20Alors,
35:20vous allez me dire
35:21pourquoi pas Bohr ?
35:22Bah oui !
35:23Pourquoi il est absent
35:23de votre épée,
35:24ce pauvre Niels Bohr
35:25qui est quand même
35:25un grand physicien ?
35:27Parce qu'on m'a dit
35:27qu'il ne fallait pas
35:28que j'ai trop
35:28de symboles
35:30sur mon épée
35:30et si je ne pouvais
35:32en choisir que deux,
35:33pour moi,
35:33c'était Einstein
35:34parce qu'Einstein
35:35est pour moi
35:35le maître absolu
35:37je veux dire
35:38chaque fois que je lis
35:39un article d'Einstein
35:40je trouve que c'est
35:40tellement limpide
35:42que c'est extraordinaire
35:44et puis par ailleurs
35:45John Bell,
35:45sans John Bell
35:46je n'aurais pas fait
35:47ces expériences
35:48et je n'aurais certainement
35:49pas connu
35:52le prix Nobel,
35:53l'Académie des sciences,
35:54l'Académie française,
35:55etc.
35:56Et alors justement
35:57sur votre épée
35:58il y a quoi d'autre ?
35:59Alors sur mon épée
36:00il y a un certain nombre
36:01d'éléments
36:01qui rappellent
36:02que je suis un opticien
36:03par exemple
36:04il y a un cristal
36:05qu'on appelle
36:05un spade d'Islande
36:06qui décompose
36:08la lumière en polarisation
36:09les mesures de polarisation
36:10c'était important
36:11mais si je le posais
36:13sur le papier
36:13qui est devant vous là
36:14on verrait que ça dédouble
36:16le papier
36:16dont il y a le phénomène
36:17de double réfraction
36:18il y a des cris...
36:20Quand vous dites
36:20un opticien
36:21c'est au sens
36:22de la physique optique
36:23oui mais optique
36:24oui pas des lunettes
36:25non
36:26opticien au sens
36:28de maîtrisant
36:28les techniques expérimentales
36:30de l'optique
36:31j'adore les techniques
36:32expérimentales de l'optique
36:33il y a des barreaux
36:34de rubis
36:35parce que le premier
36:36j'ai utilisé plusieurs lasers
36:37dans mon expérience
36:38et le premier laser
36:40qui n'ait jamais
36:41été mis en oeuvre
36:42était basé
36:43sur du rubis
36:43donc il y a des barreaux
36:45de rubis
36:45rubis artificiels
36:46c'est pas cher
36:47mais il y a le côté
36:49joaillier dans le rubis
36:50et le côté
36:51c'est la physique du laser
36:53un détail peut-être
36:55amusant
36:55l'épée est réalisée
36:57dans un métal
36:58qui s'appelle l'invar
36:59l'invar
36:59son nom
37:00invar
37:01veut dire invariable
37:02lorsque la température change
37:04c'est un métal
37:05qui a la propriété
37:06de ne pas se dilater
37:07pratiquement
37:08quand vous le chauffez
37:09c'est très important
37:11pour les instruments d'optique
37:12parce que si la température
37:13change dans la pièce
37:14il ne faut pas
37:14que les instruments
37:15se dérèglent
37:16l'invar
37:17a été inventé
37:18par un Suisse
37:19dont le nom
37:20m'échappe
37:20en ce moment
37:21qui a eu le prix Nobel
37:22pour l'invention
37:23de l'invar
37:24en 1920
37:25et donc voilà
37:26l'épée
37:28est faite
37:28en invar
37:29ah si
37:30un détail
37:31très important
37:32la gare de l'épée
37:34est une ellipse
37:35qui rappelle
37:36les trajectoires
37:37des planètes
37:37et des astéroïdes
37:39et j'ai gravé
37:40deux numéros
37:41à l'intérieur
37:42le numéro
37:43de l'astéroïde
37:44attribué
37:44à mon professeur
37:46de physique
37:46Maurice Hirsch
37:47j'ai réussi
37:48à lui faire
37:48attribuer
37:50un astéroïde
37:51à Maurice Hirsch
37:52et puis le deuxième
37:53c'est le mien
37:54parce que quelqu'un
37:55a donné
37:57mon nom
37:58à un astéroïde
37:59et dont
37:59les deux numéros
38:00gravés
38:01rappellent
38:02qu'il y a
38:03deux astéroïdes
38:04un pour Maurice Hirsch
38:06en particulier
38:06et j'aime beaucoup
38:07la citation
38:08pour Maurice Hirsch
38:08c'est moi
38:09qui l'ai énoncé
38:10c'est pour Maurice Hirsch
38:12et tous les professeurs
38:13de physique
38:13qui ont su donner
38:15à leurs élèves
38:15la passion
38:16de la physique
38:16et de la chimie
38:17c'est beau
38:18c'est beau
38:20alors il est arrivé
38:21le temps
38:22de ma dernière question
38:23et elle est rituelle
38:24c'est une question
38:25sur les billets d'euros
38:27alors vous connaissez
38:27bien entendu
38:28les billets d'euros
38:29vous en avez peut-être
38:30usage quand même
38:30de temps en temps
38:31oui
38:31plus beaucoup
38:32maintenant j'utilise
38:33les moyens électroniques
38:35alors bon
38:36vous savez quand même
38:37que dessus
38:38sont représentés
38:38des arches
38:39et des ponts
38:40qui n'existent même pas
38:43dans les pays
38:44et il paraît
38:46que ça va changer
38:47Christine Lagarde
38:48à la Banque Centrale Européenne
38:50a dit qu'elle envisageait
38:51de mettre quand même
38:52des figures historiques
38:53ou des paysages
38:55qui existent vraiment
38:55des monuments
38:56si vous
38:57Alain Aspect
38:58vous aviez à suggérer
39:00une personnalité historique
39:02à mettre sur
39:03les billets
39:04de 20 euros
39:05laquelle serait-elle ?
39:08Bon alors ça dépend
39:09si je prends ma casquette
39:10de scientifique
39:11ou ma casquette
39:12de culture
39:13oui je suis dans
39:14les deux académies
39:15académie des sciences
39:16et académie française
39:17alors commençons
39:18par la culture scientifique
39:19par la culture scientifique
39:20pour moi
39:21il n'y a vraiment
39:22aucun doute
39:22c'est Einstein
39:23en premier
39:25Galilée aussi
39:26pour moi Galilée
39:27fait partie
39:27de l'un des très grands
39:30alors j'ai failli
39:31dire Newton
39:31mais les Anglais
39:32ils sont pas
39:32les Anglais
39:33ils reviendront
39:34paraît-il
39:35sinon on pourrait
39:36mettre Newton aussi
39:39Galilée vous dites
39:40c'est parce que
39:41parce que Galilée
39:42a totalement rompu
39:43avec la façon de penser
39:44et pourtant elle tourne
39:44non non
39:45c'est pas à cause
39:46et pourtant elle tourne
39:47il a totalement rompu
39:49avec la façon de penser
39:50d'Aristote
39:51Aristote avait un gros intérêt
39:53c'est qu'il avait posé
39:54les bonnes questions
39:55mais ses réponses
39:56étaient nulles
39:57sur le plan de la physique
39:59par exemple
40:00Aristote disait
40:01pourquoi est-ce qu'un corps
40:02tombe
40:02et il répondait
40:03parce que son lieu naturel
40:05est le bas
40:06je caricature un peu
40:07mais c'est un peu ça
40:08tandis que Galilée
40:09a compris que
40:10la bonne question
40:10à se poser
40:11c'est comment un corps
40:12tombe-t-il
40:14et on va arriver
40:15à écrire
40:16une équation mathématique
40:17qui montre que
40:18la vitesse croît
40:19au fur et à mesure
40:20de la chute
40:21et donc c'est un mouvement
40:22accéléré
40:23et par ailleurs
40:24Galilée invente
40:26la notion
40:26d'expérience de pensée
40:28c'est-à-dire
40:28il dit
40:29si je lance une bille
40:30face à un plein incliné
40:32qui remonte un petit peu
40:33elle va une certaine distance
40:35s'il remonte un peu loin
40:36elle va encore plus loin
40:37et s'il remonte pas du tout
40:39ça va aller à l'infini
40:40ça c'est une expérience de pensée
40:42et c'est grâce
40:43à cette expérience de pensée
40:44qu'il comprend
40:46ce que n'avait
40:47absolument pas compris
40:48Aristote
40:49c'est que si on lance un corps
40:50et qu'il n'y a
40:51aucune force
40:52qui le retient
40:52il va continuer
40:53indéfiniment
40:54alors qu'Aristote pensait
40:55que pour avancer
40:56il fallait tirer
40:57en permanence sur le corps
40:58donc Galilée représente
41:00une rupture complète
41:01c'est vraiment
41:02l'émergence
41:03de la physique moderne
41:05Galilée
41:06c'est une révolution
41:08épistémologique
41:09extraordinaire
41:10donc qu'est-ce que j'ai dit
41:11vous avez dit
41:12Einstein et Galilée
41:13avec votre casquette
41:14de scientifique
41:15voilà
41:15alors voilà
41:17et donc pour les autres
41:18je ne sais pas
41:19moi on va citer
41:20on va citer
41:21Victor Hugo
41:23Goethe
41:24bon Shakespeare
41:24non à cause des Anglais
41:25qui sont à cause du Brexit
41:28non mais vous voyez
41:29on peut aller dans
41:29puis Léonard de Vinci
41:31enfin moi je n'ai pas de problème
41:32tous ces gens-là
41:33sont des gens tellement merveilleux
41:34et donc il faudra quand même
41:36faire plaisir un peu
41:37à plusieurs pays
41:38Léonard de Vinci
41:39davantage
41:40il fait plaisir à la fois
41:41aux Italiens
41:41et aux Français
41:42c'est pas mal
41:43peut-être on le retiendra
41:45alors merci beaucoup
41:46Alain Aspect
41:46merci pour le temps passé
41:48si cet entretien
41:49vous a plu
41:50n'hésitez pas
41:51à nous laisser des commentaires
41:52sur vos plateformes
41:53habituelles
41:54de podcast
41:55et de vidéo
41:56cette première saison
41:58des grands entretiens
41:59d'Anne Rosencher
42:00s'enterront
42:00pour quelques semaines
42:02rendez-vous
42:02à la rentrée
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