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  • il y a 21 heures
Il y a d'abord une réalité, celle des chiffres. Frontex publie chaque année des données qui font autorité. Les entrées irrégulières sur le Vieux Continent ont chuté de 53 % en deux ans - soit 178 000 franchissements en 2025, contre 380 000 en 2023. La résorption de plusieurs crises aux portes de l'Europe - Syrie en tête - y est pour beaucoup.

Il y a ensuite un climat politique général, celui d'un durcissement des règles sans précédent en Europe. "La gestion des flux d'immigration, cela dit des choses sur la manière dont on perçoit les êtres humains qui arrivent à nos frontières. Est-ce que ce sont des victimes ou est-ce que ce sont des menaces ? La perception que ce seraient des menaces s'est amplifiée en Europe ces derniers temps" pose Yves Bertoncini, consultant et enseignant en affaires européennes.

Ce paradoxe, aux allures de thermomètre cassé, c'est l'objet de ce nouveau long format vidéo raconté par la rédaction vidéo de L'Express, à retrouver également sur tous nos réseaux sociaux.

Réalisation : Renaud Toffier
Motion Design : Benjamin Chazal
Intervenant : Yves Bertoncini

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Transcription
00:00En Europe, l'immigration clandestine est en chute libre.
00:03Pourtant, on est d'accord, ce n'est pas toujours l'impression qu'on a.
00:06Notre continent ne sera plus celui des Européens,
00:09si nous ne mettons pas un terme au déferlement migratoire.
00:13Effectivement, l'Europe est en danger.
00:14La civilisation chrétienne, judéo-chrétienne européenne,
00:17elle est soumise aujourd'hui à des flux migratoires gigantesques.
00:20Un projet de submersion migratoire des nations européennes.
00:24Évidemment qu'il faudrait lutter totalement contre l'immigration illégale
00:27et Schengen n'est plus adapté à cette lutte.
00:30Moi, d'ailleurs, je ne parle plus d'immigration,
00:32je parle littéralement d'invasion migratoire.
00:34C'est chaud.
00:34Frontex publie chaque année des chiffres qui font autorité.
00:37En 2023, ils ont dénombré 380 000 passages irréguliers.
00:41En 2025, le chiffre est tombé à 178 000, soit une baisse de plus de 50%.
00:46Si on remonte au pic de la crise des réfugiés syriens de 2015,
00:50on parlait alors de 2,3 millions de passages.
00:53Et pourtant, l'Union européenne vient de durcir assez nettement
00:56ces règles concernant l'immigration.
00:58Alors c'est justement ce paradoxe qu'on a envie de décrypter dans cette vidéo.
01:01Et on va le faire avec l'aide d'Yves Bertoncini,
01:03consultant et enseignant en affaires européennes.
01:06Puisque c'est un débat extrêmement sensible politiquement,
01:10en effet, il s'agit aussi d'adresser des signaux aux opinions publiques.
01:15On commence par les chiffres.
01:17On peut voir ici l'évolution des routes migratoires en un an.
01:20La Méditerranée est toujours, de loin d'ailleurs, la première voie d'accès.
01:24Mais regardez dans le détail, on voit que les flux se tarissent dans l'Est,
01:28moins 27%, se stabilisent au centre et s'accroissent un peu à l'Ouest, plus 14%.
01:34La voie des Balkans et de l'Est de l'Europe est par contre en chute très nette,
01:39tout comme les venues en provenance de l'Afrique de l'Ouest.
01:41Les départs irréguliers vers le Royaume-Uni, vous le voyez, restent plutôt stables.
01:45Et les données brutes sont probablement surestimées
01:48parce qu'on compte ici les passages irréguliers de frontières.
01:51Donc une personne qui passe par l'Est de la Méditerranée
01:55et qui rejoint finalement le Royaume-Uni
01:57pourrait très bien être comptée plusieurs fois.
01:59Comment expliquer cette chute ?
02:01En fait, il y a trois raisons principales.
02:03D'abord, des crises qui se résorbent aux portes de l'Europe.
02:06Le dernier exemple en date, c'est la Syrie.
02:08Bachar Al-Assad a fui le pays le 8 décembre 2024
02:11et mécaniquement, les flux migratoires ont baissé.
02:15Deuxième raison, un travail plus efficace de Frontex.
02:18C'est l'agence européenne qui aide les États
02:20à protéger les frontières extérieures.
02:22Frontex, c'est une agence qui a été créée au tout début à Varsovie,
02:26loin d'ailleurs des flux migratoires clandestins,
02:29pour assister les États membres.
02:32Et depuis une dizaine d'années,
02:34depuis qu'il y a eu un afflux migratoire massif en 2015-2016,
02:39quand même, on lui a donné de plus en plus de moyens humains et financiers
02:43pour renforcer ses actions à la frontière, sinon dans la profondeur.
02:46Et troisième raison, les accords qui ont été conclus par Bruxelles
02:49avec des pays tiers, il y en a eu avec la Tunisie
02:53ou avec l'Égypte par exemple.
02:54L'idée est de leur donner de l'argent et de mieux se coordonner
02:57pour que ces pays s'engagent à freiner l'immigration irrégulière.
03:01Tout ça combiné explique la baisse à la fois des flux d'immigration clandestine
03:07et même aussi d'ailleurs la baisse à peu près comparable
03:10en pourcentage des demandeurs d'asile.
03:12Ça c'est important, le fait que les demandes d'asile suivent la même tendance,
03:16ça laisse entendre que cette baisse n'est pas conjoncturelle.
03:19Et d'ailleurs vous savez qu'elle a été en 2025 la provenance numéro 1
03:22des migrants qui demandent l'asile au sein de l'UE, le Venezuela.
03:26Preuve s'il en est que la politique et la géopolitique,
03:29ça compte quand même pas mal dans l'équation.
03:30Dans ce contexte, on pourrait se dire qu'en Europe,
03:33l'immigration clandestine est de moins en moins un problème.
03:36178 000 entrées irrégulières en 2025, ça correspond, j'ai sorti la calculette,
03:41à 0,039% de la population actuelle de l'UE.
03:46Et pourtant, Bruxelles vient d'opérer un tour de vis sans précédent.
03:49Un pacte européen est entré en vigueur depuis le 12 juin.
03:53Il renforce les contrôles aux frontières extérieures,
03:56harmonise les procédures entre les 27 et crée un mécanisme de solidarité
04:00entre les Etats membres.
04:10Le 17 juin, le Parlement a aussi adopté un règlement sur les retours
04:15qui vise les migrants sans droit au séjour.
04:18Car Bruxelles a constaté que le taux de retour a atteint en moyenne 28% en 2025.
04:23Et donc, avec ce nouveau règlement, il y aura la possibilité offerte aux Etats membres
04:27de renvoyer des illégaux dans des hubs situés en dehors de l'UE,
04:31dans des pays qui seront considérés comme sûrs.
04:34Le Rwanda, l'Ouganda ou l'Ouzbékistan, plusieurs pays sont à l'étude.
04:38C'est une idée qui fait polémique.
04:39Ça avait déjà été envisagé par le Royaume-Uni avec le Rwanda
04:42et par l'Italie avec l'Albanie.
04:45Et dans les deux cas, ça s'était conclu par un fiasco.
04:47L'Albanie est un pays tout à fait respectable, pas très loin de nous,
04:52qui a des liens avec l'Italie de proximité déjà géographique.
04:55Et même du point de vue humanitaire et logistique,
04:58ce n'était pas si compliqué à organiser.
05:00Et pourtant, ça n'a pas marché.
05:02Alors, le contre-argument, c'est oui, ça n'a pas marché
05:04parce qu'il y a eu plein de recours.
05:05Et justement, les règles européennes ne le permettaient pas.
05:08L'Union européenne nous empêchait.
05:09Et alors là, je dis, bon, ben, quid de ce qu'avait voulu dire,
05:13de ce qu'a voulu faire le Royaume-Uni avec le Rwanda ?
05:16Parce que là, pour le coup, au Royaume-Uni Rwanda,
05:18vous ne voyez pas très bien la proximité ni géographique,
05:21ni historique, ni logistique.
05:23Et ça n'a pas marché non plus, du tout.
05:25Beaucoup d'argent dépensé pour rien.
05:27Et pour le coup, l'Union européenne n'a rien à voir là-dedans
05:29puisque le Brexit était déjà intervenu.
05:32Certains pays ont montré un intérêt pour ces fameux hubs de retour
05:35comme l'Allemagne ou le Danemark, la France beaucoup moins.
05:39Je ne suis pas sûr que ce soit ça, notre Europe.
05:41Je ne suis pas sûr que ce soit les principes fondamentaux
05:44sur lesquels notre Europe s'est construite.
05:46Mais il ne vous aura pas échappé que nous avons une présidentielle en avril 2027
05:50et que le contexte politique pourrait changer.
05:53Et justement, le contexte politique, c'est ce qu'il y a de plus pertinent
05:56pour comprendre cette séquence de durcissement.
05:59Dans les trois premières économies européennes,
06:01France, Allemagne, Royaume-Uni,
06:03l'extrême droite est en tête des sondages,
06:05du jamais vu depuis la Seconde Guerre mondiale
06:07et ses formations politiques appuient fort sur le thème de l'immigration.
06:10Au Parlement européen, le centre de gravité s'est également déplacé à droite
06:15et la pression s'est amplifiée sur l'immigration.
06:18Au fond, la gestion des flux d'immigration en général
06:22et en particulier d'immigration clandestine,
06:26ça dit des choses sur la manière dont on perçoit
06:29les êtres humains qui arrivent à nos frontières.
06:31Est-ce que ce sont des victimes ou est-ce que ce sont des menaces ?
06:33La perception que ce seraient des menaces s'est amplifiée en Europe ces derniers temps.
06:38Il est vrai que parmi eux, il y a une dizaine d'années,
06:42il y a eu quand même des infiltrations terroristes
06:44qui sont venues jusqu'au stade de France sévir dans Paris.
06:48Et donc sur ce sujet-là, il y a aussi un problème identitaire
06:52qui nous concerne face à quelque chose
06:54qui restera opérationnellement très complexe à régler
06:57et effectivement dont coutume de s'emparer les nationalistes,
07:01les populistes, les xénophobes, on peut les appeler tels qu'on le voudra,
07:05qui touchent ce point sensible dans le débat public,
07:09mais dont je ne crois pas que les solutions apporteraient grand-chose.
07:12Il y a finalement deux grands paradoxes et un point d'interrogation.
07:16Premier paradoxe, l'omniprésence de l'immigration en Europe dans le débat public
07:20est devenu un sujet qui est aujourd'hui inversement proportionnel à la réalité des chiffres.
07:25Un peu comme si le thermomètre était cassé et qu'il annonçait 20 degrés, ressenti 35.
07:29Le deuxième paradoxe, c'est que l'Europe est dans un hiver démographique.
07:33La natalité est en chute, la population vieillit et nos systèmes sociaux s'essoufflent.
07:37L'immigration, parfois vue comme un danger,
07:39est surtout perçue comme un besoin dans de nombreux secteurs économiques.
07:43Et le grand point d'interrogation, c'est la façon dont ce débat
07:46va occuper le terrain de la prochaine présidentielle en France.
07:49Si l'on revient au vote du 17 juin à Bruxelles, celui sur le règlement retour,
07:53que les députés issus de LFI, des écologistes ou du PS aient voté contre,
07:57ce n'est pas étonnant.
07:58Mais que la droite et l'extrême droite aient joint à leur voix
08:01et se soient félicitées d'une décision de l'Union européenne, ça, ça l'est davantage.
08:05Pendant des années, l'Europe a été le synonyme de l'impuissance de nos pays
08:09face à l'immigration illégale.
08:11Aujourd'hui, c'est terminé.
08:12Même si ce texte ne résoudra pas tout, il constitue un préalable
08:17et démontre notre capacité à nouer des alliances de rupture
08:20aptes à influer sur la vie politique européenne.
08:23Mais attendez, on peut peut-être se dire, tiens, sur telle ou telle question,
08:28on peut voter ensemble.
08:29Et c'est ce qu'ils ont fait au Parlement européen et ça change tout.
08:32Ce que j'en rêve, c'est qu'ils tirent les leçons de ça pour ici.
08:36Quant au bloc centriste, il n'a pas vraiment fait bloc sur le texte.
08:39Les membres d'Horizon liés à Édouard Philippe ont voté pour,
08:42les membres de Renaissance liés à Gabriel Attal ont voté contre.
08:47Au fond, ce débat pose une question simple.
08:49Est-ce qu'il faut gouverner avec des chiffres
08:50ou avec les inquiétudes qu'ils suscitent ?
08:53En tout cas, l'immigration pourrait bien reconfigurer
08:55les équilibres politiques à moins d'un an de la présidentielle.
08:58Si vous avez aimé cette vidéo, n'hésitez pas à vous abonner
09:01pour ne rien manquer de nos prochains contenus.
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