00:00En Europe, l'immigration clandestine est en chute libre.
00:03Pourtant, on est d'accord, ce n'est pas toujours l'impression qu'on a.
00:06Notre continent ne sera plus celui des Européens,
00:09si nous ne mettons pas un terme au déferlement migratoire.
00:13Effectivement, l'Europe est en danger.
00:14La civilisation chrétienne, judéo-chrétienne européenne,
00:17elle est soumise aujourd'hui à des flux migratoires gigantesques.
00:20Un projet de submersion migratoire des nations européennes.
00:24Évidemment qu'il faudrait lutter totalement contre l'immigration illégale
00:27et Schengen n'est plus adapté à cette lutte.
00:30Moi, d'ailleurs, je ne parle plus d'immigration,
00:32je parle littéralement d'invasion migratoire.
00:34C'est chaud.
00:34Frontex publie chaque année des chiffres qui font autorité.
00:37En 2023, ils ont dénombré 380 000 passages irréguliers.
00:41En 2025, le chiffre est tombé à 178 000, soit une baisse de plus de 50%.
00:46Si on remonte au pic de la crise des réfugiés syriens de 2015,
00:50on parlait alors de 2,3 millions de passages.
00:53Et pourtant, l'Union européenne vient de durcir assez nettement
00:56ces règles concernant l'immigration.
00:58Alors c'est justement ce paradoxe qu'on a envie de décrypter dans cette vidéo.
01:01Et on va le faire avec l'aide d'Yves Bertoncini,
01:03consultant et enseignant en affaires européennes.
01:06Puisque c'est un débat extrêmement sensible politiquement,
01:10en effet, il s'agit aussi d'adresser des signaux aux opinions publiques.
01:15On commence par les chiffres.
01:17On peut voir ici l'évolution des routes migratoires en un an.
01:20La Méditerranée est toujours, de loin d'ailleurs, la première voie d'accès.
01:24Mais regardez dans le détail, on voit que les flux se tarissent dans l'Est,
01:28moins 27%, se stabilisent au centre et s'accroissent un peu à l'Ouest, plus 14%.
01:34La voie des Balkans et de l'Est de l'Europe est par contre en chute très nette,
01:39tout comme les venues en provenance de l'Afrique de l'Ouest.
01:41Les départs irréguliers vers le Royaume-Uni, vous le voyez, restent plutôt stables.
01:45Et les données brutes sont probablement surestimées
01:48parce qu'on compte ici les passages irréguliers de frontières.
01:51Donc une personne qui passe par l'Est de la Méditerranée
01:55et qui rejoint finalement le Royaume-Uni
01:57pourrait très bien être comptée plusieurs fois.
01:59Comment expliquer cette chute ?
02:01En fait, il y a trois raisons principales.
02:03D'abord, des crises qui se résorbent aux portes de l'Europe.
02:06Le dernier exemple en date, c'est la Syrie.
02:08Bachar Al-Assad a fui le pays le 8 décembre 2024
02:11et mécaniquement, les flux migratoires ont baissé.
02:15Deuxième raison, un travail plus efficace de Frontex.
02:18C'est l'agence européenne qui aide les États
02:20à protéger les frontières extérieures.
02:22Frontex, c'est une agence qui a été créée au tout début à Varsovie,
02:26loin d'ailleurs des flux migratoires clandestins,
02:29pour assister les États membres.
02:32Et depuis une dizaine d'années,
02:34depuis qu'il y a eu un afflux migratoire massif en 2015-2016,
02:39quand même, on lui a donné de plus en plus de moyens humains et financiers
02:43pour renforcer ses actions à la frontière, sinon dans la profondeur.
02:46Et troisième raison, les accords qui ont été conclus par Bruxelles
02:49avec des pays tiers, il y en a eu avec la Tunisie
02:53ou avec l'Égypte par exemple.
02:54L'idée est de leur donner de l'argent et de mieux se coordonner
02:57pour que ces pays s'engagent à freiner l'immigration irrégulière.
03:01Tout ça combiné explique la baisse à la fois des flux d'immigration clandestine
03:07et même aussi d'ailleurs la baisse à peu près comparable
03:10en pourcentage des demandeurs d'asile.
03:12Ça c'est important, le fait que les demandes d'asile suivent la même tendance,
03:16ça laisse entendre que cette baisse n'est pas conjoncturelle.
03:19Et d'ailleurs vous savez qu'elle a été en 2025 la provenance numéro 1
03:22des migrants qui demandent l'asile au sein de l'UE, le Venezuela.
03:26Preuve s'il en est que la politique et la géopolitique,
03:29ça compte quand même pas mal dans l'équation.
03:30Dans ce contexte, on pourrait se dire qu'en Europe,
03:33l'immigration clandestine est de moins en moins un problème.
03:36178 000 entrées irrégulières en 2025, ça correspond, j'ai sorti la calculette,
03:41à 0,039% de la population actuelle de l'UE.
03:46Et pourtant, Bruxelles vient d'opérer un tour de vis sans précédent.
03:49Un pacte européen est entré en vigueur depuis le 12 juin.
03:53Il renforce les contrôles aux frontières extérieures,
03:56harmonise les procédures entre les 27 et crée un mécanisme de solidarité
04:00entre les Etats membres.
04:10Le 17 juin, le Parlement a aussi adopté un règlement sur les retours
04:15qui vise les migrants sans droit au séjour.
04:18Car Bruxelles a constaté que le taux de retour a atteint en moyenne 28% en 2025.
04:23Et donc, avec ce nouveau règlement, il y aura la possibilité offerte aux Etats membres
04:27de renvoyer des illégaux dans des hubs situés en dehors de l'UE,
04:31dans des pays qui seront considérés comme sûrs.
04:34Le Rwanda, l'Ouganda ou l'Ouzbékistan, plusieurs pays sont à l'étude.
04:38C'est une idée qui fait polémique.
04:39Ça avait déjà été envisagé par le Royaume-Uni avec le Rwanda
04:42et par l'Italie avec l'Albanie.
04:45Et dans les deux cas, ça s'était conclu par un fiasco.
04:47L'Albanie est un pays tout à fait respectable, pas très loin de nous,
04:52qui a des liens avec l'Italie de proximité déjà géographique.
04:55Et même du point de vue humanitaire et logistique,
04:58ce n'était pas si compliqué à organiser.
05:00Et pourtant, ça n'a pas marché.
05:02Alors, le contre-argument, c'est oui, ça n'a pas marché
05:04parce qu'il y a eu plein de recours.
05:05Et justement, les règles européennes ne le permettaient pas.
05:08L'Union européenne nous empêchait.
05:09Et alors là, je dis, bon, ben, quid de ce qu'avait voulu dire,
05:13de ce qu'a voulu faire le Royaume-Uni avec le Rwanda ?
05:16Parce que là, pour le coup, au Royaume-Uni Rwanda,
05:18vous ne voyez pas très bien la proximité ni géographique,
05:21ni historique, ni logistique.
05:23Et ça n'a pas marché non plus, du tout.
05:25Beaucoup d'argent dépensé pour rien.
05:27Et pour le coup, l'Union européenne n'a rien à voir là-dedans
05:29puisque le Brexit était déjà intervenu.
05:32Certains pays ont montré un intérêt pour ces fameux hubs de retour
05:35comme l'Allemagne ou le Danemark, la France beaucoup moins.
05:39Je ne suis pas sûr que ce soit ça, notre Europe.
05:41Je ne suis pas sûr que ce soit les principes fondamentaux
05:44sur lesquels notre Europe s'est construite.
05:46Mais il ne vous aura pas échappé que nous avons une présidentielle en avril 2027
05:50et que le contexte politique pourrait changer.
05:53Et justement, le contexte politique, c'est ce qu'il y a de plus pertinent
05:56pour comprendre cette séquence de durcissement.
05:59Dans les trois premières économies européennes,
06:01France, Allemagne, Royaume-Uni,
06:03l'extrême droite est en tête des sondages,
06:05du jamais vu depuis la Seconde Guerre mondiale
06:07et ses formations politiques appuient fort sur le thème de l'immigration.
06:10Au Parlement européen, le centre de gravité s'est également déplacé à droite
06:15et la pression s'est amplifiée sur l'immigration.
06:18Au fond, la gestion des flux d'immigration en général
06:22et en particulier d'immigration clandestine,
06:26ça dit des choses sur la manière dont on perçoit
06:29les êtres humains qui arrivent à nos frontières.
06:31Est-ce que ce sont des victimes ou est-ce que ce sont des menaces ?
06:33La perception que ce seraient des menaces s'est amplifiée en Europe ces derniers temps.
06:38Il est vrai que parmi eux, il y a une dizaine d'années,
06:42il y a eu quand même des infiltrations terroristes
06:44qui sont venues jusqu'au stade de France sévir dans Paris.
06:48Et donc sur ce sujet-là, il y a aussi un problème identitaire
06:52qui nous concerne face à quelque chose
06:54qui restera opérationnellement très complexe à régler
06:57et effectivement dont coutume de s'emparer les nationalistes,
07:01les populistes, les xénophobes, on peut les appeler tels qu'on le voudra,
07:05qui touchent ce point sensible dans le débat public,
07:09mais dont je ne crois pas que les solutions apporteraient grand-chose.
07:12Il y a finalement deux grands paradoxes et un point d'interrogation.
07:16Premier paradoxe, l'omniprésence de l'immigration en Europe dans le débat public
07:20est devenu un sujet qui est aujourd'hui inversement proportionnel à la réalité des chiffres.
07:25Un peu comme si le thermomètre était cassé et qu'il annonçait 20 degrés, ressenti 35.
07:29Le deuxième paradoxe, c'est que l'Europe est dans un hiver démographique.
07:33La natalité est en chute, la population vieillit et nos systèmes sociaux s'essoufflent.
07:37L'immigration, parfois vue comme un danger,
07:39est surtout perçue comme un besoin dans de nombreux secteurs économiques.
07:43Et le grand point d'interrogation, c'est la façon dont ce débat
07:46va occuper le terrain de la prochaine présidentielle en France.
07:49Si l'on revient au vote du 17 juin à Bruxelles, celui sur le règlement retour,
07:53que les députés issus de LFI, des écologistes ou du PS aient voté contre,
07:57ce n'est pas étonnant.
07:58Mais que la droite et l'extrême droite aient joint à leur voix
08:01et se soient félicitées d'une décision de l'Union européenne, ça, ça l'est davantage.
08:05Pendant des années, l'Europe a été le synonyme de l'impuissance de nos pays
08:09face à l'immigration illégale.
08:11Aujourd'hui, c'est terminé.
08:12Même si ce texte ne résoudra pas tout, il constitue un préalable
08:17et démontre notre capacité à nouer des alliances de rupture
08:20aptes à influer sur la vie politique européenne.
08:23Mais attendez, on peut peut-être se dire, tiens, sur telle ou telle question,
08:28on peut voter ensemble.
08:29Et c'est ce qu'ils ont fait au Parlement européen et ça change tout.
08:32Ce que j'en rêve, c'est qu'ils tirent les leçons de ça pour ici.
08:36Quant au bloc centriste, il n'a pas vraiment fait bloc sur le texte.
08:39Les membres d'Horizon liés à Édouard Philippe ont voté pour,
08:42les membres de Renaissance liés à Gabriel Attal ont voté contre.
08:47Au fond, ce débat pose une question simple.
08:49Est-ce qu'il faut gouverner avec des chiffres
08:50ou avec les inquiétudes qu'ils suscitent ?
08:53En tout cas, l'immigration pourrait bien reconfigurer
08:55les équilibres politiques à moins d'un an de la présidentielle.
08:58Si vous avez aimé cette vidéo, n'hésitez pas à vous abonner
09:01pour ne rien manquer de nos prochains contenus.
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