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00:01Bonjour Selma. Bonjour Rachid. On l'a dit, on va parler de ces entraîneurs qui doivent endosser beaucoup de choses
00:09lorsque l'équipe qu'ils entraînent, évidemment, n'a pas le comportement qu'il faut.
00:15C'est le cas de le dire. Et le dernier exemple en date, Rachid, c'est le Sénégal. Après l
00:20'élimination du pays face à la Belgique, un des joueurs de l'équipe sénégalaise a publiquement contesté certains choix tactiques
00:30du dernier match et il a annoncé qu'il ne reviendrait plus en sélection tant que le staff technique actuel
00:36resterait en place.
00:37Sans juger qui a tort ou qui a raison, cet épisode démontre que le rôle de l'entraîneur ne se
00:42limite plus à décider. Il doit aussi convaincre.
00:46Autre exemple récent pendant cette Coupe du Monde, c'est Ong Myung Bo, le sélectionneur sud-coréen qui a démissionné
00:51après l'élimination de son équipe en Coupe du Monde.
00:54Mais au-delà de l'échec sportif, ce qui frappe, c'est surtout la façon dont la défaite a débordé
01:00du terrain. On a vu des images en Corée du Sud de commerce lui interdisant l'entrée.
01:06Le président sud-coréen a même critiqué l'incompétence du sélectionnaire et une pétition réclamant son départ a même été
01:15lancée.
01:16D'ailleurs, les Sénégalais ont aussi lancé une pétition contre leur entraîneur. Donc, on va suivre l'affaire de près.
01:22Et c'est là qu'on voit qu'une élimination est tout autant collective qu'une victoire. Mais au moment
01:26de chercher un responsable, la défaite prend souvent le visage de l'entraîneur.
01:31En sélection nationale, la pression est forte. Quand le résultat ne suit pas, chaque choix devient immédiatement discutable.
01:38Et les conférences de presse offrent souvent de grands moments entre journalistes et entraîneurs.
01:44On l'a vu récemment avec Ronald Coman. Il a désormais quitté son poste. C'est l'entraîneur des Pays
01:49-Bas.
01:49Et donc, du coup, suite à sa défaite face au Maroc, il a quitté son poste.
01:53Mais directement après la défaite du pays, les journalistes l'ont interrogé avec énormément d'insistance.
02:01Il était encore à chaud et rien n'avait encore été décidé.
02:07On l'a aussi vu lors de la Cannes avec Walid Regragui. Certaines questions portées directement sur sa responsabilité et
02:15sur son avenir à la tête de la sélection.
02:18Lors de la conférence de presse, un journaliste va carrément jusqu'à lui faire part de sa déception personnelle.
02:23Et il finit même par le presser à démissionner.
02:27Donc la conférence de presse peut devenir une vraie scène de confrontation.
02:31Le match est fini, mais la phase des jugements commence.
02:34Alors oui, bien sûr, ça fait partie du jeu.
02:36Et les entraîneurs le savent.
02:38C'est pour ça que la plupart du temps, ils gardent leur calme.
02:41Mais parfois, ça peut leur arriver de craquer.
02:42Et José Mourinho, connu pour son tempérament de feu, a presque transformé la conférence de presse en moment théâtral.
02:50On attend toujours qu'il se passe quelque chose quand Mourinho entre dans la salle.
02:54Et il a offert de grands moments aux journalistes, comme celui où il s'attribue lui-même le surnom de
02:59The Special One, donc le spécial.
03:01Où quand, après une défaite à la tête de Manchester United, il va jusqu'à réclamer du respect, rappeler ses
03:06titres, affronter les journalistes en frontal.
03:09Puis, il quitte la salle de façon assez dramatique.
03:11Donc, avec Mourinho, la pression passe souvent de la pelouse à la salle de presse.
03:16Et parfois, la tension se lit directement sur le terrain.
03:19Roberto Mancini, avec l'Arabie Saoudite, avait quitté le bord du terrain avant la fin d'une séance de tir
03:25au but contre la Corée du Sud.
03:26Le geste a été perçu comme un abandon et jugé inacceptable par la Fédération Saoudienne.
03:32Mancini s'est excusé.
03:33Mais quelques mois plus tard, suite à d'autres résultats décevants, il quittait son poste d'entraîneur à la tête
03:39de l'équipe d'Arabie Saoudite.
03:40Il y a aussi les entraîneurs qui craquent par les mots, comme Antonio Conte lorsqu'il entraînait Tottenham.
03:46Il avait explosé publiquement en conférence de presse contre ses joueurs après un match nul contre Southampton.
03:52En conférence de presse, il avait traité ses joueurs d'égoïstes.
03:56Il leur avait aussi reproché leur manque d'esprit collectif.
04:00Là, le coach ne protège plus son vestiaire, il l'expose.
04:03Et parfois, l'entraîneur expose son équipe et finit par la perdre.
04:07On pense à Raymond Domenech avec l'équipe de France en 2010 au moment de la grève de Knissa.
04:11Son autorité s'est effondrée de l'intérieur.
04:17Son équipe a carrément fait grève, ce qui était assez inédit dans l'histoire du football.
04:25Et il faut quand même rappeler que pendant longtemps, certains entraîneurs restaient pendant une longue période à la tête de
04:32leur équipe.
04:32Et qu'ils finissaient presque par se confondre avec leur club.
04:36Par exemple, quand on pense à Arsene Wenger, on pense à Arsenal.
04:38Quand on pense à Alex Ferguson, on pense à Manchester United.
04:42Quand on pense à Trapatoni, pendant une partie de son histoire d'entraîneur, c'était la Juve.
04:48Et aujourd'hui, ces règnes longs sont devenus beaucoup plus rares.
04:52Il y a encore des exceptions, bien sûr, comme Diego Simeone à l'Atletico Madrid.
04:57Ou Pep Guardiola à Manchester City.
04:59Mais ce sont justement des exceptions.
05:01Même les grands noms n'y échappent pas.
05:03Donc, on attend de voir ce qui va se passer pour Carlo Ancelotti, à la tête de l'équipe brésilienne,
05:08s'ils sont éliminés.
05:10Et peut-être qu'il subira le même sort, s'ils sont éliminés, que l'entraîneur de Tunisie.
05:16Qui, après la première défaite de la Tunisie dans ce mondial, on lui a dit, allez, voilà.
05:21Et on a appelé quelqu'un d'autre, Hervé Renard, pour ne pas le citer.
05:23Allez, on va parler de ce qui ne concerne absolument pas ce qu'on vient de dire.
05:28On va parler d'une qualité que l'on perçoit souvent comme une fragilité, la gentillesse.
05:34Exactement.
05:34La question du jour, Rachid, c'est pourquoi confondons-nous encore gentillesse et faiblesse ?
05:40La gentillesse a toujours eu une mauvaise réputation.
05:43Et aujourd'hui, j'avais envie de réhabiliter cette force.
05:46Et vous allez comprendre pourquoi je parle de force.
05:49On confond souvent gentillesse et naïveté.
05:51Quand on dit « il est trop gentil », c'est souvent une façon de dire que cette personne ne
05:54devrait pas l'être,
05:55qu'elle se fait marcher sur les pieds, comme si dans notre société, il fallait forcément devenir dur pour être
06:00respecté.
06:02Mais si la gentillesse a parfois si mauvaise réputation, c'est aussi parce que le monde semble souvent donner raison
06:07aux brutaux.
06:08On le voit dans l'entreprise, il arrive souvent que des profils réussissent en écrasant les autres,
06:12comme si la brutalité était devenue une preuve de puissance.
06:15On le voit aussi dans les médias, c'est souvent les voix les plus dures et les plus cassantes ou
06:20les plus provocantes qui prennent toute la place.
06:23On le voit aussi avec certains dirigeants politiques qui peuvent être applaudis pour leur autorité abusive ou pour leur déclaration
06:30grinçante.
06:31Alors une question se pose, faut-il être dur pour être respecté ?
06:34Faut-il être désagréable pour réussir ?
06:37Et justement, Jacinda Ardern, l'ancienne première ministre de la Nouvelle-Zélande, a défendu une autre idée du leadership,
06:44celle d'un leadership ferme mais pas brutal.
06:46Elle a même publié un livre dans lequel elle explique qu'on peut diriger avec humanité sans renoncer à l
06:51'autorité.
06:52Et lors de son discours de départ, elle a résumé à la tête de la Nouvelle-Zélande,
06:56donc du coup, elle a résumé cette idée en quelques mots forts.
06:59On l'écoute.
07:03J'espère en retour laisser derrière moi cette conviction.
07:06On peut être gentil tout en étant fort, empathique tout en étant capable de décider,
07:11optimiste tout en restant concentré.
07:13On peut être son propre type de leader.
07:16Un leader qui sait aussi reconnaître le moment où il est temps de partir.
07:23Cet extrait nous montre qu'être gentil, ce n'est pas être faible ou s'effacer.
07:27C'est une force qui ne choisit pas de s'écraser.
07:31Il est souvent plus difficile, il est souvent beaucoup plus facile d'être brutal plutôt que d'être juste.
07:37Plus facile de répondre sèchement que de retenir une parole blessante.
07:43Plus facile de maîtriser que de comprendre.
07:45La gentillesse demande plus.
07:46Elle demande de la maîtrise.
07:48Elle demande de ne pas rendre coup pour coup, de ne pas abîmer l'autre simplement parce qu'on a
07:52été abîmé soi-même.
07:54Et des études montrent que les gestes de gentillesse sont souvent sous-estimés.
07:59Parce qu'être gentil, ça se propage.
08:01Quand quelqu'un reçoit une attention désintéressée, cette personne peut avoir envie à son tour de faire du bien à
08:06quelqu'un d'autre.
08:07Donc on pense que ce n'est rien.
08:09Mais la personne qui reçoit cette gentillesse le vit plus fortement.
08:13Et dans le monde d'aujourd'hui, c'est presque rassurant de se dire que la douceur est contagieuse, qu
08:19'elle crée une chaîne.
08:20Mais il faut distinguer deux choses.
08:21Il y a la gentillesse réflexe, celle qui vient facilement avec les gens qu'on aime, qu'on comprend, qui
08:27nous ressemble.
08:28Et il y a aussi une autre gentillesse plus consciente, plus exigeante.
08:32La neuroscientifique Samah Karaki rappelle justement que notre empathie n'est pas toujours aussi neutre qu'on le croit.
08:38Elle peut être sélective.
08:39On est souvent plus touché par ceux qui nous ressemblent, ceux dont l'histoire nous est familière, ceux que l
08:44'on reconnaît comme proches.
08:46Donc la vraie gentillesse commence peut-être là.
08:48Quand elle dépasse le réflexe naturel de sympathie pour devenir un choix de considération.
08:54Elle ne peut pas se limiter au cercle de ceux qu'on aime déjà.
08:58Elle doit aussi nous pousser à regarder l'autre quand il dérange, quand il ne nous ressemble pas, quand il
09:04ne nous est pas utile.
09:05Et c'est là que la gentillesse devient plus qu'une qualité.
09:08Elle devient une manière de préserver notre humanité.
09:10Et peut-être que personne ne l'a dit avec autant de force que Charlie Chaplin dans le discours final
09:16du dictateur.
09:17On l'écoute.
09:36Allez, le mot du jour, c'est notre besoin de chercher un coupable quand quelque chose va mal. On fait
09:44vite.
09:45Exactement, Rachid. Le mot du jour, c'est pharmakos.
09:47C'est un mot venu de la Grèce antique et il désigne une figure très particulière, celle de la personne
09:53que l'on charge symboliquement du malheur collectif.
09:55Quand une cité traversait une crise, une famine, une épidémie, une catastrophe, on pouvait désigner quelqu'un à exclure, à
10:02chasser, parfois à sacrifier symboliquement,
10:04comme si le mal pouvait quitter la communauté avec cette personne.
10:09Autrement dit, le pharmakos, c'est l'une des origines de ce qu'on appelle aujourd'hui le bouc émissaire.
10:14Et ce mot est fascinant parce qu'il raconte un vieux réflexe humain.
10:17Quand une situation ne dépasse, quand une crise devient trop complexe, trop douloureuse ou trop difficile à expliquer,
10:22on cherche souvent un visage sur lequel déposer la faute.
10:26On le voit encore aujourd'hui dans le sport, en politique, sur les réseaux sociaux, parfois même dans l'entreprise.
10:31Dès qu'un échec arrive, la question devient très vite qui est le coupable avant même de dire qu'est
10:36-ce qui s'est passé.
10:37Et dans notre époque, ce mécanisme va encore plus vite.
10:39Une image circule, une phrase est sortie de son contexte, une décision est isolée et très vite, une personne devient
10:45la cible.
10:46On ne cherche plus à comprendre l'ensemble d'une situation.
10:49On cherche quelqu'un sur qui concentrer la colère.
10:52La colère, pardon, ce mot nous rappelle donc que la brutalité collective commence souvent au moment où l'on renonce
10:57à la nuance.
10:59Merci beaucoup Selma Selyar.
11:01C'était l'autre journal.
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