Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 6 minutes

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:01Longtemps considérée comme une ressource abondante, la main-d'oeuvre agricole devient aujourd'hui l'une des principales préoccupations des
00:08exploitants.
00:08Dans plusieurs régions du Royaume, les professionnels évoquent une pénurie généralisée de travailleurs, notamment lors des périodes de récolte.
00:16Conséquence, les rémunérations connaissent parfois des envolées spectaculaires.
00:20Selon les cultures et les périodes de fortes demandes, un ouvrier agricole peut percevoir entre 400 et 500 dirhams par
00:27jour, voire jusqu'à 600 dirhams pour certaines moissons, lorsque le travail est rémunéré à la tâche.
00:33Pour certaines productions, la main-d'oeuvre représente désormais près de 50% du prix de vente et peut atteindre
00:3970% du coût de revient.
00:41Une évolution qui interroge la rentabilité des exploitations, mais aussi l'avenir de la compétitivité de l'agriculture marocaine.
00:48Et pour en parler, nous sommes en direct depuis Rabat avec Rachid Ben Ali, président de la Confédération marocaine de
00:55l'agriculture et du développement rural.
00:57Rachid Ben Ali, bonsoir et merci d'être avec nous.
01:01Bonsoir et merci pour l'invitation.
01:04Soyez le bienvenu.
01:05Alors les agriculteurs parlent aujourd'hui d'une pénurie généralisée de main-d'oeuvre.
01:09Comment est-ce qu'on explique cette raréfaction des ouvriers agricoles ?
01:14Il y a plusieurs explications à ça.
01:17Premièrement, on a connu six années sécheresse.
01:20Pendant cette période, il y a eu un départ, un départ massif vers les villes parce qu'il n'y
01:25avait plus de travail au niveau du rural.
01:28Donc ce départ, une fois qu'on a goûté à la vie au niveau des villes, c'est très difficile
01:37de revenir au rural.
01:39C'est très difficile de revenir dans les conditions dans lesquelles on travaille chez nous dans l'agriculture.
01:45Donc ça, c'est la première cause.
01:48La deuxième cause, ce sont les grands projets.
01:50Le baroque a connu et il va connaître encore dans les prochaines années des grands projets au niveau des villes
01:58comme les stades, les autoroutes, les routes.
02:01Il y a tellement de grands chantiers et ces grands chantiers sont demandeurs de main-d'oeuvre.
02:06Et bien sûr, les ouvriers, on le comprend parfaitement quand vous voyez un petit peu les conditions météorologiques avec les
02:13températures qui battent tous les records.
02:15On préfère travailler dans des endroits plus frais que de travailler au niveau des oisisses ou bien n'importe où
02:24au niveau du rural.
02:29Est-ce qu'il s'agit, selon vous, d'un phénomène conjoncturel ou bien d'une transformation durable du marché
02:35du travail rural ?
02:37Il y a les deux.
02:38On peut dire que c'est conjoncturel parce qu'on a des chantiers, des chantiers qui vont durer encore 4
02:43-5 ans.
02:44Donc on peut dire conjoncturel, ça reste.
02:47Mais ça risque d'avoir un effet d'en retour.
02:52C'est-à-dire que pour les gens qui ont goûté la qualité de vie dans les villes, c'est
02:56difficile pour eux de revenir dans le rural.
03:00Et deuxièmement, on ne sait pas encore de quoi ça sera fait demain.
03:04On est dans un changement climatique radical.
03:09Rien que vous voyez un petit peu l'exemple de ce qui se passe en Europe.
03:12Donc on ne sait pas aujourd'hui, on a eu une bonne année agricole.
03:15On a eu des applis biométriques qu'il faut.
03:18On a les barrages qui sont pleins et tout ça.
03:19Mais demain, est-ce qu'on va avoir gardé la même chose, les mêmes conditions climatiques ?
03:24Est-ce qu'on les aura pour quelques années ?
03:26On les aura encore pour une année ou deux ?
03:27On ne sait pas encore.
03:28Donc il y a plein d'inconnus.
03:32Et ces inconnus nous laissent pas flex vis-à-vis de ce qui se passe.
03:36On ne sait pas réellement est-ce que vraiment demain on aura la main d'oeuvre qu'il faut ou
03:42bien c'est vraiment irréversible.
03:45Alors les salaires atteignent désormais 400 à 500 dirhams par jour, voire 600 dirhams pour certaines récoltes,
03:51notamment lorsque la rémunération est calculée à la tâche.
03:54Que révèle cette flambée des rémunérations ?
03:56Est-ce que le marché de la main d'oeuvre agricole est désormais soumis à une véritable logique d'offres
04:01et de la demande, d'après vous ?
04:04Exactement ça. Il y a deux sortes d'oeuvriers agricoles.
04:08Il y a des obriers qui sont permanents dans nos exploitations.
04:12Et là, ils sont stables.
04:14Ils touchent des salaires tout à fait normaux.
04:16Ils sont de SMAC, plus des primes, des rémunérations de plus.
04:21Mais il y a des obriers.
04:23Et ce qui représente la masse, c'est le plus important.
04:25Ça représente plus de 80%.
04:26Ce sont les obriers qui travaillent, les saisonniers.
04:29Les saisonniers, bien sûr, c'est l'offre à la demande.
04:31Quand on a une forte production, comme cette année, l'année dernière, je veux dire, de l'olivière par exemple,
04:38donc on a une forte demande d'un seul coup qui va rester trois ou quatre mois.
04:42Et si ça tombe avec la même période, par exemple, des agrus ou avec l'arrachage d'un pomme de
04:47terre ou les fruits rouges,
04:49donc quand ça tombe exactement dans la même période que d'autres spéculations, d'autres produits,
04:55à ce moment-là, il y a une très forte demande.
04:56Et bien sûr, c'est la demande qui crée la pénurie.
04:59Et la pénurie fait flamber les prix.
05:05Et bien sûr, il y a ce côté-là.
05:07Bon, c'est des obriers qui travaillent à la journée.
05:10Mais la majorité, surtout au niveau des récoltes, on travaille à la tâche.
05:13Et quand on travaille à la tâche, bien sûr, tout le monde se retrouve.
05:17On n'a pas le choix.
05:18Donc, c'est bien pour les agriculteurs comme pour les obriers.
05:22Mais au lieu de travailler, il peut travailler pour avoir jusqu'à 400, 500 dirhams par jour.
05:30Donc, ça dépend de ce qu'il fait qu'on travaille.
05:32Mais même, ça c'est à la tâche, on l'avait depuis quelques années déjà.
05:35On sait que ça coûte beaucoup plus cher.
05:38Mais maintenant, même la journée coûte très cher.
05:40Quand on a, par exemple, au niveau de cette année, on a eu du 300, 400, 500.
05:46Et même, des fois, ce qui est connu chez nous, c'est avoir la moitié, la moitié de la récoltes.
05:52Quand on est sur un verger d'une production moyenne, on fait une production, par exemple, d'Olivier, c'est
06:01très difficile de s'enlever.
06:02À ce moment-là, on se dit qu'on travaille à moitié.
06:07Dans certaines filières, le coût de la main-d'œuvre représente jusqu'à 50% du prix de vente et
06:14parfois 70% du coût de revient.
06:16Est-ce qu'on peut encore parler d'un modèle économique viable ?
06:22Heureusement, ce n'est pas tout le temps que ça arrive.
06:24Mais il y a des fois que ça arrive.
06:25Cette année, on l'a connu.
06:26On l'a connu énormément dans l'Olivier.
06:28Et c'était pendant longtemps, pendant ces reçus de l'Olivier et pratiquement dans toutes les régions du Royaume.
06:34Et le prix, c'était vraiment, dans un chiffre, on parlait de, le prix de vente de l'Olivier, c
06:42'était entre 4 à 5 liras.
06:43Et le coût de revient de, uniquement, je dis bien, pas le coût de revient de toute la main-d
06:49'œuvre, uniquement la récoltes.
06:50était aux alentours de 2 dirhams à 2 dirhams 50, voire même plus.
06:55Donc, ce qui représente pratiquement plus de 50-60% du prix de vente de l'Olivier.
07:02Est-ce que toutes les filières sont touchées de la même manière ?
07:05Ou bien certaines productions, notamment les cultures intensives en main-d'œuvre, sont plus vulnérables que d'autres ?
07:12Est-ce que les petits exploitants sont-ils les plus exposés à cette hausse des coûts ?
07:17Non, pas du tout. On a tendance à se dire toujours au Maroc, les petites exploitations, les grandes et les
07:24moyens, c'est exactement la même chose.
07:25Ils sont touchés de la même manière.
07:27Quand on a un produit, une culture qui peut être automatisée, que ce soit en achat de matériel, ou bien
07:34en location, ou bien en sous-traitance,
07:36il y a toujours un prestataire de service, donc il y a toujours cette possibilité quand on peut le mécaniser.
07:41Mais quand on n'arrive pas à mécaniser, qu'ils soient petites, ou moyennes, ou grandes, c'est la même
07:46chose.
07:47Et on est tous dans la même manière, on a affaire au même problème.
07:54Maintenant, est-ce que toutes les situations sont touchées ?
07:57Oui, plus ou moins. Quand on est, par exemple, en céréales, non, beaucoup moins.
08:01On a quelques petites exploitations, ceux qui travaillent encore à la récolte manuelle, mais très peu,
08:07surtout au niveau des zones de montagne et des zones des oisisses, mais ça représente très, très peu.
08:13Là, c'est beaucoup plus cher, ça peut atteindre 500, même 600 dirhams aussi la journée, mais c'est très
08:20peu.
08:20Ce n'est pas très important.
08:21Mais quand on a affaire au maraîchage, par exemple, ou bien aux agrumes ou à l'olivier, là, ça devient
08:29vraiment, c'est très difficile.
08:31Le problème, c'est quand ça se juque, ça se pose.
08:36Donc, quand on a, par exemple, l'olivier qui tombe à pic avec les agrumes, avec les fruits rouges, avec
08:42le maraîchage,
08:43on a 4 ou 5 spéculations qui demandent la main-d'œuvre en même temps, et c'est là où
08:49il y a la vraie lapinerie, c'est là où on sent la lapinerie.
08:52Alors, le Maroc, on le sait, est un grand exportateur de fruits et de légumes.
08:55Est-ce que cette hausse de coûts de la main-d'œuvre risque d'affaiblir la compétitivité des produits marocains
09:02sur les marchés internationaux ?
09:04Est-ce que les producteurs peuvent répercuter ces hausses sur les prix, ou est-ce qu'ils voient leur marge
09:10se réduire ?
09:12Très difficile de répercuter.
09:13Comme vous voyez un petit peu, tout ce qui se passe aujourd'hui, le sujet numéro 1 aujourd'hui du
09:18citoyen marocain, c'est les prix élevés sur les produits agricoles.
09:22Et vraiment, ce n'est pas notre problème, on ne le répétera jamais assez.
09:27L'agriculteur, lui, le pauvre, il paie, il paie les pocardés, il paie cette pression qui est faite par le
09:33consommateur ou par la rue.
09:35Cette pression, donc, il est obligé d'avoir, de garder ses prix.
09:38Et malheureusement, il ne peut pas répercuter automatiquement les prix.
09:43Le coût de revient ne peut pas le faire.
09:45Donc, je vous dis l'exemple de l'olive.
09:46On prend un exemple, par exemple, si on parle de l'olive, on peut le cuire à 2 dirhams ou
09:51à 3 dirhams.
09:52Le prix de vente était à 4 dirhams ou 5 dirhams et il restait le même.
09:55Parce que nous avons devant nous des produits qui sont importés, qui nous font de la concurrence directe.
10:00Comme cette année, il y avait une importation massive de vise d'olive, par exemple.
10:03Ou bien, le marché ne peut pas se permettre d'avoir des prix plus importants.
10:09Ou bien, dans le marché, qu'est-ce qu'on a, nous, un plus par rapport aux étrangers ?
10:16On avait, dans d'autres pays, si on avait le coût d'un main d'oeuvre, qui était plus ou
10:21moins inférieur aux autres.
10:23Ce n'est pas le cas d'Egypte, par exemple, où le coût d'un main d'oeuvre est 4
10:28fois moins cher que celui du Maroc,
10:29et 10 fois celui de l'Europe.
10:32Nous, au niveau marocain, on reste un prix, un salaire plus ou moins normal.
10:37Oui, malheureusement, ça nous cause des problèmes quand même.
10:42Monsieur Ben Ali, face à cette pénurie, certains exploitants accélèrent la mécanisation.
10:47Est-ce qu'elle peut constituer une solution réaliste pour toutes ces cultures ?
10:52C'est la solution.
10:54Malheureusement, on ne peut pas le faire pour toutes les cultures.
10:57Il y a des cultures où on ne peut pas le faire.
11:00En restant toujours, si vous voulez, on restait toujours sur les agrues.
11:04Par exemple, ce n'est pas facile de mécaniser.
11:05C'est très difficile de mécaniser la récolte des agrues.
11:08On peut mécaniser beaucoup de tâches, mais pas la récolte.
11:12Au niveau d'Olivier, les anciens bergers, on ne peut pas les mécaniser.
11:16Difficilement, très difficilement de faire.
11:19Donc, au niveau du maraîchage, c'est très difficile de cuire la tomate avec des outils, des machines.
11:29Donc, il n'y a pas mal de produits.
11:30Bon, reste la mécanisation d'autres produits.
11:33Par exemple, on est aujourd'hui, au niveau de l'arrachage de la pente de terre.
11:39On est encore avec des méthodes traditionnelles, si on veut dire, alors qu'il y a des possibilités d'avoir
11:46de la mécanisation.
11:47Ça, on est en train de le faire.
11:50Malheureusement, aujourd'hui, on a des freins au niveau de la mécanisation.
11:53On a des freins.
11:55On a été imposés, à toute raison, ça, ce n'est pas à moi de dire, mais on a été
12:00imposés, par exemple, sur la TVA, sur des matériels de récolte.
12:04La TVA sur la mécanisation des bateuses.
12:06Le jour où on a instauré la TVA sur la mécanisation des bateuses, il n'y a plus de vente.
12:11Tout simplement.
12:12On est passé de 250 moissonneuses par an à moins de 5 par an.
12:17Mais il n'y a plus de la TVA parce qu'il y avait déjà des augmentations de prix.
12:20Les cuillées sont fixes.
12:22Depuis 40 ans, le prix du matériel a augmenté.
12:27Et sur le gâteau, on a rajouté la TVA.
12:30Justement, est-ce que cette tension sur la main-d'œuvre ne révèle pas un changement plus profond des campagnes
12:37marocaines avec l'exode rural, le vieillissement de la population agricole et l'évolution des aspirations des jeunes ?
12:45Bien sûr, on y va.
12:47On est en plein dedans.
12:48On est en plein d'imitation.
12:50Cette imitation, c'est pour ça que je vous ai dit au début, on ne pense pas que ça va
12:54être réversible.
12:55Pour nous, c'est réversible.
12:56Pour les gens qui partent, c'est vraiment l'exode rural.
13:00D'ailleurs, les chiffres le montrent.
13:04On était à 4 millions d'emplois dans le secteur agricole.
13:08On a baissé à 3,5, 3,3 cents.
13:11Maintenant, on est à environ 3 millions, peut-être même un peu moins.
13:14Et justement, face à cette situation, quelle réponse faut-il privilégier ?
13:19Une meilleure valorisation des métiers agricoles, davantage de mécanisation ou une réorganisation des calendriers de récolte ou encore une montée
13:26en gamme des productions ?
13:29Aujourd'hui, en tant que commadaire, on a signé une convention avec l'ANAPEC, avec les autres départements de tutelle,
13:36l'agriculture et l'emploi, pour essayer de trouver un moyen au moins de tourner, faire des rotations, de trouver
13:44des endroits où il y a ce que nous…
13:46Difficile pour nous agriculteurs de savoir s'il y a un endroit où il y a encore des ouvriers dans
13:51une période bien précise de l'année.
13:54Essayer d'avoir ces informations, ce partage d'informations qu'on est en train…
13:57On a signé une convention globale, maintenant, on est en train de signer des conventions au niveau spécifique par spéculation.
14:04Et si on arrive à avoir cette rotation, peut-être qu'on peut s'en sortir.
14:08Ce sera une des solutions.
14:09Deuxième solution, c'est mécaniser.
14:11Mécaniser, ce n'est pas si facile.
14:13Il faut créer des entreprises.
14:15On est en train d'encourager des jeunes à créer des entreprises, des coopératives, de prestations de services.
14:22Et c'est un avenir.
14:23Au moins, quelqu'un qui travaille pour s'en prendre compte ou pour un petit groupe de jeunes, ce sera
14:28une bonne chose.
14:29Ça va encourager même peut-être d'autres personnes à sortir carrément des villes pour venir travailler.
14:34Surtout qu'il y a un potentiel important et surtout où il y a des prix, des salaires assez importants
14:40maintenant dans le rurage.
14:43Écoutez, le message est passé.
14:44Merci beaucoup, M. Rachid Ben Ali, pour votre analyse et d'avoir répondu à toutes nos questions.
14:49Je rappelle que vous êtes président de la Confédération marocaine de l'agriculture et du développement rural
14:54et que vous étiez avec nous en direct depuis Rabat.
14:56Merci infiniment.
14:58Merci.
Commentaires

Recommandations