00:00Monsieur le Président, Monsieur le Premier Ministre, pas de mauvaise polémique entre nous.
00:05La canicule n'a pas fait 10 000 morts, mais comme d'éminents spécialistes, nous redoutons un bilan terrible.
00:11Nous saluons la mobilisation des agents de l'État et nous associons à la peine des familles,
00:16mais nous le répétons, la canicule était prévisible et beaucoup de ces morts étaient évitables.
00:22Alors je vous le demande, combien de morts faudra-t-il pour que la France soit prête ?
00:26Le dérèglement climatique tue d'abord les plus fragiles, les personnes âgées isolées, les SDF, les enfants, les travailleurs exposés,
00:35les habitants des bouilloires thermiques.
00:37Il tue aussi le vivant, la faune, les arbres et ruine les agriculteurs.
00:42Vous n'êtes pas seul responsable du réchauffement climatique, mais vous avez la responsabilité de l'adaptation.
00:49Réduire ma prime rénov', siphonner le fonds vert, revenir sur le ZAN, remettre sur le marché des passoires thermiques, acheter
00:57des climatisateurs en urgence et prolonger les soldes n'est pas une politique d'adaptation.
01:04Monsieur le Premier ministre, il est temps de vous ressaisir.
01:08Allez-vous créer un fonds d'urgence canicule pour financer des protections solaires, des îlots de fraîcheur, une veille et
01:14des travaux d'adaptation des bouilloires thermiques ?
01:16Allez-vous négocier avec les partenaires sociaux pour adapter le travail aux fortes chaleurs et créer un congé climatique ?
01:23Allez-vous redonner aux élus locaux l'ingénierie et les moyens d'agir via le fonds vert, une facilité d
01:29'emprunt et des financements massifs pour le bâti scolaire ?
01:33Allez-vous porter ma prime rénov' à plus de 5 milliards d'euros par an pour enfin financer un programme
01:38lisible et durable de rénovation thermique ?
01:41Allez-vous faire de l'adaptation au changement climatique une priorité nationale et mettre à contribution les plus gros pollueurs
01:49?
01:50Quand la guerre est à nos portes, nous trouvons des dizaines de milliards pour la défense.
01:54A quand la même mobilisation face à la canicule ?
01:58Monsieur le ministre, gouverner, ce n'est pas compter les morts, c'est empêcher qu'ils meurent.
02:04Qu'allez-vous faire ?
02:05La parole est à monsieur le Premier ministre.
02:09Monsieur le Président du Sénat, mesdames et messieurs les sénatrices et sénateurs,
02:14Monsieur le Président Guillaume Gontard, je le fais devant la Haute Assemblée,
02:19évidemment en redisant l'ensemble de l'émotion et du gouvernement, j'en suis certain, de l'ensemble de ces
02:24bancs,
02:24devant le nombre de victimes, leurs familles, et vous l'avez fait, ce qui n'était pas le cas hier,
02:29et je vous en suis infiniment reconnaissant.
02:30On peut combattre l'action du gouvernement en soutenant l'action des services de l'Etat,
02:35et je veux, devant la Haute Assemblée, dire merci aux soignants, aux pompiers, aux policiers, aux élus locaux,
02:42car quelles que soient nos convictions politiques ici,
02:47nous savons leur engagement et nous devons les soutenir quoi qu'il arrive et quoi qu'il en coûte,
02:53et surtout pendant les crises.
02:55La deuxième des choses, merci de la tonalité de votre question,
03:00et pour être direct, parce que nous nous connaissons un peu, pour avoir travaillé ensemble,
03:04y compris à la Commission de la Défense et des Forces armées,
03:07je pense et je crois à une forme d'éthique dans le débat politique.
03:12Je crois au débat de fond, je crois au débat d'idées,
03:15et la liste de projets, d'idées que vous avez soutenues à l'instant,
03:19montre bien que la campagne présidentielle, au fond, a déjà un peu démarré,
03:23peut-être aussi la campagne sénatoriale, et peut-être aussi une future campagne législative,
03:28c'est bien naturel.
03:29Et je le redis ici, dans la confiance de notre relation,
03:33je ne souhaite pas que le débat politique continue de dériver vers une violence verbale
03:39qui va jusqu'à des spéculations sur un bilan humain.
03:42Et ce qui s'est passé hier à l'Assemblée nationale n'était pas raisonnable pour le débat démocratique,
03:48je le redis ici avec beaucoup de force.
03:53Vous êtes mon opposant, je suis votre opposant, nous sommes des républicains,
03:57on croit à la démocratie représentative et parlementaire,
04:00et c'est comme cela que les choses doivent se faire.
04:02Si vous me permettez, c'est d'autant plus dommage que je ne comprends pas
04:07l'escalade, au fond, verbale, qu'un certain nombre de membres de votre parti politique
04:11ont pu avoir ces trois ou quatre derniers jours.
04:12Vous ne l'avez pas fait là, mais c'est plutôt votre moment, au fond, d'un point de vue
04:16historique,
04:17passer de lanceur d'alerte à comment on planifie localement, nationalement,
04:21je vais y arriver, je vais y arriver, je vais y arriver, localement, nationalement,
04:26à l'échelle européenne, être capable de reconnaître que tous les gouvernements de gauche et de droite
04:32et singulièrement depuis le président Jacques Chirac jusqu'à aujourd'hui,
04:35chacun à sa mesure, comme je le disais hier, ont fait des choses.
04:38Et nier, justement, l'action de chaque gouvernement, c'est abîmer le consensus de nos concitoyens
04:44et de nos concitoyens et la recherche de compromis, justement,
04:47autour de la lutte contre le réchauffement climatique.
04:49J'en suis intimement convaincu.
04:52Dernier point, il va falloir en tirer, effectivement, un certain nombre de conclusions et de conséquences.
04:57La première, c'est sur l'adaptation.
05:00On y reviendra très longuement.
05:02Je sais que des débats ont été demandés de 50-1, je crois, par le groupe socialiste, ici, au Sénat.
05:07J'en discuterai avec le président du Sénat dans un instant, j'y suis évidemment favorable,
05:10qui permet peut-être d'objectiver le bilan, ne pas le caricaturer,
05:14et être en situation d'en tirer des conclusions, y compris pour le projet de loi de finances pour l
05:18'année prochaine.
05:19Deuxième des choses, il y a une urgence sur les hôpitaux.
05:21Je n'y reviens pas maintenant, je le referai dans les 48 prochaines heures avec la ministre.
05:25Il y a une urgence en matière de sécurité civile qui va nous falloir encore durcir.
05:29Et je pense qu'au moins, nous sommes tous d'accord pour dire que le débat entre atténuation et adaptation
05:34est derrière nous
05:35et que désormais, nous devons faire les deux en même temps, avec également une réponse diplomatique internationale
05:41dont on peut tous s'accorder que la France est quand même plutôt seule
05:45et que l'enjeu et le débat européen est aussi là quand même pour le driver, en tout cas le
05:50tirer vers le haut.
05:51En tout cas, les choses sont assez simples, monsieur le président Gontard.
05:54Si votre question, c'était est-ce que le gouvernement est disposé, disponible à travailler de bonne foi
06:00dans la mesure des moyens et des contraintes budgétaires qui sont les nôtres ?
06:03Vous le savez, mais comme des démocrates, comme des élus, nous sommes présents.
06:07Si l'objet est malheureusement, comme j'ai pu le comprendre hier, plus politicien,
06:13si la question, c'est l'avenir de la relation entre telle ou telle formation politique et la France insoumise,
06:18si le but de tout cela n'était que de déposer une motion de censure contre le gouvernement la semaine
06:23prochaine,
06:24comme si, au moment où une reprise potentielle de la canicule nécessitait de rajouter une crise politique,
06:30une instabilité politique, de priver justement les services de l'État d'avoir une direction politique au moment où on
06:36a une crise,
06:37là, je crois que pour le coup, on fait fausse route.
06:39Donc c'est un moment de vérité, président Gontard.
06:41Est-ce qu'on avance dans l'intérêt général des quelques semaines qui sont devant nous jusqu'à l'élection
06:45présidentielle,
06:47sereinement, calmement, dans le respect des opinions de chacun,
06:49ou est-ce que c'est la politique politicienne qui domine le tout et auquel cas je ne pourrais rien
06:53faire ?
06:53Merci.
Commentaires