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« À l’époque, on rase les murs… Personne ne nous croit, personne ne croit les enfants », se souvient une mère d’élève de l’école maternelle Paul-Dubois, dans le 3e arrondissement de Paris. Cet établissement a été le premier à faire parler de lui, en 2019, bien avant que le scandale du périscolaire n’éclate. Une quinzaine d’enfants auraient été victimes de violences sexuelles de la part d’un animateur de cette école. Sept ans après, cette maman qui a porté plainte pour agression sexuelle sur son fils de 4 ans dénonce les lenteurs de la justice, le « silence des institutions » et l’attitude « dédaigneuse » de la mairie de Paris. Elle se confie au Point.

#violencessexuelles #periscolaire #justice #paris #temoignage #sosperiscolaire

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Transcription
00:00Un jour, dans mes bras, alors que je le berce comme un bébé, il me dit
00:04« Maman, promets-moi que si je parle, tu me protégeras toute la vie. »
00:11Et ça, ça donne une idée de la peur et aussi du stress causé par ce qu'il a vécu.
00:24Je suis la maman d'un garçon qui avait 4 ans et demi, lorsqu'il a été violé, à l
00:32'école Paul Dubois, à Paris, dans le 3e arrondissement.
00:36C'était en 2018-2019.
00:40Un animateur qui a fait beaucoup de dégâts, puisque 15 enfants sont aujourd'hui reconnus partie civile dans une procédure
00:51judiciaire
00:51qui a débuté en 2020 et qui n'a toujours pas connu de dénouement, puisque l'instruction est close aujourd
01:01'hui depuis plus d'un an.
01:03Et on est sans nouvelles de la justice, sans nouvelles de la juge d'instruction, sans nouvelles du parquet, des
01:08mineurs,
01:11qui refusent de nous rencontrer, puisque nous avons plusieurs fois demandé d'obtenir un rendez-vous.
01:19Et on n'a même pas reçu un accusé de réception, rien, le silence absolu.
01:23Et nous plonger dans une situation qui est vraiment très compliquée.
01:29On est dans l'attente, mais ça fait de toute façon depuis 7 ans qu'on est dans l'attente.
01:32C'était la première affaire parisienne qui a éclaté sur le périscolaire.
01:39À l'époque, vous disiez « raser les murs ». Expliquez-nous.
01:43À l'époque, comme Paul Dubois est la première affaire connue avec autant d'enfants impliqués,
01:51personne ne nous croit.
01:54Personne ne croit les enfants.
01:56Et là, on fait face à ce qu'on connaît encore aujourd'hui, c'est-à-dire le silence des
02:02institutions, l'omerta.
02:04Il ne faut pas parler, il ne faut pas divulguer, il ne faut pas se parler entre parents,
02:09sous peine d'être accusés de se monter la tête les uns des autres,
02:16de polluer la parole à la fois des autres parents, des enfants.
02:20Enfin, à l'époque, on rase les murs parce qu'on a peur, en fait, tout simplement.
02:24On a peur de tout, on a peur de notre ombre, on a peur de se parler, on a peur
02:28de...
02:30C'était vraiment très, très difficile.
02:35Et encore aujourd'hui, en y repensant, c'est pas évident,
02:41parce qu'à ce moment-là, on est profondément seul.
02:45Aucune institution qui vous tende la main.
02:50Et cette ambiance de suspicion généralisée vis-à-vis des parents,
02:56alors que nous, on a à la maison un enfant qui souffre,
03:02qui est dans un état de détresse absolue,
03:06qui ne veut plus dormir, qui ne veut plus fermer les yeux,
03:10parce qu'il a peur de revivre certaines scènes,
03:16de revoir certaines images qu'il ne peut pas effacer.
03:19C'est ce qu'il me dit à l'époque.
03:21Maman, il y a deux images que je n'arrive pas à effacer de ma mémoire.
03:25On a un enfant qui a mal au ventre tout le temps,
03:31un enfant qui a perdu le goût de vivre,
03:40qui s'est éteint, qui devient gris, en fait, littéralement.
03:43Je ne peux pas l'exprimer autrement.
03:44Un enfant qui a perdu toute substance
03:47et qui, un jour, dans mes bras,
03:50alors que je le berce comme un bébé,
03:53il me dit
03:53« Maman, promets-moi que si je parle,
03:57tu me protégeras toute la vie. »
04:00Et ça, ça donne une idée de la peur
04:08et aussi du stress causé par ce qu'il a vécu.
04:13Est-ce que vous pouvez nous raconter
04:16sans forcément rentrer dans les détails
04:18comme vous le souhaitez,
04:19quels ont été les faits
04:20et comment votre enfant vous les a révélés ?
04:24Alors, il faut savoir que les symptômes
04:28sont apparus très tôt,
04:30dès la rentrée au mois d'octobre,
04:33pendant les vacances de la Toussaint.
04:36J'ai un enfant qui commence à se faire caca dessus
04:38alors qu'il était totalement propre et depuis longtemps.
04:42J'ai un enfant qui présente une agitation
04:46que je ne comprends pas encore.
04:48Un enfant qui ne veut plus aller à l'école le matin,
04:52qui pleure.
04:53Un enfant qui a déjà mal au ventre
04:56et je ne comprends pas tous ces signaux-là.
05:00Et puis, un jour, on apprend
05:04qu'un animateur est suspendu pour des faits graves.
05:08Et à ce moment-là, évidemment, je ne me dis pas
05:10« Ah, ah, mon fils est touché, je suis évidemment inquiète,
05:14mais j'oscille entre non, ça ne peut pas lui arriver
05:19et peut-être qu'il aurait fallu que je lise autrement ces signaux-là. »
05:26Et en fait, ce qui m'inquiète au plus haut degré,
05:30c'est quelque chose comme dix jours, deux semaines
05:33avant la suspension de l'animateur.
05:36Mon enfant, en descendant les escaliers de l'école,
05:39me dit « Maman, j'ai mal aux fesses. »
05:42À ce moment-là, je suis pressée
05:43parce qu'il faut que j'aille chercher sa sœur
05:45qui est dans une école voisine, en primaire.
05:48Et je lui dis « Vite, vite, il faut qu'on aille chercher ta sœur. »
05:52Et moi, je relis « J'ai mal aux fesses »
05:54au fait qu'il ait mal au ventre, déjà.
05:56Donc, il présentait une constipation.
06:01Donc, pour moi, ça fait partie de ces symptômes-là.
06:05Effectivement, quand on apprend qu'un animateur est suspendu
06:07pour des faits graves, on relie tous ces symptômes différemment.
06:12Ce qui ensuite me persuade qu'il s'est passé quelque chose,
06:17c'est quand un jour, mon enfant me fait un compliment,
06:23me dit que je suis la plus belle des mamans.
06:24Alors, évidemment, je suis très heureuse.
06:27Et je parle un peu fort parce que mon conjoint est à l'étage en dessous
06:31et je lui dis « Ah, tu sais ce qu'il vient de me dire ? »
06:33Il me dit que je suis la plus belle des mamans.
06:36Et là, il me dit « Chut, chut, il ne faut rien dire.
06:39C'est un secret. »
06:40Je dis « Ah bon ? Mais ce n'est pas un secret.
06:43Ce n'est pas grave de raconter ça. »
06:46« Si, si, c'est un secret. »
06:47Et je lui demande s'il a un secret avec un autre adulte.
06:52Et il me dit « Oui, mais je ne te le dirai jamais
06:56parce que sinon il va se faire envoyer. »
07:00Et à partir de là, votre existence bascule en fait.
07:06Je prends rendez-vous avec un psy.
07:08Dès la deuxième séance,
07:12ce psy qui lui tend des poupées
07:16que je ne connaissais pas l'existence de ces poupées.
07:20Donc elle lui tend, sans rien lui dire,
07:23elle lui tend des poupées,
07:24femmes, hommes, enfants, filles, garçons.
07:27Et tout d'un coup, il fait quelque chose que je ne peux pas imaginer.
07:30C'est qu'il déshabille immédiatement les poupées
07:34et il touche et il rentre le doigt dans les fesses.
07:43Et il tire très fort sur les zizis.
07:45Et donc il rentre les doigts devant, derrière.
07:48Et il mime une fellation.
07:52Bon, je crois qu'à ce moment-là,
07:56vous n'avez plus le doute.
07:57Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus
07:59sur le profil de cet animateur
08:01et quel était le mode opératoire de cet auteur présumé ?
08:07Une animatrice m'avait dit
08:09qu'il sentait l'alcool quand il arrivait le matin à l'école.
08:15On a appris par la suite
08:16qu'il consommait pas mal de stupéfiants.
08:20On a compris aussi par la suite
08:22qu'il pouvait être très gentil,
08:26très drôle,
08:28le clown qui faisait rire tous les enfants.
08:31Et puis il pouvait aussi être plus dur,
08:36plus violent avec les enfants.
08:38Ce qui, en partie, je suppose,
08:41avait rouillé la parole des enfants.
08:42Il leur faisait peur.
08:43Il pouvait aussi leur raconter
08:45que s'il racontait ce qu'il faisait,
08:49il tuerait ses parents.
08:50Il racontait qu'on n'aimait pas notre enfant,
08:57donc que lui les aimait bien davantage.
08:59Contrairement à l'idée reçue,
09:02c'est pas quelqu'un qui va isoler les enfants
09:05ou isoler un enfant.
09:08En fait, il va faire,
09:11sur tous les enfants,
09:12la même chose.
09:14Il les prend en groupe
09:15lorsqu'il les a sous sa responsabilité
09:18durant une animation.
09:20Et en fait, il abuse les enfants
09:23et il demande aux enfants
09:25de reproduire la même chose entre eux.
09:28Donc il rend coupable les enfants
09:30des mêmes agissements.
09:31Je sais que ça, ça a été un vrai verrou chez mon fils
09:38qui s'est perçu comme un agresseur également.
09:46Il a mis énormément de temps à me le dire,
09:48il a mis cinq ans à me dire que cet animateur
09:51leur demandait de faire la même chose entre eux
09:53et que par conséquent, il avait lui aussi touché des enfants
09:57et particulièrement une petite fille.
09:59Donc en 2019, la mairie de Paris était au courant.
10:04Quelle a été leur attitude ?
10:06Alors, l'attitude de la mairie de Paris,
10:09elle a été et elle continue d'être scandaleuse.
10:16Grande défiance de la mairie de Paris
10:19qui, sous l'insistance des parents délégués,
10:24vont finir par organiser une réunion
10:28au mois de mars 2019,
10:34mais vraiment sous l'insistance des parents.
10:37La règle, c'est la défiance.
10:39Donc on nous prend de haut,
10:40on nous parle très très mal,
10:41on nous explique qu'on raconte des bêtises,
10:47qu'on est hystériques,
10:48on nous fait vraiment passer pour des Parisiens hystériques.
10:53Et quoi qu'on leur dise,
10:55nos propos sont de toute façon jugés excessifs,
11:01pas à propos, on voit le mal.
11:06Il s'agit de touches pipi,
11:09mais qu'il faut qu'on se calme,
11:11qu'il faut qu'on retrouve un peu de bon sens et de sérénité.
11:15Personne ne s'est déplacé,
11:17personne n'est venu nous rencontrer.
11:19Et on a adressé un courrier à Anne Hidalgo,
11:24qui n'a jamais répondu.
11:26Anne Hidalgo, qui, durant toutes ces années,
11:31a préféré se taire,
11:36murer dans son silence.
11:37Et la mairie de Paris, année après année,
11:40en refusant de considérer ses affaires,
11:45a préféré laisser les enfants se faire violer,
11:49plutôt que de faire le ménage,
11:51et plutôt que de prendre ses responsabilités.
11:53À cette première réunion,
11:54vous disiez que l'adjoint chargé de la petite enfance
11:57et des affaires scolaires n'était pas présent,
12:00Patrick Bloch.
12:01Tous les parents sont inquiets,
12:03tous les parents ont besoin de réponses,
12:05tous les parents ont énormément de questions,
12:08évidemment.
12:10Et là, tout d'un coup,
12:11il y a...
12:12Qui est donc à la Desco,
12:15responsable de la Desco Paris Centre,
12:17qui nous dit,
12:20en pleine réunion publique,
12:22« Ah non, mais vous comprenez bien
12:24que ça ne m'amuse pas, moi,
12:26d'être ici à gérer ce type d'affaires.
12:29Je préférerais végétaliser les espaces publics. »
12:33Et alors là,
12:34là c'est le pont pour moi en fait.
12:36Là on se dit,
12:37mais on est où en fait ?
12:39On est qui nous ?
12:40De quoi on parle ?
12:44Alors,
12:45elle peut avoir été débordée
12:47par toutes ces questions,
12:49mais est-ce qu'elles ne sont pas légitimes,
12:51nos questions ?
12:51Est-ce qu'on ne considère pas légitime
12:54l'inquiétude des parents
12:55quand on se rend compte
12:57qu'un animateur est accusé
12:59de faits aussi graves ?
13:01Non, la mairie de Paris
13:02a toujours, à l'époque
13:04et pendant très très longtemps,
13:08observé une attitude
13:09très dédaigneuse, je trouve.
13:14L'animateur a été payé
13:16pendant toutes ces années,
13:17pendant six ans,
13:19à ne rien faire,
13:21payé par la mairie de Paris,
13:22payé par les contribuables parisiens.
13:26officiellement,
13:27son statut
13:28est animateur
13:30sans affectation.
13:31Il a été suspendu
13:32le temps
13:32de l'enquête préliminaire
13:34qui s'est terminée
13:36par un non-lieu,
13:38par un classement sans suite
13:39de la BPM.
13:41Et donc,
13:41après ce classement sans suite,
13:43il a été gardé
13:44parmi les effectifs
13:46de la mairie de Paris,
13:47mais sans affectation.
13:48Qu'est-ce que vous attendez
13:49aujourd'hui
13:50des institutions,
13:52de la justice d'abord
13:52et des élus ?
13:54Je suis partagée
13:55entre
13:58une lassitude,
14:03une perte de confiance
14:05totale,
14:05totale,
14:07et une colère
14:09énorme.
14:11Et à chaque fois,
14:13il faut que j'essaye
14:15de mesurer
14:18ces deux états.
14:21parfois,
14:21je suis comme
14:22une lionne en cage
14:23et je tourne en rond
14:24parce que je ne sais pas
14:25comment faire
14:26pour qu'on ait
14:28au moins
14:28une réponse judiciaire.
14:34Et parfois,
14:35je suis complètement découragée,
14:36je me dis
14:36mais à quoi bon ?
14:38Mais je ne lâcherai jamais.
14:39Ça, c'est une certitude.
14:41Je peux être découragée,
14:43je peux être fatiguée,
14:46mais je ne lâcherai
14:47jamais.
14:48et il y a une raison
14:49pour laquelle
14:52cette affaire
14:53Paul Dubois
14:54ne se terminera pas.
14:58C'est parce que
14:59les enfants grandissent.
15:00Un jour,
15:01nos enfants
15:02vont se saisir
15:04de cette affaire
15:05et on ne laissera
15:06jamais cette affaire
15:08être oubliée
15:09des institutions.
15:11Jamais.
15:12Pas une seule seconde,
15:14je n'ai imaginé
15:15que mon enfant
15:18pouvait se faire
15:19violer à l'école.
15:20Jamais.
15:21Comment va-t-il aujourd'hui ?
15:22Il a 12 ans,
15:23c'est bien ça ?
15:24Oui, aujourd'hui,
15:25il a 12 ans.
15:26Il est très courageux.
15:30Il est excessivement
15:31courageux.
15:32J'ai absolument
15:33confiance.
15:35Ça va beaucoup mieux,
15:37mais je sais que
15:38cette histoire-là
15:39l'a marqué
15:40au fer rouge
15:41et que
15:42le chemin
15:43n'est pas fini
15:43pour lui.
15:45J'ai pensé
15:46naïvement
15:47lorsqu'il était petit
15:49qu'en le faisant
15:50suivre par
15:52des thérapeutes,
15:54j'ai pensé
15:55qu'en 3 ans
15:56cette histoire
15:57allait se régler.
15:58Ce n'est pas vrai,
15:58c'est l'affaire
15:59d'une vie en réalité.
16:00C'est un enfant
16:01qui a très peur
16:04encore aujourd'hui.
16:06Il voit le danger
16:07absolument partout.
16:09Donc, c'est compliqué
16:10pour lui,
16:11par exemple,
16:12de se déplacer
16:14avec des copains
16:15ou même seul
16:16prendre un métro
16:17pour faire
16:182-3 stations.
16:19C'est compliqué.
16:21C'est compliqué
16:22pour lui
16:23d'aller
16:23dans un fast-food
16:25avec ses copains
16:26parce que,
16:27en fait,
16:27potentiellement,
16:28il peut se retrouver
16:30avec un agresseur.
16:32Ça, c'est problématique.
16:34Donc, on sent bien
16:35qu'en fait,
16:35à chaque étape,
16:36il faut qu'on solutionne
16:37de nouveaux problèmes.
16:39Quand il était petit,
16:40il fallait parer
16:41à l'urgence.
16:42Au bout de 5 ans,
16:43il continuait encore
16:44à se faire quelque
16:45à-dessus.
16:46Il a fallu que je trouve
16:47une thérapeute.
16:48Je suis tombée
16:49par chance
16:49sur une gastro-entérologue
16:52qui s'était formée
16:53à la psychologie.
16:54Donc, en fait,
16:55à chaque étape,
16:56on se rend compte
16:56qu'ils ont besoin
16:57d'un accompagnement
16:58et que je ne sais pas
17:01quand est-ce que ça va
17:01se terminer pour eux.
17:02Je ne sais pas
17:03quand est-ce qu'ils vont
17:03retrouver un peu
17:05de sérénité,
17:05en fait.
17:06Sous-titrage Société Radio-Canada
17:08Sous-titrage Société Radio-Canada
17:10Sous-titrage Société Radio-Canada

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