- il y a 3 mois
Michel Devoret, Prix Nobel de physique 2025, professeur de physique appliquée à l'université Yale, directeur du laboratoire de nanofabrication en physique appliquée et Alain Aspect, professeur à l’Institut d’optique et à l’école Polytechnique, et Prix Nobel de physique 2022 sont les invités du 8h20.
Retrouvez tous les entretiens de 8h20 sur https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-du-week-end
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00:00Et un grand entretien ce matin avec Marion Lourdes, nous sommes avec deux invités exceptionnels
00:06alors que la semaine des prix Nobel vient de se conclure.
00:10Nous sommes heureux et honorés de recevoir ce matin non pas un mais deux lauréats du prix Nobel de physique.
00:18Avec nous en studio Alain Aspect, bonjour !
00:21Bonjour !
00:22Prix Nobel 2022, professeur à l'Institut d'optique de Paris-Saclay,
00:26professeur à l'école polytechnique, directeur de recherche émérite au CNRS
00:30et auteur de Si Einstein avait su, livre que vous avez publié chez Odile Jacob.
00:37Et avec nous depuis Santa Barbara, le prix Nobel de physique 2025, Michel Devoret, bonjour !
00:45Bonjour !
00:46Merci infiniment d'être avec nous, il est très tard chez vous à Santa Barbara en Californie.
00:52Vous êtes professeur de physique appliquée à l'université de Yale.
00:57Vous avez également des laboratoires à Santa Barbara et vous avez reçu le prix Nobel 2025
01:04avec le britannique John Clark et l'américain John Martinis.
01:09Vous vous connaissez tous les deux très bien, Michel Devoret et Alain Aspect.
01:14Vos travaux portent à tous les deux sur la physique quantique.
01:17Et on a beaucoup de questions à vous poser ce matin, nos auditeurs également.
01:23Ils peuvent appeler au 01 45 24 7000 au standard ou nous écrire sur l'application Radio France.
01:31D'abord un grand bravo Michel Devoret et félicitations !
01:37Merci !
01:37Qu'est-ce que vous avez appris lorsque vous avez découvert que vos travaux étaient récompensés ?
01:43C'est vrai que vous avez d'abord cru à une farce ?
01:47Oui, mon téléphone, comme beaucoup de gens, était coupé pendant la nuit.
01:54Et puis de toute façon, je ne réponds pas aux coups de téléphone qui ne sont pas dans ma liste de contacts.
02:00Donc là, je n'ai aucune chance de recevoir le message de Stockholm.
02:05Mais en revanche, vous vous réveillez à Santa Barbara ?
02:10En fait, quand je me suis levé à 7h du matin, mon téléphone crépitait.
02:17Et donc, j'ai effectivement cru à une blague.
02:21Et c'est pour ça que j'ai téléphoné immédiatement à ma fille qui habite Paris
02:25et qui était donc 9h en avance sur moi et qui avait déjà été soumise aux médias.
02:33Donc là, avec elle, j'ai su que c'était vrai.
02:36Et donc, vous avez été très surpris.
02:39Vous n'aviez même pas réalisé que c'était l'époque des Nobel ?
02:42Parce qu'en ce moment, vous avez trois boulots.
02:46Oui, je suis en train de déménager mon laboratoire de Yale en Californie.
02:52Et donc, oui, il y avait pas mal de soucis dans ce déménagement.
02:58Et c'était plutôt ça qui me préoccupait, que la saison des prix Nobel.
03:05Alors, grâce à vous, en tout cas, Michel Devoret,
03:08beaucoup d'entre nous ont découvert l'effet tunnel quantique macroscopique,
03:13la quantification de l'énergie dans un circuit électrique.
03:16On va essayer d'être les plus pédagogues possibles pour nos auditeurs.
03:20Mais je pense également à Marion et moi.
03:22Alain Aspect, comment est-ce qu'on peut décrire les travaux
03:27le plus simplement possible de Michel Devoret ?
03:30Et en quoi est-ce que ce Nobel est important ?
03:33Vous qui l'avez reçu sur le même domaine, la physique quantique, il y a trois ans,
03:37ce prix Nobel 2025, qu'est-ce qu'il récompense ?
03:40Alors, tout d'abord, bonjour Michel.
03:42On se connaît depuis longtemps, mais on ne s'est pas encore en face à face
03:45depuis la bonne nouvelle.
03:48Oui, ce que représente son prix Nobel, c'est une évolution
03:51dans la compréhension toujours plus profonde du monde quantique.
03:58L'infiniment petit, en fait.
03:59Alors, le monde quantique, c'est l'infiniment petit.
04:02Et les gens comme moi, mais depuis le début du XXe siècle,
04:05travaillent sur des objets quantiques qui nous sont donnés par la nature,
04:09des atomes, des ions, des photons.
04:11Ils sont, si j'ose dire, quantiques par construction.
04:14Et ce à quoi s'est attaqué Michel Devoret et avec ses collègues,
04:20c'est à des objets quantiques artificiels qu'ils constituent par des technologies,
04:26des technologies très fines, des nanotechnologies.
04:29Et donc, ce sont des objets que l'on fabrique.
04:32Et la question qui se pose, c'est, est-ce qu'on arrive à voir sur eux
04:36les propriétés quantiques ?
04:38Et combien gros peuvent-ils être ?
04:41Jusqu'à quelle taille peut-on faire croître ces objets artificiels
04:46tout en préservant leurs propriétés quantiques ?
04:48Voilà la question à laquelle ont répondu les lauréats de cette année.
04:53Alors, grande question, Michel Devoret.
04:56On explique souvent votre travail avec une métaphore,
04:59la métaphore de la balle.
05:01Imaginons une balle de tennis.
05:03Si on la lance contre un mur, elle rebondit, évidemment.
05:07En mécanique quantique, cette balle, elle peut traverser le mur
05:10grâce à la formation d'une sorte de tunnel invisible.
05:14Si je dis ça, est-ce que je dis quelque chose qui est compréhensible pour tous ?
05:19Oui, moi, j'aime présenter cet effet d'une façon un peu différente.
05:26Si vous enfermez une particule quantique en prison,
05:29elle va pouvoir creuser un tunnel pour se libérer de prison.
05:35L'effet tunnel, finalement, c'est une loi de liberté
05:39qui empêche de confiner une particule.
05:44Historiquement, cet effet a été mis en évidence par la désintégration alpha.
05:51Les particules alpha quittent le noyau par effet tunnel.
05:54Alors, arrêtez-moi si je me trompe,
05:56mais ça veut dire que quand il y a un circuit électrique
05:59auquel il manque un tout petit infime bout,
06:01l'électricité peut circuler des deux côtés
06:04malgré l'absence de fils ou de conducteurs, c'est ça ?
06:10Non, dans le cas de notre expérience,
06:13c'était plutôt le passage entre deux états du circuit.
06:18Dans le premier état, le courant circulait sans tension
06:24au banc du circuit, parce que c'est un circuit supraconducteur.
06:27Mais au bout d'un certain temps, spontanément,
06:29le circuit passe quantiquement dans un autre état
06:32et là, une tension se manifeste au banc du circuit.
06:37Le circuit cesse de faire circuler le courant sans tension.
06:43La tension croît, croît, croît.
06:47Et puis, à un moment donné, la supraconductivité cesse.
06:53Donc, le phénomène se stabilise.
06:55Alors, comme nous, les auditeurs de France Inter,
06:58ont beaucoup de questions.
06:59Il y en a un qui est au standard, c'est Jean-Louis.
07:01Bonjour Jean-Louis.
07:02Bonjour.
07:02Et vous avez exactement la même question que moi, alors allez-y.
07:06Donc, ma question est la suivante.
07:08Quels sont, outre l'ordinateur quantique,
07:12les applications pratiques, disons,
07:16et à quelle échéance peut-on voir des appareils quantiques,
07:19disons, apparaître dans la vie courante ?
07:22Alors, merci pour cette question, Jean-Louis.
07:24Alain Aspect, il faut dire que vos travaux
07:25et ceux de Michel Devoret,
07:27qui sont tous les deux consacrés à la physique quantique,
07:30ils se nourrissent l'un l'autre.
07:32Et donc, vous allez pouvoir nous expliquer,
07:34effectivement, ça peut mener à l'ordinateur quantique,
07:36l'ordinateur hyperpuissant, et puis ?
07:39Oui, alors, pourquoi ça mène à l'ordinateur quantique ?
07:42C'est parce qu'aujourd'hui,
07:44on tente d'utiliser les unités élémentaires d'information,
07:48qu'on appelle les bits.
07:50Traditionnellement, ce que vous avez dans votre téléphone,
07:52dans votre ordinateur, ce sont des bits classiques.
07:540, 1.
07:55Voilà, des 0 et des 1.
07:57Et dans l'ordinateur quantique,
07:59on veut utiliser des bits quantiques
08:02qui, eux, peuvent valoir 0, 1
08:05ou des superpositions de 0 et 1,
08:07un peu comme le chat de Schrödinger,
08:09qui est à la fois vivant et mort.
08:10Vous voyez, c'est ça qui est dans la boîte.
08:11Voilà.
08:12En tout cas, ça calcule beaucoup plus vite.
08:13Voilà.
08:14Et donc, encore une fois,
08:15on se retrouve aujourd'hui avec plusieurs variétés.
08:18Les atomes, les ions, les photons,
08:20qu'on utilise comme bits quantiques.
08:22Mais les travaux de Michel Dévoré et de ses collègues
08:25ont ouvert la voie à l'utilisation de circuits supraconducteurs
08:30que l'on essaie d'utiliser comme élément d'information quantique de base.
08:36Michel Dévoré, vous avez reçu les félicitations du comité Nobel,
08:41mais également du président de la République
08:43qui disait, Emmanuel Macron,
08:46que vous ouvriez un champ considérable pour le progrès,
08:50notamment pour le progrès dans l'informatique
08:53et la conception, non seulement de l'intelligence artificielle,
08:58celle de demain,
09:00mais d'ordinateurs extrêmement puissants,
09:02beaucoup plus complexes que nos ordinateurs classiques.
09:06Est-ce que c'est aussi simple que ça ?
09:08Et à quoi peuvent servir ?
09:10À quoi peuvent être appliquées vos recherches ?
09:13Alors, effectivement, comme l'a mentionné Alain,
09:18les circuits supraconducteurs quantiques,
09:20ce sont une des façons actuelles les plus performantes
09:25d'implémenter l'ordinateur quantique,
09:28mais il y a d'autres applications,
09:30notamment des applications aux censeurs quantiques
09:34qui permettent de mesurer, par exemple,
09:37des phénomènes infimes comme la résonance magnétique d'un seul noyau.
09:42C'est un travail qui se fait, par exemple, à Saclay, au CEA Saclay.
09:45Ça, ça sert pour les IRM, par exemple, pour être très, très concret ?
09:48Oui.
09:50Ça permettrait de nouvelles méthodes en imagerie,
09:54en imagerie d'une molécule unique,
10:00avec, effectivement, en complément, l'ordinateur quantique
10:02pour inverser les données.
10:05C'est-à-dire, Alain Aspect, expliquez-nous ce que vient de dire
10:08et qui n'est pas forcément intuitif, Michel Devoret.
10:11Alors, d'abord, ce qu'il a dit, ça s'inscrit dans ce qu'on a observé
10:15depuis des décennies, à savoir que toute nouvelle découverte fondamentale quantique
10:21très souvent trouve des applications dans le domaine du médical
10:24et, en particulier, de l'imagerie.
10:27Et la dernière phrase de Michel,
10:29excuse-moi, Michel, je vais commenter,
10:31la dernière phrase de Michel fait référence au fait
10:33que lorsqu'on a un grand nombre de données,
10:36eh bien, pour reconstruire l'image à partir de ce grand nombre de données,
10:40ça devient extrêmement complexe
10:41et on espère que l'ordinateur quantique
10:44donnera un coup de main pour reconstituer l'information finale,
10:48celle que le médecin pourra observer.
10:50Celle que le médecin pourra observer,
10:52donc, évidemment, avec des applications médicales,
10:55et on l'espère.
10:56Il y a aussi quelque chose comme une révolution scientifique en cours
11:01à écouter le comité Nobel qui vous a récompensé tous les deux.
11:07Vous, vous êtes à Google,
11:09Google, Michel Devoray, qu'est-ce que vous y faites ?
11:14Oui, bon, je suis, j'ai un rôle de conseiller,
11:18de conseiller scientifique
11:20pour une partie de Google
11:23qui se trouve à Santa Barbara
11:24et qui construit un ordinateur quantique.
11:28D'ailleurs, ce travail a été initié à Google
11:30par John Martinez,
11:32qui est un des colorés
11:34et qui est un collègue et un ami
11:36depuis très longtemps.
11:38Et dans cette recherche
11:40auquel vous vous consacrez,
11:42à Google,
11:44l'idée, c'est de produire
11:46une intelligence artificielle
11:48qui devrait nous aider à quoi ?
11:51Alors, effectivement,
11:53le fondateur de cette partie de Google,
11:57qui est Hartmut Neven,
11:58qui est un neurophysiologiste,
12:00lui, il a eu la vision
12:02qu'en fait,
12:03si on voulait, disons,
12:05faire de l'intelligence artificielle
12:07pour décrire les phénomènes de la nature,
12:10il fallait avoir une base de données
12:12qui incluait les données quantiques.
12:15Donc, effectivement,
12:16ce laboratoire a le nom de Quantum,
12:20qui est juste à la pose
12:23Quantum et l'intelligence artificielle.
12:26Quantum IA Google.
12:29Voilà, c'est ça.
12:30L'idée, c'est que
12:32des phénomènes quantiques
12:35sont nécessaires
12:36pour constituer une base de données,
12:38disons, sérieuse
12:40pour l'intelligence artificielle,
12:41notamment dans le cadre de la chimie.
12:43Donc, vous pouvez utiliser
12:45un ordinateur quantique
12:47pour prédire des structures chimiques
12:49et donc enrichir
12:51les bases de données
12:52sur les molécules
12:53et donc, par extrapolation,
12:55comprendre mieux
12:56la façon dont on construit
12:58de nouvelles molécules.
12:59Alors, il y a de nombreux auditeurs
13:00qui vous félicitent chaleureusement.
13:03Michel Devoret et Mélodie
13:04qui vous disent
13:05« Bravo, Bruno ! »
13:06qui vous dit tout simplement
13:08« Félicitations ! »
13:10Mais beaucoup s'intéressent
13:12à la France,
13:13au financement
13:14à l'organisation
13:14de la recherche en France
13:15et en Europe
13:16et ça, ça ne vous surprendra pas
13:18à l'inspect.
13:20Oui, alors,
13:21c'est l'occasion de rappeler
13:22que, certes,
13:24Michel est récompensé
13:25pour le travail
13:26qu'il a fait
13:26dans l'équipe de John Clark
13:27lorsqu'il était en post-doc,
13:30comme on dit,
13:30en séjour post-doctoral.
13:32Mais il est revenu en France
13:33où il a monté
13:35avec ses collègues
13:36Daniel Estève
13:37et Christian Urbina
13:38un magnifique laboratoire
13:40au CEA à Saclay
13:41qui est complètement
13:43dans le coup,
13:43qui a joué
13:45un rôle clé
13:45par exemple
13:47dans l'émergence
13:48justement
13:48des bits quantiques
13:50basées sur
13:51les supraconducteurs.
13:53Donc,
13:53on peut dire
13:53que la France
13:54n'est pas larguée.
13:56Certes,
13:57il y a des problèmes
13:57de crédit.
13:59Ce n'est pas un secret
14:00que le budget
14:00de la France
14:01n'est pas florissant.
14:02Heureusement,
14:03je le répète
14:04à chaque fois,
14:05nous avons l'Europe
14:06qui donne
14:07le coup de pouce
14:08nécessaire,
14:08ce qui fait
14:10que les laboratoires
14:11français
14:11arrivent quand même
14:13à tenir leur rang
14:14la preuve.
14:15Alors,
14:15Cocoréco !
14:16Quand même,
14:17Alain,
14:17c'est 7 Nobel
14:18de physique français
14:19au 21ème siècle.
14:21Il y a une école française
14:22et une excellente française.
14:23Exactement,
14:23vous avez prononcé le mot.
14:24Il y a une école française
14:26et cette école française,
14:28en particulier,
14:28c'est une école de professeurs.
14:30C'est-à-dire que,
14:31suivant l'exemple
14:31par exemple
14:32de Claude Coentanouji,
14:33de Serge Haroche,
14:35nous avons tous
14:35envie de communiquer
14:37à nos étudiants,
14:39à expliquer
14:40le plus clairement possible
14:41ces sujets
14:42qui sont complexes
14:43et je crois
14:44que c'est ça
14:44qui crée
14:45l'école française
14:45quantique.
14:46C'est cette volonté
14:47à chaque pas
14:48de ne pas rester obscur
14:50mais d'expliquer
14:51aux étudiants
14:51ce qu'on fait.
14:52Mais vous,
14:52Michel Devoray,
14:53vous êtes de l'école française
14:54mais ça fait 20 ans
14:56que vous êtes aux Etats-Unis,
14:58vous avez choisi l'exil
14:59en quelque sorte.
15:00Vu le changement de contexte,
15:01vous n'avez pas prévu
15:02de rentrer prochainement ?
15:03Non,
15:04non,
15:04mais ce n'est pas un exil.
15:05D'ailleurs,
15:06il faut rappeler
15:06que j'ai travaillé
15:0725 ans
15:08en France
15:10et puis...
15:11Là,
15:11vous êtes aux Etats-Unis
15:12et vous avez fait ce choix.
15:13Oui,
15:14mais j'ai eu la chance
15:15moi,
15:16disons,
15:17d'expérimenter
15:17deux systèmes
15:18de recherche
15:19très complémentaires
15:20mais qui ont chacun
15:21leur mérite.
15:23Et ça,
15:24on le voit d'ailleurs
15:25avec l'amitié
15:26que vous entretenez
15:28avec non seulement
15:29notre ami Alain Aspect
15:31mais avec
15:32la grande équipe,
15:33la grande famille
15:34de Saclay.
15:36Est-ce qu'il y a,
15:37Michel Dévoray
15:38et Alain Aspect,
15:38j'aimerais que vous parliez
15:39l'un à l'autre,
15:41une forme d'amitié
15:42qui peut se nouer
15:43autour de ce qui est
15:45le plus scientifique,
15:46la science la plus dure,
15:47en l'occurrence,
15:48celle sur laquelle
15:49vous travaillez ?
15:50Je vais répondre en premier
15:51puisque je suis plus près de vous.
15:55Oui,
15:55il y a une amitié.
15:56D'abord,
15:56l'amitié,
15:57elle se nourrit
15:57des personnalités.
15:58On a des atomes crochus,
16:00on n'en a pas.
16:00Avec Michel,
16:01il se trouve que c'est
16:02toujours extrêmement bien entendu.
16:05Et puis,
16:05quelque chose
16:06qui est très intéressant,
16:07c'est que nos domaines
16:08sont voisins
16:09et complémentaires.
16:10Comme je l'ai répété,
16:11moi,
16:11je travaille sur des objets
16:12que la nature me donne
16:13et lui,
16:14il fabrique ces objets.
16:15et le fait
16:17d'arriver à comprendre
16:18si les propriétés
16:19sont les mêmes,
16:20exactement les mêmes,
16:21pas tout à fait les mêmes,
16:22je crois que ça a provoqué
16:23chez nous
16:24un nombre incalculable
16:25de discussions.
16:26Michel Devoret ?
16:28Oui,
16:29d'abord,
16:29je voudrais dire quand même
16:30que notre travail
16:32sur ces effets macroscopiques
16:35ont été très inspirés
16:36par les expériences d'Alain
16:38dans les années 70.
16:40Je voudrais quand même dire
16:41que je faisais partie
16:42du public
16:43pendant sa thèse
16:44où on ne pouvait pas
16:46s'asseoir,
16:47il fallait rester debout.
16:50C'est une rockstar,
16:51Alain Aspect,
16:51dans le domaine de la physique,
16:53Michel Devoret ?
16:54Donc,
16:55ce qui était très inspirant
16:58dans le travail d'Alain,
17:00c'est qu'il,
17:01finalement,
17:02c'était une recherche
17:04très fondamentale
17:05qui testait les principes
17:06même de la mécanique quantique.
17:08Ça a été l'ambition aussi
17:10de notre expérience.
17:12Alors justement,
17:12j'aimerais vous entendre
17:14répondre à Thierry
17:15parce que lorsqu'on parle
17:17de travaux qui sont liés
17:18notamment au progrès
17:20de l'informatique
17:21pour employer
17:22un vocabulaire
17:23très très large
17:24et commun,
17:26beaucoup d'auditeurs
17:27comme Thierry
17:28s'interrogent
17:29sur l'empreinte carbone
17:30des futures applications,
17:32justement.
17:32celles qui utilisent
17:33la physique quantique,
17:35celles qui utilisent
17:36l'intelligence artificielle
17:38et les supercalculateurs.
17:40Cette empreinte carbone,
17:42est-ce qu'elle est absolument
17:43inévitable ?
17:44Est-ce qu'elle sera massive,
17:47profondément gravée
17:48dans le sol,
17:50Alain Aspect ?
17:51Alors, d'abord,
17:52l'empreinte carbone
17:53n'existe que si on utilise
17:56des sources d'énergie
17:57qui émettent du carbone.
17:59Je vous rappelle
17:59que les centrales nucléaires,
18:00elles, n'émettent pas de carbone.
18:02Mais au-delà de ça,
18:04on parle d'avantages quantiques
18:05et la première idée
18:07sur avantages quantiques,
18:08c'est que l'ordinateur quantique
18:10va calculer plus vite
18:11et de façon plus puissante
18:12que l'ordinateur de base.
18:14Mais une autre facette
18:15de l'avantage quantique
18:17qu'on espère voir
18:18bientôt démontrer,
18:19c'est que peut-être
18:20l'ordinateur quantique
18:21pourra faire les mêmes calculs
18:23qu'un ordinateur classique
18:24en dépensant moins d'énergie.
18:26Donc, je suis un optimiste,
18:28j'ai été élevé dans la croyance
18:30que la technologie
18:31permet de résoudre les problèmes
18:32et ce serait quand même
18:34très intéressant
18:34que précisément
18:36l'ordinateur quantique
18:37nous permette
18:37d'économiser de l'énergie
18:39sur des calculs compliqués.
18:40Michel Devoret,
18:41même question,
18:42est-ce que le bonheur
18:43de la recherche,
18:44même la recherche fondamentale,
18:46c'est le malheur écologique ?
18:49Ah non, pas du tout
18:50parce que là, justement,
18:51comme le dit Alain,
18:52en fait,
18:53les principes de la mécanique quantique,
18:55enfin les principes même
18:56du calcul quantique,
18:57se reposent sur,
18:59en fait,
18:59une dissipation
19:00absolument minimale
19:01d'énergie.
19:02Il faut que le circuit
19:04dissipe le moins possible
19:06pour que le calcul quantique
19:07marche.
19:08Donc, disons,
19:09sur le plan
19:09des principes fondamentaux,
19:11c'est plutôt
19:11un calcul
19:12le plus économique possible.
19:16Alors maintenant,
19:17vous allez me dire,
19:18en ce qui concerne
19:19les circuits supraconducteurs,
19:21il faut les refroidir
19:22à pratiquement
19:23très près du zéro absolu.
19:25Mais dans le cas
19:26de grosses machines,
19:27il y a des économies
19:28d'échelle
19:29qui feraient espérer
19:31quand même
19:31que ça serait
19:33des calculateurs
19:34moins gourmands
19:35en énergie.
19:35Alors, question
19:36à tous les deux peut-être,
19:37qu'est-ce que ça change
19:38un prix Nobel à l'inspect ?
19:39Ça fait trois ans,
19:40qu'est-ce que ça a changé ?
19:42Ça change
19:43une avalanche
19:44d'invitations,
19:45donc une obligation
19:46de refuser
19:47la plupart des invitations
19:49parce qu'on n'a
19:49que 24 heures par jour.
19:51Mais ça donne quand même
19:52la possibilité
19:53de parler de science
19:55au grand public.
19:56Je crois que la science
19:57a bien besoin
19:58qu'on la défende
19:59quand on pense par exemple
20:01au ministre des Vaccinations
20:02aux Etats-Unis
20:03qui est contre les vaccinations.
20:04On a besoin
20:05de faire campagne
20:06en faveur de la science
20:08et le prix Nobel
20:09me donne
20:09beaucoup de tribunes.
20:11Michel Devoré ?
20:13Oui, je suis tout à fait d'accord.
20:15Moi, en ce qui me concerne
20:16depuis quatre jours,
20:19j'ai l'impression
20:20de vivre dans un univers
20:21parallèle.
20:23Mais je pense
20:26que c'est effectivement
20:27la mission
20:28d'un lauréat
20:29du prix Nobel.
20:30Justement,
20:31c'est de faire
20:32ce que dit Alain.
20:33C'est justement
20:34d'aller parler de science
20:36et de la défendre.
20:38Et surtout,
20:39je pense,
20:39la communiquer
20:40aux jeunes étudiants.
20:42de montrer
20:43qu'elle n'est pas
20:46inscrite dans le marbre,
20:48qu'elle peut être
20:49mise en question.
20:50Ça, c'est très important.
20:51Donc, vous allez aller
20:52à la rencontre
20:53de lycéens,
20:54d'étudiants
20:55pour les motiver
20:56à faire de la science
20:57dans les mois,
20:58les années qui viennent.
20:59Michel Devoré ?
21:00Écoutez,
21:02moi, j'ai bénéficié
21:03énormément
21:04de ces exposés
21:08des lauréats
21:10du prix Nobel
21:11qui sont mes aînés.
21:13Donc, évidemment,
21:14j'ai un sentiment
21:15d'une volonté
21:17de rendre.
21:19Oui, ça, bien sûr.
21:21Écoutez,
21:21félicitations encore
21:22et merci infiniment
21:23d'avoir veillé
21:25pour être avec nous
21:26si tard
21:27depuis la Californie
21:28et Santa Barbara.
21:29Il y a un mot d'Alain Aspect
21:31pour vous,
21:31Michel Devoré ?
21:32Michel,
21:33tu as peut-être remarqué
21:34que tu as eu
21:35le prix Nobel 40 ans
21:36après les expériences
21:37qui t'ont conduit
21:39au prix Nobel.
21:39C'était la même chose
21:40pour moi
21:41et je me disais
21:41qu'en ce qui concerne
21:43le prix Nobel de la paix,
21:45le président Trump
21:46va devoir attendre
21:47quelque temps.
21:48Au moins 40 ans !
21:51Et on entend
21:51votre rire,
21:52Michel Devoré.
21:53Très, très bonne nuit
21:54pour vous.
21:56Très belle journée
21:57pour vous,
21:57Alain Aspect.
21:58Merci d'avoir été
21:59notre invité.
22:00C'était un honneur
22:02de vous avoir
22:02tous les deux.
22:03Je rappelle
22:04Alain Aspect,
22:06si Einstein
22:07avait su,
22:08c'est publié
22:09chez Odile Jacob.
22:10et à tous les deux.
22:11Sous-titrage Société Radio-Canada
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