00:007h-9h, Europe 1 Matin.
00:03L'édito politique sur Europe 1 avec Le Figaro. Bonjour Jean-Christophe Buisson.
00:07Bonjour Dimitri, bonjour Anissa.
00:08Jean-Christophe, ce matin vous voulez nous parler de ce qui est en train de se passer autour du film
00:13sur le général de Gaulle dont le second volet est sorti en salle ce week-end.
00:17Oui, car si le film, ou plutôt les films d'Antonin Baudry appartiennent bien sûr au domaine du 7e art,
00:21leur destin dépasse le cadre du seul cinéma et relève du fait culturel, voire politique.
00:25Quand le premier volet est sorti, début juin, il s'est passé ce qu'il se passe pour chaque film
00:30le mercredi, des critiques positives et négatives, des acteurs en promotion, des premiers chiffres de fréquentation qui tombent, rien que
00:36de très normal, sinon qu'une petite musique s'est rapidement imposée,
00:39signalant que le nombre d'entrées n'était pas à la hauteur des investissements de son producteur, le groupe Pathé,
00:44qui avait dépensé autour de 80 millions d'euros dans ce projet.
00:47Et cette insupportable manie française contemporaine de se réjouir de l'insuccès d'une initiative ambitieuse et coûteuse a émergé.
00:54On s'est désintéressé de l'incontestable réussite de cette fresque historique, digne de ce que font les américains quand
01:00ils réalisent des films sur leur propre histoire.
01:01On est passé vite sur la fabuleuse performance de Simon Abkarian dans le costume général.
01:06Et on a commencé à insister sur les tensions durant le tournage, les dépassements de budget, les petites libertés prises
01:12par le réalisateur avec la vraie histoire pour mieux scénariser certains moments du film.
01:15C'est bien simple, celui-ci a fini par ressembler à son sujet, la France de 1940, totalement battue et
01:21abattue, étrangement défaite, presque sans espoir.
01:24Et là, comme dans le film et comme dans la grande histoire, l'espoir justement s'est fait jour, le
01:28vent a tourné, De Gaulle a fini par trouver son public.
01:31Exactement. Mais cette fois, la victoire n'est pas venue d'un petit général de brigade sûr de lui, charismatique
01:36et habité par une détermination indestructible,
01:38mais du peuple français lui-même qui s'est mobilisé pour devenir un fleuve se déversant dans les salles de
01:43cinéma.
01:43L'idée de se retrouver deux heures et demie en pleine canicule dans un lieu climatisé a sans doute joué
01:48dans ce sursaut.
01:49Mais c'est surtout le bouche-à-oreille qui a été décisif.
01:52Et que disaient ses bouches aux oreilles d'amis, de parents, de collègues ?
01:55Que le film d'un point de vue cinématographique était bien sûr très réussi, mais surtout qu'il avait de
01:59multiples autres qualités.
02:01Par exemple, celle de nous rappeler qu'il ne faut jamais désespérer de la France.
02:04Que dans les pires moments, un homme ou une femme, hier De Gaulle, avant-hier Jeanne d'Arc, a toujours
02:09surgi pour sauver notre nation de l'occupation étrangère.
02:12Que la seconde guerre mondiale ne se résume pas au régime de Vichy, à la collaboration, à la déportation des
02:17juifs,
02:17à ces pages noires qu'on ne cesse de nous rappeler,
02:19mais qu'il y a eu des héros magnifiques pour sauver l'honneur.
02:22Des pêcheurs bretons rejoignés en Londres dès juin 40.
02:25Des lycéens narguant les Allemands à Paris le 11 novembre 1940.
02:28Puis partout en France, des héros anonymes ou célèbres comme Jean Moulin ou le général Leclerc.
02:32Le diptyque d'Antonin Baudry participe du récit national, nous rend fiers d'être français.
02:37Et c'est pour cela que des centaines de milliers de nos compatriotes se passent le mot depuis bientôt un
02:42mois.
02:42Allez voir ce film qui nous met du baume au cœur dans cette période si déprimante.
02:46Alors reste une interrogation.
02:47Pourquoi ce film a suscité si peu d'engouement lors de sa sortie ?
02:51Comme vous le savez Dimitri, le monde de la culture penche très à gauche.
02:55C'est en particulier le monde du cinéma.
02:57L'acteur principal du film, Simon Abcariens, est toujours revendiqué de cette famille politique.
03:01Et le distributeur du film a cru bon de lancer sa promotion dans l'émission de Yann Barthes quotidien.
03:06Or, sans doute hérité de cette époque où même les socialistes traitaient De Gaulle de fasciste,
03:11il reste une certaine méfiance instinctive, sinon une hostilité d'une grande partie de la gauche,
03:15pour un homme qui par ailleurs, quoi qu'il en ait dit lui-même, était de droite, issu d'une
03:19famille plutôt morassienne.
03:21Donc ce public-là, de gauche, malgré Abcariens, malgré Yann Barthes, ne s'est pas précipité pour voir le film
03:26à sa sortie.
03:27De leur côté, les spectateurs de droite ont logiquement cru que le film serait emprunt d'idéologie de gauche,
03:32plutôt que d'histoire, et ont boudé sa sortie.
03:34Jusqu'au moment où quelques-uns parmi eux ont dépassé leur prévention, l'ont vu,
03:38et ont partagé leur enthousiasme, incitant le peuple de droite à aller l'applaudir.
03:41Et on voit le résultat.
03:42En troisième semaine d'exploitation, De Gaulle 1 a progressé de 17%,
03:46et après ce week-end, grâce à la fête du cinéma, le film file vers le million et demi de
03:50spectateurs,
03:51tandis que De Gaulle 2 a engrangé plus de 230 000 entrées en trois jours,
03:55titillant les blockbusters venus du pays de Roosevelt et de Trump,
03:59Toy Story 5 et des mignons et dix monstres.
04:01De quoi se dire que la flamme du cinéma français,
04:03comme celui de la résistance jadis, ne s'y atteindra pas.
04:07Et là, le méchant du 2, c'est Roosevelt, justement.
04:11Et c'est assez étonnant de voir un président américain dans la figure du grand méchant.
04:16C'est une vraie révolution copernicienne.
04:17Et c'est peut-être ce qu'il y a de plus contemporain dans le film.
04:20Merci beaucoup Jean-Christophe Buisson, l'édito politique sur Europe 1.
04:23Je signale la lune du Figaro ce matin.
04:26Canicule, la surmortalité inquiète déjà les autorités.
04:29Merci Jean-Christophe, bonne journée.