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  • il y a 10 heures
Face à la disparition des derniers témoins de la Résistance, dont fit partie Edgar Morin, la mémoire collective repose désormais sur les récits, les œuvres cinématographiques, sur le courage et l'héritage laissé par ces figures historiques.

Retrouvez « L'édito politique de Patrick Cohen » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-edito-politique

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Transcription
00:00C'est l'édito politique. Bonjour Patrick Cohen. Bonjour Florence.
00:02Deux figures historiques ont voisiné dans l'actualité d'hier, Edgar Morin et Charles de Gaulle.
00:09De Gaulle, premier des Français libres qui bataillent sur les écrans dans un film à très gros budget,
00:13au moment où avec Edgar Morin s'efface le dernier homme qui pouvait témoigner de ce que fut la résistance
00:19à l'occupant nazi.
00:20Chef de guerre communiste à 21 ans, Edgar Morin avait rejoint le réseau de mouvements de résistance des prisonniers de
00:25guerre,
00:25dirigé par Michel Caliot, le neveu du général de Gaulle. Combat fondateur, le jeune homme a vu nombre de camarades
00:32disparaître en prison,
00:34sous la torture ou en déportation. Lui-même a failli par trois fois être arrêté par la Gestapo.
00:39« Je suis devenu résistant, disait-il, en surmontant ma propre peur de mourir à 20 ans. »
00:45C'est ça qui nous fascine Patrick et qui nourrit la profusion de films sur le sujet en ce moment,
00:50le courage.
00:51« Le courage qui est la première des vertus et la condition de réalisation de toutes les autres, disait le
00:56philosophe et résistant Vladimir Jankelevitch.
00:58Sans courage, pas de sincérité, de justice, de modestie.
01:02Et paradoxalement, rappelle Philomaghe dans un passionnant hors-série sur les philosophes résistants,
01:07c'est la peur qui fait le courage, car le courage est avant tout une résistance aux tentations de la
01:11fuite.
01:12Et moi, qu'aurais-je fait ? L'interrogation s'inscrit naturellement dans le miroir de tout récit héroïque.
01:18« Comment me serais-je comporté si j'avais vu le jour quelques dizaines d'années plus tôt ?
01:23Aurais-je pu agir contre mes intérêts, ma survie, mon confort, ma peur ? Où est ma propre limite ?
01:28»
01:28Ces questions traversent le très beau Moulin de Laszlo Nemes, film présenté à Cannes.
01:33Elles habitent aussi le visage de celui qui l'incarne à l'écran, Gilles Lelouch.
01:36« Mais l'admiration n'est pas le seul ressort de notre attachement aux figures de la résistance. »
01:41« Nous avons une dette envers les morts, écrivait Paul Ricoeur, autre philosophe.
01:45Nous nous sentons redevables de ceux qui ont payé de leur vie pour que nous vivions libres ou que nous
01:51vivions tout court.
01:52Raconter leurs histoires comme celle des survivants et plus encore maintenant qu'ils ont tous disparus,
01:56raconter et se souvenir, c'est honorer ce qu'ils ont accompli, donner en exemple des principes et une éthique,
02:03c'est prolonger leur combat et, avec toutes les réserves d'usage, inscrire celui-ci dans le temps présent,
02:08les films, les hommages aux disparus, les travaux d'historiens s'intensifient aussi parce que nous sommes désormais notre génération,
02:15les seuls dépositaires de cette mémoire.
02:17L'invité qui va suivre dans 3 minutes, Steven Spielberg, y a consacré une partie de sa vie et de
02:22ses films.
02:23Une citation d'Edgar Morin pour finir.
02:24Oui, pour rappeler qu'après ce siècle de curiosité et d'engagement, il continuait de regarder devant, jusqu'au bout.
02:31Il y a 3 ans, dans l'un des textes publiés dans le recueil « Encore un moment »,
02:35il clamait son amour de la vie, disait sa tristesse de devoir bientôt la quitter
02:40et de ne pas pouvoir savoir ce qui va sortir des énormes crises que subit aujourd'hui l'humanité.
02:46« Je vais partir », disait Morin, en plein suspense historique.
02:50Merci Patrick Cohen.
02:52Merci Patrick Cohen.

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