00:00 Pourquoi y a-t-il ce qu'on appelle dans notre jargon un encombrement aux urgences ?
00:03 Pour deux raisons principales.
00:04 Une raison d'amont et une raison d'aval.
00:06 La raison d'amont, c'est que les Français n'ont plus de médecins.
00:10 Vous n'avez peut-être pas de médecin traitant,
00:12 en tout cas beaucoup de Français n'ont pas de médecin.
00:15 Comme ils n'ont pas de médecin, que font-ils ?
00:17 Ils vont aux urgences par défaut parce qu'ils n'ont pas d'alternative.
00:20 Et donc vous avez aux urgences la concentration
00:21 de tous les dysfonctionnements de la médecine de ville.
00:23 Ça, c'est la première raison.
00:25 La deuxième raison, c'est qu'une partie,
00:27 en général en France, 20% des gens qui vont aux urgences
00:31 finalement doivent être hospitalisés.
00:32 C'est le chiffre national.
00:33 Ces 20%, donc s'il faut les hospitaliser,
00:36 il faut leur trouver un lit d'hospitalisation.
00:38 Alors nous avons un système qui est devenu trop petit,
00:40 avec trop peu de lits d'hospitalisation,
00:42 non pas comme souvent on le croit parce que le gouvernement
00:44 ou les gouvernements ont fermé des lits, le sujet n'est pas là,
00:47 c'est que les lits qui existent en fait sont fermés physiquement
00:52 parce qu'il n'y a pas de personnel.
00:53 Il n'y a pas en particulier...
00:54 Comme à l'éducation nationale donc.
00:55 On est sur la même situation, on parle orale.
00:57 Avec un sujet qui est...
00:58 Il faut quand même bien comprendre ça,
00:59 c'est que les postes sont ouverts budgétairement.
01:03 La question, ce n'est pas qu'on ne peut pas les payer,
01:04 c'est qu'on n'a pas de candidats.
01:06 Moi, dans mon service, qui est un service en plus parisien,
01:10 bien doté, on est vraiment chez les riches, entre guillemets,
01:13 quand on voit un système français qui est en paupérisation générale.
01:16 C'est la première fois depuis maintenant 10 ans
01:19 que j'ai un turnover très important chez les infirmières
01:23 avec des postes qui manquent.
01:23 Jamais je n'avais eu de pénurie d'infirmières.
01:26 Il y a aujourd'hui des pénuries d'infirmières.
01:27 Donc le vrai sujet, c'est...
01:29 Je ne sais pas, je serai ministre de la Santé,
01:31 la première décision que je prendrai,
01:33 c'est que je dirais, il faut que tous les Français aient un médecin.
01:35 C'est l'objectif politique.
01:37 Et je commence par quoi ?
01:38 Dans le mécano, je commence par doubler le nombre de médecins formés.
01:41 Doubler, pas 10 % de plus.
01:43 Doubler, les Anglais l'ont fait.
01:44 Parce que quand un médecin part à la retraite,
01:46 il en faut deux pour le remplacer.
01:47 Donc je double le nombre de médecins formés
01:49 et je double le nombre d'infirmières aussi.
01:50 Il y a un chiffre qui traîne, qui n'a jamais été vérifié,
01:52 mais à mon avis, il n'est pas très loin de la vérité.
01:54 C'est que quand vous formez une infirmière, c'est trois ans.
01:58 À l'issue des trois ans, il y en a un quart qui n'exerce pas la médecine,
02:01 qui ne travaille pas, qui font autre chose.
02:03 Un quart.
02:04 Il y a un deuxième chiffre aussi qu'il faudrait vérifier
02:06 et que je crois qu'il est vrai.
02:07 C'est que quand vous formez 100 étudiants en médecine
02:09 qui passent en deuxième année de médecine,
02:11 qui est le CUT,
02:13 il y en a 20 %, un cinquième,
02:15 qui ne seront jamais inscrits au conseil de l'ordre des médecins.
02:17 Donc il y a une déperdition terrible.
02:19 Et d'une certaine manière,
02:20 le "travailler plus pour gagner plus" de Sarko il y a 15 ans
02:24 a été transformé en "travailler moins, y compris si je travaille moins".
02:28 Et ça, il faut l'avoir compris, on manque de bras.
02:31 - Bien sûr.
02:32 [Musique]
02:34 [Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org]
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