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  • il y a 4 heures
Tous les matins à 7h15, le parti pris argumenté d'un invité sur un sujet d'actualité, avec les témoignages et les réactions des auditeurs de RMC en direct au 3216.

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Transcription
00:00Cinq jeunes, dont trois mineurs, en garde à vue après la mort de Louis, 17 ans, tabassés à mort à
00:05Narbonne.
00:06Une barbarie pure et simple, voilà les mots de la tante de Louis.
00:10Reda Didi, bonjour. Merci d'être dans ce studio ce matin.
00:13Vous avez été éducateur spécialisé, vous intervenez aujourd'hui sur les politiques de prévention,
00:17sur les relations entre les jeunes et la police, sur les RICS.
00:21Louis, il était accueilli par l'AZE, l'aide sociale à l'enfance.
00:25Plusieurs de ces bourreaux présumés, également 3 sur 5, étaient eux-mêmes des enfants placés en foyer.
00:32Et vous nous le dites ce matin, poser un cadre à ces jeunes ultra-violents devient de plus en plus
00:38compliqué.
00:38Qu'est-ce que vous constatez ?
00:40On le constate un petit peu partout.
00:42D'abord poser un cadre sur un jeune aujourd'hui, c'est plus compliqué qu'avant.
00:47Mais sur ces jeunes qui sont à l'AZE, qui n'ont pas demandé à être là, qui sont placés,
00:53parce que finalement, il y a un gros problème de cadre, vraisemblablement.
00:57Là, la maman, les parents de Louis, vraisemblablement, ont dealé pour qu'ils puissent être accueillis à l'AZE.
01:04On apprend d'ailleurs et on découvre qu'il est possible de placer volontairement son enfant à l'AZE.
01:09C'était, semble-t-il, le cas pour 3 mois, parce qu'ils le trouvaient compliqué à gérer, semble-t
01:14-il, déscolarisé.
01:15Et donc envoyé pour un délai particulier auprès de l'aide sociale à l'enfance.
01:20C'est ça. Et toute la difficulté, quand on est éducateur dans ce milieu-là,
01:23et je l'ai été à l'AZE sur l'accueil d'urgence à Villepinte,
01:27c'est que quand vous avez des gamins et plusieurs gamins qui sont comme ça en recherche de cadre,
01:33où le cadre est totalement déstructuré, je ne connais pas le passif des jeunes dont on parle là,
01:40mais moi, les gamins dont j'avais la charge, c'était, vous devez les coucher,
01:44le père vient de tuer la mère, ou la mère est morte en overdose,
01:49où il y avait des gens qui ont vécu des drames absolus ?
01:54C'était des grosses charges.
01:57Comment on fait ?
01:58C'est très compliqué, c'est très difficile d'abord de poser un cadre sur ces jeunes-là,
02:03de faire vivre des jeunes qui n'ont pas demandé à vivre ensemble,
02:06c'est-à-dire qu'ils ont été placés dans une maison sous le même toit,
02:09parfois dans les mêmes chambres, sans avoir demandé à être là,
02:12et puis avec une charge émotionnelle, des difficultés très très importantes et très lourdes.
02:16Mais comment est-ce possible que l'ASE n'ait pas...
02:18C'est-à-dire l'aide, il y a le mot aide, aide sociale à l'enfance.
02:22Et en effet, on découvre jour après jour que des jeunes, des enfants, même très jeunes parfois,
02:27ne sont pas en réalité aidés.
02:30Ils sont aidés, et puis ensuite, après, vous avez les charges à chaque éducateur,
02:34ou l'équipe éducative qui est en place là, de mettre en place la pédagogie qui va bien.
02:39Mais aujourd'hui, vous savez bien que le métier d'éducateur est un métier pénurique,
02:42qu'on a de plus en plus de mal à recruter.
02:44Il en manque terriblement.
02:45Voilà, qu'à peu près la moitié ne sont pas diplômés,
02:50peut-être pas assez bien formés sur le sujet.
02:54Et puis, malgré tout, on a une génération qui est différente des générations précédentes,
02:59et qui demande peut-être une façon différente de les aborder.
03:03Une façon différente de les aborder, parce que cette génération,
03:05effectivement, et c'est ce qui frappe, elle est dans un rapport à la violence
03:10qui semble totalement désinhibé.
03:12Ce qui est, évidemment, vertigineux et abominable dans cette histoire,
03:16c'est que non seulement Louis a été tabassé à mort,
03:20laissé à l'abandon sur un chantier agonisant,
03:24mais les cinq jeunes, dont trois mineurs,
03:28qui sont soupçonnés d'avoir commis des faits,
03:30se sont filmés, filmés le tabassant, filmés ensuite comme presque un trophée.
03:36On a l'impression de chasseurs à côté d'un trophée dans un safari.
03:40Et puis ensuite, un autre film qu'ils ont posté sur les réseaux sociaux,
03:44où on les voit ayant quitté la scène du crime,
03:47dans un train, j'ai envie de dire presque tapant la converse,
03:52comme si de rien n'était, de manière détendue.
03:53L'un des jeunes arrivant dans son propre foyer s'est vanté d'avoir tabassé quasi à mort,
03:59puisqu'il l'a laissé mourant, un autre jeune.
04:02Ce rapport à la violence, comme si c'était banal,
04:05comme si ça n'était pas grave.
04:07Mais, de nouveau, c'est des images insoutenables.
04:10Elles sont insoutenables, et on a fait le choix, d'ailleurs, je le précise,
04:12sur RMC et RMC Story ce matin, de ne pas les diffuser.
04:17Ensuite, on ajoute l'illuminé et l'horreur à tout ça.
04:21On a des jeunes qui ne comprennent pas conscience de ce qu'ils ont fait.
04:25Je pense qu'ils ne sont pas encore au courant de ce qui s'est passé de la fin.
04:29Mais pourquoi ? Parce qu'ils sont si confrontés à la violence qu'elle devient banale ?
04:32En fait, la violence, on pourrait dire dans notre société,
04:35depuis une trentaine d'années, d'après les différentes études,
04:36que la violence a baissé.
04:37Par contre, quand il y a de la violence, c'est de l'ultra-violence.
04:39C'est de la violence qui va très très loin.
04:41C'est de la violence qui n'a pas de limite.
04:42C'est de la violence qui est totalement désinhibée,
04:45et qui peut aller jusqu'à la mort d'un jeune là.
04:47Mais, dans d'autres affaires, on a pu le voir précédemment,
04:51les jeunes aujourd'hui vont au bout, mais pas que les jeunes d'ailleurs.
04:54Quand on a de la violence aujourd'hui dans notre société, c'est de l'ultra-violence.
04:57Elle devient tout de suite ultra-violence.
04:59Elle est très très forte, elle est très aiguë.
05:02Il n'y a pas de gradation.
05:03Non, il n'y a plus de gradation.
05:04On n'a plus de limite.
05:05Il n'y a plus ce cadre, il n'y a plus cette limite
05:08qui nous permet finalement de regarder avec un peu plus d'humanité l'autre
05:13quand on est dans cette position et dans ces conflits.
05:15Qu'est-ce que vous pouvez dire, vous qui parfois vous retrouvez face à des rixes
05:18où il faut réussir à séparer effectivement les deux parties ?
05:23Qu'est-ce que vous pouvez dire ce matin ?
05:25Est-ce qu'il y a quand même espoir ?
05:26Est-ce qu'il y a un moyen de réussir à déconnecter ou débrancher cette violence ?
05:30Quand on crée des espaces de dialogue, les jeunes comprennent très vite,
05:33et ce qu'on essaie de leur raconter, c'est la suite.
05:35C'est-à-dire que vous allez faire un mouvement, vous allez prendre un coup de sang,
05:37il va y avoir une bagarre, éventuellement un incident et un mort.
05:40Voilà ce qui va vous arriver dans la vie.
05:42Voilà quelles vont être les conséquences pour vous, pour votre famille, pour les perceptions.
05:46Voilà aussi quelle image vous donnez à la société aujourd'hui de ce qu'est votre jeunesse.
05:51Et ça, ça va avoir des conséquences sur votre avenir et sur l'avenir de notre société.
05:56Ça, ça marche assez bien quand on les a de façon posée, organisée, organisée,
06:01et puis avec des activités, je veux dire, pas de consommation,
06:05mais de création de façon un peu maligne et intelligente.
06:07Nous, on le fait bien, on crée des BD avec eux et autres,
06:10et on voit bien que ceux-là ne tomberont pas là-dedans.
06:13Par contre, quand ils ne sont pas passés par des courges foudines de ce type-là,
06:18c'est beaucoup plus compliqué de prendre conscience de tout ça,
06:21notamment quand on a un cadre qui est totalement déstructuré.
06:24Il n'y a plus de cadre.
06:25C'est-à-dire qu'il n'y a plus, vous n'avez plus d'adultes autour d'eux
06:28qui sont en capacité réelle de faire respecter le cadre.
06:30Et qu'il y ait des limites et qu'il y ait effectivement un moment où ça s'arrête.
06:33Merci Reda Didi, en tout cas, d'avoir partagé ce matin,
06:36votre réflexion et votre témoignage.
06:38Vous êtes aujourd'hui spécialiste des politiques de prévention
06:41et vous avez écrit « La sécurité, notre bien commun ».
06:43C'est aux éditions de Lobillé.
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