00:00Eh bien parce qu'en fait c'est un épisode ou une manifestation de plus de ce changement climatique
00:05auquel on a opposé la dimension de décarbonation en glissant un peu vite de transition énergétique à décarbonation
00:13alors que bien sûr on doit mettre en équation compétitivité de notre économie et croissance et souveraineté.
00:22Et en fait le fait de trop se focaliser sur la décarbonation qui est la cerise sur le gâteau
00:27a produit un clivage dans la société qui finalement s'est divisé entre d'un côté les vendeurs de peur,
00:35déclinologues, collapsologues, décroissantistes et de l'autre côté les vendeurs de doute
00:41qui ne croient pas du tout qu'il y a de problèmes sur le climat, donc climato-sceptique
00:46et parfois même à renier ce que la science ou la simple observation au quotidien nous permet de voir.
00:55Et au milieu finalement on a un grand trou noir parce que pendant que ces deux extrêmes s'affrontent,
01:02on ne réfléchit plus sur quelque chose d'aussi basique qu'on ne peut pas opposer l'économie et le
01:09climat
01:09et on a besoin surtout dans notre pays de croissance, d'investissement.
01:15Et ce qui ne choque personne c'est que finalement on arrive à trouver des financements entre guillemets
01:20pour financer des flux et des coûts, mais pas pour investir, ce qui est quand même un paradoxe fondamental.
01:26Là on voit que les salariés se mettent certains en congé, les enseignants vont entrer en grève,
01:34la productivité est en train de baisser parce que maintenant plus personne ne peut travailler,
01:38enfin sauf nous, mais j'exagère un peu, mais beaucoup ne peuvent plus travailler à cause de la chaleur,
01:41donc on voit qu'il y a un impact direct sur la productivité.
01:44Et quel secteur paie aujourd'hui selon vous le plus lourd tribut à la chaleur, Myriam Mastroini ?
01:50Tous les secteurs sont concernés malheureusement.
01:52Les terrasses de restaurants qui souffrent beaucoup de la crise en général,
01:55personne n'est sur une terrasse d'un restaurant ou d'un bar quand il fait 35, 38, 40 degrés.
02:01On a le transport bien sûr.
02:04J'ai vu un vol de Florence à Londres débarquer 20 passagers,
02:10parce qu'il faut plus de kérosène quand on a des températures supérieures à 35 degrés sur des pistes courtes,
02:15eh bien ça pose ce problème.
02:17Dans le transport, on a les voies ferrées qui bougent,
02:20donc ça provoque des retards, ça provoque des annulations de trains.
02:24On a évidemment l'agriculture, les pâturages sont grillés avant de démarrer la saison,
02:30donc l'élevage.
02:32Je crois qu'il n'y a aucun secteur qui n'échappe à ça,
02:34ce qui d'ailleurs nous vaut de dire deux choses.
02:36La première, c'est que le coût de l'inaction est élevé.
02:40On entend de plus en plus des études sérieuses,
02:43des gens comme Allianz qui vous disent que ça va coûter de 0,5 à 1% de PIB.
02:47Si on fait le calcul, c'est pratiquement 800 euros par ménage.
02:51Et par ailleurs, on a les coûts liés aux dégâts climatiques qui explosent.
02:57Nous, en France, on a la chance encore d'avoir un système assurantiel qui couvre,
03:01mais jusqu'à quand ? On a 11 millions de Français qui vivent dans des maisons menacées de RGE,
03:07retrait, gonflement des argiles, de RGA, pardon.
03:11Évidemment, ils doivent investir pour consolider leur logement.
03:14Et on a vu passer la prime catastrophe naturelle,
03:17la part de la prime 4NAT, catastrophe naturelle, de 3 à 20% l'année dernière.
03:24Donc, on voit bien qu'il y a des coûts clairs qui sont aujourd'hui calculés par des organismes
03:32et des études sérieuses, y compris l'Organisation mondiale du travail,
03:35qui dit que ça va coûter 80 millions d'emplois.
03:37Michel Fayad.
03:38Dans votre livre, vous analysez le choc des titans mondiaux et la dépendance européenne.
03:43Vous revenez également d'une tournée dans les Outre-mer,
03:46et en première ligne face au choc climatique.
03:48Comment la réponse aux canicules et l'obligation de repenser nos réseaux énergétiques
03:52peuvent-elles devenir une arme de souveraineté industrielle pour la France
03:55plutôt qu'un facteur d'asphyxie face aux Etats-Unis et la Chine ?
03:58Les Etats-Unis, clairement, sont retournés vers le dollar et les pétrodollars.
04:03C'est ce que nous disent les guerres dont on parle tous les jours sur vos plateaux.
04:06Face à ça, on a l'électro-yuan, puisque les Chinois,
04:09qui n'avaient pas de gaz ou de pétrole, ont compris qu'il fallait s'électrifier.
04:13L'électrification, finalement, de l'économie est un fait depuis les années 60.
04:18Tous les nouveaux usages qui apparaissent,
04:20ça a été la génération des machines à laver.
04:23Ensuite, dans les années, un peu plus tard, on a eu les moyens de communication.
04:27Aujourd'hui, c'est les data centers.
04:28Donc, l'économie s'électrifie.
04:31On sait qu'on a des moyens d'aller vers de l'efficacité énergétique
04:35et de mieux réguler l'électricité.
04:37Puis surtout, l'électricité peut se produire localement,
04:40au niveau territorial, avec toutes sortes de moyens de produire.
04:44Ça peut être le photovoltaïque, l'éolien,
04:47en fonction des territoires, la géothermie.
04:49Il y a beaucoup de moyens.
04:51Vous noterez qu'on ne parle plus de mix énergétique et de mix électrique.
04:54On a fusionné tout ça.
04:56Donc, à la fin, plus personne ne comprend rien sur des choses aussi basiques
04:59que les composantes d'un mix énergétique.
05:01Et les prix de revient, je ne vais pas rentrer dans le détail,
05:04mais les prix de revient, des différentes façons de produire l'électricité.
05:09Et évidemment, si on s'électrifie, et j'en arrive à votre question,
05:12il faut renforcer des réseaux.
05:14Et on sait qu'on a des dizaines de milliards, pour parler en centaines de milliards,
05:19d'efforts à faire, d'investissements pour renforcer nos réseaux électriques,
05:25bien sûr, qui font partie de l'équation.
05:27Et en dernier lieu, je crois qu'on doit faire un mix,
05:29parce que j'entendais quelqu'un s'exprimer en disant, il est trop tard.
05:32Non, il n'est pas trop tard.
05:32Parce que si on ne commence jamais, là, évidemment, il sera trop tard un jour.
05:36Mais on doit faire un mix entre atténuation et adaptation.
05:39Dans l'adaptation, vous le mentionnez tout à l'heure,
05:43on a la possibilité de rester chez soi.
05:45Mais qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ?
05:46On a 50% des maisons qui sont des passoires et aujourd'hui des bouluards thermiques.
05:50Ça ne rythme à rien de rester chez soi,
05:52quand on n'a pas pu adapter nos logements comme on aurait dû le faire.
05:55Et ça implique aujourd'hui des nouvelles solutions.
05:57On les a, avec des travaux étape par étape,
06:01pour, par exemple, faire monter en gamme énergétique nos logements.
06:05Deux dernières questions avant de terminer.
06:07Mais la climatisation, c'est une solution ou un faux remède ?
06:09Et puis, qu'est-ce qu'il faut faire ?
06:10Qu'est-ce qu'il faut faire, là, à l'heure qu'il est, concrètement ?
06:12On ne peut pas imaginer la maison avec son chauffage en hiver
06:16et la climatisation en été ou des températures de confort pour les êtres humains.
06:20Ça fait partie des besoins fondamentaux.
06:22Donc, il faut arrêter ces débats.
06:24Et je vous rappelle quand même qu'on vient de parler d'un plan de 400 000 pompes à chaleur.
06:28Une pompe à chaleur, c'est réversible.
06:30Ça peut créer du chaud l'hiver et du froid l'été.
06:32Donc, il faut, je crois, cesser les débats et passer à l'action.
06:35– Pardon, dernière question subsidiaire.
06:38Lorsque Sébastien Lecornu, il a annoncé aujourd'hui un doublement de l'enveloppe
06:40pour la rénovation énergétique des hôpitaux à 600 millions d'euros, vous applaudissez ?
06:45– Oui, mais c'est que du réactif.
06:47Il faut passer sur quelque chose qui est suivi année après année
06:50et on ne peut pas faire du cas par cas.
06:53On a besoin, les entreprises ont besoin de visibilité.
06:56– Merci beaucoup, Myriam.
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