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  • il y a 12 minutes
Kyan Khojandi, humoriste, scénariste et acteur, pour le film documentaire “André is an idiot” de Tony Benna (au cinéma le 1er juillet), avec André Ricciardi et avec la voix de Kyan Khojandi. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-jeudi-25-juin-2026-9252755

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Transcription
00:00Kyan Kojandi a fait deux seules enceines qui sont, à mon sens, des chefs-d'oeuvre d'écriture.
00:05Il a fait aussi, bref, vous savez, la mini-série sur les trentenaires devenus cultes.
00:11Et puis il a fait bloqué, re-mini-série sur des trentenaires désovrés, culte, reculte.
00:17Et puis il a vieilli et il a fait bref deux sur les quadragénaires.
00:21Ce matin, il nous parlera d'un documentaire américain complètement zinzin, dont il a fait la voix française.
00:27C'est l'histoire vraie d'un publicitaire californien qui meurt d'un cancer du côlon et qui filme sa
00:33maladie avec un humour féroce.
00:36Mais Kyan Kojandi, lui, que vient-il faire dans cette galère ?
00:40Faire, à mon avis, ce qu'il a toujours fait, rire de ce qui l'angoisse immensément, la mort.
00:46Portrait numéro 161.
00:53Honnêtement, je me suis préparé à la chimiothérapie en ayant des gueules de bois pendant 35 ans de ma vie.
01:01Mentalement, c'est similaire.
01:03Je me sens comme une merde qui va crever.
01:06Mais il faut mettre ça de côté, fermer sa gueule et continuer ce qu'on fait.
01:11Je pense que pour quelqu'un qui n'a pas connu de longues périodes d'alcoolisme dans sa vie et
01:17de gueules de bois, ça doit être plus difficile à encaisser.
01:20Voilà, comme ça, ça nous plonge directement dans le bain.
01:23C'est un film totalement maboule et hyper réussi qui s'appelle André is an Idiot.
01:28André est un crétin, en gros.
01:31Bonjour Kyan Kojandi.
01:32Bonjour.
01:32Bonjour Sonia, vous allez bien ?
01:34Et vous ?
01:34Oui, ça va bien.
01:35Il a dormi ?
01:35Il a dormi ?
01:36Non, j'ai dormi.
01:37Il a dormi, il a dormi, voilà.
01:39Donc André is an Idiot.
01:40Voilà, c'est un film de Tony Bena qui sort le 1er juillet au cinéma.
01:44André, c'est un publicitaire californien, c'est un pur produit de la contre-culture.
01:48Un ex-hippie, en gros, on peut dire.
01:51Voilà, il s'est bien foutu de toutes les règles, de toutes les conventions.
01:54Il a bien ri d'ailleurs quand son meilleur ami lui a proposé de faire une coloscopie.
01:58Et s'il l'avait faite, voilà, il aurait repéré un cancer du côlon qui débutait.
02:03Exactement.
02:03Il ne l'a pas faite.
02:04Voilà.
02:05Donc quand le film commence et que vous, vous prêtez votre voix française au film,
02:09en fait, il a un cancer galopant qui est déjà en stade 4.
02:11Il a un stade 4, oui.
02:12Il a un stade 4, ouais.
02:15Donc on se dit, waouh, ça ne va pas être drôle, ça va être compliqué.
02:18Et en fait, le documentaire, sur le fond, est assez dramatique.
02:22Parce qu'on parle du cancer colorectal.
02:23Mais André est totalement original et décide de le traiter avec beaucoup d'humour et beaucoup de créativité.
02:30Voilà.
02:30Et donc c'est une sorte d'humour qui est quoi ?
02:32Qui est une manière de résister à tout prix à tout ce que la société lui a imposé,
02:37mais aussi à la maladie, mais aussi de faire la nique à la mort.
02:40C'est ça, oui.
02:40C'est une manière aussi de garder le contrôle, de vouloir faire rire, de s'exprimer par l'humour,
02:45de laisser aussi une trace, justement, drôle.
02:48Sans éluder les chimios, la radiothérapie, la dégradation du corps.
02:57Alors ça passe aussi par des séquences assez baroques.
03:01Apprenez comment il apprend, écoutez comment il apprend à crier.
03:05Inspirez à fond, fermez les yeux et dites ce qui vous vient.
03:11Adieu les losers !
03:14Ouais, comme ça ?
03:15Ouais.
03:15D'accord.
03:16Ouais.
03:16Ça fait du bien.
03:17Ouais, d'accord.
03:21Ça va péter !
03:22Je viens de chercher Dieu !
03:33C'est libératoire, vous avez essayé ?
03:36Ouais, ouais, ouais, j'essaye, j'essaye, j'essaye dans les champs comme ça.
03:42Kianne, qu'aujourd'hui vous avez été aussi le visage d'une campagne de prévention pour le cancer colorectal.
03:48Une campagne qui avait déjà commencé l'année dernière, qui s'est reproduite cette année, où on vous voit poser
03:55à côté d'un chiotte blanc.
03:57Et où c'est marqué « va chier ».
03:59Voilà !
03:59Ça c'est la ligue contre le cancer.
04:01Exactement.
04:02Et c'est assez, les gens se disent, je pense que quand on se balade dans la rue et qu
04:05'on voit un panneau avec marqué « va chier », on se dit « waouh, ça interloque ».
04:07Et du coup, ça mobilise justement pour aller se faire dépister du cancer colorectal, qui est un cancer qui, comme
04:14vous le disiez, c'est quelque chose qu'il faut juste dépister avec un kit.
04:19On va dans la pharmacie, on reçoit un kit de dépistage, c'est assez simple, c'est totalement indolore.
04:24C'est un prélèvement, on envoie et on a les résultats.
04:26Et après, justement, on avise.
04:27Voilà, le cancer colorectal, on en profite, c'est la parenthèse très sérieuse de cette interview, concerne 47 000 personnes
04:34chaque année, nouvelles personnes chaque année qui sont atteintes, et ça génère 17 000 décès.
04:40Et ça fait partie des cancers, si on fait de la prévention, on les chope au bon moment et on
04:44peut les soigner.
04:45Et justement, ça que je trouve vachement intéressant, c'est que « Bref 1 » et particulièrement « Bref 2
04:52», le ressort dramatique de votre écriture, qui Anne Kojandi, et tout le monde s'en souvient parce que c
04:56'est des séries qui ont eu un énorme succès, c'est précisément ça, c'est le moment du choix.
05:01C'est-à-dire que vous avez toujours travaillé là-dessus, et même dans votre dernier spectacle, c'est-à
05:07-dire que vous figez un personnage pile au moment où il a choix 1, choix 2, choix 3.
05:12Ou non choix.
05:13Ou non choix.
05:13Et se laisser aller par rapport au choix des autres.
05:16C'est aussi, se laisser aller par le choix des autres, c'est peut-être une erreur aussi.
05:19Voilà, mais il y a choix 1, choix 2, choix 3, et tout ce qui en découle.
05:23Ouais.
05:23Voilà.
05:23Et même parfois, vous faites des retours en arrière de « S'il n'avait pas fait ce choix, et
05:27là, là, là ».
05:27Est-ce qu'on n'est pas exactement là-dedans avec André, il est un idiote ?
05:31Ah bah complètement.
05:31Il a fait le choix de ne pas aller faire la coloscopie.
05:33Ouais, en plus c'est son meilleur ami qui lui dit « Viens, on le fait ensemble », ce qui
05:35est une idée un peu folle.
05:37Genre « Viens, on le fait ensemble, carrément, on fait la coloscopie ensemble, ça va être trop marrant. »
05:41Et il dit « Ouais, ouais, non mais je vais le faire », et il repousse au lendemain, il repousse
05:44au lendemain, et en fait, c'est là, c'est quand il a les premiers symptômes qu'il doit faire
05:48la coloscopie, et là, c'est déjà trop tard.
05:49C'est ça.
05:50Ouais.
05:50Donc en gros, si on faisait un bref sur André, c'est l'histoire d'un mec qui n'a
05:54pas fait le bon choix et pas s'il est mort.
05:56C'est ça, exactement.
05:56C'est exactement ça.
05:57C'est exactement.
05:58Extrait du premier spectacle de Kian Kojandi.
06:01À présent, le Casino de Paris, je vais vous raconter une histoire sur un sujet qui n'est pas drôle,
06:03mais on va en rire tous ensemble.
06:04Vous êtes prêts ?
06:05Ouais !
06:06Ok.
06:07En fait, pendant que j'écrivais mon spectacle, j'ai perdu mon papa, et je vous le dis tout de
06:10suite, ça va.
06:10Je ne suis pas là pour me plaindre, au contraire, je suis là pour vous raconter cette histoire, pour vous
06:13montrer qu'on peut surmonter un deuil pareil,
06:16et même trouver de la drôlerie dans un événement qui est tragique.
06:22Putain, il a pété l'ambiance, là !
06:24On va en rire tous ensemble, je vous le promets.
06:28Voilà.
06:29Voilà le point commun entre Kian Kojandi et André.
06:32C'est qu'on prend l'éléphant qui est dans la pièce, c'est-à-dire notre peur à tous
06:36de mourir,
06:37et on a tous vu des gens qu'on aimait même beaucoup mourir du cancer,
06:41avant d'être soi-même percuté de plein fouet si ça nous arrive un jour.
06:45Et on le tourne, non pas en dérision, mais en drôlerie féroce !
06:50Oui, on essaye en tout cas.
06:51Ça fait du bien ?
06:52Oui, ça fait du bien, ça m'a permis de surmonter mon deuil, d'en parler, c'est quelque chose
06:56qui fait beaucoup de bien.
06:57Il est mort d'un cancer ?
06:58Oui, cancer du pancréas, enfin pas colorectal, cancer du colédoc.
07:05Du colédoc ?
07:06Oui, c'est un tuyau qui permet d'évacuer la bile, et là c'était rempli de tumeur.
07:10Voilà, c'était Aziz qui avait grandi en Iran, qui lui-même n'avait pas eu de peur,
07:16parce qu'il est présent dans les spectacles, et aussi dans Bref 2, beaucoup.
07:20Oui, c'est clair.
07:21Beaucoup, et que comme le cancer qu'il a frappé et qu'il a emporté est présent dans votre écriture,
07:31forcément quand on vous voit revivre cette histoire avec André dans la voix française et tout,
07:37on se dit que d'ailleurs il a fallu revoir les images, il a fallu d'un corps qui se
07:42détériore, de l'hôpital.
07:43Ça m'a beaucoup ému, mais vraiment j'aimerais le rappeler, le documentaire est très très drôle, justement.
07:48Très très drôle.
07:49Il arrive à surmonter justement la gravité de ça.
07:52Mais comme vos spectacles, Kian.
07:53Ah bah c'est gentil.
07:54Comme vos spectacles quand vous parlez de la mort de votre père.
07:56Ouais, ouais, bah c'est gentil, c'est gentil.
07:57Et même...
07:58En fait, j'ai pas le choix.
07:59Pourquoi ?
08:00Parce que j'ai pas le choix, dès qu'il se passe une situation, il y a un nœud, même
08:04dans une conversation,
08:05dès qu'il y a un nœud compliqué, mon cerveau me dit c'est insupportable, il faut faire quelque chose.
08:11Donc hop, je fais une pirouette.
08:12Et c'est comme ça...
08:13Donc allez vous faire dépister, c'est hyper important, allez chier dans un pot, et voilà.
08:18Est-ce que c'est comme ça qu'on se retrouve dans Bref 2 avec un épisode incroyable,
08:22qui est une espèce de, comment dire, de grosse séquence de science-fiction totalement délirante,
08:29où vous et votre frère, je pense même que c'est votre vrai frère, d'ailleurs.
08:32C'est mon vrai frère, oui.
08:33Voilà, et votre mère, c'est votre vraie mère ou c'est pas votre vraie mère ?
08:35Non, non, c'est...
08:36C'est une fausse mère, d'accord.
08:38C'est une fausse mère.
08:39Mûre, avec des énormes fusils laser, vous combattez donc les crabes aliennes.
08:44C'est ça, c'était le...
08:59Pour tenter de sauver le papa.
09:01Voilà, donc c'est important, il faut faire ça.
09:03Et elle nous a emmenés dans une sorte de tourbillon de refus de la mort,
09:07alors que moi j'étais déjà près d'œil, je savais que l'issue était fatale.
09:11Elle ne pouvait pas supporter d'être impuissante.
09:13C'est ça, il fallait récupérer le contrôle.
09:14Et donc c'est un peu ça que cette séquence traduita.
09:17Raconte.
09:17Voilà.
09:17Ce que je disais, c'est récupérer le contrôle en fait.
09:19C'est ça.
09:20Avec un fusil laser.
09:22Avec un fusil laser.
09:22Non mais ça sauverait tout si on avait des fusils laser et des super pouvoirs.
09:27Oui.
09:28Si on était Goldorak.
09:30Oui.
09:31Si on était Vegeta.
09:33Si on était Dragon Ball.
09:35Oui, c'est les super pouvoirs, c'est ça.
09:36On est les gens trop forts.
09:38Parce que c'est ça aussi votre histoire, Kian Kojandi.
09:40C'est quand même l'histoire d'un mec qui a gardé tous les jouets.
09:43C'est ça.
09:43Ah oui.
09:44De quand il était petit.
09:45C'est ça, oui.
09:45Ah oui, j'ai gardé tout ça.
09:47Oui.
09:47Exactement.
09:48Mais ne me regardez pas avec des yeux complètement effarés.
09:51Vous allez vous raconter ça dans Bref, le A à Z.
09:54C'est vrai, mais j'oublie tout à chaque fois.
09:55Je suis là, genre oui, c'est vrai, j'ai fait ça.
09:58Mais au passage, vous oubliez aussi que vous avez eu beaucoup de succès à chaque fois ?
10:01Qu'on est si nombreux à avoir regardé ces séries ?
10:04Non, mais j'ai une confiance qui ne revient pas tous les matins.
10:10Tous les matins, je dois faire un effort de me dire, bon, cool, on repart à zéro.
10:14Qu'est-ce que je peux faire aujourd'hui ?
10:16C'est vrai que je n'ai pas une caméra qui regarde derrière en disant, ouais, c'est cool,
10:20ça va être, ouais, j'ai fait tout ça et tout.
10:22Je suis plus dans le, bon, maintenant on fait quoi ?
10:24Ah ouais, est-ce que je vais y arriver et tout ?
10:25C'est plus ça ma personnalité.
10:26Alors je reviens aux jouets.
10:27Oui.
10:27Aux jouets de quand vous étiez plus.
10:28Oui.
10:29Bon, ces jouets, ils sont restés avec vous.
10:31C'est ça, même dans les boîtes.
10:32C'est-à-dire ?
10:33Il y a un peu un fantôme, c'est un peu futile.
10:36Non, pas du tout.
10:36Ok, c'est le côté, c'est le côté être dans le magasin et le désir d'acheter quelque chose
10:44qu'on ne peut pas acheter.
10:45Et en fait, le voir le jouet dans la boîte, ça conserve l'éternité de ce désir.
10:50En fait, c'est assez génial.
10:51Les joueurs de côté, on regarde le truc et on se dit, en fait, quand on achète le jouet et
10:54qu'on le met dans sa boîte et qu'on n'y touche pas,
10:57il y a une sorte d'éternité de ce plaisir de se dire un jour je l'aurai.
11:00Eh bien, je me demande si ce n'est pas pour ça que chez certaines femmes, il y a beaucoup
11:05de chaussures qui sont toujours dans les boîtes à chaussures.
11:08C'est possible.
11:08Voilà.
11:08C'est possible.
11:09C'est de conserver l'éternité du moment où on en a eu envie dans le magasin.
11:12C'est l'éternité.
11:13C'est absolument génial.
11:14Mais il y a aussi l'idée qu'on va avoir des super pouvoirs avec Dragon Ball et ses copains.
11:19Ils ne meurent jamais.
11:20Ils ne meurent jamais dans Dragon Ball.
11:22Et voilà.
11:22Il y a encore un rapport à l'éternité.
11:24Il y a encore un rapport à l'éternité.
11:26Adieu les losers !
11:42C'est la musique de ce film qui sortira le 1er janvier, André, le 1er juillet, André is an idiot.
11:48D'ailleurs, c'est encore la fête du cinéma.
11:51Donc, si vous allez le 1er juillet, c'est 5 euros la place.
11:52Eh bien, voilà.
11:53Oui.
11:55C'est important de le dire.
11:56Oui, c'est comme le dépistage.
11:58C'est important de le dire.
11:59Voilà.
12:00Ce qui est intéressant, c'est que ce père, qui est mort maintenant, il y a plusieurs années, le vôtre,
12:07c'est comme si vous n'en finissiez jamais avec lui.
12:10Comme s'il revenait souvent dans les choix que vous faites.
12:15Choix 1, choix 2, choix 3.
12:16C'est vrai.
12:17Il y a toujours votre père, quelque part.
12:18Oui, c'est vrai.
12:19Pourquoi ?
12:20J'en rêve encore.
12:20J'en ai rêvé avant-hier.
12:22C'est vrai ?
12:23Je ne sais pas.
12:23Il y a un côté, c'était une personne vraiment très marquante.
12:26Vous rêvez de lui vivant ?
12:27Hein ?
12:27Vous rêvez de lui vivant ?
12:28Oui, on se parle.
12:30Il est toujours aussi chiant et c'est toujours marrant de le croiser.
12:34Il dit toujours des trucs...
12:35Bizarres.
12:36Oui, il dit des trucs un peu...
12:37C'était un doudingue.
12:39C'était un mec qui racontait beaucoup d'histoires, qui était très marrant, qui voyait le bon côté des choses.
12:44Même si Epic était un peu, je ne sais pas si on peut dire, qui était des fois extrêmement dépressif
12:50et des fois extrêmement animé.
12:51Du coup, ça a créé une sorte d'incertitude.
12:53Peut-être que ça vient de là, le côté genre incertitude chez moi, le côté genre tout change quoi.
12:57Oui, le côté névrosé, le côté...
12:59C'est l'histoire d'un mec qui a passé des très longues années sur un cannabis.
13:03C'est ça, exactement.
13:04Parce qu'il était très dépressif.
13:05Parce qu'arraché de son pays natal, qu'est l'Iran.
13:08Oui.
13:09Ça, ça suffit à expliquer la dépression d'un papa pendant plusieurs, plusieurs années.
13:14L'exil, le fait d'être arraché à sa culture.
13:17Je pense, oui, bien sûr.
13:18C'est une vraie brisure ?
13:20C'est une vraie brisure, oui, carrément.
13:21C'est ça, il avait tout.
13:24Je me mets à sa place.
13:25Là, si demain, je dois partir et tout recommencer à zéro et être un étranger dans un pays étranger,
13:31devoir réapprendre la langue, devoir un temps d'adaptation.
13:34Alors, je pense que j'essaierai de m'adapter très vite.
13:37Mais pour mon père, ça a été un déchirement total.
13:40Il était totalement furax que vous deveniez comédien.
13:43Oui.
13:44C'est vrai, oui, c'était ça.
13:46Alors que je me suis rendu compte, alors qu'on a appris qu'il était comédien,
13:49il avait fait du théâtre quand il avait 18 ans, c'est ça, en fait.
13:51Comment ça, on a appris ? Parce que vous ne le saviez pas.
13:53On a vu une...
13:54Ben non.
13:55Non, mais j'ai grandi dans un tabou total.
13:58Un tabou total de quoi ?
13:59Mon père ne m'a jamais rien raconté.
14:01J'ai appris des histoires après sa mort, moi.
14:02De l'Iran de quand il était petit ?
14:04De quand il était petit, ado.
14:06J'ai appris des trucs.
14:08D'ailleurs, j'en parlais.
14:08C'était verrouillé.
14:09Ah, mais je n'ai jamais parlé avec mon père.
14:11On était en Wi-Fi, on ne discutait pas, quoi.
14:15Il était sur son canapé ?
14:17Oui, il me disait, non, mais tu ne passes jamais à la maison.
14:20Même quand j'étais adulte, tu ne passes jamais à la maison.
14:21Je venais, il ne me parlait pas.
14:23J'étais là, il me disait, non, mais j'aime bien quand tu es dans le coin.
14:25Voilà, c'est tout.
14:26J'ai appris ça plus tard.
14:27Il me dit, j'aime bien quand tu es...
14:29Donc, il était comédien.
14:31C'était un secret de famille.
14:32C'était un secret de famille, oui.
14:33Vous, vous étiez juriste, vous avez voulu devenir comédien.
14:36Oui.
14:36Et là, il vous fait la guerre.
14:37Oui, il ne voulait pas.
14:38Sans vous dire que lui-même, il est passé par là.
14:40C'est ça.
14:40Est-ce qu'il est mort, parce que vous le racontez dans le premier spectacle, il est tombé malade au
14:45moment où vous écriviez le spectacle.
14:46Oui, c'est ça.
14:47Est-ce qu'il a eu le temps de vous voir avec du succès, de vous voir heureux d'être
14:51devenu comédien ?
14:52Est-ce qu'il a eu le temps de voir que vous aviez fait le bon choix ?
14:55Oui, c'est ça qui est cool.
14:55On parle de ça depuis le début de cet entretien.
14:58On a rétabli...
14:59En fait, c'est devenu mon pote le jour où ça a commencé un peu à fonctionner pour moi.
15:03Et je me rappelle, il était venu à Bercy quand je faisais le spectacle de Florence Foresti, qui s'appelait
15:07la partie, la big partie de Florence Foresti.
15:09Et là, il a vu...
15:12C'est comme si, dans un stade, les gens ont dit « Oui, il a eu raison ! »
15:15Et moi, j'étais là genre « Oui, il a eu raison ! »
15:19C'est bon, c'est bon.
15:20Je pense que les jours où les gens sont rentrés dans son magasin tous les jours en disant « Ah,
15:24vous êtes le père ! »
15:26Je pense que là aussi, ça l'a convaincu.
15:27Ah oui, il avait toujours son magasin ?
15:29Oui, oui, oui.
15:29Mais c'était d'ailleurs très dur de le voir quand il était malade.
15:33Il disait « Non, retour de magasin, là, il redevenait, il avait de l'énergie, mais en fait, il perdait
15:37l'énergie tout de suite. »
15:37Donc, il y a un côté similaire à André.
15:41À André ?
15:41Oui.
15:41Mais c'est pour ça que c'est courageux d'avoir fait cette voix off jusqu'au bout.
15:44C'est important.
15:45Parce qu'André, il va petit à petit vers la mort.
15:47Donc, il faut...
15:49C'est toujours important de faire des choses qui ont du sens.
15:51C'est important.
15:52C'est important, ça aide.
15:54Et Madame Cojandie, alors, quand le petit Cojandie a dit « Moi, je ne serai pas juriste », elle, elle
15:58est juriste.
15:59« Moi, je ne serai pas juriste, je serai comédien. »
16:01Oui, il y a eu une sorte de...
16:04Il y a eu une sorte de cédommage, quoi.
16:06Ah aussi ?
16:07Bah...
16:08Personne ne vous a facilité la vie.
16:09On ne m'a pas vraiment facilité le chemin, mais il y avait un côté genre « Bah non, mais
16:12là, tu es en maîtrise de droit, qui est plus quatre, quoi. »
16:15Il faut y aller, quoi.
16:16Quel gâchis ?
16:17Pas gâchis, mais il y a un côté « Vas-y, j'y vais, moi. »
16:19Moi, j'y vais, en tout cas.
16:20Et puis après, je me suis rendu compte que tout le monde est devenu comédien dans la famille.
16:23Alors, c'est ça, racontez, parce que c'est quand même assez dément.
16:26Mon frère m'a suivi, il est parti s'inscrire au Cours Simon derrière.
16:29Et pareil, ma mère m'a suivi, elle est partie s'inscrire au Cours Simon derrière.
16:31Voilà, c'est ça.
16:32Ça, je trouve ça absolument génial.
16:34C'est qu'en fait, votre mère, elle en rêvait.
16:36Vous êtes devenu comédien, vous lui ouvrez la voie.
16:38C'est quand même fou.
16:40À quel âge elle s'est reconvertie ?
16:41Je ne sais pas, il y a 62 ans, 63 ans.
16:44C'est dingue.
16:45Oui, c'est dingue.
16:46C'est dingue.
16:46Oui, c'est fou.
16:47On l'a vu monter les marches à Cannes et tout.
16:49Je trouve ça fou, mais je trouve ça bien.
16:51Elle se l'était interdit.
16:52De changer sa vie comme ça.
16:54Parce qu'à elle aussi, on avait dû lui dire que c'était un gros gâchis.
16:56Oui, parce que je me rappelle, on lui disait, ce n'est pas du travail.
17:05Il faut travailler dans la vie.
17:06C'est important de travailler dans la vie.
17:07Il faut travailler, travailler, travailler.
17:08Le travail, c'est ça.
17:09Le travail, c'est la vision que ma grand-mère avait.
17:13Le travail, c'était dur.
17:15Et vous, vous avez l'impression de travailler dans la vie ?
17:18Je dirais Aurel San, c'est toujours les vacances dans ma tête.
17:21C'est toujours les vacances dans ma tête ?
17:22Je travaille beaucoup, mais c'est toujours les vacances dans ma tête.
17:24On l'embrasse Aurel San.
17:26Merci qu'il y a de vous aujourd'hui d'être venu sur France Inter.
17:29André, he's an idiot.
17:31Tony Bena, le 1er juillet au cinéma.
17:33Et oui, la prévention du cancer colorectal, c'est super facile.
17:37C'est un kit en pharmacie et ça sauve des vies.
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