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Avec Philip Turle, journaliste britannique, chroniqueur international à France 24, et Laetitia Langlois, maîtresse de conférences en études politiques britanniques à l’université d’Angers. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-debat/le-debat-de-la-grand-matinale-du-mercredi-24-juin-2026-8197920
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00:18Le Royaume-Uni est brisé, les premiers ministres se suivent, il est urgent d'organiser des élections, des vraies élections.
00:26Vous entendez donc la voix de Nigel Farage, leader populiste d'extrême droite à la tête du parti Reform UK,
00:33un des artisans du Brexit il y a 10 ans.
00:36Alors que Kerstamer, le dernier premier ministre en date, vient de démissionner, jusqu'où peut aller ce Nigel Farage ?
00:43Son ascension est-elle irrésistible ? Son arrivée à Downing Street est-elle inéluctable ?
00:50Les partis traditionnels sont-ils encore en moyen de contrer cette ascension impressionnante ?
00:56France Inter, la grande matinale, Sonia De Villers.
01:01Et j'en débat ce matin avec Philippe Terl, bonjour.
01:03Bonjour.
01:04Vous êtes journaliste, vous êtes britannique, chroniqueur international à France 24, face à vous Laëtitia Langlois, bonjour.
01:10Bonjour.
01:10Vous êtes maîtresse de conférences en études politiques britanniques à l'université d'Angers et je vous remercie d'avoir
01:16fait l'effort de venir jusqu'à ce studio à Paris.
01:19Je sais que les trains en ce moment c'est difficile et que c'est un peu pénible de voyager
01:22par cette chaleur.
01:23Alors justement avec l'un et l'autre, j'aimerais qu'on fasse d'abord un petit point sur ce
01:27qui se passe depuis deux jours,
01:28parce que l'actualité britannique est brûlante, même s'il fait un tout petit peu plus frais chez eux que
01:33chez nous et encore.
01:35La démission de Kirsten Hammer, c'était inévitable ?
01:38Laëtitia Langlois ?
01:39En effet, sa situation paraissait vraiment très très difficile. Il était très fragilisé par le scandale Mandelson-Epstein,
01:47donc cet ambassadeur britannique nommé à Washington qui avait des liens très forts avec Epstein.
01:54Par ailleurs, la débâcle des élections locales du 7 mai a encore davantage fragilisé sa situation
02:00et l'élection d'Andy Burnham comme député dans cette circonscription du Nord a fini d'achever en fait un
02:08petit peu.
02:08Andy Burnham voulait bien expliquer qui c'est ?
02:10Oui, je dirais que ce n'était pas une question de est-ce que Kirsten partira, c'est quand est
02:15-ce que Kirsten partira ?
02:17Et finalement, il avait fait comprendre qu'il ne voulait pas partir, qu'il allait être de la partie pour
02:23se battre contre Andy Burnham.
02:25Alors Andy Burnham, expliquez au public français qui est-ce ?
02:28Andy Burnham, c'est un politique britannique de travailliste Labour qui a été élu député avant de renoncer à ses
02:40mandats électifs à la Chambre des communes
02:43pour reprendre en main la municipalité de Manchester, Greater Manchester, la ville de Manchester dans le nord de l'Angleterre.
02:51Et c'est quelqu'un de très populaire.
02:53Il a un très très bon bilan pour Manchester.
02:54Il a un bon bilan, il est très apprécié, c'est quelqu'un qui est charismatique, quelqu'un qui...
03:00Je dirais une chose, c'est que quand on met Kirsten à côté d'Andy Burnham, c'est difficile de
03:06trouver quelqu'un qui aimerait bien faire un selfie avec Kirsten.
03:09Mais quand vous mettez Andy Burnham dans la rue, tout le monde a envie de venir le voir pour dire
03:13est-ce que je peux prendre une photo à côté de vous ?
03:15Donc c'est pour ça qu'il est populaire et donc il a eu un très très bon résultat à
03:21l'heure de cette élection partielle la semaine dernière
03:23avec 20% de plus de résultats comparés à la réforme de Nigel Farage, à savoir 9000 voix supplémentaires.
03:32Donc ça le met dans une position de force pour lancer ce challenge, ce défi contre le français.
03:37Laetitia L'Anglois, pour qu'on comprenne bien nous, public français, il y a eu là des élections locales, mais
03:42les travaillistes sont au pouvoir jusqu'en 2029.
03:45Ça ne changera pas.
03:47On peut changer de premier ministre, mais on ne changera pas le parti au pouvoir.
03:50C'est ça, parce qu'en fait au Royaume-Uni, on élit en fait un parti.
03:54Et les premiers ministres peuvent se succéder, mais le parti, lui, reste au pouvoir.
03:59Et d'ailleurs, on a bien vu ça avec les conservateurs, puisque quand David Cameron a démissionné,
04:03il a été ensuite remplacé par Theresa May, puis Boris Johnson, puis Liz Truss, puis Rishi Sunak.
04:08Mais le parti, bien que fragilisé, reste au pouvoir.
04:11Reste au pouvoir. Voilà, ça c'est vraiment important de le comprendre.
04:15Alors, qui est ce Nigel Farage ?
04:17Philippe Torl, quand est-ce que vous l'avez vu émerger ?
04:20C'est une vieille histoire.
04:22C'est Nigel Farage, ce n'est pas quelqu'un qui vient d'arriver sur la scène politique.
04:25Il a commencé en tant que député pour le parti conservateur.
04:30Il a quel âge ?
04:30Il est né en 1964, donc il a 62 ans.
04:35Il a commencé avec le parti conservateur.
04:38Ensuite, il est parti du parti conservateur pour former UKIP.
04:43Il a été élu aussi député européen entre 1999 et le départ du Royaume-Uni de l'Union Européenne en
04:542020.
04:56C'était toujours quelqu'un d'assez difficile au Parlement européen, qui était anti-européen, très critique des instances à
05:05Bruxelles.
05:06Il a été vu comme quelqu'un de compliqué, mais lui, il s'est frotté les mains en disant, voilà,
05:13je fais le maximum pour embêter mes collègues européens.
05:16Il y a eu plusieurs scandales concernant, d'ailleurs, dans le Parlement européen.
05:19Et donc, c'est à partir de 2014, quand UKIP a raflé la mise dans des élections locales en Gros
05:27-Bretagne,
05:27que David Cameron, le Premier ministre de l'époque, qui était conservateur, a décidé de tenir ce référendum.
05:33Tout le monde disait à Cameron, ne le faites pas.
05:35Le référendum sur le Brexit.
05:37Oui, on reste dans l'Union Européenne, non, on parle de l'Union Européenne.
05:40Si vous faites un référendum, ce ne sera pas sur cette question-là, c'est sur votre bilan politique.
05:45Parce que les gens ne comprennent pas comment ça fonctionne, l'Union Européenne.
05:48C'est beaucoup trop compliqué pour faire un référendum avec une question aussi simple.
05:51Il a dit non, je le fais, parce que j'ai envie de faire revenir tous ces députés qui partent
05:55chez Nigel Farage,
05:56j'ai envie de les faire revenir dans le Parti conservateur.
05:58Mais justement, c'est ça que je comprends mal, Laetitia Langlois,
06:03c'est que Nigel Farage a été un artisan acharné du Brexit,
06:07mais acharné, il éructeur en continu contre l'Union Européenne.
06:10Mais aujourd'hui, le Brexit est très impopulaire au Royaume-Uni.
06:14Alors pourquoi est-ce que lui, il ne paye pas cette addition-là ?
06:16Pourquoi est-ce que lui, il reste aussi populaire ?
06:18Parce qu'il n'a pas été au pouvoir.
06:19Et en fait, il n'a pas eu à gérer le choc du Brexit,
06:22le choc économique, le choc diplomatique, le choc aussi dans l'opinion publique.
06:27Donc en fait, il a pu être exempté de tous les problèmes du Brexit en disant,
06:31voilà, moi, si ça avait été moi, je n'aurais pas fait les choses de cette manière.
06:35Regardez comme les partis traditionnels s'y prennent mal,
06:38le Parti conservateur et le Parti travailliste.
06:40Donc comme on est déjà dans une crise des partis traditionnels,
06:44eh bien, Nigel Farage peut dire,
06:46avant c'était l'Union Européenne sur laquelle il tapait.
06:49Et maintenant, il peut dire, ben voilà,
06:51les partis traditionnels ne savent pas gérer le pays.
06:53Si c'était moi qui étais au pouvoir,
06:55je gérerais les choses différemment.
06:56Sauf que les partis traditionnels en Angleterre, au Royaume-Uni et chez nous,
07:00ça ne veut pas dire la même chose, Philippe Teur.
07:02Alors, chez vous, les partis traditionnels,
07:04c'est vraiment ce bipartisme dont l'Angleterre ne sait jamais des partis, jamais, non ?
07:10Les travaillistes d'un côté, le Labour d'un côté.
07:14Voilà, et les conservateurs de l'autre.
07:16Il y a les libéraux-démocrates au milieu,
07:18mais qui n'ont pas beaucoup, beaucoup de soutien.
07:20C'est en train d'exploser ça ?
07:21Oui, un peu comme en France,
07:23quand on voit la situation française
07:25et on voit l'augmentation de soutien pour Marine Le Pen,
07:30pour Jordan Bardel,
07:30on est en train de vivre un peu la même situation en Grande-Bretagne.
07:34À savoir, Nigel Farage, deux choses.
07:37Les gens ont la mémoire courte.
07:38Ça, c'est vraiment grave, mais c'est vrai, malheureusement.
07:41Et déjà, disons, c'est loin.
07:43Et donc, il y a des gens qui disent,
07:44mais disons, c'est loin, on est parti de l'Union Européenne.
07:52Mais la chose est que le Brexit n'a jamais bien fonctionné
07:55et on n'a pas arrêté l'immigration.
07:57Et l'immigration, c'est un vrai problème en Grande-Bretagne
08:01pour beaucoup de personnes qui voient ça comme une menace
08:03pour leur propre vie.
08:04Et donc, ils disent, mais Nigel Farage est très ferme dans ce qu'il dit.
08:08Il va arrêter l'immigration.
08:09Tous les autres partis politiques, ils ont dit depuis, disons,
08:11nous allons l'arrêter.
08:12Vous allez voir, finalement, l'immigration a augmenté.
08:15C'est presque le double, maintenant, que ce que c'était à l'époque.
08:18C'est à cause des Français.
08:19Les Français ne font rien.
08:21On a bien fait couper les migrants qui traversent avec les bateaux.
08:25Il faut qu'on mette fin à tout ça.
08:26Nigel Farage, c'est l'homme de la situation.
08:28Comme là, vous parlez d'immigration.
08:29Est-ce qu'on peut dire que Nigel Farage est un homme d'extrême droite ?
08:32Je vous pose la question parce que dans ce débat,
08:34on s'est posé la question.
08:35Est-ce qu'on peut parler d'extrême droite
08:36quand on parle du Rassemblement National
08:38qui refuse le qualificatif d'extrême droite ?
08:40Est-ce qu'on peut parler d'extrême droite
08:41quand on parle de Georgia Meloni
08:42qui se qualifie elle-même de centre-droit,
08:45Laetitia Langlois ?
08:46Où est-ce que vous le placez, Nigel Farage ?
08:47Et où est-ce que lui se place ?
08:49En tout cas, il est à la droite extrême.
08:53En tout cas, il se positionne quand même
08:55à la droite populiste radicale.
08:57Alors, ses détracteurs le positionnent comme un centriste.
09:01C'est une critique de la part de ses détracteurs
09:04de l'extrême droite.
09:06C'est-à-dire qu'il y a plus extrême droite
09:08que Nigel Farage en ce moment ?
09:09Il y a Wistow Breton
09:10qui est un parti qui s'est créé en 2026.
09:13C'est un mouvement de 2025,
09:155 partis 2026.
09:17Et c'est un parti qui a quand même fait 7%
09:19aux élections partielles
09:21où Andy Burnham a été vainqueur.
09:23Et ça a pris des voix à Nigel Farage.
09:26Donc, il est dépassé par sa droite.
09:28Il est dépassé par son extrême droite.
09:30Et Wistow Breton est soutenu par Tommy Robinson,
09:33cet activiste influenceur d'extrême droite
09:35qui organise ses grandes marches dans Londres
09:38et qui souvent est sur les lieux de drame
09:42quand des faits divers dramatiques ont eu lieu
09:45comme à Southampton, Southport,
09:47avec ses trois petites filles qui avaient été poignardées.
09:51Ce n'est pas un homme politique, Tommy Robinson,
09:53mais il a une influence considérable.
09:55Il est suivi par des millions de followers
09:56et par ailleurs, il a été réintroduit sur la plateforme X
10:00par Elon Musk.
10:01Il est soutenu par Elon Musk.
10:03Et le fait que Tommy Robinson apporte son soutien
10:06à Wistow Breton
10:08peut être considéré comme une menace
10:10par Nigel Farage.
10:12Philippe Terl, en gros, si j'ai bien compris,
10:15on ne bougera rien avant 2029.
10:18Alors, s'il y avait une élection aujourd'hui,
10:20élection législative en Compte-Bretagne,
10:22sans aucun doute, c'est Reformed et Nigel Farage
10:25qui sont les gagnants.
10:27Mais de loin.
10:28Sauf qu'il n'y aura pas d'élection.
10:29Il n'y aura que 28% de bonnes opinions dans les sondages
10:32comparé à 18% pour les conservateurs.
10:34C'est énorme, énorme, énorme, énorme.
10:35Donc, c'est sûr qu'il sera élu.
10:36C'est pour ça qu'on a entendu tout à l'heure
10:38en disant qu'il faut les élections législatives maintenant
10:40parce qu'il sait qu'il est en position de force.
10:43Ce que veulent faire les travaillistes avec Andy Burnham,
10:46il dit Andy Burnham, c'est le candidat,
10:47il est populaire, il a très bien gagné
10:50cette élection partielle, il va peut-être devenir
10:52chef du parti, donc Premier ministre,
10:54c'est peut-être lui qui va porter
10:57le parti travailliste à la victoire
10:59en 2029.
11:00Il a le temps encore de repartir cette partie
11:03alors que Keith Storm, qui est d'une nuit
11:05à dormir debout, n'a pas réussi à le faire.
11:07Peut-être qu'Andy Burnham, lui,
11:09il a le temps d'encore faire le nécessaire
11:11pour qu'on gagne les prochaines élections.
11:12Et du côté des conservateurs,
11:13parce qu'on voit bien la pièce maîtresse,
11:16le joker des travaillistes
11:18avec cet Andy Burnham qui est hyper charismatique,
11:20mais du côté des conservateurs,
11:22ils sont complètement laminés, Laetitia Langlois ?
11:24Complètement.
11:24J'ai regardé leurs résultats
11:27à cette fameuse élection partielle
11:28où Andy Burnham a été vainqueur,
11:30ils ont fait 2,2%.
11:32C'est terrible pour ce parti
11:35qui est un grand parti.
11:38Complètement.
11:39En fait, Nigel Farage avec Reform UK
11:41a complètement siphonné, cannibalisé
11:44le parti conservateur.
11:47Il y a eu quand même la défection
11:48de plusieurs ministres très importants
11:50des figures comme Suela Braverman,
11:53Robert Jandrick,
11:54qui sont partis à Reform UK.
11:56Qui rejoignent Nigel Farage.
11:58Qui rejoignent Nigel Farage.
11:58Est-ce qu'on n'est pas en train de vivre
12:00quelque chose qui s'approcherait de ça en France ?
12:03C'est-à-dire une vraie difficulté
12:04pour la droite traditionnelle française
12:06d'exister ?
12:08C'est-à-dire...
12:09Bien sûr.
12:10Et en plus, les conservateurs courent
12:12derrière les arguments de Nigel Farage.
12:15Donc, les électeurs, finalement,
12:17préfèrent l'original à la copie.
12:18Alors, en quelques mots,
12:19à votre avis,
12:20même si le pronostic est très lointain,
12:22puisqu'il y a cette date de 2029,
12:24c'est trois ans en politique,
12:26c'est un monde.
12:27Philippe Thurl, vous le voyez ?
12:28Arrivez-vous à Downing Street ?
12:30Je dirais que tous les dangers sont là.
12:32Oui, comme je l'avais dit,
12:34si une élection aujourd'hui il y avait,
12:35il rêverait au pouvoir.
12:38Ce qui est bien, c'est que je pense
12:40qu'Handy Burnham porte une nouvelle ère.
12:44Ça, je le sens.
12:45Il y a une bouffée des frais
12:45pour le Parti travailliste.
12:47Espérons que lui va pouvoir porter cette partie...
12:50Enfin, garder au pouvoir le Parti travailliste.
12:53Mais il y a beaucoup de travail à faire.
12:55Et comme vous le savez,
12:57on va avoir sept premiers ministres
12:59en dix ans avec l'arrivée d'Handy Burnham.
13:01Donc, rien n'est garanti.
13:03On est encore en train de subir
13:04les effets du Brexit,
13:06qui ne sont pas encore finis.
13:08On demande souvent
13:09est-ce que les Britanniques vont revenir
13:10dans l'Union européenne ?
13:11Je dirais non.
13:11Pendant au moins les dix prochaines années,
13:13aucune chance de faire revenir
13:15la Grande-Bretagne dans l'Union européenne.
13:16Avec Nigel Farage à 30%.
13:17Et donc, on verra bien comment ça marche.
13:20Peut-être, mais...
13:20C'est la fin de ce débat.
13:22Nigel Farage à Doninswick ?
13:24Oui ? Non ?
13:24Ce n'est pas une idée farfelue,
13:26mais la politique britannique
13:27nous a réservé tant de surprises.
13:29Soyons prudents.
13:30Laetitia Langlois, Philippe Terl,
13:32merci beaucoup
13:32d'avoir débattu
13:34de cette question passionnante
13:36au micro de France Inter.
13:37Merci.
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