00:011er sur l'actu locale, ici matin.
00:06Même si l'Hérault n'est pas le département qui enregistre les plus grosses chaleurs actuellement, on souffre aussi.
00:11Près de 40 degrés aujourd'hui, à l'Audev, on vient d'avoir la réactualisation à l'instant.
00:16Quel impact sur la végétation et sur les réserves d'eau ?
00:19Sébastien Garnier, vous recevez un hydrologue, directeur de recherche à l'IRD de Montpellier.
00:23Yves Tremblay, bonjour.
00:24Bonjour.
00:25Merci d'être là ce matin.
00:27Deuxième canicule de l'année, donc après celle du mois de mai.
00:30Celle-ci est plus forte, on n'est pas encore en juillet.
00:33D'abord, est-ce que ça vous surprend ?
00:34Alors oui, c'est un événement tout à fait exceptionnel à l'échelle de la France.
00:37On s'attend à dépasser le record de 2003.
00:402003, je rappelle, plus grande canicule enregistrée, avec près de 15 000 morts en France.
00:44Il faut le rappeler, ça a des impacts forts au-delà de l'aspect désagrément sur les températures.
00:48Et c'était au mois d'août, là on est en juin, avec des jours plus longs, ça accentue le
00:53phénomène.
00:53Exactement, et deux canicules comme ça qui arrivent en mai-juin, c'est complètement inédit.
00:57Et on peut vraiment voir que là, c'est une signature évidente du réchauffement climatique qu'on observe depuis des
01:02décennies.
01:02Maintenant, il est là, et donc il est temps de s'adapter.
01:05Le fait que l'héros soit un peu moins impacté, ce qu'on disait, c'est quoi ? C'est
01:09le coup de bol ?
01:10À peu près, oui, ça dépend de la position des masses atmosphériques.
01:13Là, la région la plus impactée, c'est plutôt le centre-ouest de la France, notamment la région parisienne, la
01:18bordure ouest, Bordeaux, etc.
01:20Où là, on va dépasser des seuils historiques de température.
01:23Alors, on a parlé ce matin des corps qui souffrent, notamment au collège Kraft à Béziers, où il y a
01:2935 degrés dans la classe, c'est compliqué.
01:32Quid de la nature ? Les végétaux, les nappes phréatiques, les cours d'eau ?
01:37Est-ce que ce qu'on vit en ce moment, ça a un impact clair et immédiat ?
01:42Alors, on le voit très bien sur la végétation.
01:43Je ne sais pas dans votre jardin ce qui se passe, mais vous avez bien vu que malgré les pluies
01:47qu'on a eues cet hiver assez abondantes,
01:49en fait, on a un effet réchauffement très très fort.
01:51Là où les températures induisent une grosse évaporation et une transpiration des plantes.
01:55Donc, mécaniquement, le stock en eau dans les sols diminue.
02:00La végétation, vous disiez tout à l'heure, on se croirait fin août.
02:03Oui, on a déjà les plantes qui sont toutes recroquevillées, qui se protègent de la sécheresse, des plantes un peu
02:08grillées, etc.
02:09Et il faut aussi savoir que ça va s'amplifier dans les jours qui viennent.
02:11Donc, en fait, les effets durs, ce n'est pas juste une ou deux journées.
02:14On s'attend à un épisode assez long, donc on a des impacts majeurs, notamment en cette fin de printemps,
02:19où il y a des végétaux encore en phase de croissance.
02:22Le fait qu'il est beaucoup plus, tout l'hiver, on a eu énormément d'eau.
02:28On se dit que ça n'a servi à rien, finalement ? Tout est perdu ?
02:31Alors oui, non. À Montpellier, on a de la chance.
02:32On a un réservoir souterrain, donc qui s'appelle un Karst, au nord de Montpellier.
02:35Quand il pleut fort, comme là en hiver, tout s'infiltre en partie et recharge le niveau des nappes, mais
02:40en souterrain.
02:41Au niveau des sols, donc plutôt près de la surface, là, c'est différent.
02:43C'est beaucoup plus sujet à l'évaporation à cause des hausses températures.
02:47Donc, au niveau du stock en eau pour Montpellier, je parle uniquement en eau souterraine,
02:51on est plutôt bon pour, on va dire, les semaines et les mois à venir éventuellement.
02:55Par contre, au niveau de la végétation et notamment les impacts agricoles peuvent être très importants.
02:59Par contre, ce n'est pas vrai partout dans l'Hérault,
03:01parce que là, on a de la chance d'avoir cette nappe souterraine au nord de Montpellier.
03:05Si on descend juste à côté chez nos collègues Biterrois,
03:07ce n'est pas du tout le cas avec des ressources en eau beaucoup plus liées à ce qui se
03:10passe à la surface.
03:11Et les cours d'eau, c'est une auditrice tout à l'heure qui nous a envoyé une photo.
03:16C'est ça François de la Cour d'eau ?
03:17Une photo à Larocque, sur le fleuve Vérault,
03:19où on voit effectivement que le niveau du fleuve Vérault semble assez bas.
03:24Oui, alors c'est des effets un peu décalés, ça ne peut pas arriver tout de suite,
03:27mais effectivement, si on a beaucoup moins d'eau dans les sols,
03:30mécaniquement, on va avoir, in fine, dans quelques jours, dans quelques semaines,
03:33moins de ruissellement dans les cours d'eau.
03:35Mais ça, est-ce que c'est précoce, le fait de constater ce phénomène fin juin ?
03:41Alors oui, d'avoir ce coup de chaud comme ça, déjà fin mai, fin juin,
03:44c'est complètement exceptionnel, donc là, on s'attend potentiellement à des conséquences
03:48extrêmement importantes au niveau, déjà, hydrologique,
03:51mais aussi et surtout pour la végétation, et je pense notamment aux agriculteurs.
03:54Qu'est-ce qu'on peut faire par rapport à tout ça ?
03:56Est-ce que c'est la fatalité ? On baisse les bras ? C'est foutu ?
04:00Ou il y a des actions, des solutions à trouver et à envisager ?
04:05Alors déjà, il faut savoir que ce qui se passe aujourd'hui,
04:07ça a été prévu à peu près il y a 30 ans, notamment dans les rapports du GIEC,
04:10donc ce n'est pas du tout un scoop pour nous, les scientifiques.
04:12Mais on n'a pas écouté, quoi.
04:14Alors voilà, c'est un peu catastrophique et extrêmement triste d'entendre
04:17des gens dire qui aurait pu prévoir, par exemple.
04:20Voilà, donc maintenant, c'est le temps de s'adapter, déjà,
04:23donc adapter nos cultures, nos logements, l'isolation des bâtiments, etc.
04:28Les pratiques agricoles aussi, parce qu'elles vont être impactées de plein fouet,
04:32en fait, par ce qui se passe là, et donc maintenant,
04:34il est vraiment le temps d'agir, de mettre en place, en fait,
04:36des recommandations sur l'adaptation qui existent depuis aussi des décennies.
04:39Donc voilà, il est temps de faire quelque chose.
04:41Oui, mais je voyais, il y a un reportage, alors ça ne se passe pas ici,
04:44c'est à Nantes, il y a une nouvelle gare qui a été construite,
04:47elle est toute en verre, donc c'est un four.
04:49Il y a un hôpital qui est en construction, il n'y a pas la clim dans cet hôpital.
04:53Donc on se dit, mais finalement, les canicules se répètent,
04:56mais on ne tire aucun enseignement.
04:58C'est ça.
04:59Alors, en France, parce qu'il y a d'autres pays qui sont heureusement
05:01beaucoup plus proactifs là-dessus sur ce qu'on appelle les mesures d'adaptation,
05:05et je pense qu'il faut penser aujourd'hui à tous les gens qui sont dans des écoles,
05:07dans des hôpitaux, dans des EHPAD, qui n'ont pas de clim ou dans tout cas
05:10des bâtiments adaptés pour ne pas subir la chaleur.
05:13Et voilà, on peut quand même regretter qu'aujourd'hui,
05:15on soit toujours dans l'expectative, à se dire, ah mince, il fait chaud,
05:18qu'est-ce qu'on fait quoi ?
05:19Bon, affaire à suivre, comme on dit.
05:22Merci beaucoup Yves Tremblay, hydrologue, directeur de recherche à l'IRD de Montpellier,
05:29l'Institut de recherche et pour le développement, c'est ça ?
05:34De Montpellier.
05:36Bonne journée à vous.
05:37Merci.
05:37Il est 7h55.
05:382h55.
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