00:00L'invité d'ici matin, chaque jour à 7h45.
00:04Le gouvernement s'apprête à affronter une semaine tendue sur le front social.
00:08Après les mobilisations qui se sont passées dans un calme relatif ce week-end,
00:11les lycéens et les étudiants prévoient de reprendre leur mobilisation
00:14avant l'appel à la grève générale lancée par l'intersyndicale jeudi.
00:18On en parle avec votre invité Sébastien, un sociologue montpellier.
00:22Michel Crespi, bonjour.
00:23Bonjour.
00:24Merci d'être en studio ce matin.
00:26Alors vous n'êtes pas Madame Irma, mais j'ai envie de vous demander,
00:29pensez-vous que ce mouvement va durer encore longtemps ?
00:33Alors c'est bien sûr difficile à prévoir, mais oui, il est parti pour durer encore quelques temps,
00:38même s'il s'affaiblit progressivement.
00:40Oui, il y avait un petit peu moins de monde effectivement ce week-end,
00:43mais il y a encore quand même des centaines de milliers de personnes mobilisées dans tout le pays.
00:48Oui, parce que vous savez, il y a plusieurs manières de résoudre une crise.
00:51La manière la plus classique, c'est de négocier.
00:54Là, il n'y a rien à négocier, parce que d'une part, les problèmes de vie chère,
00:58ils viennent de l'extérieur, c'est l'augmentation des prix de l'énergie, de l'alimentation,
01:03qui sont dues notamment aux guerres et aux changements climatiques,
01:08et que d'autre part, le gouvernement n'a absolument rien à offrir.
01:12Donc il n'y a pas, comme d'habitude, une loi retirée, je ne sais pas quoi,
01:16une revendication très précise, c'est beaucoup plus gazeux,
01:20et donc beaucoup plus difficile, donc pas de négociation.
01:22L'autre solution, c'est politique.
01:26Quand De Gaulle, en 68, dissout l'Assemblée nationale.
01:30Bon, ça, ça a déjà été fait, ça n'a pas trop bien réussi,
01:34et de toute façon, on a des élections dans cinq mois,
01:37donc ça n'a pas l'intérêt d'anticiper.
01:40Alors justement, parce qu'en général, les manifestations, c'est après les élections,
01:46quand on n'est pas satisfait de la politique qui est mise en place,
01:49là, à six mois d'une élection, on a les manifestants.
01:53C'est ça qu'on a du mal à comprendre, parce qu'on pourrait se dire,
01:55bon voilà, vous allez pouvoir voter dans six mois,
01:57et vous voterez pour le bon candidat, celui qui répond le plus à vos questions.
02:01Quel intérêt de manifester maintenant ?
02:03Parce que le monde social est de plus en plus déconnecté du monde politique.
02:07Si vous regardez les sondages, aucun candidat n'a une majorité de gens qui lui sont favorables.
02:13Tous ont deux tiers des Français contre eux.
02:15Tous.
02:16Donc, quel que soit l'élu, il aura deux tiers des Français contre lui,
02:19le jour où il prendra ses fonctions.
02:21À partir de là, tout devient possible,
02:25parce que la solution politique est fermée, elle aussi.
02:29Ici, Euro 7h48, on analyse le Front Social en ce moment,
02:34avec notre sociologue Montpellierain, Michel Crespi.
02:36Je crois que les lycéens, quand ils ont été reçus par le Président de la République,
02:41ils lui ont fait comprendre qu'en gros, ils n'attendaient rien du prochain président
02:45ou de la prochaine présidente qui sera élue dans six mois,
02:48et que donc, c'est maintenant qu'il fallait agir.
02:51C'est pour ça aussi que, voilà, ça dure, on n'attend rien de ce qui va arriver après.
02:55Ça prouve une certaine lucidité, parce qu'en effet,
02:58le prochain président, ou probablement la prochaine présidente,
03:03n'aura pas de manœuvre du tout.
03:05Ce n'est pas l'élection présidentielle qui va récablir tout à coup le budget,
03:09effacer la dette, et quand on lit les programmes des différents partis,
03:13l'élection risque d'aggraver la situation plutôt que de l'améliorer.
03:17Mais s'il a une majorité à l'Assemblée, il pourra quand même agir,
03:20ce qui aujourd'hui est plus compliqué.
03:22Alors, déjà, il n'est pas sûr du tout que le prochain président
03:25ou la prochaine présidente ait une majorité à l'Assemblée,
03:27parce que les législatives sont très différentes de la présidentielle.
03:31Et ensuite, même s'il a une majorité, s'il prend des mesures qui sont inadéquates,
03:36ça ne changera rien à la situation, ça ne va pas l'améliorer.
03:39On ne va pas élire quelqu'un qui a une baguette magique
03:41et qui tout à coup va renverser la situation.
03:44Vous pensez que le président ou la présidente ne pourra pas dire
03:46« Bon, ben voilà, vous m'avez choisi sur la base d'un programme,
03:49donc maintenant je l'applique, et il faut l'accepter ? »
03:54« Si, il va essayer de faire ça, mais au bout de trois mois,
03:57la Banque Centrale Européenne va lui dire
03:59« Bon, là, vous n'arrivez plus à vous financer,
04:01vous allez devoir prendre les mesures que moi je vais décider. »
04:04Est-ce que ce qu'on vit en ce moment, ça vous fait penser à d'autres mouvements
04:08qu'on a pu connaître par le passé ?
04:09Les Gilets jaunes ou pourquoi pas mai 68 ?
04:11Est-ce qu'il y a des similitudes ou c'est quelque chose de vraiment différent ? »
04:15« Il y a toujours des similitudes, mais là, les différences sont quand même très grandes.
04:18D'abord parce que le pouvoir politique est extrêmement faible.
04:23Macron a 20% de popularité.
04:25De Gaulle avait réuni un million de personnes sur les Champs-Élysées
04:28pour s'opposer à mai 68,
04:30essayer de faire une manifestation pour soutenir Macron maintenant
04:33et compter combien vous serez.
04:35Et le pouvoir politique, très faible, n'a rien à négocier en plus
04:39parce qu'il est trop endetté pour avoir des marges de manœuvre.
04:41Donc la situation est extrêmement différente.
04:43– Nouvelle journée de mobilisation jeudi
04:47avec, encore une fois, les lycéens, les étudiants.
04:50Et puis, c'est une journée interprofessionnelle.
04:52Donc, convergence des luttes, comme on dit.
04:56Vous pensez que ça peut être une grosse journée ?
04:58Le début aussi de quelque chose peut-être d'encore plus fort ?
05:00– Ou la continuation ?
05:02Il y a déjà eu des journées très fortes.
05:04Ça peut être plus fort, un peu plus fort, un peu moins fort.
05:07Ça va être quand même relativement fort.
05:11Je ne dirais pas convergence des luttes, je dirais addition.
05:13De luttes qui sont relativement disparates
05:16et qui demandent des choses relativement différentes
05:18les unes des autres.
05:19– Merci Michel Crespi, sociologue Montpellierin.
05:22Merci pour votre éclairage ce matin.
05:24Et bonne journée.
05:25– Bonne journée.
05:25–edor heißtAME
05:25– Bonne journée.
05:25– Bonne journée.
05:25– Sous-titrage FR 2021