00:01BFM Business et la Tribune présente le 18-19 Stéphanie Collot.
00:09Le 18-19 se poursuit sur BFM Business avec le marché agricole sous pression maximale
00:14entre la hausse du prix des engrais liés au blocage d'Ormouz et une canicule qui s'abat sur la
00:19France
00:19et qui risque d'aggraver encore la situation.
00:21On fait le point avec Gauthier Lemolgat. Bonsoir.
00:24Bonsoir.
00:24Vous êtes le directeur France d'Argus Média, un cabinet de conseil spécialisé dans les marchés agricoles.
00:30On commence avec cette nouvelle vague de chaleur que l'on vit actuellement.
00:34C'est la deuxième de l'année.
00:36Est-ce qu'il faut s'attendre d'ores et déjà à des conséquences sur le marché agricole, dans le
00:42monde agricole ?
00:43Quelles conséquences sur les moissons ?
00:45La première chose, c'est en effet la précocité de cette récolte.
00:48Ça fait déjà plus d'une dizaine de jours que les récoltes en France ont commencé
00:51avec une situation, on va dire, assez exceptionnelle parce qu'habituellement, on commence les récoltes à cette période.
00:58Là, on a déjà dix jours d'avance.
01:00Premier point, la récolte précoce fait que les exploitants agricoles ont déjà pour beaucoup commencé dans le sud de la
01:07Loire les récoltes d'orge.
01:09Ils ont aussi commencé tout juste le blé.
01:12Donc, on a déjà des premiers échos de moissons.
01:14Et la situation est, après un mois d'avril, où on a déjà connu un petit coup de sec, un
01:20mois de mai, où il a fait chaud et sec.
01:22Il y a déjà eu une canicule.
01:23Exactement.
01:24Ça, ça a abîmé un petit peu les cultures.
01:26Donc, on a perdu un peu de potentiel.
01:28Et cette année, cette dernière vague fait que les récoltes vont être précoces.
01:33On est passé en pleine d'une situation où les champs étaient encore verts la semaine passée,
01:38à une situation où ceux-ci sont quasi, alors pas tout à fait mûrs, mais sont déjà jaunes.
01:43Donc, on voit bien qu'il y a une grande, grande, grande vitesse et une grande précocité de cette récolte
01:472026.
01:48Alors, précocité de la récolte, qu'est-ce qu'on craint le plus ?
01:52C'est la chaleur elle-même ou c'est la durée du phénomène, ou les deux ?
01:56Alors, les deux, aujourd'hui, il y a deux cultures en place.
02:00Il y a celle qu'on va récolter.
02:01Donc là, je vais parler de l'orge, je vais parler du blé tendre, du blé dur, du colza aussi
02:06en oléagineux.
02:07Et puis, il y a encore celle qui est dans les champs, à savoir le maïs qui a été semé
02:12il y a à peine quelques mois,
02:14le tournesol qui grandit.
02:16Alors, ces deux cultures dites de printemps aiment le chaud, d'accord ?
02:20Par contre, des coups de chaleur aussi forts amènent forcément des doutes et des craintes sur le potentiel même de
02:28récolte.
02:29Parce qu'une plante qui est stressée, ce n'est pas forcément une plante qui s'épanouit largement.
02:33Et ce qui nous inquiète le plus, c'est la durée de cette vague de chaleur.
02:38Parce que les prochaines pluies ne sont pas attendues avant plusieurs semaines, semble-t-il.
02:42Donc, une situation qui stresse les plantes et indirectement qui stresse les marchés.
02:46Et on l'a vu aujourd'hui, lundi, reprise des cours, le marché a pris entre 2,5 et 3
02:51%, rien que sur le blé et le maïs.
02:53Par contre, c'est très local, c'est très français.
02:55On va dire qu'on est plutôt dans des soucis européens, parce que les marchés mondiaux, eux, ont des fondamentaux
03:01un petit peu différents
03:02et ne regardent la canicule en France que de manière très lointaine, parce qu'ils sont avant tout focalisés sur
03:09leur propre situation.
03:10Évidemment. Ce qu'on craint aujourd'hui, c'est une récolte historiquement basse en volume ou une qualité dégradée ?
03:17Alors, sur les volumes, ce qu'il faut savoir, c'est que pour le blé, par exemple, on avait une
03:22augmentation des assolements.
03:23Donc, on avait une augmentation des surfaces semées à l'automne.
03:27Donc, déjà, quand vous commencez avec des surfaces un peu plus grandes, vous partez avec un potentiel de production plus
03:32élevé.
03:33On s'attendait, avec l'hiver qu'on a connu, chez Argus Média, nos analyses tablaient sur une récolte plutôt
03:39moyenne,
03:40on va dire autour des 44 millions de tonnes en France.
03:43On a commencé, à partir du mois de mai, à réviser ce potentiel à la baisse.
03:48Et aujourd'hui, j'ai une équipe qui part en crop tour sur le Nord-Loire-Nord-Seine cette semaine
03:56pour essayer de quantifier le potentiel de rendement.
03:59Mais c'est sûr que de telles chaleurs affectent le rendement,
04:03parce que les plantes vont finalement sécher très vite.
04:08Et aujourd'hui, les premiers échos, ce qu'on a, c'est des rendements plutôt inférieurs à la moyenne.
04:13Donc, une récolte française, pour le moment, loin d'être aussi catastrophique
04:17que celle qu'on a connue en 2016 ou il y a encore trois ans.
04:22Mais aujourd'hui, une récolte qui pourrait être amenée à être revue autour des,
04:26allez, on va dire autour des 32 millions de tonnes.
04:29Donc, c'est quand même un potentiel de production en moins.
04:32Et ça, ce n'est qu'en raison, finalement, des conditions climatiques.
04:36Parce que les agriculteurs, cette année, ont eu de plutôt belles conditions pour mettre en terre.
04:41Les conditions pour mettre les engrais ont été plutôt correctes.
04:45Et là, aujourd'hui, ce n'est pas vraiment un problème d'itinéraire technique.
04:48C'est vraiment un souci climatique.
04:50Est-ce qu'il faut s'attendre à une augmentation des prix à terme,
04:52une inflation alimentaire liée justement à cette canicule ?
04:55On parlera d'Hormuz après.
04:56Alors, sur les prix agricoles,
05:00autant au mois de mai, les marchés s'étaient vraiment excités.
05:03Le prix du blé, par exemple, sur Euronext, cotait autour des 220 euros.
05:08Depuis quelques semaines, on n'est plus qu'à 200.
05:10Donc, la semaine dernière, on était exactement au même prix que l'année dernière à la même date.
05:16Donc, c'est pour vous dire que les prix étaient relativement faibles.
05:19Je me mets à la place des exploitants agricoles.
05:21C'est des prix, aujourd'hui, qui sont largement en dessous de leur coût de revient.
05:25Et ça, c'est une problématique.
05:26Le fait qu'il y ait du sec, le fait qu'il y ait de la chaleur, ça met du
05:29stress.
05:30Par contre, les agriculteurs évoluent dans un monde ouvert.
05:33Et la production française est bien sûr en concurrence avec d'autres.
05:37Et ce n'est pas notre phénomène français et européen, parce que ça touche aussi l'Allemagne.
05:41Ça touche aussi certains pays de l'Est, cette chaleur.
05:44Et même, j'entendais l'Angleterre qui est, dans votre émission précédente,
05:48est aussi touchée par un épisode de chaud.
05:51De grande chaleur, effectivement.
05:52Secteur agricole qui subit aussi de plein fouet la guerre au Moyen-Orient.
05:55Le blocage du détroit d'Hormuz a fait s'envoler le prix des engrais.
05:58Un tiers des engrais transite par le passage.
06:01Quelle est la situation depuis la signature du protocole d'accord de prêt
06:05entre l'Iran et les États-Unis ?
06:08Qu'est-ce qui a changé ?
06:09Est-ce que, d'ailleurs, quelque chose a changé sur les marchés agricoles ?
06:11Alors, complètement.
06:12Les marchés sont là pour anticiper.
06:14Donc, dès qu'on a commencé à sentir une situation de déblocage,
06:19à l'image du pétrole, les agriculteurs aussi sont sensibles à ça,
06:22avec le fioul agricole.
06:25Depuis un mois, le prix de l'Urey, par exemple, s'est replié
06:30par rapport à ces sommets de mars dernier.
06:35Dit autrement, avant le conflit, l'Urey, au départ des ports français,
06:41cotait à peu près 500 euros de la tonne.
06:43Il est monté jusqu'à 750 euros.
06:46Et depuis un mois, donc depuis qu'on commence à avoir une volonté
06:51entre les États-Unis et l'Iran de trouver quelque chose,
06:53le marché a commencé à décliner.
06:55Et là, on revient, là, actuellement, à la case départ.
06:58Ce 500 euros de la tonne, ce qu'il faut bien comprendre,
07:01même si on peut se dire, ah, c'est super, ça s'est dégonflé,
07:04on revient à une situation un peu plus normale,
07:06restent des prix extrêmement élevés pour des exploitants.
07:09Pourquoi ? Parce qu'en termes de coût de production,
07:11là, on est vraiment très, très loin de ce qu'on avait
07:13il y a un an ou deux.
07:15Donc, une situation où, heureusement, pour le monde agricole,
07:19ce prix qui était très, très élevé se détend.
07:22Par contre, là, on parle de l'Urey.
07:24L'ammonitrate n'a presque pas bougé.
07:27La solution azotée reste sur des niveaux d'autour de 450 euros.
07:30Donc, des niveaux de prix qui restent élevés.
07:32Alors, ça ne va pas toucher la récolte que nous avons là,
07:36parce que...
07:37C'est pour la prochaine.
07:37C'est pour la prochaine.
07:38Et le gros enjeu pour le monde agricole,
07:41c'est finalement, cette année,
07:43on va faire les comptes très rapidement,
07:44quand la récolte va être finalisée,
07:46parce qu'on aura exactement l'idée des rendements,
07:49en tout cas pour les céréales à paille d'hiver.
07:52La question est toute entière pour le maïs.
07:55Et la vraie question, c'est les semis de l'année prochaine.
07:57Est-ce que nous aurons des prix suffisamment attractifs
08:01pour permettre aux agriculteurs d'avoir au moins l'espoir
08:04de couvrir leur prix de revient ?
08:06Mais là, avec la réouverture progressive, timide, on va dire,
08:09et on est sur, a priori, une bonne voie du détroit d'Ormouz,
08:12est-ce qu'on ne s'attend pas ?
08:14Est-ce que vous ne prévoyez pas, du coup,
08:15une large détente sur le prix des engrais ?
08:17Alors, la large détente, c'est là où...
08:20Elle a déjà été anticipée.
08:21Elle a déjà été anticipée.
08:22Et aujourd'hui, beaucoup de pays n'ont pas vraiment acheté encore leurs engrais,
08:27compte tenu des prix élevés.
08:28Donc, notre crainte, c'est que cette détente soit certes actée,
08:33mais reste sur des niveaux de prix élevés,
08:34parce que beaucoup de gens ont encore besoin d'acheter des engrais
08:37pour la période prochaine.
08:39Et on n'est pas les seuls acheteurs dans le monde.
08:43Et surtout, les engrais servent aussi à d'autres choses,
08:46en tout cas l'urée ou l'ammoniaque,
08:48servent aussi à d'autres choses que les productions agricoles.
08:50Et donc, du coup, là, il y a un vrai enjeu.
08:52Et les fournisseurs européens regardent ce qui se passe en Chine,
08:57regardent ce qui se passe en Russie.
08:58En Russie, vous l'avez compris,
09:01les volumes sont de plus en plus faibles pour arriver en Europe.
09:05Donc, aujourd'hui, en termes de fournisseurs,
09:07l'Union européenne reste quand même fragile.
09:10Les agriculteurs ont déjà traversé le choc de 2022
09:13au moment de la guerre en Ukraine.
09:16la situation n'a pas été la même
09:18avec le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient.
09:20La nature de la crise est différente.
09:22Totalement, parce qu'autant sur le conflit russo-ukrainien,
09:26on a touché des disponibilités de grains.
09:30Et donc là, le monde a eu très peur
09:31de ne pas pouvoir compter sur des ressources,
09:35des stocks en Ukraine et en Russie.
09:37Je vous rappelle quand même que ces deux pays
09:39sont de très très gros exportateurs
09:41de matières premières agricoles.
09:43Et on va dire pas que, mais au niveau agricole,
09:45c'est quand même deux gros poids lourds.
09:47Le conflit avait bloqué le transit.
09:49D'accord ?
09:50Donc, on avait vraiment une crainte
09:53sur l'accès à ces ressources.
09:55Ce qui fait que tous les autres pays exportateurs
09:57ont été vivement sollicités
09:59par les pays qui avaient besoin, finalement,
10:01de trouver des stocks,
10:03de trouver des volumes d'approvisionnement.
10:05Sur le conflit sur le golfe Persique,
10:08cette fois-ci, on touche non pas le produit,
10:11d'accord ?
10:12On touche la matière première
10:13qui sert à générer ce produit.
10:15Donc là, on touche vraiment
10:16ce qu'on appelle l'amont de la filière,
10:18donc tout ce qui est fourniture d'engrais et d'énergie.
10:20Et là, forcément, ça touche tout le monde
10:23parce qu'aujourd'hui,
10:25que vous soyez exploitant agricole en Europe,
10:28la hausse des prix des engrais
10:29a été visible dans tous les pays
10:31et même en Russie.
10:32Mais vous avez des pays qui ont la chance,
10:35finalement, d'être autosuffisants sur les engrais.
10:39Je pense, bien sûr, aussi aux États-Unis
10:42qui ont des productions d'engrais.
10:45Donc nous, Européens, là-dessus,
10:47on a été beaucoup plus dépendants de ce conflit.
10:50Pourquoi ?
10:50Parce que c'est notre source d'approvisionnement,
10:53notamment une grosse source d'approvisionnement.
10:54Alors que sur le conflit russo-ukrainien,
10:57nous avions la chance d'être, nous,
10:58un pays, une zone d'exportation de grains
11:00et on a pu répondre même aux pays importateurs,
11:03notamment de l'Afrique du Nord,
11:05pour être sécurisés d'un approvisionnement
11:08par rapport aux conflits en Russie et en Ukraine.
11:10D'ailleurs, une fois qu'on a ouvert la voie maritime,
11:16les choses se sont complètement assagies.
11:18Et puis on est revenus assez rapidement.
11:19Au bout d'un an,
11:20on avait des prix bien, bien dans de ça,
11:22des records qu'on avait connus en 2022.
11:24Dernière question, rapidement.
11:25La France ne produit qu'un tiers
11:27des engrais utilisés en agriculture.
11:31Pourquoi pas plus ?
11:32Est-il possible d'avoir une autonomie
11:34en la matière au niveau français ou plutôt européen ?
11:36J'aimerais bien avoir les clés de réussite,
11:39en tout cas les clés pour débloquer cette situation.
11:42On est dans un monde ouvert.
11:43Il y a le marché européen, il y a des normes.
11:45C'est sûr qu'on a beau avoir mis en place
11:47de nouvelles taxes à l'importation
11:50pour limiter la concurrence étrangère,
11:52il y a beaucoup d'outils en Europe et en France
11:55qui ont quand même souffert
11:57des normes de plus en plus exigeantes de production
12:00par rapport à de la compétition en Asie
12:03qui est évidemment complètement différente
12:05sur la manière de produire.
12:06Donc il y a sûrement des clés.
12:08Par contre, mettre en place
12:09des unités de production d'engrais,
12:11ça prend aussi du temps.
12:13Ça nécessite un vrai appui des pouvoirs publics.
12:16Par contre, oui, c'est une des clés
12:18pour être indépendant sur ce sujet.
12:21Après, en France, on a aussi la chance
12:23d'avoir des fermes de polyculture élevage
12:26où les effluents d'élevage
12:27servent aussi de fertilisants pour les sols.
12:29Donc il ne faut pas oublier non plus
12:30qu'on n'est pas 100% dépendant
12:33des importations sur ce thème.
12:36Merci beaucoup Gauthier Lemolgat.
12:38Je rappelle que vous êtes directeur France
12:39d'Argus Média, cabinet de conseil spécialisé
12:41dans les marchés agricoles.
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