00:00Il est 7h49 et Benjamin Duhamel, votre invité et journaliste sportif.
00:05Il a été pendant plusieurs décennies l'une des voix les plus emblématiques du sport français.
00:09Commentateur génial, patron des sports de Canal+.
00:12En 2022, il apprend qu'il est atteint de la maladie de Charcot, qui le prive progressivement de ses gestes,
00:17de la parole.
00:17Mais son tempérament, son courage le poussent à mener un dernier combat, celui pour le droit à l'aide à
00:23mourir.
00:23Cet homme s'appelle Charles Bietry et France Inter lui consacre un podcast qui sort aujourd'hui.
00:28C'est vous qui le réalisez, Nathalie Yannetta, bonjour.
00:30Bonjour.
00:31Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter, patronne des sports de Radio France.
00:35Je précise que dans un instant, on entendra Charles Bietry qui a répondu à nos questions.
00:38Vous nous expliquerez comment, Nathalie.
00:40Mais d'abord, qu'est-ce qui vous a donné envie de raconter cette histoire, d'aller voir Charles Bietry
00:45à Carnac en Bretagne, chez lui,
00:46pour qu'il vous parle de ce dernier match ? C'est le titre de votre podcast.
00:50Deux choses.
00:51D'abord, professionnellement, je crois que pouvoir rentrer dans l'intimité d'une personnalité de cette envergure
00:57pour raconter son combat, c'est une mission.
00:59Et puis, personnellement, parce que Charles fait partie de ceux qui ont changé ma vie professionnelle,
01:04et je crois que cette gratitude-là, l'accompagner pour lui redonner la parole, c'était important pour moi.
01:09Oui, parce que vous avez travaillé ensemble.
01:11Dans un instant, on va entendre Charles Bietry.
01:12Il faut expliquer à nos auditeurs comment on a pu, ici, sur France Inter, faire en sorte qu'il puisse
01:18répondre à ses questions,
01:19alors même qu'il est privé de sa parole. Est-ce que vous pouvez nous expliquer, Nathalie ?
01:22Oui, ça fait deux ans qu'il ne parle quasiment plus du tout, du tout, du tout.
01:25Donc, c'est simple, on s'écrit, on prend les réponses de Charles Bietry à l'écrit, on les fait
01:30lire par quelqu'un en studio.
01:32Le matériel initial, il provient, ici, de France Inter, puisque c'est affaire sensible qu'avait fait Charles Bietry sur
01:39les Jeux de Munich.
01:40Et ensuite, on a envoyé ça à une entreprise spécialisée dans l'intelligence artificielle,
01:44qui s'est chargée de morpher les deux voix, et ça donne la voix quasiment identique de Charles Bietry.
01:50Et qui reconstitue donc votre voix, Charles Bietry, merci d'être avec nous sur France Inter.
01:55Avant de parler de vous, de votre combat pour l'aide à la mourir, une question à l'immense journaliste
01:59sportif et passionné de football que vous êtes.
02:00Je sais à quel point vous attendiez cette Coupe du Monde pour vibrer.
02:04Qu'est-ce que vous avez ressenti devant ces matchs, devant la victoire il y a une semaine de l
02:08'équipe de France et juste avant le match de ce soir France-Irak ?
02:11J'aurais été triste que la maladie de Charcot me prive des Jeux olympiques à Paris.
02:15Ça n'a pas été le cas.
02:17J'aurais été tout aussi triste d'être privé de cette Coupe du Monde, mais je résiste encore.
02:22Il y a tellement de plaisir à prendre.
02:24La première semaine est certes réservée dans sa majorité aux Noctambules en raison du décalage horaire.
02:29Mais il y a toujours de quoi picorer un beau geste, une émotion, un beau supporter qui rit ou qui
02:36pleure.
02:36Et puis il y a notre équipe de France.
02:39Triste, à la limite de l'ennui, indigne de l'amour qu'on lui porte en première mi-temps face
02:44au Sénégal.
02:45Et il a suffi que Deschamps réveille tout son monde.
02:48Qu'il explique à Koundé qu'il était arrière et non il y est droit.
02:51Et qu'il devait laisser Olizé Mbappé s'occuper de l'attaque.
02:56Ce qui a dû faire faire des cauchemars d'ailleurs aux Irakiens qui ce soir vont affronter la meilleure attaque
03:01du monde.
03:02Je n'ai pas dit la meilleure équipe du monde, pour le moment.
03:04Voilà pour l'analyse footballistique.
03:06Charles Bietry, le sport c'est toute votre vie.
03:09Très jeune vous rêviez d'être footballeur.
03:11Puis finalement ce sera le journalisme.
03:13En 2022 vous apprenez donc que vous êtes atteint de la maladie de Charcot.
03:16Mais ce qui frappe en écoutant notamment ce podcast que vous réalisez avec Nathalie, c'est votre abnégation, votre courage.
03:23D'autres face à la maladie auraient lâché prise.
03:26Mais vous avez choisi comme un sportif de repousser vos limites.
03:30Quand tu apprends ce genre de nouvelles, tu peux avoir trois réactions.
03:33Être effondré, ne pas lutter et laisser la maladie dicter sa loi et ton abandon.
03:38Mais tu peux aussi être saisi par la peur.
03:41Et Alain, le philosophe, m'a appris que la peur de la mort est pire que la mort.
03:47Et puis enfin tu peux décider de combattre, de travailler ta respiration, de freiner la déficience musculaire,
03:52de repousser les pronostics des médecins et même de te dire qu'un jour on trouvera un médicament.
03:57Peut-être trop tard pour moi, mais pas pour beaucoup d'autres si on aide les chercheurs.
04:02Nathalie, il faut que vous nous racontiez, vous qui avez rencontré Charles Bietry, qui échangeait avec lui depuis plusieurs mois,
04:07ce que veut dire concrètement repousser ses limites.
04:10On parle de quelque chose d'hors normes, littéralement.
04:12Oui, c'est un combat quotidien que mènent tous les malades et Charles Bietry en particulier.
04:17Il continue à faire du vélo, il va chez l'orthophoniste, il est suivi par une psychologue aussi.
04:23Donc tous les jours, il met en place de quoi tenir, normalement ne plus parler, ne plus marcher, c'était
04:28la limite.
04:29Sauf que Charles s'est fixé autre chose, c'est-à-dire des objectifs et voir grandir par exemple ses
04:33petits-enfants,
04:34voir les Jeux à Paris et bien sûr voir peut-être l'équipe de France être de nouveau championne du
04:38monde.
04:39Charles Bietry, un mot sur cette voix que nos auditeurs entendent ce matin reconstituée par intelligence artificielle.
04:44Est-ce qu'il y a quelque chose de vertigineux quand vous entendez ces mots qui sont, comme vous l
04:48'écrivez,
04:48prisonniers d'une bulle où personne ne peut rentrer ?
04:51C'est vrai que je ne m'étais jamais rendu compte que la voix était si importante et pas seulement
04:56sur France Inter.
04:57Elle est prisonnière de mon corps qui n'empêche d'exprimer un sentiment, une idée, une émotion.
05:03L'intelligence artificielle vient à mon secours comme aujourd'hui, mais tu vis exactement comme dans une bulle.
05:10Cette bulle qui fait aussi que vous êtes, depuis que vous savez que vous êtes atteint de la maladie de
05:14Sherco,
05:14l'un des porte-voix du combat pour l'aide à mourir.
05:16L'examen du texte qui a commencé en 2024 arrive à son terme dans quelques semaines.
05:20Il sera d'ailleurs de nouveau discuté à partir d'aujourd'hui.
05:22Qu'est-ce que vous voulez dire, Charles Bietry, à ceux qui, dans la classe politique,
05:25parmi les soignants, continuent de dénoncer ce qu'ils appellent une rupture anthropologique ?
05:30Je sais que ces opposants, ils vous mettent en colère. Pourquoi ?
05:34Je ne suis pas vraiment en colère. Je suis plutôt déçu de la violence des attaques contre le projet de
05:39loi.
05:40Le rapporteur Olivier Falorni a fait un travail formidable.
05:43Les Français, dans leur majorité, sont favorables à l'aide à mourir, tout en développant les soins palliatifs.
05:49C'est simple. Le patient pourrait choisir sa mort, le médecin pourrait choisir de l'aider ou non.
05:55Ça s'appelle la liberté. Ne perdez pas trop de temps au Parlement, parce que les malades, eux, ils n
06:00'en ont pas beaucoup.
06:01Charles Bietry, dans le podcast, on entend votre pilier, la femme de votre vie, Monique, avec qui vous vivez dans
06:06votre maison à Carnac.
06:08Si vous avez programmé d'aller mourir en Suisse, si la législation française ne s'adapte pas, c'est pour
06:13ne pas souffrir.
06:14Vous l'avez raconté, mais c'est aussi pour ne pas faire souffrir vos proches, ceux qui vous aiment.
06:19Comment est-ce que vous vivez avec leur regard au quotidien, avec également le regard de votre femme, Monique ?
06:27Ma femme, mes deux enfants, mes quatre petits-enfants sont merveilleux.
06:31Ils ne montrent pas une certaine forme de pitié qui me ferait si mal, non.
06:36Ils m'entourent d'un amour qui me fait penser à la vie plutôt qu'à la mort.
06:40Certes, mon voyage en Suisse est programmé si les souffrances, et pas seulement les miennes, mais surtout les leurs, étaient
06:46trop fortes.
06:47C'est dur pour Monique de vivre au quotidien dans un rôle d'aide-soignante,
06:51qui n'empiète pas sur celui de tendre épouse.
06:55Et c'est elle qui a trouvé ce slogan, qui est devenu notre devise.
06:59On rira jusqu'au bout.
07:01Nathalie Yannetta, vous avez rencontré l'épouse de Charles Bietry, Monique,
07:05qui parle pour la première fois dans votre podcast.
07:08Cette devise, on rira jusqu'au bout.
07:10C'est vrai d'ailleurs, dans cette journée, puisque c'est une journée, ce podcast passait à Carnac avec deux,
07:16on a aussi beaucoup ri tout au long de la journée.
07:20J'ai remarqué quand même, déjà avant, vivre auprès de Charles Bietry, il faut quand même avoir beaucoup de tempérament.
07:26Quand il était à l'apogée de sa carrière, on l'appelle le menhir, Charles Bietry.
07:32En fait, c'est Monique le menhir à côté du menhir.
07:35Parce qu'il y a cette solidité.
07:37Elle est d'une force, d'une puissance, et en même temps d'une douceur incroyable.
07:41Elle et les enfants, c'est une famille entière qui combat.
07:45Pour terminer, Charles Bietry, l'un des derniers livres de Jean Dormesson,
07:48reprenez ce vers d'Aragon qui était magnifique, je dirais malgré tout que cette vie fut belle.
07:53Quand on traverse l'épreuve que vous traversez, cette épreuve qui continue, la douleur pour soi, pour ses proches,
07:59est-ce qu'on peut quand même se dire que cette vie fut belle ?
08:03Dormesson à Aragon, me mêler à eux serait manquer singulièrement d'humilité.
08:09Mais il est vrai que ma vie fut belle.
08:10Et même la fin n'est pas si triste que ça, tant elle baigne dans l'amour.
08:15Et pour être plus proche, Benjamin, de votre question, j'emprunterai à Jean Dormesson cette réflexion.
08:20Je n'ai pas peur de la mort, parce que je suis curieux.
08:23Et j'ai très envie de savoir ce qu'il y a après.
08:26Mais moi, je peux attendre.
08:27Voilà pour les réponses de Charles Bietry générées, on le rappelle pour nos auditeurs, par l'intelligence artificielle.
08:34Nathalie Yannetta, vous vouliez rajouter un dernier mot sur ce podcast qui sort aujourd'hui ?
08:38Il y a le podcast et puis il y a le livre qu'a écrit Charles il y a un
08:41an et demi, qui est sorti chez Flammarion, qui s'appelle La Dernière Vague.
08:44Tous les droits d'auteur iront à la recherche et à tous ceux qui travaillent sur la maladie de Charcot.
08:50Les bénévoles, les aidants aussi, c'est très important d'acheter ce livre.
08:53En plus, vous allez vous régaler parce que c'est un voyage dans 50 ans d'histoire de journalisme, de
08:57sport.
08:57C'est formidable.
08:58Et je voudrais juste dire encore une fois, merci à Charles et merci à Monique Bietry.
09:02Voilà, et merci à Charles Bietry qui donc a envoyé en tapant ces réponses qu'on a entendues grâce à
09:06l'IA.
09:07Merci infiniment donc à lui, Charles Bietry, à vous Nathalie Yannetta.
09:10Charles Bietry, son dernier match, c'est un podcast France Inter à retrouver à partir d'aujourd'hui sur l
09:14'appli Radio France.
09:15Merci pour lui.
09:16Tout à l'heure, Benjamin Duhamel, on se retrouvera pour le grand entretien.
09:19Il est 7h58 sur Inter.
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