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00:13Une série de meurtres mystérieux dans un même département.
00:18Entre 1986 et 2005, 9 jeunes femmes âgées de 13 à 22 ans sont assassinées en Saône-et-Loire.
00:25Plusieurs corps sont retrouvés dans des rivières, d'autres sont abandonnés en plein champ.
00:31Certaines filles sont tuées à coups de couteau, d'autres victimes de strangulation.
00:36Les modes opératoires sont différents.
00:38La succession d'actes laisse planer la thèse d'un tueur en série.
00:44On a un certain nombre de points communs qu'on doit travailler pour regarder si on ne se trouve pas
00:49devant un multirécidiviste.
00:51Les enquêtes s'enlisent. Quelques personnes sont suspectées, mais aucun élément probant ne permet l'arrestation de coupables.
01:00Au fil du temps, ces affaires non élucidées sont classées.
01:08Le temps passe et après, un jour ou l'autre, on vous dit, vous savez, votre dossier est ancien.
01:14Devant le nombre de cas non résolus, les familles des victimes dénoncent des enquêtes bâclées et pointent les dysfonctionnements de
01:23la justice.
01:25C'est un vrai gros ratage pour la justice.
01:28Cette série de crimes débute en 1986 au Creusot, avec la disparition d'une jeune collégienne de 16 ans, Christelle
01:37Maïry.
01:46Ce jeudi 18 décembre 1986, en milieu de journée, Marie Pichon regagne son domicile dans cette cité du Creusot.
01:55Elle est censée déjeuner avec ses deux filles, mais Christelle, la plus jeune, n'est pas rentrée.
02:02La mère de famille s'inquiète, sa fille devait sortir du collège à 11 heures.
02:07Une heure plus tard, elle n'est toujours pas à la maison.
02:28Marie Pichon se rend alors au commissariat, signaler la disparition de sa fille.
02:36Ma fille n'est pas rentrée d'école, il s'est passé quelque chose.
02:40C'est ça, il faut me la retrouver parce que je ne sais pas, ce n'est pas normal qu
02:44'elle ne soit pas rentrée.
02:45Elle m'a dit, bon, elle a peut-être fait une fugue.
02:49Je dis non.
02:50Les services de police ont fait une première investigation, des patrouilles sont allées en ville,
02:56ont refait le trajet qu'empruntait cette jeune fille.
03:01Le collège de la jeune fille de 16 ans est situé à moins d'un kilomètre du domicile familial.
03:07D'habitude, il faut une quinzaine de minutes à pied à Christelle pour rentrer chez elle.
03:13Mais la jeune fille reste introuvable.
03:16Quelques heures plus tard, dans le même quartier, une découverte met un terme aux recherches.
03:21La fille d'André vient de découvrir une jeune femme inanimée dans les sous-sols de cet immeuble.
03:27C'est lui qui a appelé les pompiers.
03:40Les policiers font tout de suite le rapprochement avec la disparition de l'adolescente.
03:46Après quelques vérifications, leur soupçon se confirme.
03:50Le corps retrouvé est bien celui de Christelle Maïry.
03:54A première vue, la collégienne de 16 ans a été étranglée.
03:59Mais l'autopsie va révéler une autre cause de la mort.
04:03A l'autopsie, il s'est avéré que la mort est due non pas à la strangulation,
04:09mais est due au coup de couteau, dont plusieurs d'entre eux étaient de toute façon mortels.
04:14On apprendra, effectivement, après, quelques jours après, qu'en fait, Christelle Maïry a effectivement été sauvagement assassinée de 33 coups
04:22de couteau.
04:23Des coups de couteau assénés à l'adolescente en pleine journée dans un quartier résidentiel.
04:30Les policiers ont du mal à recueillir des témoignages.
04:33Seul le facteur se rappelle avoir vu quelque chose d'inhabituel.
04:39Le facteur, effectivement, a été entendu dès le début des investigations.
04:44Il a dit qu'à peu près dans le créneau horaire où a été tué Christelle Maïry,
04:50il a effectivement été bousculé par un jeune homme qu'il ne connaissait pas,
04:55qui ne lui a rien dit de spécial, qui courait et qui est parti en bousculant.
05:00Il a donné une description relativement précise et à la fois assez banale de ce jeune homme qui l'aurait
05:07bousculé.
05:09Une description qui ne permet pas d'identifier un suspect.
05:13Les policiers ne parviennent pas à obtenir de nouveaux témoignages.
05:19C'est une enquête criminelle qui est difficile parce que sur place, il n'y avait aucun indice, il n
05:25'y avait aucun témoin.
05:26Personne n'a rien pu dire au moment des faits ou juste après, pu donner un signalement de quelqu'un
05:32qui rodait
05:33ou de choses un peu inhabituelles qui se sont passées dans le quartier.
05:37Donc il n'y avait strictement aucun élément.
05:39Un jeune homme est pourtant suspecté.
05:42Il s'appelle Michel Barthelot.
05:44C'est un garçon du quartier que Christelle fréquentait à l'époque.
05:49Le petit ami est immédiatement interpellé et entendu.
05:54Il est suspecte parce que c'est le petit copain et qu'une fâcherie amoureuse aussi ou une séparation a
06:01pu mal tourner.
06:03Et que comme dans la plupart des crimes, les enquêteurs se tournent vers les proches dans la plupart des cas.
06:09Donc ça l'a beaucoup blessé et meurtri aussi ce jeune homme.
06:14Cette hypothèse se révèle finalement peu probable.
06:17Le jeune homme est rapidement mis hors de cause car Michel a un alibi.
06:24Ça ne pouvait pas être lu, c'était impossible.
06:26Il n'a pas pu faire l'aller-retour dans la matinée.
06:30Les enquêteurs à l'époque sont allés le chercher à Dijon.
06:33Ce n'était pas possible, ça y est, jamais on ne l'a soupçonné.
06:36Je veux dire, même Michel, il était vraiment amoureux d'elle.
06:43Donc ça a été dur pour lui aussi.
06:45Une fois cette piste écartée, les enquêteurs se retrouvent dans une impasse.
06:51Mais deux mois après le meurtre, une découverte laisse entrevoir une avancée.
06:56L'arme du crime aurait été retrouvée.
07:00Il a été découvert à un endroit un peu stratégique parce que c'était sur le trajet qu'a dû
07:10sans doute utiliser le meurtrier
07:13entre le lieu où il a tué Christelle Maury et son lieu de fuite pour partir du quartier.
07:20Il a été retrouvé un couteau, quoi, mais sans la moindre trace de sang, il a été retrouvé un couteau
07:27assez neutre, en fait.
07:31Mais ce couteau retrouvé deux mois après le meurtre est-il bien l'arme du crime ?
07:37Pour en avoir la preuve, les enquêteurs le font analyser.
07:42Les plaies causées par le couteau que présentait Christelle Maury étaient parfaitement compatibles avec l'aspect de l'arme qui
07:51a été retrouvée.
07:53Mais faute d'empreintes récentes, les analyses ne permettent pas d'identifier le propriétaire du couteau.
08:00Pas d'autre élément, pas de témoin.
08:03Au fil des mois, l'enquête s'enlise.
08:07Au début, ils mettent leur enquête, j'ai leur visite, quelquefois,
08:12Madame Bichon, c'est sûr, on va vous l'arrêter et tout.
08:15Je dis, oui, mais dépêchez-vous, enfin, je ne sais plus que...
08:18On va l'arrêter, mais ne craignez pas.
08:19Au bout de six mois, à peine six mois, je n'ai plus de nouvelles, de personne.
08:27Progressivement, le dossier Christelle Maury est délaissé.
08:30Et trois ans plus tard, en 1990, la justice classe l'affaire.
08:36Le juge en charge du dossier prononce un non-lieu.
08:40Il n'y a pas d'élément véritablement nouveau qui conduisent à mettre une personne en garde à vue et
08:46puis ensuite à le mettre en examen, effectivement.
08:48Et le dossier s'est clôturé par un non-lieu après quatre, cinq ans d'enquête initiale.
08:56Informé de la décision, la famille de Christelle ne se fait alors plus beaucoup d'illusions.
09:03Pour moi, tout était fini.
09:04Non-lieu, pour moi, ce mot-là, voulait dire ça.
09:08Il n'y avait plus rien.
09:09Je ne sais pas...
09:11Ça y est, tout est fini, on ne saura pas la vérité.
09:14Mais le classement de l'affaire a une autre conséquence.
09:18Un non-lieu entraîne quelques années plus tard la destruction des scellés et donc de l'arme du crime.
09:25Dès 1990, la justice fait donc une croix sur cette enquête.
09:30Le meurtre de Christelle Maïry aurait dû rester à jamais une énigme.
09:35Un crime non élucidé comme plusieurs autres en Saône-et-Loire.
09:40Car depuis 20 ans, plusieurs meurtres ont ensanglanté le département.
09:51Au total, pas moins de 4 jeunes femmes sont tuées en quelques mois en Saône-et-Loire.
09:57Entre l'automne 1986 et l'été 1987.
10:02C'est tout d'abord Sylvie Aubert, 22 ans, qui disparaît près de Chalon-sur-Saône.
10:07Un mois avant le meurtre de Christelle Maïry.
10:10Sylvie Aubert, c'est une jeune caissière de mammouth en région chalonaise
10:14qui se rendait à son travail chaque jour avec sa mobilette moto-bécane
10:18et qui, un soir, lorsque ses parents l'attendaient, n'est jamais rentrée.
10:23Le lendemain, on retrouve sa moto au bord d'une route, mais aucune trace de Sylvie Aubert.
10:30Son corps est découvert 5 mois plus tard dans une petite rivière à 30 km au nord de Chalon-sur
10:36-Saône.
10:37Son crime reste aujourd'hui toujours non élucidé.
10:42Puis c'est l'autoroute Assis qui devient le théâtre de plusieurs crimes.
10:47En particulier cette aire d'autoroute près de Macon.
10:50Une aire de repos où une première victime avait déjà été découverte en 1983.
10:58Sur la même aire d'autoroute, on a au moins 3 agressions graves signalées.
11:02La première victime, c'est en 1983.
11:05Elle est laissée pour morte. On ne sait même pas comment elle a pu survivre.
11:08Et puis, 3 ans plus tard, on trouve l'affaire Marthe Buisson, l'affaire Nathalie Maire, à 3 semaines de
11:14différence.
11:15Le corps de Marthe Buisson a été retrouvé sur l'autoroute.
11:19A quelques kilomètres de l'aire de Macon, la jeune femme serait tombée d'une voiture.
11:253 semaines après, Nathalie Maire est étranglée sur cette même aire d'autoroute où elle travaillait.
11:32La psychose gagne alors toute la région.
11:36Nathalie Maire, la même en 1987 aussi.
11:41Déjà rien que par rapport à Christelle, il y avait déjà 1, 2, 3, la même année.
11:47Cette série noire reprend en 1990.
11:51Carole Soltisiac, 13 ans, est retrouvée dans un bois dans la région du Creusot, tuée 2, 4 coups de couteau.
11:59Mais cette fois, la jeune fille a aussi subi des violences sexuelles.
12:03Carole, Nathalie, Marthe, Sylvie, Christelle, 5 meurtres non élucidés dans le même département.
12:11L'idée qu'un seul et même tueur puisse sévir dans la région est dans tous les esprits.
12:17On se dit, c'est pas possible, mais c'est le même ou quoi ?
12:20Mais qu'est-ce qui se passe là dans la région ?
12:21Ça fait carrément peur, quoi.
12:24On ne peut pas ne pas se poser la question de savoir si c'est plusieurs criminels qu'on a
12:29loupés
12:29ou un ou deux criminels multirécidivistes.
12:32La question se pose, elle doit être étudiée.
12:34Hormis la proximité géographique et le profil des victimes, les meurtres semblent très différents
12:40et la justice ne croit pas à l'hypothèse d'un tueur en série.
12:45Si on compare le temps, les endroits où on a trouvé les corps, les modes opératoires, etc.,
12:57on se dit que c'est probablement pas la même personne, très probablement pas la même personne
13:04qui a pu commettre ces faits.
13:05Il n'y aurait donc pas un tueur unique en Saône-et-Loire, mais plusieurs.
13:10Plusieurs meurtriers, mais aucun suspect.
13:13C'est l'autre point commun de toutes ces affaires.
13:15Aucune des cinq enquêtes n'a pu aboutir à l'identification d'un criminel.
13:20Et puis c'est le crime de trop, celui qui va fédérer toutes les familles des victimes.
13:25En décembre 1996, quasiment dix ans jour pour jour, après le meurtre de Christelle Maïry,
13:32une autre jeune fille, prénommée Christelle, disparaît à Blanzy, près du Creusot.
13:37Christelle n'était pas dans sa chambre.
13:40Donc ça m'a paru tout de suite bizarre, quoi.
13:43J'étais vraiment pas bien et non, ça ressemblait pas à Christelle, quoi.
13:52La veille, Christelle Blétry a passé la soirée chez des amis à deux kilomètres de son domicile.
13:59Comme à son habitude, elle devait rentrer à pied.
14:02Les amis de Christelle assurent qu'elle est partie vers 23 heures.
14:07Inquiète, sa mère décide d'appeler le commissariat.
14:13Je leur dis que Christelle n'est pas rentrée, que c'est pas dans ses habitudes et que ses amis
14:17ne l'ont pas vue.
14:18Enfin bon, j'explique tout ce qu'on avait déjà fait comme démarche, les hôpitaux, etc.
14:23Après plusieurs heures d'attente, elle rappelle le commissariat.
14:27Les policiers lui demandent alors de venir sans autre explication.
14:32Le commissariat nous fait attendre dans la houle d'entrée.
14:35Et là, on entend les radios, jeune fille, coup de couteau, on entendait tout.
14:42Donc bon, je pense qu'on a compris, j'ai compris.
14:49Le corps d'une jeune femme a été retrouvé en bordure d'un chemin isolé, en pleine campagne, à quelques
14:55kilomètres de Blanzy.
14:56Mais les policiers n'en disent pas plus à la famille.
15:01Après l'audition, on nous a dit, bon, ben aller à l'hôpital pour reconnaître un corps.
15:08Voilà.
15:10Mais on ne nous a pas dit, on ne nous a jamais dit qu'on avait retrouvé Christelle.
15:19Après plusieurs heures d'attente à l'hôpital, ils découvrent enfin le corps de leur fille, mais n'obtiennent pas
15:26plus d'explications.
15:28Ce n'est que le lendemain, par la presse, que les parents de Christelle Blétry apprennent les circonstances du meurtre.
15:36Ni le commissariat, ni l'hôpital, ni les inspecteurs qui arrivent le lendemain matin, alors la DIPJ, qui arrivent le
15:44lendemain matin,
15:45personne ne nous dit que Christelle a été assassinée de 123 coups de couteau.
15:51123 coups de couteau, les parents de Christelle sont abasourdis par la barbarie qu'a subie leur fille.
15:57Ils ne comprennent pas pourquoi les autorités ne les ont pas informés des circonstances.
16:02Un manque d'égard de la part des policiers qui révoltent les proches de la famille Blétry.
16:08Deux mois après le meurtre, ils décident de créer une association pour dénoncer ces dysfonctionnements.
16:14Ce qui nous est arrivé dans l'accueil au commissariat et l'accueil à l'hôpital, ça ne se reproduise
16:20plus.
16:22Des dysfonctionnements, des manquements, mais la mère de Christelle reste intimement convaincue que le meurtrier de sa fille va rapidement
16:31être arrêtée.
16:34On y croit. On croit que ça va être arrêté très vite. On ne croit pas qu'on est parti
16:42pour un long combat.
16:46Après la création de l'association Christelle, d'autres familles de victimes se manifestent.
16:52Des familles qui, elles aussi, font face à des meurtres non élucidés.
16:57Cette association va alors devenir un instrument pour relancer les enquêtes inachevées.
17:12Frappées, elles aussi, par le meurtre de leurs enfants, les mères de famille se rassemblent au sein de l'association
17:19Christelle.
17:20Pour toutes, c'est une lueur d'espoir après des années de questions sans réponse.
17:25Les 10 ans, là, ils sont... On est complètement largués. On est seuls. On ne croit plus en rien.
17:33Puis on est seuls dans tout. Aussi bien à la justice que...
17:38La police ?
17:39Que... Hein ?
17:40La police ?
17:41Oui, justice, police, comment dire... Humainement, on est seuls, quoi.
17:47Outre leur désarroi, toutes les familles partagent le même scepticisme sur les enquêtes.
17:53Elles sont persuadées que tout n'a pas été mis en oeuvre pour résoudre ces crimes.
17:58Pour Marie-Rose Blétry, l'enquête sur le meurtre de sa fille est loin d'être irréprochable.
18:06Les vêtements de Christelle n'ont jamais été analysés.
18:09Tout le monde haussier, on a tout fait soit mal, soit légèrement.
18:13Voilà. Ce qui fait que 15 ans après, l'assassin n'est pas retrouvé.
18:19Des erreurs que la justice accepte en partie de reconnaître aujourd'hui.
18:25Il y a parfois des choses qui n'ont pas été faites comme elles auraient dû être gelées une scène
18:29de crime.
18:30On est bien d'accord que c'est pas d'aujourd'hui. On sait qu'il faut le faire.
18:36Travailler une scène de crime en préservant un certain nombre d'indices,
18:41en ne polluant pas la scène de crime.
18:43Ça, aujourd'hui, on fait beaucoup mieux, voire beaucoup, beaucoup mieux qu'il y a 25 ans.
18:48Un mea culpa tardif qui n'efface pas le retard pris dans ses enquêtes.
18:54Désemparés, les familles font alors appel à des avocats parisiens
18:57qui vont reprendre un à un tous ces dossiers.
19:01Parmi tous les cas, deux meurtres retiennent leur attention.
19:05Celui de Sylvie Aubert et celui de Carole Soltysiak.
19:08Pour les avocats, ces deux crimes pourraient porter la signature de deux criminels notoires,
19:14Ulrich Munsterman et Francis Holm.
19:17Holm qui pourrait être impliqué dans l'affaire Soltysiak.
19:21On connaît son mode opératoire qui peut ressembler à la scène de crime
19:25que l'on trouve dans l'affaire Soltysiak
19:28et qui est quasiment la copie conforme d'autres scènes de crime de Francis Holm
19:32qu'on connaît bien nous puisque, effectivement, on l'a connue en cours d'assise.
19:36Et donc, cette vérification doit être faite.
19:39Dans cette affaire, la culpabilité de Francis Holm a souvent été évoquée
19:44sans jamais pouvoir être formellement démontrée.
19:47Le meurtre de Sylvie Aubert en 1986 fait penser à un autre tueur,
19:53Ulrich Munsterman, un Allemand démasqué par son ADN
19:57pour le meurtre d'une jeune Française de 24 ans
20:00tuée et violée en Bourgogne en 1989.
20:04L'homme a déjà été condamné à la prison à perpétuité en Allemagne
20:08pour le viol et le meurtre d'une jeune fille et deux autres viols.
20:11Dans l'un des cas, la victime a été étranglée avec ses vêtements
20:15comme l'a été Sylvie Aubert.
20:17Ce mode opératoire était très proche de ce qu'on retrouve sur le corps de Sylvie Aubert.
20:22Donc on va immédiatement demander au juge d'instruction
20:25de vérifier l'emploi du temps de Munsterman.
20:29Et on sait qu'il est en France à partir de 1985.
20:32L'affaire Sylvie Aubert, c'est 1986-87.
20:35On sait qu'il est en France, on ne sait pas où.
20:37S'agissant de la piste Munsterman, entre guillemets,
20:42eh bien oui, c'est une piste qui est vérifiée, en cours de vérification.
20:50Dans les autres affaires de Saône-et-Loire,
20:52il s'avère difficile de confondre des suspects.
20:56Les familles fondent alors leurs derniers espoirs
20:58sur des expertises ADN de scellées, jamais analysées auparavant.
21:03Mais ces résultats se font attendre.
21:06Toutes les expertises qui sont faites à notre demande,
21:09il faut du temps pour qu'elles soient faites.
21:10Les laboratoires ne nous rendent pas les expertises en un mois.
21:13Il faut des fois un an, un an et demi,
21:15pour retrouver les scellés, pour les analyser.
21:17Donc ce temps-là, c'est le temps de l'enquête.
21:21Les familles demandent que les dossiers de Saône-et-Loire
21:24soient suivis par les mêmes enquêteurs.
21:26La justice va refuser la création d'une cellule d'enquête unique,
21:31mais va accepter que les affaires soient regroupées à Chalons-sur-Saône,
21:35entre les mains des mêmes juges d'instruction.
21:40On est passé à une vitesse supérieure dans les dossiers.
21:42C'est-à-dire qu'il y a eu une meilleure coordination des demandes,
21:45des commissions rogatoires et des services d'enquête.
21:47Et ça se ressent très fort dans les dossiers depuis deux ans.
21:52Mais dans le dossier le plus ancien, le meurtre de Christelle Maïry,
21:56les avocats doivent surmonter un autre obstacle.
22:00Convaincre la justice de rouvrir une enquête classée en 1990.
22:06C'est un dossier qui a fait l'objet d'un non-lieu.
22:08Et c'est un dossier qu'il faut relancer en justice.
22:10Il faut convaincre la justice de reprendre l'enquête.
22:13Ça a un coût, c'est un investissement,
22:15même en termes de personnel, mais aussi en termes de coût.
22:18Donc il faut trouver des éléments nouveaux.
22:21La loi nous impose, pour reprendre une instruction,
22:24que l'on fournisse au procureur de la République, des éléments nouveaux.
22:28En épluchant le dossier, maître Corinne Hermann met la main
22:31sur des lettres anonymes envoyées aux enquêteurs.
22:35Les timbres pourraient porter des traces ADN.
22:38Les avocats engagent aussi un détective privé
22:42pour explorer d'autres pistes au creusot.
22:44Celui-ci interroge le petit ami de Christelle Maïry,
22:48qui lui relate un fait qu'il n'a jamais confié aux enquêteurs.
22:58Le petit ami indique à l'enquêteur privé
23:01que M. Murat était venu le rencontrer
23:04et il lui avait proposé de l'argent
23:06pour le dédommager de l'acte qu'il avait commis
23:09sur Christelle Maïry,
23:11le fait qu'il avait tué cette jeune fille,
23:13et il le dédommageait pour ce meurtre-là.
23:16Donc c'était une forme d'aveu
23:18avec un acte complémentaire qui était une remise d'argent.
23:22Cette nouvelle piste ajoutée à la demande d'analyse génétique
23:25permet de rouvrir le dossier Christelle Maïry.
23:2920 ans après le meurtre,
23:30c'est une nouvelle enquête qui commence.
23:32De nouvelles investigations
23:34qui permettent d'écarter peu à peu des pistes
23:37et de resserrer l'étau autour d'un seul homme.
23:48Pour la première fois depuis le meurtre de Christelle Maïry
23:51en décembre 1986,
23:53les enquêteurs disposent de plusieurs éléments
23:56menant à un même suspect, Jean-Pierre Murat.
23:59L'homme a toujours vécu au Creusot,
24:01il a grandi dans la cité de la Charmille,
24:04là où Christelle Maïry a été tuée.
24:06Mais en 1986, au moment du meurtre,
24:09sa famille avait quitté le quartier.
24:12Même après son déménagement,
24:13il revenait très régulièrement,
24:15et quand on dit très régulièrement,
24:17c'est quasiment tous les jours
24:18qu'il revenait dans ce quartier
24:20voir ses copains, ses amis,
24:23parmi lesquels, sans doute,
24:24se trouvait le petit ami de Christelle Maïry,
24:27qu'il connaissait pour être
24:30sinon un ami, en tout cas,
24:31une de ses connaissances.
24:34Mais le suspect,
24:35Jean-Pierre Murat,
24:37dément connaître Christelle Maïry.
24:42Lui me dit qu'il ne la connaît pas.
24:44Il me dit qu'il ne la connaît pas,
24:47et dans les diverses dépositions
24:50des jeunes qui se trouvaient
24:53dans le quartier où habitait Christelle,
24:56je ne trouve nulle part
24:57quelqu'un qui dit qu'il le connaissait.
25:01Pourtant, Murat aurait proposé de l'argent
25:04au petit ami de Christelle
25:06après le meurtre de la jeune fille.
25:08Une étrange proposition
25:10qui aurait été faite
25:12en présence de plusieurs témoins.
25:16Comment peut-on justifier
25:18qu'un homme qui nous dit
25:20ne pas connaître la victime
25:21va venir proposer un dédommagement
25:25peu de temps après la mort de Christelle
25:28à son petit ami ?
25:29Il ne conteste pas
25:30qu'il ait donné 2000 francs.
25:32Mais il dit simplement
25:33il se trouve que Michel Bartolo
25:35se trouvait à cette époque-là
25:37dans une période
25:38où financièrement
25:40il avait besoin
25:41et je lui ai prêté cet argent.
25:45depuis 1990
25:47cet homme souffre
25:49de schizophrénie.
25:51En 2010
25:52il a été interné
25:53en hôpital psychiatrique
25:55une hospitalisation d'office
25:57après qu'il ait menacé
25:59deux serveuses
26:00d'une station service du Creusot
26:01à l'aide d'un couteau
26:03une arme
26:04qui l'affectionne
26:05particulièrement.
26:10On a des témoignages
26:12de personnes de son entourage
26:13qui disent
26:14et qui affirment
26:14que depuis très longtemps
26:15il est passionné
26:17par les couteaux
26:18ou fasciné par les couteaux
26:19je ne sais pas quel terme
26:20il faut employer
26:20et que très régulièrement
26:22il avait un nombre important
26:24de couteaux
26:25dont il s'était débarrassé
26:26peu de temps
26:27avant que les policiers
26:29viennent à son domicile.
26:31Lors d'une perquisition
26:33les enquêteurs
26:34découvrent effectivement
26:35plusieurs couteaux
26:37à son domicile
26:38des armes
26:39qu'il compare
26:40à l'expertise
26:41de la lame
26:41qui aurait servi
26:42à tuer
26:43Christelle Maïry.
26:46Dans ces fameux
26:47dans ces fameux couteaux
26:48qui seront saisis
26:49en 2010
26:50suite à ces perquisitions
26:52le temps des expertises
26:54l'expert
26:55effectivement
26:55conclut
26:56que
26:57l'affûtage
26:58de ces couteaux
26:59présente
27:00des similitudes
27:01avec l'affûtage
27:02du couteau
27:03d'il y a 25 ans
27:04en arrière.
27:06Mais pour l'avocat
27:08de Jean-Pierre Murat
27:08ces similitudes
27:10entre les couteaux
27:11ne constituent pas
27:12une preuve suffisante
27:13pour relier son client
27:15au meurtre
27:16de Christelle Maïry.
27:21Si l'auteur
27:22défait
27:22le père
27:23alors qu'il vient
27:24de commettre
27:25son forfait
27:26forcément
27:27on trouvera
27:27des traces
27:28soit
27:29des traces
27:30de ces empreintes
27:32sur les traces
27:33de sang
27:33de la victime.
27:34Or
27:34ce couteau
27:36est vierge
27:36encore une fois.
27:37Donc moi
27:37je suggère
27:38à la cour
27:38voilà
27:39ce couteau
27:40a pu être placé là.
27:45Aucune analyse
27:46n'est réalisable
27:48car cette pièce
27:49à conviction
27:49a été détruite.
27:51Mais l'accusation
27:52dispose
27:52d'autres éléments
27:54compromettants.
27:55Jean-Pierre Murat
27:57se serait déjà
27:58accusé
27:59du meurtre
27:59de Christelle.
28:02Alors
28:02est-ce que
28:03l'on doit
28:04accorder
28:04un crédit total
28:05à ces auto-accusations
28:07qu'il fait
28:08soit en période
28:08de crise
28:09devant
28:10le miroir
28:11du CHS
28:12ou qu'il fait
28:13lors de soirées
28:15où il y a
28:15consommation
28:16de hachiche
28:17et d'alcool.
28:18Bon
28:19en tout cas
28:19il ne s'est jamais
28:20accusé
28:21devant les services
28:22inquêteurs.
28:23C'est pas un honnard
28:24que de s'accuser
28:25d'un meurtre.
28:27C'est d'autant moins
28:28anodin
28:28si vous le faites
28:29devant plusieurs
28:30personnes différentes
28:31et à des époques
28:32différentes.
28:35En décembre 2011
28:37les policiers
28:38interpellent
28:39Jean-Pierre Murat.
28:41L'homme
28:41nie
28:41être le meurtrier
28:43de Christelle Maïry
28:44mais Murat
28:44est tout de même
28:45mis en examen
28:46pour homicide
28:47et placé
28:48en détention
28:48provisoire.
28:50Mais 3 semaines
28:51plus tard
28:52il est libéré
28:53sous contrôle judiciaire
28:55et retourne
28:56à l'hôpital
28:57psychiatrique.
28:58C'est quelqu'un
28:59encore une fois
29:00de fragile
29:01de malade
29:02et la chambre
29:02d'instruction
29:03a estimé
29:03que sa place
29:04était plus
29:05en milieu
29:06psychiatrique
29:07protégée
29:07plus qu'en
29:09détention
29:10provisoire
29:10étant précisé
29:12que
29:12l'intéressé
29:14a néanmoins
29:15l'interdiction
29:16de sortir
29:16de l'hôpital
29:17psychiatrique.
29:20Si cette libération
29:21a surpris
29:22la famille
29:23de Christelle
29:23l'important
29:24pour elle
29:25est que
29:25le meurtrier
29:26présumé
29:26ne soit pas
29:27en liberté.
29:30C'est pas
29:31libéré
29:31il est quand même
29:32en hôpital psychiatrique
29:34il est enfermé
29:35il a le droit
29:35de voir personne
29:36pas de téléphone portable
29:37il a le droit
29:38à rien
29:38il est sous contrôle
29:39judiciaire
29:40il est quand même
29:40enfermé
29:41donc déjà
29:42il est déjà
29:43pas dans la rue
29:44c'est déjà pas
29:44un danger
29:45pour la société
29:46donc ça
29:47c'est quand même
29:48un soulagement.
29:49Mais Murat
29:50souffrant
29:51de schizophrénie
29:51les enquêteurs
29:53et les psychiatres
29:53vont devoir déterminer
29:55dans quel état mental
29:56il était au moment
29:57des faits
29:58et s'il peut
29:59ou non
29:59être jugé
30:00ce qui n'empêchera pas
30:02les enquêteurs
30:03de vérifier
30:04l'éventuelle
30:04implication
30:05de ce suspect
30:06dans les autres meurtres
30:08commis
30:08en Saône-et-Loire
30:09Les enquêteurs
30:11et les juges
30:11instructions
30:12naturellement
30:13vont quand même
30:15faire des vérifications
30:15par rapport
30:16à ce suspect
30:17pour savoir
30:18où est-ce qu'il était
30:19au moment
30:19où tel ou tel meurtre
30:20a été commis
30:21si éventuellement
30:22il avait eu l'occasion
30:23de rencontrer
30:24les victimes
30:25si ils connaissaient
30:28quelqu'un
30:29de l'entourage
30:29de ces victimes
30:30pour essayer
30:31d'établir
30:31un lien
30:32ou au contraire
30:33pour l'écarter
30:34complètement.
30:35Pour les familles
30:36des autres victimes
30:37cette mise en examen
30:38dans un dossier
30:39longtemps considéré
30:41comme non-élucidé
30:42est une lueur
30:43d'espoir.
30:46Ça veut dire
30:47qu'il ne faut jamais
30:48baisser les bras
30:48et moi je ne les baisserai
30:50jamais.
30:51J'ai toujours dit
30:51que de mon vivant
30:52je ferai tout
30:54pour que l'assassin
30:55de ma fille
30:55soit retrouvé
30:56identifié
30:57et qu'il me dise
30:59pourquoi il a fait ça.
31:00Ça c'est important.
31:02Dans la plupart
31:03des affaires
31:03des analyses génétiques
31:05sont en cours
31:06et plusieurs personnes
31:07feraient l'objet
31:08de soupçons.
31:09Mais pour l'instant
31:10la Saône-et-Loire
31:11conserve ses mystères.
31:13Huit meurtres
31:14restent toujours
31:15non-élucidés.
31:21Sous-titrage Société Radio-Canada
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