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  • il y a 4 mois
Après son retrait de la vie politique, l'ancien président du Conseil constitutionnel et ancien Premier ministre se consacre à sa peinture. Laurent Fabius expose, en juin, dans deux galeries parisiennes. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-mercredi-17-juin-2026-3574847
Transcription
00:01France Inter, la grande matinale
00:057h49, Benjamin Duhamel, votre invité, est un ancien Premier Ministre.
00:09On a longtemps parlé de lui comme du premier de la classe de la République,
00:13plusieurs fois ministre, jeune chef du gouvernement, président de l'Assemblée Nationale, du Conseil Constitutionnel.
00:17Et alors qu'il est aujourd'hui retraité de la vie publique,
00:20et là où d'autres auraient choisi de cultiver dans l'ombre leur jardin,
00:23lui ouvre une nouvelle page, celle de la peinture.
00:25Bonjour Laurent Fabius.
00:26Bonjour.
00:27Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:29Depuis quelques jours, vous présentez dans deux galeries parisiennes votre première exposition.
00:34On peut y découvrir une soixantaine de vos toiles.
00:36Alors, on connaît Laurent Fabius, cette phrase célèbre du général de Gaulle
00:39qui, interrogé sur ses ambitions, affirmait ne pas vouloir commencer une carrière de dictateur à l'âge de 67 ans.
00:45Vous, Laurent Fabius, vous avez l'âge, l'envie de commencer une carrière de peintre ?
00:50Oui, oui, oui, oui, tout à fait.
00:53Mais mes peintures ne seront pas obligatoires.
00:56Non, c'est vrai que j'ai eu un parcours dans un autre domaine qui est la politique.
01:03Mais bon, maintenant c'est terminé et je n'ai pas l'intention de faire de tournées d'adieu.
01:10Et ça fait longtemps que je peins, mais tant que j'avais des fonctions officielles,
01:14je suis un petit peu vieil école, je ne voulais pas mélanger les genres.
01:17Et donc, j'ai gardé ça pour moi.
01:19Maintenant, je suis libre et donc j'expose effectivement dans deux galeries.
01:24Jusqu'à dimanche, dans une galerie aux arts et métiers.
01:29Et à partir de demain, dans une autre galerie, d'autres toiles du côté de l'Odéon.
01:34Parmi les politiques qui ont peint, on cite évidemment souvent le Premier ministre britannique Winston Churchill,
01:40lui disait, parmi les explications de son goût pour la peinture,
01:43il disait qu'il peignait pour tenir à distance ce qu'il appelait son chien noir,
01:47c'est-à-dire sa dépression chronique.
01:50Non, ce n'est pas mon cas.
01:51Qu'est-ce que vous cherchez à tenir à distance ou à chercher en peignant Laurent Fabius ?
01:57D'abord, une remarque.
01:59C'est vrai que les responsables politiques en Occident,
02:04lorsqu'ils ont un jardin secret, en général, c'est d'écrire.
02:09Ou, si je voulais être taquin, de publier.
02:13Et le seul nom qui vient à l'esprit, c'est Churchill.
02:16Ce n'est pas du tout la même chose dans d'autres civilisations, au Japon, en Chine, etc.
02:21Et c'est lié, à mon avis, aux études.
02:23Parce que dans nos études, on apprend très peu à dessiner, à peindre.
02:27Bon, moi, c'est d'autres choses.
02:28J'ai eu une enfance qui a baigné dans l'art.
02:31Après, j'ai eu une phase négative, parce que j'avais une espèce d'overdose.
02:35Oui, parce que vous avez eu un rapport un peu...
02:37Parce que vous expliquez que quand vous étiez jeune, on vous a trop emmené au Louvre,
02:40et ça vous a un peu presque dégoûté de l'art et de la peinture.
02:43Oui, du coup, je profite de cette émission pour faire un petit rectificatif.
02:47Parce que l'autre jour, le président du Louvre, qui est excellent, Christophe Leribaud,
02:51visite mon exposition, et il me dit,
02:53« Oui, mais quand même, le fait que vous ayez été au Louvre, vous l'a laissé de beau reste.
02:58»
02:58Donc maintenant, je dis, oui, mais c'était le Louvre de l'époque.
03:01Maintenant, c'est très ouvert aux enfants, et il faut effectivement apprendre aux enfants.
03:05Non, pourquoi j'y suis venu ?
03:07Il y a 15 ans, ma compagne m'a offert ce qu'on appelle un nécessaire de peinture.
03:14Je m'y suis mis.
03:15Au départ, c'était mauvais.
03:16Après...
03:17Mais c'était mauvais, c'est-à-dire ?
03:18Je trouvais ça mauvais.
03:20Ça ressemblait à quoi au début ?
03:23Pas grand-chose.
03:24Puis je voulais imiter.
03:26Il ne faut jamais imiter, il faut créer.
03:28Moi, je peins cet abstrait en général, même si on peut discuter.
03:35La séparation entre l'abstrait et le figuratif.
03:37Mais j'ai eu la chance d'avoir comme ami des peintres,
03:42y compris des peintres célèbres, notamment Pierre Soulages,
03:44qui ont eu la générosité de ne pas me décourager.
03:47Et donc, petit à petit, ça s'est amélioré.
03:49Et pour moi, c'est un plaisir extraordinaire,
03:51parce que je suis libre, je peux créer et échanger des émotions
03:56avec ceux et celles qui regardent mes toiles.
03:59Et cette liberté, vous faites le distinguo avec ce qu'étaient les contraintes de votre vie publique.
04:05Qu'est-ce qui est plus difficile ?
04:07Est-ce que c'est d'être seul dans son atelier face à une toile
04:10ou est-ce que c'est d'être dans un congrès du Parti Socialiste ?
04:12Vous prenez cet exemple par hasard.
04:15Totalement, voilà.
04:17C'est deux choses tout à fait différentes.
04:21Bon, quand vous gouvernez, ce qui a été mon cas,
04:26bon, il y a une série de contraintes considérables.
04:29Si vous prenez de mauvaises décisions,
04:31ça a des conséquences quand même négatives pour beaucoup de gens.
04:35Et puis, il faut affirmer votre maîtrise.
04:38Quand vous êtes devant votre toile,
04:40la seule limite, c'est la toile, les pinceaux et votre talent.
04:43Et si c'est mauvais, ça n'a comme conséquence que pour vous-même.
04:47Et si c'est mauvais, on fait ce qu'on appelle un repentir.
04:49C'est-à-dire, on peut aussi...
04:50Oui, c'est un joli mot.
04:51On peut modifier.
04:52Et souvent, je modifie mes toiles.
04:54D'ailleurs, tous les peintres le font.
04:56Alors, la grande différence, c'est que...
04:59C'était Picasso, je crois, qui disait
05:01qu'on peint un tableau, c'est un journal intime.
05:04Bon, quand on gouverne un pays,
05:07ce n'est pas la même chose.
05:09Mais moi, ce qui m'importe dans la peinture,
05:11et j'espère que c'est ça qui sera ressenti
05:13par ceux qui regardent mes toiles,
05:15que je n'appelle pas les spectateurs,
05:16mais les regardeurs, parce que c'est plus actif,
05:18c'est l'échange d'émotions.
05:19Parce que c'est une peinture,
05:21celle que je fais, qui est pleine de couleurs,
05:23de mouvements, de matières aussi,
05:27avec beaucoup d'émotions.
05:28Alors, justement, sur votre technique, Laurent Fabius,
05:30moi, j'ai découvert que vous peignez
05:32non seulement avec des pinceaux,
05:34mais aussi avec des spatules,
05:35des cailloux, même avec vos doigts.
05:37Exact.
05:38J'ai devant moi l'une de vos toiles
05:40qui s'appelle Chamboule-tout.
05:42Est-ce que vous pouvez, en quelques mots,
05:43pour l'auditeur, la décrire, cette toile ?
05:45Oui, c'est compliqué.
05:47Apprenez à danser sans musique et sans cavalière.
05:50Mais, oui, j'ai hésité entre deux titres
05:53pour mon expo.
05:54Libre, c'est finalement le titre que j'ai choisi,
05:57qui est un tableau, un grand tableau,
05:58et Chamboule-tout,
06:01parce que je n'aime pas du tout la peinture idéologique.
06:04Moi, ça me casse les pieds, ça me barbe.
06:05Mais c'est vrai que notre époque,
06:08tout ce qui est autour de nous,
06:09tout ce que nous vivons,
06:10c'est un Chamboule-tout absolument gigantesque.
06:12Et j'ai peint, comment je peins ?
06:15En général, quand je sais le lendemain matin
06:18que j'ai du temps pour peindre,
06:19le soir, je m'endors avec un certain nombre de pensées,
06:22d'images,
06:22et puis la nuit, il fait son oeuvre,
06:25et le lendemain matin, je me mets devant ma toile.
06:27Et là, bon, j'ai peint,
06:30alors ce sont des carrés, des losanges,
06:32des cercles, plusieurs couleurs,
06:34et après, je donne un titre,
06:36une fois que ma toile est finie.
06:38Je ne l'impose pas aux spectateurs,
06:40mais je lui propose.
06:41Et j'ai pensé que Chamboule-tout,
06:43ça résumait à la fois ce qu'il y avait dans cette toile
06:46et ce que je voulais faire passer.
06:48J'ai une question à vous poser dans un instant sur l'Iran,
06:51mais toujours sur la peinture.
06:53On disait de Lionel Jospin que c'était un austère qui se marlap.
06:56Les auditeurs qui vous écoutent ce matin vont se dire,
06:58en fait, Laurent Fabius, c'est un sensible qui s'est caché.
07:01Vous parlez d'émotion,
07:02vous parlez même de la chair de poule que vous avez
07:04quand vous passez sur la fin de vos toiles.
07:05Ce n'est pas vous faire offense que ce n'est pas exactement l'image
07:07que vous renvoyiez quand vous étiez aux affaires.
07:10C'est vrai.
07:11Il y a une formule qu'on applique, je crois, à Jules Grévy,
07:15la République des Jules, vous savez,
07:17c'était dans les années 1880.
07:19On disait, ces roses poussent en dedans.
07:22C'est une jolie formule.
07:24Et donc, les roses poussent en dedans avec Laurent Fabius.
07:26Pour parler de l'actualité,
07:28je rappelle à nos auditeurs que vous avez été
07:30le ministre des Affaires étrangères sous François Hollande,
07:32qui a négocié ce qu'on appelait l'accord de Vienne,
07:35qui était l'accord sur le nucléaire iranien.
07:36Vous y avez consacré trois ans.
07:38Quand on entend aujourd'hui que l'accord
07:40qui est sur le point d'être conclu,
07:42d'être signé vendredi,
07:44est à la fin plus favorable pour l'Iran
07:46que ne l'était la situation que vous avez connue ?
07:49Quel regard est-ce que vous portez sur cet accord
07:51qui est sur le point d'être parafait ?
07:53Deux précisions.
07:54D'abord, on ne sait pas exactement ce qu'il y a dans cet accord.
07:56Donc, restons prudents.
07:59Deux yeux,
08:02de ce que je lis,
08:04j'ai l'impression que ce n'est pas un traité de paix,
08:07c'est un accord circonstanciel au maximum.
08:09Bon, alors c'est mieux qu'il y ait
08:11la cessation des hostilités,
08:13plutôt que les hostilités.
08:15Mais, moi j'ai consacré trois ans.
08:17Et pour vous donner un exemple
08:19qui fera quand même réfléchir,
08:21là on nous dit que l'accord,
08:22enfin le projet d'accord,
08:23c'est une page et demie.
08:26L'accord qu'on appelle GCPOE,
08:28c'est 159 pages,
08:30plus 5 annexes.
08:31Parce que chaque détail doit être précisé.
08:35Combien de centrifugeuses ?
08:37Comment se font les contrôles de la IEA ?
08:40Qu'est-ce qui est autorisé en matière
08:42de recherche scientifique ?
08:44Quelles sont les centrales qu'il faut détruire ?
08:47Bon, et donc, plus que jamais,
08:49le diable est dans les détails.
08:51Alors, espérons,
08:54ce que vous expliquez,
08:55c'est qu'imaginez qu'en 60 jours,
08:56on va régler le sujet du nucléaire iranien,
08:59là où il y a eu 12 ans de négociations,
09:00plus de 150 pages,
09:01c'est une gageure.
09:03Comme on disait quand je dirigeais
09:05le Quai d'Orsay,
09:06c'est une formule que les diplomates aiment,
09:09j'ai l'impression qu'il y a encore
09:11une marge de progression.
09:12Voilà, et vous avez l'art de l'euphémisme.
09:13Un tout dernier mot, Laurent Fabius,
09:14je sais que vous ne voulez pas parler de politique
09:16et des affaires de congrès, de gauche,
09:17mais simplement,
09:18quand vous avez quitté le Conseil constitutionnel,
09:19vous avez dit, je suis inquiet.
09:20Il y a un malaise, une crise démocratique.
09:23Est-ce qu'à moins d'un an de la présidentielle,
09:24vous avez cette même inquiétude ?
09:26Alors, je ne veux pas rentrer dans le débat politique.
09:30Vous avez dit que j'étais un ancien responsable politique.
09:32C'est vrai, mais dans cette expression,
09:34le mot important, c'est ancien.
09:36Mais si on veut faire une comparaison picturale
09:39pour l'état de la société,
09:41je dirais que c'est un tableau
09:44avec une partie seulement qui est peinte.
09:46Alors, il y a des couleurs brillantes
09:48et puis il y a des couleurs très sombres.
09:50Et puis, il y a un grand blanc.
09:52Et ce dont il s'agit maintenant,
09:54c'est de savoir comment on veut
09:55que le blanc soit peint.
09:57Et vous ne nous direz pas
09:58qui peut peindre ce blanc.
10:00Merci beaucoup, Laurent Fabius.
10:01Merci à vous.
10:01Pour tous nos éditeurs,
10:02vous retrouverez sur le site de France Inter
10:03les références de vos expositions.
10:05Il y en a deux et c'est à Paris.
10:07Merci, Laurent Fabius.
10:08Merci.

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