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Dans son édito du 16/06/2026, Mathieu Bock-Côté revient sur le contrôle des réseaux sociaux.

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Transcription
00:00Le Royaume-Uni souhaite interdire les réseaux sociaux au moins de 16 ans.
00:04La France veut faire de même, le Canada aussi, autrement dit, le mouvement est occidental.
00:11Plusieurs y voient une mesure de santé publique, d'autres s'inquiètent d'un pas de plus vers un contrôle
00:16social généralisé.
00:18Mathieu Bocoté, que comprendre de cette tendance qui semble emporter tous les pays occidentaux ?
00:24Alors, le point de départ, il faut trouver le bon point de départ pour réfléchir à ces questions sur le
00:28contrôle des réseaux sociaux.
00:30Et j'accepte le point de départ voulant que les réseaux sociaux soient aujourd'hui au cœur d'une crise
00:35culturelle,
00:36qu'ils soient responsables en partie d'une forme de désastre psychique dans les sociétés occidentales.
00:43On aborde souvent la question sous le signe de la santé mentale.
00:46Donc on se dit, on prend les réseaux sociaux, combien sont-ils aujourd'hui à ne vivre que par l
00:51'écran ?
00:52Combien sont-ils à avoir une existence strictement virtuelle ?
00:56Combien sont-ils ? Alors, on peut dire que c'est une forme de dépendance bien plus grande que les
01:00dépendances aux drogues plus classiques.
01:02Et ça peut abîmer la formation du cerveau.
01:05Ça peut faire en sorte que les réseaux sociaux, aujourd'hui, on le voit,
01:08le commun des mortels en est presque à ne vivre aujourd'hui que dans la mesure où la vie peut
01:13être exposée sur les réseaux.
01:14Moi, ce qu'on pourrait appeler l'instagramisation de la culture.
01:16Combien sont-ils, au restaurant, par exemple, l'idée de ne pas prendre en photo leur plat,
01:21leur semble inimaginable ?
01:23Combien sont-ils lorsqu'ils vivent un moment ?
01:25À se dire, si je ne le partage pas immédiatement avec ma communauté de plusieurs dizaines de milliers de personnes
01:31ou davantage,
01:32ce ne sera pas un moment vécu.
01:33Vous connaissez la formule, autrefois, on disait, pour vivre heureux, vivez caché.
01:37L'époque n'est plus d'accord avec ça du tout.
01:39Pour vivre heureux, affichez-vous en permanence.
01:43Donc, il y a ce point de départ, et ça va aller encore plus loin,
01:47on a des existences aujourd'hui intégralement virtualisées,
01:51le virtuel se substitue au charnel, les gens ne sont plus capables de se toucher,
01:56ils s'écrivent entre deux personnes.
01:57On a déjà vu ça dans les restaurants, vous l'avez peut-être déjà vu,
01:59les gens qui sont devant eux, ils ne sont pas capables de se parler, ils s'écrivent.
02:02Ils sont fous.
02:03À tout le moins, ils sont abîmés par les fameux réseaux.
02:05Donc, je dis tout cela en disant,
02:07il y a une vraie question à poser dans le rapport aux réseaux sociaux aujourd'hui,
02:10ils ne sont pas idylliques.
02:12Mais, les réseaux sociaux, c'est autre chose aussi.
02:15Les réseaux sociaux, c'est cet espace qui s'est dégagé depuis 10, 15 ans, 20 ans,
02:19mais surtout les dernières années,
02:21où on a pu prendre forme des mouvements politiques,
02:24des idées, des philosophies,
02:26où on a pu s'exprimer des idées qui autrefois étaient bannies des médias traditionnels,
02:31des idées, des réalités, des faits qui étaient chassés,
02:33qui étaient laissés de côté complètement.
02:36Donc, les médias sociaux ont permis à une partie du réel de nos sociétés
02:39qui était censurée de remonter à la surface.
02:42Vous noterez, soit dit en passant, si vous suivez l'actualité,
02:44que les autorités de contrôle veulent de temps en temps étouffer
02:48les différents médias qui permettent au réel de remonter à la surface.
02:51Je dis ça sur un autre sujet.
02:54Donc, on est dans un moment où les réseaux sociaux ont permis,
02:56dans nos sociétés, de démocratiser la parole publique significativement.
03:00Toute une partie de la population qui n'avait pas accès à la vie publique,
03:04eh bien, c'est emparer les réseaux sociaux pour dire
03:07« nous ne nous sommes pas, on ne se sent pas représentés par le système,
03:10par le discours dominant, entendez-nous ».
03:13Et le fait est, combien de faits aujourd'hui seraient invisibilisés
03:16si on n'avait pas accès à Twitter, Instagram, ainsi de suite.
03:19Donc, on est devant deux réalités.
03:21D'un côté, ils suscitent un vrai problème psychique dans nos sociétés.
03:24De l'autre côté, ils ont véritablement joué un rôle de démocratisation de l'espace public.
03:30Le régime, partout en Occident, prétend vouloir interdire les réseaux sociaux
03:35à cause de l'argument 1, les effets psychiques des réseaux sociaux sur les plus jeunes.
03:39Mais dans les faits, il ne faut pas se laisser berner.
03:42On prend prétexte de l'argument 1, mais ce qu'on veut casser, c'est la réalité 2.
03:47C'est parce que les réseaux sociaux ont permis à des faits autrefois invisibilisés d'émerger.
03:52C'est parce qu'ils ont permis à des intellectuels, des penseurs, des chroniqueurs,
03:56autrefois cachés, de surgir.
03:58C'est parce qu'ils ont permis à des courants de pensée autrefois disqualifiés
04:02de parler en leur propre nom sans qu'on leur colle une sale étiquette style service public.
04:06C'est parce que les réseaux sociaux ont permis à des courants contestataires
04:09de prendre forme qu'on veut les interdire aujourd'hui, aux moins de 16 ans,
04:14parce que c'est un prétexte des moins de 16 ans.
04:16Cela va beaucoup plus loin.
04:17Donc, qu'on se comprenne bien.
04:18On prend prétexte du point A, la protection de l'enfance,
04:21pour dans les faits vouloir détruire une armature, on pourrait dire un système
04:25qui a permis de libérer la parole publique depuis 20 ans.
04:28Donc ça, on est devant une forme d'instrumentalisation de la question de l'enfance.
04:32Parce qu'il faut bien voir se nomter des questions.
04:34On nous dit, ah oui, mais ce sont les jeunes, les moins de 16 ans,
04:37qui n'auront pas accès aux réseaux sociaux.
04:39Les autres, il n'y a pas de souci.
04:40Il ne faut pas nous prendre pour des imbéciles non plus.
04:42Pour prouver que vous n'avez pas 16 ans, vous avez plus de 16 ans,
04:46vous devez vous identifier.
04:48Eh bien, si vous devez vous identifier,
04:50dans les faits, vous créez un dispositif d'identification numérique
04:54pour l'ensemble de la population qui va vouloir se connecter à l'espace public.
04:59Identification très poussée.
05:00Bien sûr, on nous dira, moi je connais, là j'entends tout souvent,
05:03ne vous en faites pas, vous saurez par ailleurs, il y aura une promesse d'anonymat,
05:08vous vous afficherez certes, mais personne ne pourra avoir accès aux données et aux informations.
05:13Ce à quoi je répondrai, laisse-moi rire.
05:15À un moment donné, est-ce qu'il y a aujourd'hui un seul élément qui va dans l'espace
05:21public
05:21qui n'a pas fini par une forme de brèche informatique, de faille informatique ?
05:25Combien de failles informatiques connaît-on chaque jour ?
05:27Ce qu'on voit ici, c'est la mise en place d'un dispositif de contrôle de l'identité numérique
05:32de chacun
05:33qui permettra de tracer ensuite à partir de l'identité des uns des autres sur les réseaux sociaux
05:37quelles sont leurs idées, quelles sont leurs préférences, quels sont leurs likes,
05:40parce qu'il n'y a pas d'anonymat avec ça.
05:42Donc, quels sont leurs likes, quelles sont leurs préférences, quels sont leurs partages ?
05:45Et au terme de tout cela, vous créez les conditions d'un contrôle social inédit dans nos sociétés.
05:53Parce qu'encore une fois, je le redis, on prétend simplement protéger les enfants des réseaux sociaux.
05:57Dans les faits, tous les adultes devront s'afficher et être affichés.
06:01Et ne doutez pas que le pouvoir aime lorsque nous sommes affichés.
06:05Ce projet d'interdiction des réseaux sociaux ne concerne pas que la France,
06:08mais aussi le Canada, l'Australie, le Royaume-Uni, la Grèce. Que comprendre ?
06:12Alors, c'est un hasard, probablement.
06:14C'est le hasard. Ou alors, c'est peut-être pas un hasard.
06:16Il y a peut-être une technostructure mondialisée aujourd'hui.
06:19Il y a peut-être une instance, pas une instance, la formule serait inexacte,
06:23mais des instances de gouvernance globale qui font en sorte que nos pays sont de moins en moins souverains.
06:28Il y a une forme d'international progressiste qui fait en sorte que ce que l'on veut,
06:32ou d'une internationale du bloc central aussi.
06:34Donc, ce qu'on veut interdire ici, immédiatement, on veut l'interdire partout en même temps.
06:37Comme si nos pays n'étaient plus des pays souverains,
06:40mais des provinces d'un empire progressiste qui télécommande partout ces mêmes exigences.
06:45Comme si finalement nos pays, je ne dis pas que c'est un je ne sais quel complot encore une
06:49fois,
06:49je dis qu'il y a un effet de mode idéologique qui va au-delà de la mode.
06:52Il y a manifestement des moments, des espèces de vagues normatives.
06:56Et aujourd'hui, le pays qui ne voudrait pas interdire les réseaux sociaux aux plus jeunes
07:00serait un pays qui serait vu comme retardataire, un pays en retard,
07:04un pays incapable de lutter contre les dangers qu'il représente pour l'enfance.
07:08Alors, voyant cela, je me dis que les instances de la gouvernance globale,
07:11que ça s'appelle Davos, l'Union européenne, les différents lieux de rencontre, le G7 en ce moment,
07:17tout ça, je ne dis pas que ça se parle de l'autre.
07:19Je dis que globalement, ces instances de gouvernance globale
07:21réussissent à avoir quelque chose comme un agenda partagé
07:24et le contrôle de l'accès à l'espace public dans les sociétés occidentales aujourd'hui
07:28et l'identification numérique de tous pour être capable demain peut-être de les surveiller,
07:33manifestement, cela fait partie de la logique de la technostructure globale que nous connaissons aujourd'hui.
07:37Je peux vous choquer?
07:39Bien sûr.
07:39Vous êtes complotiste? Vous voyez l'ascensure partout?
07:42Alors, je ne suis pas complotiste, je ne pense pas que je ne sais quel type qui fait dance, puppet
07:46dance,
07:47comme on disait, je ne crois pas qu'il y a ces...
07:49Ça m'a toujours servi des années 90, ça m'avait amusé cette scène.
07:52Je pense que dans la tête, il n'y a pas de grands méchants organisateurs de tout.
07:56Par ailleurs, il y a des élites en place qui se sentent déstabilisées.
08:00Vous savez, quand ils parlent de temps en temps,
08:02ils ne sont pas toujours occupés à faire semblant d'être soucieux des enfants.
08:04De temps en temps, ils parlent franchement.
08:06Donc, ils nous disent que ce qui nous inquiète sur les réseaux sociaux, c'est la polarisation.
08:09Ce qu'ils nomment polarisation, dans les faits, c'est simplement la rupture du consensus
08:14qu'ils imposaient de force à la société.
08:16Je vous assure, si jamais mes idées deviennent absolument dominantes dans notre société,
08:19j'accuserai ceux qui veulent s'en extraire de polarisation.
08:22Pourquoi vous voulez polariser?
08:23Rejoignez mon consensus dont je suis le seul maître.
08:26Ça, c'est quand même la logique du progressisme aujourd'hui.
08:28On parle de désinformation.
08:30Je pense qu'on a compris avec le temps que ce qu'on appelle désinformation,
08:33c'est non seulement la vraie désinformation,
08:35mais c'est toute présentation des faits qui contrevient au récit médiatique dominant.
08:40On parle de haine.
08:41Bon, premièrement, le régime est parfaitement capable d'être haineux lui-même
08:44en traitant tout le monde d'extrême droite dès lors qu'on le contredit.
08:47Mais par ailleurs, sur les réseaux sociaux, ce qu'on nomme haine,
08:49c'est quelquefois la saine colère populaire qui peut s'exprimer
08:52sans être filtrée par un commissaire politique du service public.
08:56Et on voit bien que le régime, globalement, aujourd'hui,
08:58a la tentation de fermer les canaux dissidents.
09:00On voit bien qu'il a la tentation de fermer les stations de télé,
09:03de contrôler la ligne éditoriale des uns des autres.
09:06On voit bien qu'il a la tentation de certifier l'information.
09:10Les tentations sont nombreuses pour être capables, aujourd'hui,
09:12de bloquer l'accès à l'espace public à ceux qui ne reprennent pas le récit dominant.
09:17On pense même envoyer quelquefois les dissidents en prison, aujourd'hui.
09:20On va regarder un peu sur les réseaux, justement.
09:22Si vous avez contredit le discours dominant du régime,
09:25on peut peut-être vous envoyer en prison demain.
09:27Alors, quoi qu'il en soit, je ne crois pas que les réseaux sociaux soient idylliques.
09:30Je ne le pense pas un instant.
09:31Je pense qu'ils sont à l'origine de bien des soucis, je n'en doute pas.
09:34Mais si on cherche, aujourd'hui, à les interdire au moins de 16 ans,
09:37c'est parce qu'on veut faire bien autre chose, je crois.
09:39C'est un contrôle généralisé, social, d'accès à l'espace public
09:42pour filtrer les indésirables.
09:44Et je crois que les indésirables sont nombreux et se comptent par millions, aujourd'hui.
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