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  • il y a 6 heures
Plus d'une semaine après la découverte du corps de Lyhanna, les obsèques de l'enfant se sont déroulées ce vendredi après-midi dans le Gers.

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Transcription
00:00Bonsoir Frédéric Pommier, vous êtes journaliste à France Inter et vous avez eu le courage de sortir du silence avec
00:05ce livre que je vais montrer
00:06derrière les arbres aux éditions Flammarion. Vous avez été victime de viol dans votre enfance de vos 4 à 7
00:12ans par différents hommes
00:14et vous avez déclaré ce livre, c'est pour rendre justice aux petits garçons que j'étais et aux petits
00:19garçons qu'on a bousillés à 4 ans, à 5 ans, à 6 ans ou à 7 ans.
00:23Qu'est-ce que ça vous fait de savoir que dans cette affaire de la petite Liana, des enfants ont
00:28parlé, des enfants ont témoigné, des enfants n'ont pas été crus ?
00:33C'est insupportable, c'est très difficile pour un enfant de parler, c'est très difficile pour un enfant d
00:41'être écouté.
00:43Donc quand il a le courage de parler, quand il a le courage de trouver les mots pour être compris
00:48et qu'il n'est pas écouté
00:49ou qu'aucune action n'est mise en place pour faire suite à sa parole, c'est absolument insupportable.
00:55Je pense qu'aujourd'hui, les enfants arrivent un peu plus à parler.
00:59À mon époque, fin des années 70, début des années 80, 4 ans, 5 ans, 6 ans, 7 ans, je
01:04n'avais absolument pas les mots.
01:05Je connaissais à peine les mots du corps humain, je ne connaissais évidemment pas ce que c'était que le
01:09corps d'un adulte.
01:10Je n'avais aucun des mots pour pouvoir expliquer ce qui s'était passé.
01:15Aujourd'hui, je crois que les enfants ont un petit peu plus de vocabulaire.
01:18Pour autant, je pense que le sentiment qui les traverse doit être à peu près le même sentiment que celui
01:25qui m'a traversé moi
01:26à chaque fois que les viols ont été commis, c'est-à-dire la peur, une peur inouïe, des pédocriminels.
01:34On peut mourir de peur, c'est-à-dire la honte.
01:39La honte, ça empêche de parler aussi.
01:42Et c'est-à-dire un sentiment de solitude absolue également, parce que justement, on n'a pas les mots
01:47et qu'on a tellement honte qu'on ne peut pas partager ça.
01:50Donc si des enfants aujourd'hui parlent, arrivent à parler.
01:53Et si des parents arrivent même à porter la parole de leurs enfants, ça c'est formidable.
02:00Mais ce qui est épouvantable, c'est de voir que cette parole-là n'est toujours pas prise en compte
02:04à la hauteur où elle devrait être prise en compte.
02:07Et que cela n'a rien changé.
02:08Il y avait neuf procédures en cours.
02:10Les faits remontent à 2017.
02:12Comment est-ce qu'on peut expliquer ça ?
02:15C'est-à-dire, c'est intolérable.
02:17Vous, par exemple, vous avez porté plainte contre votre agresseur alors que les faits étaient prescrits.
02:20Aujourd'hui, Sébastien Lecombe, il pense à revoir cette prescription, justement, pour les crimes contre les enfants.
02:27Est-ce que vous êtes pour, on imagine que oui, ou est-ce que vous êtes pour carrément abolir cette
02:32prescription ?
02:32Il faut l'abolir.
02:33Il faut abolir la prescription pour les pédocriminels.
02:37La prescription, elle accomplit des violeurs d'enfants.
02:41Les enfants, parfois, mettent des dizaines d'années avant de se souvenir.
02:46Moi, j'ai connu une amnésie traumatique.
02:48C'est très documenté aujourd'hui.
02:49La levée de l'amnésie, elle a commencé au milieu de la trentaine.
02:53Mais qu'est-ce que ça veut dire, une amnésie traumatique ?
02:55Ça veut dire que quand on a subi un viol, finalement, l'esprit le refoule complètement.
03:00Décrivez-nous ce qui s'est passé.
03:01Ce n'est pas qu'il refoule.
03:02C'est-à-dire que le cerveau se met en pause au moment des viols pour pouvoir survivre à ce
03:07qui est en train de se produire.
03:09Le cerveau se met en pause.
03:10Les émotions se mettent en pause.
03:11C'est comme si le corps était dissocié, qu'on observait la scène par le haut.
03:19Et ça, ça se reproduit à chaque fois.
03:21C'est-à-dire qu'on peut être violé plusieurs fois.
03:24Et c'est souvent le cas d'un enfant violé.
03:26Il a beaucoup plus de risques qu'un autre de l'être à nouveau.
03:29Eh bien, le cerveau disjoncte.
03:31Et parfois, souvent, pour les enfants, ça entraîne une forme d'amnésie traumatique
03:37qui est la seule chose que le cerveau peut faire pour qu'on continue à vivre.
03:41C'est-à-dire que les souvenirs se mettent à un endroit qui n'est plus accessible.
03:46Moi, pendant une bonne partie de mon enfance, il y a eu des signes qui disaient que des choses traumatisantes
03:51s'étaient produites,
03:52mais des signes incompréhensibles pour mon entourage.
03:55Et à l'adolescent, j'ai commencé à dire, je crois qu'il m'est arrivé quelque chose de grave,
03:58mais je ne sais pas trop de quelle manière.
04:00Et c'est vraiment, moi, au milieu de la trentaine, à la suite d'une nouvelle agression,
04:05qui n'était pas une agression sexuelle, cette-ci,
04:07une agression où je me suis défendu, où j'ai pris le dessus sur mon agresseur,
04:13que ça a libéré, je crois, dans mon cerveau, l'espace nécessaire pour accueillir,
04:17avec un peu plus de précision, les souvenirs des fois où, enfin,
04:20je n'avais pas pu être autre chose qu'une victime.
04:22Mais la levée de l'amnésie, ensuite, elle a pris pour moi une douzaine d'années,
04:27avant que les détails de ces différentes agressions me reviennent de façon suffisamment précise
04:32pour que je puisse tenir un récit, pour que je puisse, moi, dire,
04:37ça y est, j'ai recomposé les puzzles que j'avais dans le cerveau.
04:41Donc, la plainte, quand je la dépose, je la dépose symboliquement la veille de mes 48 ans,
04:47parce qu'aujourd'hui, la prescription va, effectivement, jusqu'aux 30 ans après la majorité de la victime.
04:52Mais au moment où j'engage ce processus-là, je découvre que, moi,
04:56les faits sont prescrits depuis le jour où j'ai eu 28 ans.
05:01À 28 ans, je n'avais aucun souvenir précis de ce qui s'était passé.
05:04Donc, la prescription pour les crimes sexuels sur les enfants,
05:08évidemment qu'elle doit tomber.
05:10Il y a des gens pour qui les souvenirs ne reviennent qu'à 60 ans, à 70 ans,
05:14et qui ont la vie gâchée sans savoir exactement ce qui s'est produit.
05:19Mais les souvenirs n'émergent réellement qu'à ce moment-là,
05:21et pendant ce temps-là, les pédocriminels dorment tranquilles.
05:25Merci.
05:25Merci.
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