- il y a 2 jours
Des GI’s qui distribuent des chewing-gums et du chocolat, des publicités Coca-Cola qui envahissent les murs, l’arrivée triomphale des premiers McDonald’s, des rayons de supermarché qui se remplissent de céréales sucrées, de sodas et de plats ultra-transformés… en quelques décennies, l’American Food a conquis nos assiettes, nos rythmes de vie et notre imaginaire collectif.
Dans son nouvel ouvrage "American Food - Une invasion qui a commencé par une libération", Gilles Lartigot retrace l’histoire de cette conquête culturelle silencieuse. À travers une enquête précise et documentée, il montre comment, après la Seconde Guerre mondiale, un modèle alimentaire et un mode de vie entier se sont imposés en Europe, sans arme ni conquérant visible.
Au programme :
- La "libération" de 1944 et les prémices de l’invasion culturelle
- L’essor du fast-food, de la publicité et de l’industrie agroalimentaire
- L’impact sur nos habitudes alimentaires, notre santé et notre rapport au temps
- Les mécanismes d’influence et les logiques industrielles derrière le "rêve américain"
- Les conséquences sociales et sanitaires d’un modèle devenu mondial
Spécialiste des dérives industrielles et auteur de "EAT" et "EAT 2", Gilles Lartigot nous livre ici une analyse lucide, ni nostalgique ni anti-américaine, sur la façon dont l’American Food a redessiné nos sociétés modernes. Un livre percutant et indispensable pour comprendre les forces qui façonnent aujourd’hui notre quotidien et notre santé.
Dans son nouvel ouvrage "American Food - Une invasion qui a commencé par une libération", Gilles Lartigot retrace l’histoire de cette conquête culturelle silencieuse. À travers une enquête précise et documentée, il montre comment, après la Seconde Guerre mondiale, un modèle alimentaire et un mode de vie entier se sont imposés en Europe, sans arme ni conquérant visible.
Au programme :
- La "libération" de 1944 et les prémices de l’invasion culturelle
- L’essor du fast-food, de la publicité et de l’industrie agroalimentaire
- L’impact sur nos habitudes alimentaires, notre santé et notre rapport au temps
- Les mécanismes d’influence et les logiques industrielles derrière le "rêve américain"
- Les conséquences sociales et sanitaires d’un modèle devenu mondial
Spécialiste des dérives industrielles et auteur de "EAT" et "EAT 2", Gilles Lartigot nous livre ici une analyse lucide, ni nostalgique ni anti-américaine, sur la façon dont l’American Food a redessiné nos sociétés modernes. Un livre percutant et indispensable pour comprendre les forces qui façonnent aujourd’hui notre quotidien et notre santé.
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NewsTranscription
00:00– Mon invité du jour est Gilles D'Artigaud,
00:08il vient nous présenter son ouvrage « American Food, une invasion »
00:11qui a commencé par une libération aux éditions Winterfield.
00:15Bonjour Gilles D'Artigaud.
00:17– Bonjour Olivier, enchanté d'être là avec vous sur ce plateau.
00:19– Alors, avant de commencer, je présente votre livre,
00:22c'est un livre qui est court, assez passionnant, incisif,
00:26on se met très vite dedans et ça explique comment nos assiettes
00:30ont été colonisées, américanisées, mais pas uniquement,
00:33pour bien se situer, ce n'est pas un réquisitoire contre les États-Unis non plus.
00:37On apprend plein de choses, d'ordre général, mais aussi des choses plus anecdotiques,
00:42donc en gros c'est la grande histoire qui se mêle à la petite,
00:44et c'est assez prenant, c'est aussi un livre qui est un short read.
00:49Alors juste avant de commencer, expliquez-nous ce que c'est que le short read.
00:51– Alors j'ai voulu surfer un petit peu sur l'intendance aujourd'hui,
00:53je dirais, on surfe rapidement sur des infos qu'on balaie comme ça d'un coup de pouce.
01:01Donc là, on reste dans le contexte d'un livre,
01:03j'ai toujours eu l'habitude d'écrire des chroniques,
01:05là je les ai encore raccourcies.
01:07J'ai fait un gros travail en fait de mise en page avec des punchlines
01:10qui ressortent, qui comme ça modèrent chaque chapitre,
01:13qui vont illustrer chaque chapitre, et surtout du surlignage,
01:16parce que j'ai une mauvaise habitude apparemment,
01:18donc c'est de surligner avec du stabilo les phrases les plus importantes.
01:22Donc le short read, en fait, on peut avoir plusieurs niveaux de lecture,
01:25on peut se contenter en fait de lire que les parties qui sont surlignées,
01:29et on a une vision d'ensemble de cette, comme vous avez dit,
01:33américanisation de l'alimentation,
01:34mais la phrase en fait qui accompagne le livre,
01:37c'est une invasion qui a commencé par une libération,
01:40c'est que j'explique en fait l'histoire,
01:42parce que qui ne connaît pas l'histoire,
01:43ne peut pas comprendre le présent,
01:44ça je l'ai compris beaucoup plus tard en fait.
01:47– Et bien ça justement, cette histoire, c'est la grande histoire,
01:50même si le XXe siècle c'est un petit siècle par rapport à l'histoire de l'humanité,
01:55et vous racontez cette histoire par rapport au débarquement américain,
01:58qui a été appelé par certains après la libération,
02:01et c'est un épisode que je trouvais assez touchant,
02:04parce que moi, mon grand-père m'en avait parlé,
02:05vous parlez des fameux chewing-gums,
02:07dont pas mal de Français ont été dégoûtés,
02:09parce qu'ils leur en donnaient plein,
02:10donc évidemment les enfants en prenaient tellement,
02:12qu'il y a toute une génération qui était un peu dégoûtée,
02:14mais ça a quand même bien pris,
02:15et alors c'est intéressant parce que vous vous expliquez quelque chose
02:17auquel on ne pense pas forcément,
02:19c'est que vous expliquez que c'est un produit inutile par excellence,
02:22mais c'est le premier produit d'américanisation
02:26qui est en contact avec la France.
02:28– Oui, le chewing-gum c'est zéro intérêt nutritionnel,
02:31bon avant ils étaient au sucre, maintenant ils sont aux édulcorants,
02:34mais c'est un produit, en fait un aliment qu'on n'avale pas,
02:37qui est là pour occuper en fait notre bouche,
02:40puis ça accompagnait aussi les GIs,
02:41voilà, j'ai raconté les GIs avec leurs fameuses Malboro,
02:44les cigarettes ou les Lucky Strike,
02:46et puis leurs lunettes Ray-Ban Aviator, etc.
02:49Et puis ce chewing-gum a participé comme ça à véhiculer le rêve américain,
02:54avec une certaine image d'idéalisation qu'on s'est faite des États-Unis,
02:58malgré les efforts aussi qu'ont fait les Russes,
03:00c'est vrai que cette période de la libération est assez mal comprise,
03:04notamment par la jeune génération qui est assez russophobe.
03:07– Oui, et puis en dehors même de la Russie, il y a aussi le problème des Américains
03:10qui ont violé des femmes en Normandie,
03:12ça a forcément été un moment très heureux pour beaucoup de gens.
03:15– Oui, avec les bombardements sur les…
03:18– Et alors, on ne va pas refaire la guerre,
03:20mais par contre il y a un autre aspect que vous expliquez,
03:24avant de revenir à la nourriture, c'est le fameux plan Marshall,
03:26vous évoquez ce plan Marshall, qui est aussi assez peu connu finalement,
03:29parce qu'aujourd'hui on se dit, les Américains nous ont donné de l'argent.
03:31– Oui, c'était les philanthropes en fait, oui, oui, tout à fait.
03:34Donc en fait c'était les prêts,
03:36donc c'est la France qui a reçu quasiment le plus gros pactole, entre guillemets,
03:40parce que les États-Unis ont voulu, j'irais, conquérir l'Europe,
03:43ils n'ont pas forcément créé l'Europe ou l'Union Européenne,
03:47en fait ils l'ont carrément reprogrammé,
03:48ils ont voulu exporter aussi leur mode de vie,
03:51et avec cette compensation, voilà, on vous prête de l'argent,
03:55on vous fait quelques dons,
03:56mais en contrepartie vous allez importer notre culture.
04:00Et là je parle de toutes les séries,
04:02les Starkey & Hutch, Petite maison dans la prairie, etc.
04:05Donc toutes les séries qui ont nourri notre enfance,
04:07moi je suis né dans les années 66,
04:09donc je suis de la génération X, après les boomers,
04:12une génération un petit peu oubliée je trouve.
04:14Et donc toutes ces séries ont participé également aux rêves américains,
04:20et dans les séries, alors je cite le retour vers le futur,
04:23parce que c'était quand même pour moi un film assez emblématique,
04:26là c'était arrivé plus tard, donc dans les années 80,
04:28ils m'ont montré déjà les diners des années 50, voilà.
04:32Donc il y a un film Grease par exemple,
04:35qui était produit en 78,
04:38parlé de cette, avec Travolta et Olivia Newton-Jones,
04:42film mythique, qui n'a pas le...
04:44– Qui est une comédie musicale.
04:45– Comédie musicale, oui, comédie musicale,
04:46et donc où on voyait, voilà, les diners,
04:48ces fameux diners avec les hamburgers,
04:50avec les sundis, avec les belles filles,
04:53et les beaux jeunes hommes, voilà.
04:54Donc ça a participé au rêve américain.
04:56– Et alors ce rêve, il se fait aussi autour de grandes marques,
05:00de grandes firmes, et vous évoquez certaines d'entre elles,
05:03qui font partie de la culture pauvre, en fait,
05:05la culture dans laquelle on est béni en France,
05:08plus ou moins malgré nous, depuis les années 70,
05:11et vous évoquez notamment une confrontation qui est intéressante,
05:14c'est celle entre Pepsi et Coca-Cola.
05:17– Alors, est-ce que vous pouvez nous en dire plus ?
05:18– La guerre des bulles.
05:18– La guerre des bulles, oui.
05:19– Voilà, la guerre des bulles.
05:20En fait, c'est deux concurrents.
05:22Coca-Cola est arrivé fin du 20e siècle,
05:25donc début des années 1920,
05:27mais ils ont vraiment explosé après le débarquement,
05:30après la Deuxième Guerre mondiale.
05:32Donc c'était, je dirais, Coca-Cola,
05:35c'était un petit peu la boisson de papa,
05:36par rapport à Pepsi, qui était la boisson plutôt des adolescents,
05:40parce que Pepsi est arrivé plus tard sur le marché,
05:42mais il a compris que la starification,
05:45en faisant rentrer dans le team Pepsi,
05:47notamment Michael Jackson,
05:49qui était la plus grande star à l'époque au niveau de la chanson,
05:52et donc ça avait ce côté un petit jeune.
05:54Mais quand on regarde déjà les actionnaires,
05:56alors c'est vrai que l'agroalimentaire,
05:58c'est un des piliers, je dirais, de la finance mondiale,
06:00avec Vanguard et BlackRock,
06:06et donc ces, je dirais, grandes structures financières
06:10investissent comme ça dans des concurrents
06:12qui ne le sont pas vraiment.
06:13C'est pour doubler aussi l'épargne de marché,
06:16et c'est une guerre des bulles qui est assez intéressante,
06:19parce que le livre est ponctué comme ça d'histoire,
06:22pour, je dirais, dédramatiser,
06:23pour ne pas être juste un lanceur d'alerte.
06:25– Et il y a celle de McDonald's aussi,
06:26vous expliquez qu'il est arrivé en deux parties en France,
06:30vous expliquez d'ailleurs que McDo a un peu réécrit son histoire après,
06:33puisqu'ils sont arrivés en 1972,
06:34mais officiellement, ils disent que c'est…
06:35– Oui, avec Raymond Daian, qui était un Français,
06:37qui était allé acheter la licence McDo.
06:40McDo a vu que, bon, ça a quand même marché,
06:42ça cartonnait, puisque Daian a importé les McDo,
06:45je crois que c'était en 1972.
06:46– Dans le Val-de-Marne.
06:47– C'est ça, c'est ça, à Val-de-Marne,
06:49mais après, il s'est fait racheter la licence,
06:51en fait, il s'est fait mettre dehors,
06:52pour que McDo revienne officiellement,
06:55je crois que c'était en 1979, à Strasbourg,
06:58mais ce n'est pas McDonald's, en fait,
06:59qui a importé les fast-foods en France.
07:02C'est un Français qui s'appelle Raymond Daian,
07:06et avant Raymond Daian, il y a eu Jacques Borel.
07:09Je ne sais pas si ce nom vous dit quelque chose.
07:11– Parce que j'ai lu le livre, mais sinon, ça ne me disait rien.
07:13– Ça ne vous disait rien.
07:14Vous avez vu le film L'aile ou la cuisse ?
07:16– Oui, oui, bien sûr.
07:16– C'est celui qui a inspiré le rôle de Tricatel.
07:19– D'accord, oui.
07:20– Le méchant industriel qui fait des plats de…
07:22voilà, donc industriel, voilà.
07:25Avec ce fameux poulet qui sort en gelée,
07:27qui fait penser à la nourriture végane, en fait.
07:29– Oui.
07:29– Mais en fait, c'est Jacques Borel,
07:31qui est un grand homme d'affaires,
07:34qui est encore vivant,
07:35c'est un monsieur qui a 99 ans aujourd'hui,
07:37qui, fin des années 50, a importé la marque Winpey,
07:42qui est une marque anglaise,
07:43qui s'était développée aux Etats-Unis,
07:45et lui, il voyageait souvent aux Etats-Unis,
07:46il avait importé cette marque-là,
07:48avec, où il servait des hamburgers.
07:50Parce que le hamburger, je dirais, c'était caché,
07:52c'était assez nouveau.
07:53Et donc, il a créé le premier fast-food,
07:56la marque Winpey, fin des années 50.
07:58Mais il ne s'est pas arrêté là, en fait, Jacques Borel.
08:00Il a créé les restos-routes.
08:02C'est quelqu'un, en fait, qui a compris
08:04que, dès les années 60,
08:06je dirais, le temps de travail allait baisser.
08:10Les femmes allaient sur le marché du travail,
08:13donc il y aurait un peu plus de revenus,
08:16et que les gens allaient plus voyager,
08:18parce qu'on était en train de construire
08:20les autoroutes en France.
08:21Mais qui dit voyage en voiture, etc.,
08:24il faut s'arrêter.
08:25Avant, on s'arrêtait des restaurants de routiers.
08:27Lui a inventé le restos-routes avec cette fameuse arche,
08:30vous savez, qui traverse les deux parties de l'autoroute.
08:34Il a inventé le self-service.
08:36Il est passé de 400 clients par jour à 6 000.
08:40Il a inventé le ticket restaurant.
08:42Ça a été vraiment quelqu'un qui a révolutionné, en fait.
08:45– Justement, sur les habitudes alimentaires,
08:46c'est quelque chose que vous soulignez,
08:48c'est qu'il y a une révolution qui s'opère,
08:50qui est initiée par les États-Unis,
08:51mais qui est peut-être un mouvement plus profond
08:53de la mondialisation ou du développement du capitalisme.
08:56C'est la fin du repas,
08:58comme avec son cérémonial, en fait.
09:01C'est 20-30 minutes d'attente au restaurant.
09:04Il faut que ce soit tout de suite
09:05une espèce de rapidité imposée.
09:07Alors que, comme vous le dites,
09:08le temps de travail va baisser.
09:09On pourrait se dire qu'on pourrait passer
09:10plus de temps à table, quand même.
09:11– Oui, mais vous avez remarqué que le temps se contracte.
09:14Au plus on vieillit, au plus on manque de temps.
09:17Mais en fait, ce n'est pas, je dirais,
09:19notre imagination.
09:20Le temps se contracte vraiment.
09:22Il faut que tout aille vite aujourd'hui.
09:23Et donc, les industriels ont répondu à ça.
09:26Tout comme les Américains ne nous ont pas imposé,
09:28en fait, leur lifestyle, entre guillemets,
09:30et leur façon de manger.
09:32C'est nous qui l'avons désiré.
09:35– Ils l'ont bien vendu aussi,
09:36et vous l'expliquez, à travers Hollywood.
09:38Parce que vous dites, le hamburger,
09:39il arrivait en France, avant d'être cuisiné en France,
09:41il était vendu par le cinéma.
09:43Une fois qu'il arrivait, c'était tout cuit.
09:44– Tout à fait.
09:45Les séries et les cinémas hollywoodiens,
09:48ça a nourri, moi, toute ma jeunesse.
09:50– Moi, je connais très peu…
09:51– Puisqu'il y a une qualité aussi.
09:53C'est là où c'est…
09:55Ce qui a aussi d'intéressant dans ce livre,
09:56c'est que, il n'est pas manichéen,
09:57vous expliquez aussi que si ça marchait,
09:58c'est que le cinéma américain,
10:00il y a aussi des choses très chouettes.
10:01On a des magnifiques films français,
10:03mais par exemple, Retour vers le futur,
10:04c'est quelque chose de mythique,
10:06et qui est vraiment particulier,
10:08et qui donne envie.
10:08– Oui, parce que les États-Unis ont investi vraiment
10:11sur cette arme de propagande massive,
10:13qui est le cinéma, contrairement à la France.
10:16Moi, j'aurais rêvé d'un Game of Thrones
10:18avec, en racontant l'histoire des rois de France.
10:21Il y a matière, puisqu'en fait,
10:23Game of Thrones, c'est inspiré de ça.
10:25Donc, nous, on a lâché l'affaire,
10:26pourtant, on a inventé le cinéma.
10:28Mais les Américains l'ont très bien compris.
10:29Pour moi, l'Amérique, c'est vraiment construit
10:32sur l'imaginaire et Hollywood,
10:35il y a participé grandement.
10:37– Et alors, pour revenir à la nourriture,
10:41vous évoquez dans un chapitre la question de la viande,
10:43qui en fait, en gros, était un artisanat,
10:45et c'est devenu une industrie.
10:46Et aux États-Unis, vous dites que ça s'est fait
10:48à partir d'un… vous expliquez que ça s'est fait
10:49à partir d'un traumatisme sanitaire.
10:52– Alors, la viande, c'est le mythe de la force.
10:56C'est le mythe de l'homme riche, également.
10:58Mais aux États-Unis, le mythe de la viande
11:00est très, très, très important.
11:02Donc, c'est une industrie.
11:04Ils produisent énormément de viande,
11:06notamment au Texas.
11:07Ils les produisent dans des conditions concentrationnaires,
11:10puisque c'est les packs d'engraissement
11:11qui vont jusqu'à 50 000, voire 100 000 bêtes.
11:15Le deuxième producteur mondial de viande,
11:18c'est le Brésil.
11:19Et là, avec le Mercosur,
11:20on a vraiment trahi, j'irais tout dans les éleveurs français,
11:22on va importer la viande
11:23qui va être shootée aux hormones, aux antibiotiques.
11:27Et début des années 1900,
11:29il y a Upson Sinclair, qui est en fait un écrivain,
11:33qui voulait raconter les conditions horribles
11:35dans lesquelles travaillaient les ouvriers dans les abattoirs.
11:37Mais en décrivant ce qu'il avait vu,
11:39en fait, il n'a pas autant son objectif,
11:43c'est-à-dire de parler la condition des hommes,
11:45mais c'est surtout les conditions sanitaires
11:47dans lesquelles la viande était produite,
11:49où on voyait des abats par terre,
11:51on a même retrouvé des restes humains
11:52dans certaines parties de la viande,
11:56de cette viande qui était reconstituée,
11:57parce que dans un sac caché,
11:58on peut avoir 10 sortes d'animaux,
12:01enfin, 10 animaux différents, en fait.
12:03Voilà, tout ça, c'est une espèce de mixture.
12:06Et donc, c'est un livre qui s'appelle The Jungle,
12:08qui a traumatisé les États-Unis.
12:11Et je pense que c'est ce qui explique aussi
12:13cette paranoïa sur le sanitaire.
12:15Il faut que tout soit propre.
12:17– Tout soit standardisé, du coup.
12:18– Tout soit standardisé.
12:20Alors, ça, la standardisation,
12:22Bourrel aussi, Jacques Bourrel y a participé,
12:24parce que lorsqu'on standardise,
12:26on peut multiplier,
12:28et en fait, on vend la même qualité de partout.
12:31Ça, la grande problématique.
12:32Mais il y a ce côté aussi aseptisé,
12:35c'est pour ça que dans les premiers fast-foods,
12:37notamment dans les McDonald's,
12:38on voyait les cuisines.
12:40Donc, tout était blanc,
12:41il y avait une enseigne qui s'appelait White Castle,
12:44donc le château blanc,
12:46en fait, où tout était blanc à l'intérieur.
12:47Ça faisait un petit peu orange mécanique,
12:49mais sur les bords.
12:50Mais voilà, pour montrer, en fait,
12:52la propreté des locaux,
12:53parce que les Américains étaient traumatisés
12:55par cette mauvaise qualité sanitaire.
12:58– Ces fameux fast-foods,
12:59ils ont mis du temps à s'implanter en France,
13:00parce que finalement,
13:01il y a McDonald's qui a tout de suite très bien marché,
13:03alors même que les Américains ne pensaient pas
13:05qu'ils arriveraient à conquérir la France avec ça.
13:07Mais après, on a eu du temps pour que c'est Burger King.
13:10Quick, il y a eu Quick qui a existé un petit peu,
13:12mais Burger King a mis plus de temps.
13:13Ils ont mis du temps à faire venir d'autres chaînes,
13:16mais on a l'impression qu'aujourd'hui,
13:17c'est complètement libéré.
13:19Et au-delà de ça,
13:21il y a une espèce d'africanisation de l'américanisation.
13:23Avec les KFC, le poulet,
13:27il y a une population plus africaine qui y va.
13:29Maintenant, il y a Tasty Croustie, Master Poulet,
13:31il y a tout un tas de fast-foods du poulet.
13:33Et finalement, est-ce qu'on n'est pas à une nouvelle phase de l'américanisation
13:36qui est l'africanisation de l'américanisation ?
13:38– Dans tous les cas, l'américanisation a conquéré le monde.
13:43Il y a même des fast-foods, des McDonald's en Chine,
13:45ils sont quasiment de partout.
13:47En France, il y a plus de 1500 McDonald's.
13:49On est vraiment en tête du classement.
13:52Après, je ne connais pas Tasty Croustie,
13:54on en a parlé, il va falloir que j'en gâte là-dessus.
13:57– Ça, Master Poulet, il y a tout un tas de questions.
13:58– Mais parce que le poulet a pris le dessus sur la viande rouge.
14:02Il y a eu beaucoup de polémiques sur la viande rouge.
14:04D'ailleurs, je recommande de consommer moins de viande rouge,
14:08mais de meilleure qualité.
14:10Et par contre, ça a été remplacé par le poulet.
14:12– Mais il est de bonne qualité ce poulet,
14:13les poulets des KFC, ce n'est pas de bonne qualité, non ?
14:15– Je suppose que ce n'est pas de bonne qualité,
14:17vu le prix des menus.
14:19Bien sûr que c'est du poulet industriel,
14:21mais c'est du poulet en batterie.
14:23Donc ça, c'est des poulets…
14:25Aujourd'hui, on ne sait pas vraiment d'où viennent les poulets,
14:27on en importe beaucoup.
14:28Il y a eu des poulets ukrainiens, etc.
14:30Et cette affaire-là…
14:31Mais c'est du poulet low cost, bien entendu.
14:34– Et alors, il est question de nourriture, bien sûr, dans votre voyage,
14:38mais il est aussi question de…
14:39Alors, je ne m'attendais pas à le revoir là,
14:41mais en réalité, ce n'est pas absurde.
14:42Vous parlez de Monsanto,
14:44et vous expliquez que Monsanto, aujourd'hui, est dans nos assiettes,
14:47mais que l'histoire de Monsanto,
14:48elle commence pendant la guerre du Vietnam.
14:50– Oui, c'est l'agent orange.
14:52C'est en fait, tous les gaz qu'ils ont envoyés sur les Vietcongs à l'époque.
15:00Donc, c'était la société Monsanto, Bayer,
15:05c'était des industries qui travaillaient pour l'armée.
15:08Et en fait, ils ont recyclé, je dirais, ces produits
15:11pour en faire des pesticides, des engrais,
15:14puisqu'avec l'américanisation de notre alimentation
15:20est venue aussi l'industrialisation de notre agriculture.
15:24Et ça, je voulais vraiment parler de deux points importants.
15:25Vous l'avez abordé, c'est le plan Marshall.
15:27Et il y a un autre point très important, c'est la Révolution verte,
15:31qui est apparue donc fin des années 40,
15:34avec Edgar Pisani, qui était ministre de l'Agriculture de Charles de Gaulle.
15:38La France sortait en fait d'une famine,
15:41donc on mourait de faim, on manquait de tout.
15:43Et on voulait donc produire plus.
15:46Et pour ça, on a fait le remembrement,
15:49dont les Bretons particulièrement ont gardé des cicatrices.
15:53C'est-à-dire qu'on a reconfiguré toutes les terres agricoles
15:59pour faire de la monoculture.
16:01– Et justement, vous parlez d'un recyclage de Monsanto
16:06qui a poussé…
16:08Il y a un autre recyclage que vous évoquez
16:11et qui ne saute pas aux yeux comme ça,
16:13c'est le recyclage de l'industrie du tabac dans l'agroalimentaire aussi.
16:16– Oui, c'est fantastique.
16:17Philippe Boris qui va racheter des compagnies d'alimentaire,
16:22je crois que c'est Kraft Food, il me semble.
16:25Et donc, puisque les cigarettiers,
16:27en fait, ils avaient vraiment la technique
16:29pour nous convaincre que fumer, c'était bon pour notre santé.
16:32Là, ils ont vu qu'au niveau,
16:34notamment dans les années 70-80,
16:36où la publicité a commencé à être réduite,
16:39en fait, à peau de chagrin,
16:41ils sont réinvestis dans l'agroalimentaire.
16:43– Et Philippe Boris est un très bon exemple pour ça.
16:46– Et comme ils savaient travailler sur l'addiction,
16:48ils se sont passés d'une addiction au tabac
16:50à une addiction à des produits…
16:52– Alors, j'irais ici une thèse complotiste,
16:54parce que les industriels ne veulent pas notre santé,
16:59en fait, ils veulent faire de l'argent.
17:00Donc, pour faire de l'argent, il faut consommer plus.
17:03Pour consommer plus, il faut répondre au goût.
17:05Et nous, nous sommes addicts au gras et au sucre.
17:08Donc, ce n'est pas forcément pour nous empoisonner,
17:10pour devenir obèses, etc.
17:12– C'est pour vendre des produits.
17:13– Mais pour vendre des produits, bien sûr.
17:14Parce qu'en plus, on va manger gras et sucré,
17:16je dirais, en plus, on va avoir faim, en fait.
17:18– D'ailleurs, ça m'amène à une question
17:21à laquelle je pensais en lisant l'ouvrage.
17:23C'est que oui, en effet, si on prend McDo, Pepsi,
17:26tout ça, c'est mauvais pour la santé.
17:27On le voit, de toute façon, ça dégouline.
17:29Quand on mange ces choses-là, après, on n'est pas bien.
17:32Mais l'espérance de vie aux États-Unis
17:34est quand même très élevée par rapport à la moyenne mondiale.
17:36Il se situe quand même assez haut.
17:37Donc, finalement, cette malbouffe,
17:39cette American way of life,
17:42est pas catastrophique d'un point de vue de la santé,
17:46si on estime, en tout cas, à considérer la durée de vie.
17:48Donald Trump, il doit avoir 80 ans,
17:50il est encore plutôt en bon état.
17:51Pourtant, il se gave d'un hamburger.
17:52Il doit manger ses gros hamburgers.
17:54Il n'est pas en mauvaise santé.
17:55– Alors, ça, c'est ce que raconte l'histoire.
17:57Parce qu'il y a cette fameuse photo
17:58où il mange un McDo en face de Kennedy Junior
18:00avec Elon Musk, je suis aussi dans son avion.
18:02– Même plus récemment, on l'envoyait à la Maison Blanche.
18:04– Bon, voilà, il est sûr qu'on ne l'empoisonne pas comme ça.
18:06Mais vous faites bien de citer Donald Trump
18:10parce qu'en nommant Robert Kennedy Junior,
18:13les États-Unis, carrément, ont pris conscience
18:15que peut-être l'espérance de vie,
18:17elle a été augmentée,
18:19notamment à d'autres pays.
18:21Mais dans quel état, en fait ?
18:22Ils financent énormément, je dirais,
18:25tout ce qui est médication,
18:27tout ce qui est santé.
18:28Les Américains sont en mauvaise santé.
18:31Donc, obésité, une personne sur dents, sur poids,
18:33comme nous, ici, en France.
18:34Mais Robert Kennedy Junior est en train, là,
18:37avec Trump, de changer, justement,
18:40cette dynamique d'American food.
18:43C'est assez marrant.
18:44D'ailleurs, je termine le livre comme ça.
18:46– Oui, vous évoquez son plan,
18:48eat real food.
18:49– Eat real food, oui.
18:50En fait, ils inversent la pyramide alimentaire.
18:52Au lieu de mettre les céréales,
18:54je dirais, au sommet de cette pyramide,
18:56ils mettent les protéines animales,
18:57notamment la viande.
18:58Alors là, gros bémol sur la qualité de la viande américaine.
19:02Parce qu'on a vu qu'elle était quand même de mauvaise qualité.
19:04Mais ils ont pris conscience qu'aujourd'hui,
19:06voilà, le gras, le sucre,
19:08notamment l'excès de céréales, également,
19:10est mauvaise pour leur santé,
19:11que la nourriture américaine n'est pas forcément l'idéal.
19:16– Mais est-ce que c'est des pensées
19:18qui peut faire bouger quelque chose Kennedy Junior ?
19:20Parce que, justement, quand on voit même
19:22le poids culturel de la malbouffe aux États-Unis,
19:24quand Donald Trump invite une équipe, je crois, de basket à la Maison Blanche
19:28et qu'il commande du McDo,
19:30quand on voit à quel point ils sont attachés à ces symboles
19:33qui sont leurs symboles culturels,
19:34parce que c'est une toute jeune nation,
19:35donc elles se rattachent à des choses comme ça.
19:37Là où nous, on a Charlemagne, Saint-Louis, que sais-je,
19:40ils sont KFC, quoi.
19:42– Ils rendent le McDo.
19:43– Mais c'est quand même très important pour eux, et ça marche.
19:45Donc, finalement, se distancer de ça,
19:48c'est aussi renoncer un peu à la puissance,
19:49et c'est inimaginable pour les Américains,
19:52et ce serait une erreur, même, de leur point de vue.
19:53– Oui, oui, oui, il y a beaucoup d'annonces, je pense.
19:56Mais, moi, en vécu aux États-Unis, comme au Canada,
20:00je peux vous confirmer que là-bas, c'est vraiment le pays des contrastes.
20:04Par exemple, Los Angeles, c'est une ville où on peut manger très, très bien.
20:08Mais là aussi, tout dépend de notre moyen, de notre portefeuille,
20:13de notre niveau de vie.
20:15Mais je ne pense pas que des gens comme même Trump
20:18ou d'autres gens très fortunés comme Musk, etc.,
20:22mangent du fast-food.
20:23Peut-être pour la galerie, mais en tout cas, je ne pense pas dans l'intimité.
20:28– Et alors, parmi les choses plus légères que vous expliquez,
20:32vous parlez là de pays avec des contrastes,
20:35et c'est aussi un pays avec des énormes contradictions,
20:37avec Unilever, qui avait racheté, vous expliquez dans le livre,
20:40le même jour, Ben & Jerry's et Slim Fast.
20:43Donc, le truc pour devenir énorme, et le truc pour perdre du poids.
20:47– On investit un petit peu de partout, comme ça, on arrose un petit peu à la Rockefeller.
20:50Donc, on est sur une logique industrielle.
20:55Donc, c'était un clin d'œil assez léger, mais bon, quand même, le même jour,
20:59je ne sais pas si l'on volontairement fait esprit,
21:03mais Ben & Jerry et Slim Fast, quand même, deux antagonistes.
21:06– Et alors, je finirai un peu là-dessus, c'est que vous expliquez qu'il y a un système
21:11où le but, justement, n'est pas la santé, mais le développement industriel, le profit.
21:17Comment, en France, par exemple, on est quand même largement américanisé
21:21sur la question culinaire, même aujourd'hui, où il y a toute une génération
21:24qui est même complètement américanisée,
21:27comment lutter contre la malbouffe efficacement ?
21:30Je ne parle pas de brûler des drapeaux américains,
21:32ou de faire des choses comme ça, de vraiment renouer avec une alimentation saine.
21:38– Moi, j'ai pas mal de recul, ça fait maintenant 15 ans que j'écris sur ce thème.
21:43En fait, chacun est libre de ses choix.
21:45Moi, je suis là pour informer, je suis là pour alerter,
21:48je suis là aussi pour prendre un petit peu d'auteur,
21:50d'amener de la nuance et de la modération.
21:52Je sais que ce n'est pas trop, je dirais,
21:54ce n'est pas ce qui fonctionne le mieux aujourd'hui sur les réseaux sociaux.
21:57Mais avant tout, c'est des décisions que doit prendre une famille.
22:00On parle beaucoup de régime, etc.
22:02Mais comme vous l'avez dit très justement,
22:04il faut revenir sur ce repas,
22:06sur ce repas qui fait partie, je dirais, de notre vie familiale,
22:09qui est aussi un lien social.
22:11Mais en France, nous l'avons quand même encore.
22:13Je vois, je suis à Paris, le soir, les gens sortent, ils vont au restaurant.
22:17Il y a encore, je dirais, cet attrait, je dirais, de la nourriture, du repas.
22:24Et c'est vraiment une solution,
22:26que des solutions personnelles qu'on peut apporter à cette problématique.
22:30– Il y a des gens qui mangent très bien,
22:32et qui, à côté de ça, de temps en temps,
22:34se permettent un petit excès,
22:35ce qu'ils appellent leur junk food de la semaine ou du mois,
22:37et qui vont se faire un gros McDo, tout ça.
22:39Vous pensez que ça peut être une solution aussi,
22:41pour garder le contact avec une culture pop
22:43qui les a touchés, qui les a émus pour les pâtes de leur vie.
22:46Et à côté de ça, vivre assez sainement,
22:48c'est un peu comme une cuite libératrice, une fois de temps en temps.
22:51– Vous avez deviné un petit peu mon état d'esprit, c'est tout à fait ça.
22:54– Vous faites un gros McDo de temps en temps ?
22:56– Non, je ne fais pas de gros McDo, je vous ai dit tout à l'heure
22:58que je suis retourné au McDo, mais je n'ai pas aimé.
23:03Je trouve que la qualité, c'est vraiment dégradé.
23:05Alors peut-être que j'étais encore sur cette Madeleine de Proust,
23:08– Du Happy Meal.
23:08– Voilà, du Happy Meal des années 80.
23:12Mais en tout cas, moi, les gens que j'accompagne dans leur transition alimentaire,
23:16je leur conseille toujours de se faire plaisir.
23:19Tant qu'on mange bien à la maison, qu'on a de bonnes habitudes alimentaires,
23:23qu'on essaye de manger tôt le soir, et puis d'avoir ces 12 heures,
23:28je dirais, entre le dernier repas de la journée et le premier repas du matin,
23:32et puis de temps en temps, moi j'avais des amis.
23:34Là aussi, ce qui a beaucoup changé, ce n'est pas l'American Food,
23:37c'est tous les restaurants du midi, mais on ne mangeait pas autant
23:41au restaurant à midi, on a mené notre gamelle, je dirais,
23:44sur le lieu de travail, et donc voilà, il faut quand même garder
23:47cette notion du plaisir.
23:49– Une question conclusive, c'est vraiment la dernière cette fois.
23:53Vous avez écrit ce livre, qui je rappelle est très accessible,
23:56l'American Food, une invasion qui a commencé par une libération,
23:59aux éditions Winterfield.
24:01Quel est le prochain ouvrage que vous viendrez nous présenter à TV Liberté ?
24:06– Je vais écrire sur la musique, avec un regard sociétal,
24:11sur les albums concepts qui ont, je dirais, bouleversé
24:15notre société contemporaine, parce qu'aujourd'hui,
24:17la musique, c'est devenu du fast-food.
24:19Donc comme j'ai travaillé dans ce milieu-là,
24:22je tiens vraiment aussi à transmettre des œuvres cultes
24:27qui sont encore terriblement actuelles,
24:29parce que ces musiciens-là étaient vraiment des visionnaires.
24:32– Merci beaucoup Gilles Dartigaud, à très bientôt
24:35pour nous présenter votre ouvrage sur la musique.
24:37– Merci.
24:38– Merci.
24:38– Merci.
24:39– Merci.
24:39– Merci.
24:40– Merci.
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