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  • il y a 11 heures
Télématin reçoit Jean-Victor Blanc, psychiatre spécialisé en santé mentale et addiction.

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Transcription
00:00Les salariés ne vont pas bien, l'absentéisme explose, c'est ce que révèle l'étude Malakoff-Humanis.
00:05Cette semaine, un salarié sur trois aurait été arrêté en 2025, notamment pour des questions de santé mentale.
00:11Bonjour Jean-Victor Blanc.
00:12Bonjour.
00:13Merci d'être avec nous ce matin, vous êtes psychiatre à l'hôpital Saint-Antoine à Paris
00:16et auteur du livre des amours chimiques Le Fléau du Chemsex, publié aux éditions du Seuil.
00:22Les troubles psy sont la cause de 37,8% des arrêts de plus de 30 jours,
00:28c'est près de deux fois plus qu'en 2020.
00:31Premier motif d'arrêt long devant les troubles musculosquelettiques.
00:34Est-ce qu'on peut parler aujourd'hui d'une tendance d'un mouvement de fond ?
00:37Oui, c'est un mouvement de fond qu'on voit à plein d'endroits de notre société.
00:40On en a beaucoup parlé de la santé mentale des plus jeunes, mais c'est vrai aussi de celle des
00:44adultes.
00:45Et aujourd'hui, on voit qu'on a des conséquences de cette augmentation des troubles psychiques sur le lieu du
00:50travail.
00:50Après, ce qui est important vraiment d'avoir en tête, et c'est un des messages importants,
00:53c'est qu'avoir un travail, c'est plutôt un facteur protecteur vis-à-vis de la santé mentale.
00:57En fait, on sait que les personnes qui sont en dehors de la situation d'emploi,
01:01qui sont au chômage ou qui ne travaillent pas, ont plutôt une moins bonne santé mentale que ceux qui travaillent.
01:07Après, ça n'empêche pas qu'il peut y avoir aussi des conséquences plus étroites entre le mode de travail
01:11et la santé mentale.
01:12D'une manière générale, les arrêts maladie ont augmenté, on va voir le chiffre, de 25,5% depuis 2019.
01:18On se dit qu'il y a un effet Covid. Est-ce que ça a changé quelque chose ? Vous
01:21le constatez ?
01:23Probablement. C'est vrai qu'on l'a vu là aussi chez les lycéens.
01:26Les étudiants, on l'avait vu un peu à la loupe.
01:28On a vu qu'il y a eu vraiment une espèce de marche avec une hausse des problèmes de santé
01:33mentale à ce moment-là.
01:34Et on voit qu'en fait, on ne diminue pas tellement.
01:37Et c'est un peu ce que cette étude montre, que finalement, il y a eu une hausse.
01:40On aurait pu dire que c'est contextuel, ça va faire une cloche, ça va redescendre comme avant.
01:43Et en fait, on voit bien que non.
01:44Ce qui est important d'avoir en tête, c'est de dézoomer un peu aussi.
01:48On sait qu'en fait, les troubles psychiques, ils augmentent depuis une vingtaine d'années
01:51avec certains facteurs qui sont qu'on parle plus de santé mentale,
01:55on met plus de mots sur des souffrances et donc ça, c'est plutôt positif.
01:59On diagnostique mieux aussi les troubles aujourd'hui qu'il y a 20 ou 30 ans.
02:02Il y a aussi des facteurs qui montrent qu'il y a plus de troubles psychiques aujourd'hui.
02:05Et notamment, c'est vrai que c'est ce qu'on voit avec cette histoire de Covid.
02:08Ce n'est pas non plus comme si, depuis cinq ans, on avait découvert quelque chose qui faisait que...
02:13Voilà, on explique cette hausse uniquement par un meilleur diagnostic.
02:17Non, mais c'est vrai que oui, les psychiatres, vous aviez alerté au moment du Covid
02:20de cet effet retardé de l'épidémie sur la santé mentale.
02:26Et manifestement, aujourd'hui, c'est ce que l'on vit avec une surreprésentation des arrêts maladie
02:30pour des questions psy chez les femmes et chez les cadres.
02:34Comment est-ce qu'on l'explique ?
02:36Exactement. Cette étude, elle est intéressante parce qu'elle reflète un peu ce qui se passe dans la société.
02:41On sait que les femmes, par exemple, sont plus concernées par les troubles psychiques,
02:44notamment par les troubles dépressifs, pour plein de raisons.
02:47Des raisons qui peuvent être hormonales, aussi des raisons qui révèlent de l'identité de genre.
02:52On sait que, par exemple, les femmes assurent plus la charge mentale que les hommes
02:55et qu'à exactement poste et charge de travail équivalente,
03:00une femme va avoir plus de dépression qu'un homme lorsqu'elle a des enfants,
03:04alors que chez un homme, ça ne va pas jouer le fait d'avoir ou pas des enfants.
03:07Ce qui veut bien dire qu'à un moment, il y a quand même probablement un petit sujet
03:10qui est qu'il y a le double travail avec, du coup, la charge domestique.
03:14On l'a vu aussi chez les cadres.
03:16C'est vrai aussi chez les plus jeunes.
03:17C'est une des données qui a été montrée dans l'État.
03:19Effectivement, les jeunes actifs sont arrêtés 12,4 jours contre 39,7 pour les plus de 55 ans.
03:26Les jeunes sont arrêtés peut-être moins longtemps que les seniors, mais plus fréquemment.
03:31On entend parfois, ils sont moins résistants, les jeunes.
03:34On ne peut rien leur demander, c'est la jeune Z.
03:36Est-ce que c'est vrai ?
03:37Le rapport au travail n'est pas le même.
03:39Est-ce qu'on prend davantage soin de sa santé ?
03:41Ou est-ce qu'ils sont plus pressurisés ?
03:43Ce qu'il faut, ce serait de dire que c'est une génération de feignants
03:47qui est désinvestie au niveau du travail.
03:49Ça, c'est complètement faux.
03:50Le monde du travail, il a changé.
03:52Moi, j'utilise souvent la pop culture.
03:54Mais c'est vrai que, notamment sur la question du travail,
03:56si on compare le Diable Sabé et le Prada, la première version il y a 20 ans,
04:00qui était quand même vraiment, on se tue à la tâche pour un travail,
04:04pour travailler dans un journal prestigieux, c'est génial, etc.
04:06En fait, le 2, on voit qu'en fait, le monde du travail est devenu complètement déprimant,
04:10qu'en fait, tout ferme, que c'est délicieux aussi moins à gogo
04:12et qu'on n'a plus de sens dans le travail.
04:14Donc, évidemment, c'est une vignette, mais quand même, je pense que ça, on dit assez long,
04:17parce que c'est comme un film qui est plutôt grand public
04:18et ce n'est pas un documentaire, clairement, sur la santé mentale au travail.
04:22Une fois qu'on a dit ça, on sait que les plus jeunes,
04:24ils vont avoir vraiment du mal à s'investir aussi dans le travail.
04:27Alors déjà, les troubles psychiques y concernent les plus jeunes,
04:30donc c'est assez logique.
04:31On sait que la dépression, le trouble bipolaire, la schizophrénie,
04:34c'est des troubles qui commencent entre 15 et 25 ans.
04:36Donc déjà, ce n'est pas anormal qu'on va retrouver plus de troubles psychiques
04:41chez les jeunes que des pathologies comme le cancer ou les troubles cardiovasculaires
04:45qui sont quand même plutôt des pathologies de l'adulte, on va dire,
04:48âgé en tout cas à partir de 40-50 ans.
04:5063% des entreprises se disent préoccupées par l'absentéisme au travail,
04:54mais simplement une sur deux entreprend des actions particulières.
04:58Ça veut dire quoi ?
04:58Que dans l'entreprise encore, ça reste un tabou, les troubles psy ?
05:01C'est le vrai problème, qu'on le voit en consultation auprès des patients que j'accompagne
05:05qui, la plupart du temps, doivent cacher le fait qu'ils ont un trouble psychique,
05:09cacher qu'ils ont été arrêtés pour un problème psychique,
05:13ils ont été hospitalisés en psychiatrie,
05:15alors que lorsqu'ils disent qu'en fait, j'ai été hospitalisé pour un problème de foie,
05:19ça ne pose de problème à personne.
05:20C'est aussi ce que l'étude montre,
05:21que plus de la moitié des personnes arrêtées n'osent pas parler de sa santé mentale au travail
05:26à cause de la stigmatisation.
05:28Et lorsque j'interviens en entreprise, c'est vraiment là aussi le constat qu'on fait.
05:31Il y a encore un peu l'omerta, qui est un vrai problème,
05:34parce que ces chiffres-là, ils montrent bien qu'on ne peut plus faire l'autruche.
05:37Les chiffres, ils atteignent une telle hauteur
05:39qu'en fait, ça doit être un sujet que toutes les entreprises doivent s'emparer.
05:42Or, on voit bien qu'ils sont beaucoup plus à l'aise avec le fait, par exemple,
05:45de faire des formations premier secours en cardiologie, par exemple,
05:49pour réanimer quelqu'un, ou sécurité, mettons un casque, etc.,
05:53ou lavons-nous les mains.
05:55Par exemple, on voit que c'est un message qui est passé très rapidement,
05:57alors que parler de santé mentale,
05:59il y a aussi les premiers secours enceintes mentales qui existent,
06:01ça, pour le coup, c'est encore complètement tabou.
06:03Or, ce n'est plus possible de faire l'autruche.
06:05Et il y a aussi, quand on ne va pas bien,
06:08parfois la prise de produits, de drogues.
06:11Vous l'évoquez dans votre livre,
06:13la chimie.
06:14Et vraiment, quelques secondes pour l'évoquer, ça ?
06:18Bien sûr.
06:19On voit que le monde du travail, il évolue,
06:21et que notre société, elle demande de plus en plus aux gens,
06:23et que les gens se tournent aussi vers des produits stupéfiants pour se doper,
06:27que ce soit dans le cadre du travail, avec le recours à la cocaïne,
06:29mais aussi dans leur vie sexuelle.
06:31Et c'est un peu le sujet de mon dernier livre,
06:32où on voit qu'on est tellement soumis à des injonctions de performance jusque dans l'intimité,
06:37qu'aujourd'hui, des gens deviennent dépendants à des produits
06:39pour, en fait, essayer de, finalement, être des surhommes,
06:43exactement, correspondre à des injonctions que la société leur donne
06:46sur leur corps, sur leur intimité et dans leur travail.
06:48Merci Jean-Victor Blond d'avoir été avec nous.
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