00:00Francis Najbar est avec nous en ligne, procureur général honoraire.
00:04Bonsoir, monsieur Najbar.
00:05On est encore prudent parce qu'on n'a pas d'identification formelle du corps à l'heure où on
00:10se parle.
00:10Néanmoins, il y a un faisceau d'indices qui nous laisse présager, évidemment, l'hypothèse qu'il s'agirait de
00:16l'IANA.
00:17Comment vous décrivez cette affaire ?
00:19C'est une affaire où il va encore falloir un peu de temps pour connaître les tenants et les aboutissants
00:25ou c'est une affaire qui est limpide pour vous ?
00:27Oui, écoutez, comme vous, mes premières pensées, ça va naturellement à la famille.
00:32Parce qu'on ne peut pas se mettre à leur place, mais ça réveille en moi des souvenirs relativement anciens
00:39avec l'affaire Fourniré où j'ai eu à gérer ce genre d'affaires et où les familles étaient effondrées
00:44quand on retrouvait leur corps.
00:45Alors, ce n'était pas huit jours après, c'était des années et des années, 15, 16 ans.
00:49Parfois, c'est absolument terrible parce qu'il y a à la fois cet espoir de moins en moins rationnel
00:55au fur et à mesure que les jours passent de retrouver leur enfant vivant.
00:59Et puis, en même temps, quand on sait qu'on a retrouvé un corps,
01:02que tout semble indiquer au conditionnel, bien sûr, qu'il s'agirait de leur enfant,
01:07on est totalement dévasté, détruit.
01:11Et ça, ils le porteront toute leur vie.
01:14Alors, cette affaire, il me semble qu'on franchit un nouveau palier, là,
01:18parce que c'est loin d'être un fait divers, c'est un fait de société.
01:21Ça s'inscrit après Philippine, après Elias, après Thomas de Crépaule,
01:26après Lola, après Lina.
01:28Bon, j'arrête de classer Critanie.
01:29Enfin, il y a quand même un véritable problème en ce qui concerne la politique pénale
01:36de manière générale et surtout l'absence d'attention, d'empathie vis-à-vis des familles
01:46ou vis-à-vis des victimes ou vis-à-vis des plaignantes.
01:48Parce que ça m'énerve un peu d'entendre toujours que c'est une question de moyens,
01:53gendarmerie, police, justice.
01:55C'est certain qu'il y a une question de moyens.
01:56C'est certain que depuis 15 ans, le régalien pour les justices
02:01n'est pas du tout la préoccupation de nos gouvernants.
02:05Ça, c'est certain.
02:06Mais dans des affaires comme celle-là, la pédocriminalité,
02:10il n'y a rien de plus prioritaire que ça.
02:12Ça passe au-dessus de tout, du narcotrafic et de tout ce que l'on veut.
02:16Et par conséquent, quand une brigade ou quand un commissariat,
02:19quand un procureur reçoit une plainte qui vise effectivement
02:22des faits d'agression ou de viol sur des mineurs,
02:25eh bien, aussitôt, c'est considéré comme ultra prioritaire.
02:29On n'attend pas des mois et des mois.
02:31On ne transmet pas ça par courrier simplement,
02:34sans avoir prévenu par mail, sans avoir prévenu par téléphone.
02:37Moi, j'ai travaillé pendant 41 ans dans le pénal.
02:40C'est évident, c'est évident que l'on doit agir comme ça.
02:43On ne travaille pas sans consulter quand même les fichiers,
02:47l'otage, par exemple.
02:48C'est quand même édifiant.
02:50Et je comprends la colère de nos concitoyens,
02:52qui ne font plus confiance en personne.
02:54C'est édifiant de savoir que l'on peut passer à travers des choses pareilles.
02:58Si on avait été consciencieux,
03:01si on n'avait pas seulement considéré cette plainte de 2025
03:05comme un numéro de dossier,
03:07mais avec toute la réalité humaine qu'il y a derrière ce dossier,
03:10peut-être que l'issue n'aurait pas été celle-là.
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