00:00Bonjour Anne, bonjour Marion, bonjour à tous.
00:02Ce matin vous autopsiez deux polémiques qui ont concerné des films projetés à Cannes.
00:07Oui, je ne m'étends pas sur la première tant elle devient un classique.
00:12Certains commentateurs ont reproché au film L'Abandon,
00:15qui retrace les derniers jours de Samuel Paty d'être problématique, voire islamophobe.
00:21Parce qu'il décrit la responsabilité centrale de l'islamisme dans la dégapitation du professeur,
00:27le film jetterait l'opprobre sur tous les musulmans, on connaît la chanson.
00:32La deuxième polémique s'est-elle abattue sur l'acteur Gilles Lelouch après qu'il a balayé avec agacement
00:38une interpellation du média d'extrême-gauche Parole d'honneur au sujet du film Moulin,
00:43dans lequel l'acteur tient le rôle du grand résistant.
00:46Pensez-vous, s'est-il entendu demandé, pensez-vous qu'il est aujourd'hui primordial
00:51pour ne pas trahir la mémoire de Jean Moulin, de combattre le RN
00:55et pensez-vous que la France insoumise est aujourd'hui le meilleur rempart à l'extrême-droite,
01:01son programme étant inspiré du Conseil national de la résistance ?
01:05Un raisonnement plus qu'une question au terme duquel donc Jean Moulin c'est LFI et LFI c'est Jean
01:11Moulin.
01:12Il fallait oser, la France libre est un héritage impossible,
01:16trop grand, trop lourd pour qu'un quelconque parti en temps de paix puisse s'en prévaloir,
01:21nous puceaux de l'histoire, générations épargnées qui ne savons pas ce que nous aurions eu dans le ventre.
01:27Pour avoir répondu avec agacement à cette injonction,
01:31Gilles Lelouch a dû essuyer une polémique virulente au point de se sentir contraint quelques jours plus tard de se
01:37justifier.
01:38Une polémique portée par les réseaux, relayée par certains médias l'accusant de lâcheté.
01:43En miroir des sites ou des chaînes comme CNews, on en fait beaucoup,
01:47content de donner l'impression que seul leur camp défendait l'acteur.
01:52Une fausse impression en vérité, mais une impression rendue possible par le relatif silence du mainstream,
01:58c'est-à-dire des institutions médiatiques et culturelles de référence.
02:02Et précisons que j'emploie ce mot sans connotation négative, le mainstream, j'en fais partie.
02:07Et à quoi est dû ce silence du mainstream selon vous, Anne ?
02:10Eh bien par peur que sa position ne génère un malentendu,
02:13par peur d'être assimilé soi-même à l'extrême droite
02:16ou tout simplement par lassitude des polémiques,
02:18on peut en venir à laisser passer, laisser dire,
02:22ne pas déconstruire par exemple la mauvaise foi qui entoure ces mauvais buzz.
02:27Et ce silence s'écrète du désastre.
02:30L'histoire récente des Etats-Unis nous l'enseigne.
02:33Quand elle semble validée par le mainstream,
02:36les outrances d'une minorité radicale déguisée en progressisme,
02:41tendent les ressorts d'une réaction qui n'a rien d'un rééquilibrage.
02:46Arrivé au pouvoir en prétendant mettre fin à l'unanimisme dans l'université ou les médias,
02:51le trumpisme montre depuis, s'il y avait le moindre doute,
02:55qu'il n'est en rien une défense de la liberté des opinions,
02:58mais une pulsion autoritaire qui saque et dégage toute voix discordante.
03:04De cela, n'avons-nous rien appris ?
03:07Les polémiques autour de l'abandon ou de Gilles Lelouches sont faites, selon moi,
03:12de cette matière dont on pave de mauvais chemin.
03:15Merci Anne Rosenchère, directrice déléguée du journal L'Express.