00:01RTL Matin
00:02Il est 7h38, langue éco, François Langlais, et ça va donc de mal en pi pour Duralex.
00:07Preuve que la valeur affective d'une marque ne suffit pas pour la sauver,
00:11puisque le fabricant des verres, dans le fond desquels on lisait notre âge à la cantine évidemment,
00:15vient de demander son placement en redressement judiciaire.
00:18C'est vrai, vous l'avez dit, l'émotion, ça ne fait pas un bon business.
00:21Souvenez-vous, l'année dernière, cette verrerie mythique avait lancé un appel de fonds participatif
00:27et obtenu plusieurs millions d'euros de clients qui souhaitaient que vive Duralex,
00:32grâce aux souvenirs des verres de cantine que vous avez évoqués.
00:34Mais aujourd'hui, Duralex, fondé en 1945, s'apprête à demander à être placé en redressement judiciaire.
00:41C'est une procédure pour les entreprises en grave difficulté.
00:44C'est la cinquième fois en 20 ans que la verrerie du Loiret se trouve au bord de la faillite.
00:49La dernière fois, il y a deux ans, elle avait été reprise par une partie des salariés
00:52qui s'étaient constitués en coopérative.
00:54Et on s'était tous un peu enthousiasmés avec cette reprise.
00:56Pourquoi la rechute a été tellement brutale, François ?
00:59Tout simplement à cause du principe de base du business.
01:01Pour vivre et pour survivre même, il faut être rentable.
01:05C'est-à-dire avoir des clients prêts à payer ce que vous fabriquez
01:07ou bien des investisseurs prêts à risquer leur argent dans l'entreprise,
01:11dans l'espoir d'en gagner davantage.
01:13Il n'y a eu ni l'un ni l'autre.
01:15Cette loi est dure, mais c'est la loi Duralex.
01:18C'est de l'ex.
01:19Il y a eu manifestement des erreurs de gestion.
01:22Un audit a d'ailleurs été commandité par Bercy.
01:26L'entreprise serait en perte de plusieurs millions d'euros.
01:29Elle n'a pas payé intégralement les salaires, c'est dire.
01:31Et il faut reconnaître que si elle a su monétiser sa notoriété
01:34et l'immense capital de sympathie qu'elle possède chez les Français,
01:38elle a fait face à de puissants vents contraires.
01:41Quels vents contraires ? Vous parlez de quoi, François ?
01:43La crise de l'énergie, tout d'abord, qui a considérablement renchéri les coûts
01:47pour une entreprise industrielle qui utilise des fours.
01:49Et puis, parallèlement, l'effondrement du marché des arts de la table
01:53à cause des changements d'habitude des consommateurs
01:56qui mangent sur le pouce, parfois des plats de fast-food
02:00avec des emballages en carton jetables.
02:02La crise de secteur, c'est la crise du repas de famille
02:04qui est en voie de disparition, même si en France, la tendance est moins prononcée qu'ailleurs.
02:09Chacun mange à son heure avec l'éclatement des rythmes de vie.
02:12Vous ajoutez à ça la concurrence chinoise, évidemment,
02:15qui a ratissé le marché avec des produits à 3 francs 6 sous,
02:19dans les hyper, sur les plateformes de vente en ligne.
02:22Regardez les mésaventures de la cristallerie d'Arc,
02:25la célèbre marque Arcopal, elle aussi placée en redressement judiciaire.
02:29C'était en mars dernier.
02:30Il n'y a que le haut de gamme qui en sort.
02:32C'est Bernardo à Limoges, c'est Christophe.
02:35En fait, ce marché des arts de la table,
02:37c'est un concentré des difficultés de l'industrie.
02:40Ceux qui sont dans le milieu de gamme ont disparu,
02:42ou sont en souffrance face à une concurrence étrangère féroce.
02:46Seuls surnagent les grandes marques,
02:48positionnées sur le luxe,
02:50grâce à une clientèle qui est largement internationale.
02:53Merci beaucoup François de Langlais.
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