00:00Alors, l'auteur du terrorisme intellectuel peut vous dire que dans mon terrorisme intellectuel,
00:04je pense qu'il y a trois ou quatre fois, de mémoire, je ne pourrais pas les exister exactement,
00:08mais des petites polémiques nées au Festival de Cannes.
00:11C'est-à-dire qu'on a le même, il ne faut pas s'étonner, tous les ans, on a
00:14le même cinéma, c'est le cas de le dire,
00:16c'est-à-dire qu'il y a toute la gauche culturelle qui réunit à Cannes,
00:20des gens qui habitent tous dans le cinquième arrondissement, dans des appartements de 300 mètres carrés,
00:26et qui lancent tous des appels pour dire qu'il faut être plus ouvert, plus inclusif,
00:31accueillons toute l'immigration, c'est un enrichissement culturel, de parler bambara, etc.
00:37Je veux dire, c'est le même cinéma qu'on a tous les ans, mais absolument tous les ans.
00:41Donc, il y a quelque chose de honteux, totalement décalé avec la réalité de la société française,
00:47avec les attentes de l'opinion française, à gauche comme à droite d'ailleurs,
00:54parce que les études montrent qu'à gauche aussi, il y a conscience largement majoritairement
01:00que la question migratoire, pour prendre que ce fait-là, je ne suis pas obsédé par cette question,
01:05est aujourd'hui totalement sans contrôle.
01:10Donc, je dois dire que moi, il y a un côté un peu agaçant,
01:13je n'ai jamais mis les pieds au passé de la Cannes, mais je n'ai vraiment aucune envie d
01:15'y aller.
01:16Pourquoi pas ?
01:16Mais parce que les gens me dégoûtent.
01:18Oh, Jean !
01:20Mais là, vous êtes réducteur, vous généralisez tout le monde,
01:22il y a des formidables films, il y a des très grands acteurs, des réalisateurs.
01:26C'est dans une ville extraordinaire, d'être tenu par un mercle ébiscité.
01:31Ils ont un autre, un contre-festival.
01:33Mais non, il faut rester au festival.
01:35Et en plus, vous savez, parfois, il y a tellement de jets privés qui passent,
01:39vous pouvez peut-être avoir un prix pour aller en jets privés,
01:42peut-être que ça vous est déjà arrivé de prendre un jet privé, j'en saisir.
01:45Plus sérieusement, parmi les trois polémiques,
01:48moi, ce qui m'intéressait aussi, c'est d'avoir votre regard sur Jean Moulin.
01:52Et ce qui s'est passé pour Gilles Le Lange.
01:54La gentillesse, à chaque fois que je viens sur votre plateau,
01:56de rappeler mon livre, Le terrorisme intellectuel.
01:58Ce n'était pas de votre part, mais je voudrais rappeler un autre livre
02:00que j'ai publié, qui a même eu un succès d'édition supérieure,
02:04qui s'appelle Historiquement correct.
02:06C'était paru en 2003.
02:08Donc, l'histoire de Jean Moulin est typologiquement l'exemple
02:13d'une utilisation du passé à des fins politiques ou idéologiques.
02:18C'est-à-dire qu'on va prendre le personnage de Jean Moulin.
02:20On dit Jean Moulin résistant.
02:22Oui, effectivement, grand résistant, martyr de la résistance.
02:25Et puis, on le projette dans le monde d'aujourd'hui.
02:29Le méchant, c'est la droite, c'est l'extrême droite,
02:32c'est le Rassemblement national.
02:33Donc, forcément, Jean Moulin, c'est la figure symbolique
02:36qu'on va opposer au Rassemblement national.
02:38C'est une utilisation du passé.
02:40Je ne sais pas ce que penserait Jean Moulin aujourd'hui.
02:42Je doute qu'il serait partisan du Rassemblement national.
02:44C'est évident, c'était un homme de gauche.
02:47Mais enfin, faire parler des morts, dans tous les cas,
02:51me paraît indécent.
02:54Ensuite, d'abord, la gauche, il y a plusieurs gauches.
02:56Et puis, si on étudie la réalité historique,
02:59parce que c'est ça qui devient intéressant,
03:00c'est qu'on s'aperçoit que l'axe résistance ou collaboration
03:05ne colle pas de manière exacte à l'axe gauche ou droite.
03:10Il y a eu une droite collaboratrice, collaborationniste, fichiste.
03:15Il y a eu une droite résistante.
03:19Et puis, il y a eu aussi une droite collaboratrice, collaborationniste.
03:23On en a parlé au moment de la polémique autour du film de Jean Luchère,
03:26enfin, sur la vie de Jean Luchère.
03:28Et puis, évidemment, une gauche résistante.
03:29Enfin, il ne faudrait pas oublier non plus que dans la gauche résistante,
03:32les communistes ont attendu au miracle 1941 pour se manifester.
03:36Alors, ensuite, ils ont été très courageux, ils ont eu des victimes
03:39dans lesquelles il faut s'incliner.
03:42Bien sûr, il faut s'incliner devant toutes les victimes.
03:44Mais enfin, voilà, la réalité, c'est qu'utiliser cette époque
03:50compliquée, complexe, sans connaissance de la réalité du passé,
03:54c'est faux historiquement.
03:58Cette époque ne peut se comprendre que dans son contexte,
04:00que dans sa chronologie.
04:02En 1940, je suis désolé, c'est un peu surprendre,
04:04il y a 40 millions de pétainistes, c'était une formule d'en rien mauvaise.
04:07Il n'y en a plus 40 millions en 1942 et encore moins en 1944.
04:11Il y a une chronologie et les fêtes, on me sauvera.
04:13Il faut tenir compte de cette chronologie-là.
04:15Tous les camps, nous sommes pleins.
04:16Il y a des vichyistes et les ultra-colaboratistes,
04:19c'est encore autre chose.
04:20Il y avait aussi des pétainistes qui étaient très anti-allemands.
04:23Et puis, il y a eu des résistants.
04:25Il y a eu des résistants contre ce qu'on croit.
04:27On l'a dit, il l'a dit dans ses mémoires.
04:29Au début, quand je suis arrivé à Londres, autour de moi,
04:30il y avait des gens, des cagoulards et des juifs.
04:34C'est-à-dire, ce n'est pas du tout les répartitions attendues.
04:41Le traumatisme de la défaite épouvantable de la France subie en 1940
04:45a complètement rebattu les cartes, c'est le premier élément.
04:47Et le deuxième élément, c'est que Pétain, qu'on le veut ou non,
04:50avait un prestige immense, immense,
04:52parce que c'était le vainqueur de Verdun.
04:55Et donc, toute l'histoire...
04:57Et beaucoup plus complexe qu'on ne laisse...
04:58Beaucoup plus complexe.
04:59Et je ne suis pas d'une dédillusion,
05:01parce que le Pétain de Caravance n'est plus le Pétain de 44,
05:04et dans le dos aux yeux de l'opinion, c'est évident.
05:06Mais ça m'intéressait déjà de vous laisser là.
05:08Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires