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00:00Ce 23 mai, journée d'hommage national aux victimes de l'esclavage colonial.
00:03À ce propos, la Fondation pour la mémoire de l'esclavage nous apprend sous la plume de l'historien Bruno
00:09Maillard
00:09que jusqu'au seuil des années 2000, le discours officiel prôné par l'État français valorisait les abolitionnistes métropolitains.
00:18Or, le 23 mai 1998, une marche silencieuse de 40 000 personnes,
00:24composée majoritairement de Guadeloupéens, de Martiniquais, de Guyanais et de Réunionnais,
00:29s'est déroulée à Paris.
00:31Cette marche avait pour objectif de d'abord célébrer la mémoire de leurs ancêtres esclavisés,
00:35terme utilisé par l'historien.
00:37Pour cultiver cette mémoire, nous avons choisi ce 23 mai de parler des esclaves en prison.
00:42Bruno Maillard a écrit un ouvrage très complet à ce sujet,
00:45La vie des esclaves en prison, publié en février 2024 aux éditions Plon.
00:50L'historien a également écrit un article en 2004,
00:53Carcère sous les tropiques, la prison pénale à l'île Bourbon sous la monarchie de Juillet,
00:58carcère signifiant geôle ou prison en romain.
01:03Grâce à ce travail d'historien à travers le monde,
01:05et particulièrement les anciennes colonies françaises,
01:07on en sait un peu plus sur le traitement des esclaves détenus.
01:10Jusqu'en 1848, il n'y a pas une justice à deux vitesses,
01:14mais deux justices pénales.
01:16Une pour les hommes et les femmes libres,
01:18une autre pour les esclaves.
01:20Inutile de préciser que lorsqu'on appartient à la seconde catégorie,
01:23on n'est pas dans la situation la plus favorable.
01:26Avant même que la justice pénale intervienne,
01:28Bruno Maillard rappelle que dans l'océan indien,
01:30l'édit royale concernant les esclaves de l'île de France et de Bourbon,
01:34publié en novembre 1723,
01:36triste avatar du code noir de 1685,
01:39s'appuyait sur des châtiments particulièrement barbares.
01:42L'historien ajoute,
01:44au gré des événements,
01:45les colons ont fait même souvent preuve d'une cruauté extravagante
01:49en condamnant les esclaves coupables d'insurrection
01:51à la peine de voler de canon.
01:55En mai 2022,
01:56un article du New York Times consacré à Haïti et aux colons français
02:00décrit ainsi une technique consistant à Bourg et l'esclave de poudre à canon
02:04avant de le faire exploser comme un boulet.
02:07Mais revenons à la Réunion,
02:08où Bruno Maillard indique que la référence fondamentale
02:11en matière de législation pénale des esclaves
02:13reste symboliquement au moins jusqu'en 1848,
02:16le code noir de 1723.
02:19L'auteur note aussi une accélération de la transformation de la pénalité à Lille-Bourbon
02:24sous la monarchie de Juillet entre 1830 et 1848.
02:28Les dispositions des codes noirs aux Antilles et dans les mascarènes
02:31sont peu à peu modifiées voire abrogées,
02:34ce qui suscite une opposition des colons.
02:37La justice pénale va progressivement substituer
02:39les peines de prison au châtiment corporel.
02:41Au seuil des années 1830,
02:44le code pénal colonial n'en est pas moins au service des maîtres.
02:47Bruno Maillard écrit,
02:49il témoigne avant tout de la volonté de la classe possédante
02:52de réprimer durement les atteintes aux biens matériels
02:56et les résistances à l'ordre social.
02:58Son prix !
03:00L'historien ajoute,
03:01dans cette schizophrénie exotique,
03:03le noir fait bien entendu figure d'épouvantail.
03:06Toutefois, il ne s'agit plus d'humilier les coupables
03:09et d'intimider le reste de la population par des châtiments barbares
03:12au hasard des arrestations et des jugements.
03:14L'ambition est de réprimer plus efficacement tous les délinquants
03:17afin d'éviter d'éventuelles récidives.
03:19En consultant les divers registres judiciaires,
03:22l'auteur relève que nombre de noirs ayant commis des délits sur leur habitation
03:27ne sont pas déférés devant la cour royale
03:29et sont jugés directement par leur maître.
03:32Dès lors, certaines transgressions commises par les esclaves
03:35sont ignorées des sources officielles.
03:37L'infraction la plus commune, c'est le vol.
03:40Mais chez les esclaves, le vol est une question de survie.
03:43On vole pour se nourrir, pour se vêtir.
03:46Bruno Maillard cite le philanthrope Édouard Vidal.
03:49Remarquez bien qu'on ne vole que chez les mauvais maîtres,
03:52chez ceux qui laissent manquer leurs esclaves
03:55des choses les plus indispensables à la vie.
03:58Pour appliquer la nouvelle politique,
03:59la prison plutôt que la torture,
04:01il est nécessaire d'avoir des établissements pénitentiaires.
04:04La sinistre prison Juliette Daudu à Saint-Denis est emblématique
04:08et reste un élément visible de cette époque.
04:10Les bâtiments situés à l'ouest sont réservés aux détenus non-esclaves.
04:14A l'est, c'est le bloc des noirs où les conditions sont nettement plus rudes.
04:18Vous vous en doutiez.
04:19Mais la surpopulation dans la prison est telle
04:22qu'on arrive à mélanger noir et blanc dans une même cellule.
04:25Une solution qui choque tellement l'administration coloniale
04:28que l'agrandissement de la prison Juliette Daudu est ordonné.
04:31Malgré cela, la prison redevient vite surpeuplée.
04:35Alors on construit encore d'autres bâtiments.
04:37Et ainsi de suite.
04:40Au final, plus on construit de prison, plus on en prisonne.
04:43Ce qui coûte de plus en plus d'argent.
04:44Tout cela géré par un personnel pénitentiaire dont la probité pose question.
05:14Aux l'a manqué, mon liberté de mon dos.
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