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  • il y a 2 jours
Dans le cycle "un livre, un auteur", rencontre en partenariat avec le pôle 4 Aude Roussillon des forums du champ lacanien et la librairie Libellis de Narbonne. Modération : Dominique Marin
Transcription
00:00:17C'est une immense joie d'accueillir Adèle-Jacques Lagreise, qui a eu plusieurs vies, qui a
00:00:25plusieurs vies, qui était musicienne, une période, qui exerce la psychanalyse à Paris,
00:00:32qui est membre de l'école des forums du Chalacania, et qui depuis quelques années mène
00:00:41dans une de ses vies parallèles une activité d'écrivaine et de poète.
00:00:47Aujourd'hui nous allons parler de la nuit transfigurée, mais avant d'y venir, j'aimerais
00:00:55vous présenter le début de ces premières publications, qui ont été publiées par
00:01:05la revue L'Ange-Lacanien, dans le numéro 39 et 40.
00:01:09C'est une revue qui n'existe plus depuis 2-3 ans, à peu près, qui s'est arrêtée au
00:01:15numéro 40.
00:01:16Et je regrette beaucoup qu'Adèle soit venue que vers la fin.
00:01:21Tu ne pouvais pas le savoir, on a été un peu surpris par la fin de cette activité
00:01:27éditoriale.
00:01:29Et donc je voulais juste vous signaler, pour commencer, trois poèmes.
00:01:38Le premier intitulé « Silence » qui est daté de 2019, écrit, daté de 2022, et ont été
00:01:45publié dans ce numéro 39 des éditions nouvelles du Chat de L'Ange-Lacanien.
00:01:51Dans le numéro suivant, L'Ange-Lacanien numéro 40, on trouve un troisième poème, « Comment
00:01:58te dire ? » qui est daté de 2021.
00:02:01Et déjà, je trouvais que dans ces premières publications officielles, on avait comme déjà
00:02:08l'annonce d'une sorte de série ou de programme.
00:02:15« Cris » ou « Je crie » et « Comment te dire ? » seront repris dans un recueil
00:02:20de poèmes tout à fait extraordinaires qui s'intitule « Trop à l'aimer ».
00:02:27Voilà.
00:02:28Et quand on lit la quatrième de couverture, cet ouvrage a été publié en 2025, donc
00:02:34il est presque de cette année.
00:02:38Quand on lit la quatrième de couverture, on peut lire ceci.
00:02:42« Recueil de poèmes conjoignant les thèmes de la solitude et du silence transfigurés
00:02:49en appel à l'amour ». Chaque texte est ensuite accompagné d'une photographie en noir et blanc.
00:02:57Mais déjà, on y retrouve encore cette question de la transfiguration.
00:03:05Et c'est pourquoi j'aimerais bien que Adèle nous lise « Perdu cette plage » au M qui
00:03:15se trouve à la page 11.
00:03:17Voilà.
00:03:18Tout d'abord, je voulais vous remercier d'être venu vraiment si nombreux me soutenir dans
00:03:23ce rapport avec le public, puisque quand on écrit, j'étais passée de la musique à
00:03:29l'écriture aussi pour une forme de mise à distance de cette rencontre avec ce public
00:03:35qui m'intimide toujours.
00:03:37Je vous remercie d'être là soutenant.
00:03:40Et je vais vous lire ce poème écrit en mars 2023.
00:03:45« Perdu cette plage aux endoiements que son front souriant me renvoyait, perdu sa voix
00:03:51d'humble conteur faisant vibrer ses vers chanteurs, où étais-je et en quelle contrée
00:03:57quand avec délicatesse, enfant, il m'appelait ? Dans quel sauvage pays d'hiver nous a contraint
00:04:04mon cœur gelé ? Inquiet de cet intime savoir à perd, redoutable et refusé, quant à l'approche
00:04:11d'une terre fugace, nous unions l'iode au pain mêlé.
00:04:15Et quand on serre des bourrasques, sa voix aimante me murmurait.
00:04:20« Viens, petite fille, prends la barre.
00:04:22À l'horizon, prends ton car. »
00:04:25J'ai laissé sa voix au vent, perdue, j'ai fermé lui, l'œil, et j'ai cru qu'ainsi
00:04:30toujours sa main sur la mienne, mon cœur dans le sien, à l'abri des peines, je pourrais
00:04:35vivre.
00:04:36Or, que vois-je dans son étrange sillage ? Une lame de fond qui brouille la trace, me
00:04:42refuse de ce temps où il s'en est allé, me laissant boire la coupe surannée de mes
00:04:47rêves évaporés au creux du coquillage, condensés à jamais en de tristes rêvages.
00:04:54Voilà, je tenais à la lecture de ce poème qui annonce déjà des thématiques que nous
00:05:01allons retrouver dans le recueil, le roman qui nous intéresse aujourd'hui, « La nuit
00:05:08transfigurée », puisque nous y avons la figure du père qui apparaît, l'écriture
00:05:14poétique, et « La mer », « La navigation sur les océans ».
00:05:21« La nuit transfigurée », j'ai envie de demander à Adèle de nous expliquer le
00:05:29choix de ce titre et les résonances, puisque quand vous aurez l'occasion de parcourir
00:05:37ses œuvres, son recueil de poèmes ou ses deux romans, qu'elle a publié deux, vous
00:05:42verrez que son écriture est toujours référencée de manière allusive à d'autres domaines, à d'autres
00:05:49auteurs. Et là, « La nuit transfigurée » est un titre que tu as emprunté à une œuvre
00:05:55musicale.
00:05:56Oui, en fait, « La nuit transfigurée », c'est la traduction française du coup de
00:06:02« Fairclair Tenart », qui veut dire « Nuit transfigurée », qui était le nom d'un
00:06:07sexueur accord de Schoenberg, qui a plus tard été orchestré par Schoenberg lui-même,
00:06:13et qui s'appuie sur un poème qui s'est intitulé « Soi Menschen, deux humains, deux
00:06:19êtres », mais qui s'est aussi intitulé selon les éditions « Fairclair Tenart », de
00:06:24Richard Demed, qui était un poète allemand, qui a écrit un recueil, « Vibe um Welt »,
00:06:33ça veut dire « La femme et le monde », qui a fait scandale à l'époque où c'est
00:06:37Parbu, parce que c'était des poèmes très érotiques et avec une conception de la place
00:06:44de la femme très libre.
00:06:45Et donc Schoenberg connaissait Desmel, il a d'ailleurs écrit en 2012 « Votre poésie
00:06:52a une influence décisive sur mon évolution musicale.
00:06:55C'est à travers elle que j'ai pour la première fois ressenti le besoin de chercher un ton
00:07:00lyrique nouveau ». Alors, au-delà du fait que la pièce de Schoenberg s'appuie sur
00:07:07le poème de Richard Demel, qui raconte l'histoire d'une femme, dont je vais vous le lire tout
00:07:12à l'heure plutôt, donc vous verrez de quoi il parle, au-delà de ça, on peut voir que
00:07:18Schoenberg va commencer à explorer un langage lyrique nouveau, justement, et donc il va
00:07:23transfigurer aussi l'écriture musicale petit à petit.
00:07:26On peut le lire comme ça.
00:07:29Et donc, par rapport à cet ouvrage, dans lequel il y a trois domaines qui se croisent
00:07:34effectivement, qui nous tenaient à cœur, il y a la mer au sens maritime, il y a l'inconscient
00:07:44évidemment, puisque c'est l'histoire de traverser une psychanalyse, et il y a la musique,
00:07:49parce que j'ai essayé de... enfin, tous les chapitres ont pour titre un mouvement musical.
00:07:57Et donc, le titre reprend le nom du dernier chapitre, qui est un des mouvements musicals,
00:08:03et qui fait référence beaucoup à cet ouvrage.
00:08:09Donc, je vais vous lire ce poème sur un arrangement que j'ai fait, une compilation, disons que j'ai
00:08:16répréci l'œuvre de Schoenberg qui dure une trentaine de minutes à 3 minutes 40, et donc on va se
00:08:22laisser imprégné
00:08:23de ces thèmes musicaux, et je vais vous lire le poème en français, pour qu'on puisse profiter du sens.
00:08:29Adèle m'avait proposé une lecture en allemand, j'ai trouvé que c'était magnifique, on parle plutôt l'espagnol
00:08:34ici.
00:08:45Deux personnes vont dans le poids, l'une est froid.
00:08:53La lune les accompagne, ils regardent en soi.
00:08:59La lune couvre au-dessus des hauts chaînes.
00:09:04Pas un nuage ne trouve que la lumière céleste, vers laquelle les scènes noirs s'étendent.
00:09:17La voix d'une femme parle.
00:09:25Je porte un enfant, et il n'est pas de toi.
00:09:31Je marche à côté de toi, dont le péché, je me suis gravement compromis.
00:09:42Je ne croyais plus à un bonheur, et j'avais pourtant un lourd désir d'une vie accomplie, de bonheur
00:09:52maternel et de ses soins nécessaires.
00:09:59Et c'est là que je me suis affranchie, là que j'ai alors, frémissante, laissé mon sac s'être
00:10:07étreint par un homme qui m'était étranger.
00:10:13Pour cela aussi, je me suis béni.
00:10:15Pour cela aussi, je me suis béni.
00:10:43Son regard sombre se noie dans la lumière.
00:10:57La voix d'un homme parle.
00:11:03Que cet enfant que tu as conçu ne soit pas une charge pour ton âme.
00:11:11Ou regarde comme l'univers resplendit de lumière.
00:11:17Il y a un lustre de toutes parts.
00:11:24Tu flottes avec moi sur une mer glaciale, et pourtant une chaleur particulière vibre, de toi en moi, de moi
00:11:36en toi.
00:11:40Elle va transfigurer l'enfant étranger.
00:11:45Tu vas l'enfanter pour moi, comme s'il venait de moi.
00:11:50Tu as mis un éclat de lumière à moi.
00:11:53Tu m'as moi-même voté l'enfant.
00:11:57Il embrasse sa forte taille.
00:12:03Leur souffle se mêle dans les airs.
00:12:09Deux personnes ont, dans la nuit haute et claire.
00:12:15Leur souffle se mêle dans les airs.
00:12:15Leur souffle se mêle dans les airs.
00:12:37C'est l'impression.
00:12:41Voilà, vous avez tous les éléments maintenant pour entrer dans le roman écrit par la mère.
00:12:48La nuit transfigurée.
00:12:50Qui est le parcours d'une analyse.
00:12:52Avec une trajectoire qui, effectivement, n'est pas sans lien avec le père et la mère.
00:13:00Et quelle mère ?
00:13:03Et la naissance, comme point d'aboutissement d'une analyse conduite à son point logique, un désir, un désir d
00:13:16'affranchissement de la reconnaissance attendue, espérée par l'autre, de l'autre.
00:13:24Et ce chemin nous conduit pas seulement au récit, j'ai envie de dire, qui serait celui d'une analyse
00:13:34romancée, mais aussi de la naissance de l'écriture.
00:13:37C'est pour ça qu'il y a un quatrième élément dans ce roman, une autre thématique qui est la
00:13:43poésie.
00:13:44Je crois qu'elle fait partie du quatrième élément que tu n'as pas mentionné et que je trouve, à
00:13:51certains égards, assez bouleversible.
00:13:53Voilà.
00:13:54Donc, nous allons entrer dans ce livre qui fait appel à la musique.
00:14:00Alors, comment démarre une analyse ?
00:14:03Et bien, vous le savez, ça commence très souvent par la décision, un jour, de téléphoner à un analyste pour
00:14:10tenter de larguer les amarres.
00:14:12Puisque je reste dans la métaphore, la troc de ton livre, la navigation maritime.
00:14:19Donc, je vous propose d'entendre tout de suite quelques extraits.
00:14:23Et tout d'abord, un extrait pris dans le premier chapitre.
00:14:27Alors, soyez attentifs au titre des chapitres.
00:14:29C'est effectivement une relève, tous, sans exception, je l'ai appris hier soir.
00:14:34Même la cassation simiesque.
00:14:37La cassation, c'est aussi un morceau musical du 18ème qui est une forme de sérénade.
00:14:43Voilà.
00:14:44Donc, ça relève toujours, le nombre de chaque chapitre relève toujours du domaine de la musique et de la composition.
00:14:53Donc, un ouverture.
00:14:55« Bonjour, Monsieur Renard. »
00:14:58Sa voix éraillée, rétrécie en un filament, éclaboussée d'angoisse.
00:15:02Elle poursuivit pourtant.
00:15:04« Arabelle coudique, je m'excuse d'avance pour mon message sans doute peu clair. »
00:15:09Elle redevenait à fond.
00:15:11« Encore un virus ? »
00:15:13Pourtant, ce n'était pas de saison.
00:15:14Quelle infortune, justement, alors qu'elle téléphonait.
00:15:17Arabelle se sentit honteuse de l'enregistrement d'un tel message
00:15:20à l'adresse d'un inconnu vacant dans un monde dont elle ignorait les codes.
00:15:25« C'est ridicule sans doute de vous demander une thérapie ou une psychanalyse.
00:15:32Je ne sais pas trop la différence.
00:15:34En fait, je suis comédienne.
00:15:36J'ai quelques soucis avec ma voix, mon jeu. »
00:15:41Je me trompe possiblement d'adresse.
00:15:43« Mais peut-être que non. Peut-être que vous pourriez... »
00:15:46Arabelle butait sur chaque mot.
00:15:48Elle se trouvait risible et faillait raccrocher avant de continuer, finalement.
00:15:52« Comme je vous ai entendu parler l'autre jour par hasard,
00:15:55j'ai cru que peut-être que vous pourriez me répondre. »
00:15:58Répondre.
00:16:00C'est ça.
00:16:01Déjà.
00:16:02C'est déjà dans le premier message.
00:16:05J'ai presque envie de dire.
00:16:07Tout est dit des attentes.
00:16:09Certaines attentes.
00:16:10« Qu'est-ce qui est une réponse ? »
00:16:11Quelque part que ça répond.
00:16:14Chapitre suivant.
00:16:15« Prélude de lutte. »
00:16:20« Lutte ? »
00:16:20Il s'agit de l'instrument.
00:16:22Pas l'équivoque, je dis sûr.
00:16:25« Mais effectivement, comment on démarre une analyse ? »
00:16:29Très souvent sous un mode défensif, ambivalent.
00:16:35Et effectivement, on sent que Arabelle...
00:16:39Je vais essayer de ne pas me tromper.
00:16:40Parce que souvent, je dis Arabelle, mais c'est Arabelle.
00:16:43Très souvent, Arabelle, elle a quelques difficultés à entendre les ponctuations, les tentatives d'interprétation de l'analyste.
00:16:53Et c'est pour ça que je propose de lire, pour ce prélude de lutte, les pages 30 et 31.
00:17:07Aussi parce que ça donne un petit aperçu de la place de l'analyste.
00:17:12Voilà.
00:17:15« D'ailleurs, dans le rêve, cela n'avait pas tant d'importance, car je me retrouvais ensuite métamorphosée, fondue
00:17:21dans l'espace aqueux,
00:17:22comme si j'étais moi-même devenue mère.
00:17:24Et je ressentais une sorte de plénitude à l'opposé de mes peurs enfantines.
00:17:28« Mère ? Tempêta Augustin ? » Arabelle se tuit interrogative.
00:17:35« Vous le faites exprès, mais ne pas entendre la dimension freudienne de votre rêve.
00:17:40Votre prélude sonné pourtant de manière clairement ambigüe.
00:17:44Vous pourriez peut-être lire l'interprétation des rêves ? »
00:17:48« Je ne sais pas, murmura-t-elle des fêtes. Je suis nulle en analyse. »
00:17:51« C'est un peu facile, non ? »
00:17:53« Mais je vous assure, c'est vrai. C'est même pour cela que j'ai arrêté mes études de
00:17:56lettres.
00:17:57Bêtement, j'avais pensé que le théâtre serait plus facile, qu'il suffisait de posséder une certaine sensibilité pour bien
00:18:03dire. »
00:18:05Arabelle sentit les larmes lui monter aux yeux, et ses mots se perdent en un souffle triste.
00:18:11Mais chaque fois que je monte sur scène, ma voix se fige, happée par les regards.
00:18:16« Je pensais qu'en serrant la cause de ce trac, je retrouverais une forme de stabilité. »
00:18:22Une longue pause suivie, Arabelle implora.
00:18:27« Vous ne dites rien ? Répondez-moi. »
00:18:30« Oui, bien sûr. Ce serait bien commode. »
00:18:33Le ton ironique n'échappa point à Arabelle qui laissa s'échapper un soupir.
00:18:38« Vous avez bien une idée, il me semble, reprit-il. Dites simplement ce qui vous vient à l'esprit.
00:18:44»
00:18:45Elle frissonna.
00:18:46« Je ne peux pas, je ne peux pas parler toute seule. Voilà des mois que je viens, mais depuis
00:18:51que je suis allongée sans vous voir, quand le silence surgit, c'est comme si j'étais à nouveau esselée
00:18:57dans la nuit. »
00:18:59Augustin était troublé. Il sortit une chamoisette et essuya doucement les verres de ses lunettes à monture d'écailles.
00:19:06« Chaque nouveau patient le dérangeait dans son aspiration à un monde de paisibles habitudes qui se substituerait à cette
00:19:16pratique hautement sollicitante. »
00:19:20« Encore une qui ne le laisserait pas tranquille. Il soupira. Il ne pouvait visiblement pas encore s'en tenir
00:19:25à la rigueur d'un tacette, pourtant souvent efficace de passer les entretiens préliminaires à ouvrir les associations plus libres.
00:19:35»
00:19:35« Tacette ? » Je veux bien que tu expliques ce qu'est un tacette. »
00:19:40« Tacette ? » C'est le terme musical pour dire des mesures de silence, mais particulièrement quand autre chose
00:19:47se fait entendre.
00:19:49Normalement, c'est un instrument qui se tait sur les partitions d'orchestre pendant que d'autres jouent.
00:19:55Mais il y a aussi la célèbre partition de John Cage qui est 4 minutes 33 secondes, il me semble
00:20:03que c'est quelque chose de mémoire,
00:20:04où en fait la partition, il y a marqué tacette, tacette deuxième mouvement, troisième mouvement, tacette, c'est tout.
00:20:12Et pendant 4 minutes et 33 secondes précisément, il décidait d'entendre le silence lui-même. Voilà.
00:20:18D'accord.
00:20:21Donc je pense que pendant les silences dans l'analyse, le but de l'analyse, c'est aussi que l
00:20:29'analysant puisse entendre quelque chose au-delà du silence, justement.
00:20:35Laissez entendre un peu les voix qui leur viennent, les pensées.
00:20:39Les voix intérieures.
00:20:40La voix intérieure, par exemple.
00:20:42Oui.
00:20:43Exactement.
00:20:47Chapitre, je crois que c'est le chapitre 3.
00:20:49Toccata pour orgue.
00:20:51Encore une fois, un titre bien précis du chant musical.
00:20:57Alors là, ce que je trouve intéressant, c'est de vous proposer, c'est d'écouter un extrait
00:21:04qui nous fait entrer dans ce qui constitue pour la plupart de chacun des chapitres le début, à savoir un
00:21:12rêve, le récit d'un rêve, dans une écriture totalement poétique.
00:21:17J'ai écrit Océan de poésie, au niveau de ces récits de rêves.
00:21:23Et donc, Toccata pour orgue commence par le récit d'un rêve dans une écriture qui est complètement différente.
00:21:33C'est ça que je voudrais que vous puissiez entendre, les différentes écritures.
00:21:37Alors justement je vais juste rectifier quelque chose, c'est justement pas un récit de rêve, dans le sens où
00:21:46le récit c'est ce qu'on parle, et je pense que c'est justement tout l'intérêt de ce
00:21:53livre qui n'est pas parlé, qui n'est pas une démonstration de la psychanalyse ou une explication, etc.
00:22:03C'est justement une transformation lui-même, dans le sens où les rêves ont pu être une source de départ,
00:22:11mais ensuite c'est vraiment une écriture, comme tu dis, poétique, parce que souvent, pour ceux qui ont déjà été
00:22:17sur le divan, les rêves, on commence, c'est tellement troué, on essaye de faire un récit, mais ça vient
00:22:23comme ça, on est parfois interrompu, on rajoute des choses, alors que là, au contraire, effectivement, c'est très travaillé,
00:22:29dans le sens que c'est de l'écriture poétique,
00:22:33et peut-être par rapport à toute cette musique dans le texte aussi, il y a un espèce de trucage,
00:22:39qui est que souvent le moment où se fait entendre une musique, effectivement, de manière signifiante, ça vient rajouter une
00:22:46forme d'interprétation, mais à l'intérieur, du coup, de l'écriture.
00:22:49C'est-à-dire que, dans le prélude pour lutte, effectivement, on n'a pas lu, du coup, le rêve,
00:22:55mais il y avait toutes les équivoques de la lutte qu'elle menait dans une...
00:23:01Il ne faut pas tout dévoiler, c'est pour leur donner un livre, comme c'est avec le livre.
00:23:05Voilà, enfin, c'était pour dire par rapport à l'écriture.
00:23:07Oui, mais ce n'est pas un récit, ce n'est pas un récit, on est déjà...
00:23:10Oui, quand même, on n'irait qu'un.
00:23:13Voilà, ah, c'est bien, c'est quand même.
00:23:15C'est ce que j'avais écrit.
00:23:18Elle avait longtemps été agitée par les flots, balottée au gré des courants.
00:23:22Au gire de Beaufort, elle avait accroché sa boussole, épuisée par la froideur des eaux tristes, dont le souffle irrégulier
00:23:29et muet laissait son esprit un pied.
00:23:32Un navire, long de 30 pieds, avait consenti à briter son corps épuisé.
00:23:37Il était mu par des voiles d'araignées, tandis que le vent siflait, une toccata sauvage, d'orgue, marin, qui
00:23:44lui vrillait les tympans.
00:23:46La tête, encombrée de bâtiments, elle cherchait le sommeil malgré les assauts de la mère furieuse de l'avoir ainsi
00:23:52perdue,
00:23:53creusant de sa colère le contenu de ses vagues, écumant de rage, espérant la faire chavirer, la retrouver en son
00:24:00sein.
00:24:01Vint désespoir.
00:24:03La mère n'est pas exempte du ravissement de ses objets, soumise au dieu réel et à ses dessins obscurs.
00:24:10C'est alors qu'il s'approcha de la lestale.
00:24:13D'une opacité de charbon, mais épais, aiguisée, il fit parler de sa membrane, des taches pourpres, élargissant ses pores
00:24:22sous son regard sidéré.
00:24:23Pauvre Arabelle !
00:24:25Pourquoi ces mesures de silence, quand il eût fallu tonner, défendre ton enclave ?
00:24:30Reprends la barre.
00:24:31Ne vois-tu pas les récifs qui sourdent de la mer ?
00:24:35Chimère envahissante.
00:24:36Arabelle panique, en quête d'un abri.
00:24:39Ses yeux ne voient rien, collés par un sommeil lourd.
00:24:42Elle ne fait que ressentir l'apesanteur des bourrasques sur ses voiles d'hierfanes.
00:24:46Les heurts erratiques sur sa coque meurtrie.
00:24:49Pourquoi est-elle seule ?
00:24:51La colère monte en elle, en même temps qu'une indéfinissable détresse.
00:24:55Père, ne vois-tu pas que je sombre ?
00:24:58N'est-ce pas toi qui devais me conduire à bon port ?
00:25:00Tu avais choisi la mer pour horizon, et je me suis laissée porter, confiante.
00:25:06Longtemps percée par ta voix, qu'avais-je besoin d'un au-delà ?
00:25:10Nous formions un équipage dont la langue importait peu.
00:25:13Les mots imprécis n'avaient pas de valeur quand tu as assuré chacun de mes pas de ton regard aimant.
00:25:18Tu étais ma ligne de flottaison, et j'en oubliais d'apprendre qu'elle ne permet la marre.
00:25:24Le regard toujours ailleurs, je voyais au-dessus de tes cheveux en bataille, se dessiner,
00:25:28les équations fantastiques que tu as fictionnées.
00:25:35Merci, merci encore une fois.
00:25:38Ce qui est étonnant dans ce passage, c'est les allusions à d'autres textes.
00:25:44Père, ne vois-tu pas que je sombre ?
00:25:46Quand on connaît le sort qu'a réservé Lacan à ce fameux rêve,
00:25:52Père, rapporté, il est analysé dans l'interprétation des rêves, donc tu l'as lu.
00:25:56En tout cas, à la belle, a lu l'interprétation des rêves de Freud, finalement.
00:26:01Père, ne vois-tu pas que je m'a eu là ?
00:26:03Et justement, justement, est-ce que tu veux en dire quelque chose ?
00:26:09Du père.
00:26:13Question pas facile.
00:26:14Oui.
00:26:16Ce livre est dédié à la mémoire de mon père, donc il a été écrit après son départ.
00:26:22Et c'était quelqu'un qui embarquait sa famille dans ses aventures maritimes,
00:26:27puisqu'on partait chaque été deux longues semaines en mer,
00:26:32avec parfois de longues heures où je ne pouvais...
00:26:36Dominique a découvert sa guerre, je ne pouvais pas lire,
00:26:38je ne pouvais rien faire parce que j'avais un peu le mal de mer, justement.
00:26:41Donc, c'est un moment qui développe...
00:26:44Donc, on pouvait chanter, parfois en famille, d'ailleurs.
00:26:46On pouvait contempler, le côté peut-être poétique,
00:26:50et on pouvait se raconter des histoires.
00:26:52Voilà.
00:26:53Les trois dimensions peut-être du livre dans ces longues traversées
00:26:58qui sont un apprentissage aussi de pouvoir faire avec le silence,
00:27:04avec la suspension de beaucoup de mouvements aussi.
00:27:09Voilà.
00:27:13On va aller un petit peu plus vite.
00:27:17Ainsi que, après ce chapitre,
00:27:23c'est une fugue pour Côture,
00:27:27étant le lecteur,
00:27:30qui relate d'une forme très distanciée et allusive,
00:27:36la rencontre avec le sexuel,
00:27:42et les mots qui manquent aux adultes,
00:27:45pour l'enfant,
00:27:46qui est arabelle à ce moment-là.
00:27:49Les adultes qui entourent arabelle,
00:27:51c'est la jeune fille au père,
00:27:52et ensuite les parents,
00:27:54qui manifestement ne trouvent pas les mots.
00:27:56Et l'autre chapitre, c'est Cassation,
00:28:01sismiesque.
00:28:02C'est ça.
00:28:03Donc Cassation, tu nous as dit que c'était...
00:28:05Musical.
00:28:06J'avais lu sismique, d'ailleurs.
00:28:08Ça me revient.
00:28:09Sismiesque, c'est parce qu'il y a une petite...
00:28:12Petite peluche.
00:28:13Une petite peluche à tête de singe,
00:28:15et justement, il y a la question du savoir...
00:28:19Son grand-père ne savait pas ce que c'était.
00:28:21On laisse ça découvrir.
00:28:22Il ne faut pas que je spoil le tout.
00:28:24Oui, ça modifie le rapport de cette petite fille aux adultes,
00:28:28qui s'avère être défaillante du côté du savoir.
00:28:32Je suis ensuite à le chapitre Gaillard de Poziole,
00:28:36et qui annonce la métamorphose
00:28:39qui se déroule au travers de cette analyse,
00:28:42par ce passage que j'ai recopié.
00:28:46Elle tenait l'enfance au creux de sa main,
00:28:48refusant la mue qui la laisserait dans un silence sans nuance.
00:28:53Un silence vidé de l'attente des mots de l'autre.
00:28:58Et là, nous nous promenons toujours sur ce fil
00:29:01qui va de silence,
00:29:02sa transfiguration en un appel,
00:29:05un amour qui répond de présent.
00:29:08En fait, c'est comme ça que je l'ai lu,
00:29:10c'est une lecture.
00:29:12C'est...
00:29:13Le lecteur, il me semble qu'il a
00:29:17immanquablement l'idée que c'est l'être femme
00:29:19qui est en train de s'épanouir
00:29:22et qui se voit libérée,
00:29:25comme l'annonce, il me semble, le chapitre suivant.
00:29:28Partita pour deux corps.
00:29:29Et en particulier, cet extrait du rêve
00:29:33que je te demande de lire, page 59.
00:29:38Quand sa barque avait approché le quai,
00:29:40la marée était basse.
00:29:41La terre paraissait si haute alors.
00:29:44Un regard circulaire et elle vit son père,
00:29:46spectre stoïque tourné vers le large,
00:29:49ayant laissé la barre sans capitaine.
00:29:51Les défenses n'avaient pas été mises.
00:29:53La collision paraissait inévitable.
00:29:55Elle manœuvra comme elle put,
00:29:57s'agrippa à l'échelle,
00:29:58l'aussière à la main et débarqua.
00:30:00Elle sentit le souffle d'un vide grandissant.
00:30:03Quand elle tourna la tête,
00:30:05elle vit l'austéristique dérivée
00:30:06à nouveau vers le large.
00:30:08Et son père le regard droit,
00:30:09ailleurs déjà, qui ne la regardait pas.
00:30:12Il fallait donc s'en passer.
00:30:14Quelle bêtise d'avoir cru en son éternel soutien
00:30:16que lui coûtait ce jour son étourderie.
00:30:19Avait-elle oublié le nouage
00:30:21qu'elle affrementement laissait ainsi filer son équipage.
00:30:24Oui, comme dans la vie,
00:30:26dans le lit,
00:30:28il est question de se passer du père.
00:30:31Pour laisser au désir
00:30:33toute sa place.
00:30:36Prendre le large pour d'autres amours.
00:30:39C'est ce que confirme la suite
00:30:41qui creuse toujours le chemin
00:30:43de cet accomplissement,
00:30:45de la cure vers son accomplissement logique.
00:30:49dans le chapitre qui s'intitule
00:30:52justement,
00:30:54il y a une pour voix seule.
00:30:58un lead.
00:30:59Un lead.
00:31:03Le lead, c'est une forme romantique
00:31:09en fait d'un chant,
00:31:12d'une voix chantée
00:31:13avec souvent un accompagnement de piano.
00:31:15parfois il y a certains leaders
00:31:17co-pluriels
00:31:18qui sont avec un peu de musique de chambre
00:31:22et même avec orchestre principalement.
00:31:24Et donc c'est souvent,
00:31:26je ne voudrais pas dire bêtise,
00:31:28mais en tout cas,
00:31:28c'est pendant la période romantique
00:31:29et les thématiques
00:31:30sont souvent ceux
00:31:31de l'époque romantique
00:31:33qui sont l'amour,
00:31:35la nature.
00:31:36Tu ne peux pas dire
00:31:37davantage de bêtises que moi.
00:31:40On en dit tous.
00:31:42C'est pas très grave.
00:31:44Non, il y a plusieurs corps.
00:31:46En tout cas,
00:31:46c'est un chant.
00:31:48C'est souvent pour une voix seule.
00:31:50Oui.
00:31:51C'est souvent,
00:31:51tout le temps.
00:31:53Oui, oui,
00:31:54normalement,
00:31:54je ne voudrais pas dire bêtise,
00:31:56mais normalement,
00:31:56c'est pour voix seule.
00:32:14Les semblants de vérité
00:32:15qu'elle avait nommées en histoire
00:32:16lui semblèrent aussi légers
00:32:18que l'hélium,
00:32:19portant loin ses messages
00:32:20accrochés à des ballons voyageurs.
00:32:22Que lui resterait-il
00:32:23de tous ces mots ?
00:32:24Elle avait retrouvé
00:32:25son timbre de méso-soprano.
00:32:27Sa voix ne se brisait plus
00:32:28accidentellement.
00:32:29Mais que voulait-elle dire
00:32:31encore désormais ?
00:32:33L'esprit vide,
00:32:34elle sentit à nouveau
00:32:35les larmes,
00:32:35rosées,
00:32:36intactes,
00:32:37sans consolation.
00:32:38Sa solitude lui pesait,
00:32:40mais elle la cultivait.
00:32:41Elle avait bâti
00:32:42à son insu
00:32:43de puissantes murailles
00:32:44dont la sombreur
00:32:45effrayait les uns,
00:32:46découragait les autres.
00:32:48Le docteur Renard
00:32:49lui avait fait remarquer
00:32:50la dernière fois,
00:32:51alors qu'elle disait
00:32:52avoir passé sa vie
00:32:53à se languir
00:32:54sur le seuil,
00:32:55que tendre ainsi
00:32:56vers ce qu'elle rendait
00:32:57inaccessible
00:32:58était peut-être
00:32:59le paradoxe
00:32:59de son désir.
00:33:01Cela modifiait
00:33:02le sens
00:33:02de cette passivité
00:33:03si pronte
00:33:04chez elle à s'imposer.
00:33:05Elle n'aurait donc pas fait
00:33:06que subir une attente
00:33:08toujours déçue.
00:33:09Elle avait tendu
00:33:10son écoute
00:33:11vers l'autre champ,
00:33:12champ de l'autre,
00:33:13en maintenant
00:33:14l'écran d'une porte
00:33:15fermée,
00:33:15car peut-être
00:33:16trop femme
00:33:17depuis toujours,
00:33:18pour ne pas avoir
00:33:19craint la crudité
00:33:20d'un regard
00:33:20sur la chose désirée.
00:33:23Arabelle sentait
00:33:24obscurément
00:33:24qu'au-delà
00:33:25des conséquences
00:33:25très pratiques
00:33:26de sa réorientation
00:33:27professionnelle,
00:33:28quelque chose
00:33:29se passait
00:33:29qui lui demandait
00:33:30un colossal effort,
00:33:31comme une extraction
00:33:33de soie
00:33:33pour sécher
00:33:34les larmes
00:33:34et alléger
00:33:35enfin peut-être
00:33:36ce voile
00:33:37de tristesse
00:33:37persistant.
00:33:40Merci,
00:33:41je vais aller
00:33:41maintenant
00:33:42vers la fin
00:33:43de vous remonte.
00:33:46Là,
00:33:46le chapitre
00:33:47intitulé
00:33:47« Tombaux marins »
00:33:48et là aussi
00:33:49j'ai découvert
00:33:49que ça avait un lien
00:33:51avec les musiques.
00:33:52Oui.
00:33:54On connaît
00:33:55le tombeau
00:33:56de croix.
00:33:57Ça ne va pas
00:33:58tellement plus loin
00:33:59mais ça va
00:34:00dans le sens
00:34:00de l'interprétation
00:34:03d'un rêve
00:34:03que je ne vais pas
00:34:04dire.
00:34:05Non.
00:34:07En tout cas,
00:34:08ce chapitre
00:34:10manifestement
00:34:10relate
00:34:11la métamorphose
00:34:12du personnage
00:34:15principal
00:34:15à Rabel
00:34:16qui devient
00:34:17enfin ce qu'elle
00:34:18a toujours été
00:34:21sans avoir
00:34:22jamais pu
00:34:23commencer à l'être.
00:34:24J'ai envie de dire.
00:34:28Non pas une femme
00:34:29de masque,
00:34:30c'est-à-dire
00:34:30une femme de théâtre
00:34:31puisqu'elle va
00:34:31abandonner les planches
00:34:32mais une femme
00:34:33de plume
00:34:34écrivaine.
00:34:36Dans le récit
00:34:38du roman,
00:34:39Arabelle a quitté
00:34:40la scène
00:34:41donc
00:34:41pour l'éducation nationale
00:34:43mais c'est quand même
00:34:44d'autres choses
00:34:45plus viscéralement
00:34:47attachées à son être
00:34:48dont il est question ici.
00:34:50Et je te laisse
00:34:51lire le passage
00:34:53page 89-90.
00:34:56Arabelle poursuivait
00:34:57« Tenace,
00:34:58cette quête
00:34:58idéalisée
00:34:59d'un regard paternel
00:35:00qui viendrait cautionner
00:35:01ce qu'elle extrayait
00:35:02de sa plume. »
00:35:03Elle prenait prétexte
00:35:04du moindre sou,
00:35:05des plus infimes oscillations
00:35:07de ton pour achever
00:35:08d'interpréter
00:35:08un avis
00:35:09qui lui échappait.
00:35:11Elle le percevait ainsi
00:35:12froncer les sourcils,
00:35:14sourire,
00:35:15faire des grimaces
00:35:16d'agacement
00:35:16d'amusement,
00:35:18tout un imaginaire
00:35:19guidé par son oui
00:35:20et ses deux secrets
00:35:21qui finissait
00:35:23par y discerner
00:35:24ce que croyait-elle
00:35:25l'autre pensait.
00:35:27Elle lui attribuait
00:35:28ainsi un savoir
00:35:29sur la pertinence
00:35:30de ses textes
00:35:31qui entraînait
00:35:32un apaisement
00:35:32ou une blessure.
00:35:33L'incertitude,
00:35:35inhérente à toute vérité,
00:35:36eut dû l'obliger
00:35:37à la prendre
00:35:38à sa charge,
00:35:39mais elle s'y refusait,
00:35:40agrippée à ce transfert
00:35:41puissant qu'il a balotté
00:35:43selon les oscillations
00:35:44de ses défenses
00:35:45et de son désir.
00:35:47Tel l'enfant
00:35:48qui subordonne
00:35:49ses mots
00:35:49au regard de l'adulte,
00:35:51pouvant faire varier
00:35:52sans sourciller
00:35:52sa version
00:35:54jusqu'à trouver
00:35:55un compromis acceptable
00:35:56pour chacun,
00:35:57Arabelle,
00:35:58qui n'avait aucune assurance
00:35:59propre sur ses écrits,
00:36:01attendait le retour
00:36:02de son juge
00:36:03pour savoir
00:36:03si elle devait
00:36:04continuer
00:36:04ou arrêter,
00:36:06partager
00:36:06ou détruire.
00:36:08Malgré le long chemin
00:36:09parcouru,
00:36:10ses résurgences
00:36:11de son fonctionnement
00:36:12infantile
00:36:13venaient encore
00:36:13sporadiquement
00:36:14l'étouffer,
00:36:15animer sa colère
00:36:16et la plonger
00:36:16dans une violence
00:36:17dont elle avait du mal
00:36:18à se déprendre.
00:36:22elle a du mal
00:36:23à se déprendre
00:36:23mais elle lui parvient.
00:36:25C'est tout l'intérêt
00:36:26de ce témoignage.
00:36:28Les histoires
00:36:30qui disent bien,
00:36:31oui, oui, oui,
00:36:33les exilés de Pierre
00:36:34qui est dans
00:36:36un tout autre registre,
00:36:38c'est tout à fait étonnant,
00:36:39on en parlera peut-être
00:36:39un peu tout à l'heure,
00:36:40mais ça finit bien aussi,
00:36:42même malgré les morts.
00:36:46Et, oui,
00:36:48qu'est-ce que je voulais dire ?
00:36:51Oui, cet accomplissement
00:36:52qui se déroule
00:36:54sous les yeux du lecteur
00:36:58se voit confirmé
00:36:59dans le chapitre
00:37:00intitulé
00:37:01Kadhi et Chauffar.
00:37:06Ça se voit confirmé
00:37:08parce que là,
00:37:08il est plus ouvertement
00:37:10question,
00:37:10dans la première partie,
00:37:13qui est plus
00:37:14ce que j'avais appelé
00:37:15le récit du rêve,
00:37:18le poème du rêve,
00:37:21mais là,
00:37:23on sait assez vite
00:37:25qu'il s'agit
00:37:25d'un écrit,
00:37:27d'un écrit d'Arabel.
00:37:29Voilà.
00:37:30On entre dans
00:37:31une autre dimension,
00:37:32c'est un petit peu
00:37:32comme dans Shakespeare
00:37:33ou dans Hamlet,
00:37:35on est dans le théâtre
00:37:36du théâtre.
00:37:38Et là,
00:37:38on tombe dans
00:37:39un espace
00:37:42qui est l'écriture
00:37:43dans le roman,
00:37:45c'est-à-dire
00:37:45l'écriture dans l'écriture.
00:37:48Un écrit de la plume
00:37:50d'Arabel
00:37:50qui est présenté
00:37:51dans le roman
00:37:51comme un écrit
00:37:53de la plume d'Arabel.
00:37:57Et donc,
00:37:59pour terminer cette pièce
00:38:00qui n'est pas
00:38:01plus seulement
00:38:02une pièce de théâtre
00:38:03de Boulevard
00:38:04avec papa et maman,
00:38:06mais une pièce
00:38:06musicale
00:38:07composite.
00:38:10Nous terminons
00:38:11avec le dernier chapitre
00:38:12qui porte le titre
00:38:13du roman.
00:38:14La nuit transfigurée.
00:38:17Maintenant,
00:38:18vous savez tout
00:38:18sur la nuit transfigurée.
00:38:19j'ai appris aussi
00:38:22qui conduit
00:38:24Arabel
00:38:25jusqu'à
00:38:26un désir assumé
00:38:28qui ne peut aller
00:38:29qu'avec
00:38:29la séparation
00:38:31avec l'analyste
00:38:33et qui se joue
00:38:34dans un doux nocturne
00:38:36sur basse continue.
00:38:37Et là,
00:38:38je te laisse
00:38:41page 5.4.5.7.
00:38:49Arabel s'était allongée,
00:38:50sereine,
00:38:51sans pousser
00:38:51à la forme de son corps,
00:38:53posée là
00:38:53comme un mollusque échoué.
00:38:55Les jambes pliées
00:38:56ou raides
00:38:56comme des piquets.
00:38:57Les mains qui se tordent,
00:38:58le regard fixe
00:38:59qui fixe
00:39:00la clarté de la lampe
00:39:01ou plonge dans le tableau
00:39:02inquiétant
00:39:03posé sur le radiateur.
00:39:05Son corps
00:39:05ne l'encombrerait plus
00:39:06ni le regard
00:39:07d'Augustin Renard
00:39:08qu'elle oubliait enfin.
00:39:10Non,
00:39:11cette fois,
00:39:12elle voulait lui parler
00:39:12à lui,
00:39:13simplement,
00:39:14pour le remercier
00:39:15et prendre congé.
00:39:17Bonjour Augustin.
00:39:19Bonjour Arabel.
00:39:20Alors,
00:39:21ce matin ?
00:39:21Je ne sais pas
00:39:22si la séance
00:39:23va être à votre convenance.
00:39:24Je suis simplement
00:39:25venue vous dire
00:39:26au revoir.
00:39:27C'est la bonne heure.
00:39:29Je vous y attendais.
00:39:30Alors,
00:39:31ça y est ?
00:39:31Oui.
00:39:32Je me suis réveillée
00:39:33les rêves légers
00:39:34comme des amis discrets
00:39:35qui me feraient signe
00:39:36avec délicatesse.
00:39:38Elle poursuivit,
00:39:39habituée à parler
00:39:40au rythme de silence
00:39:41qui donnait à son verbe
00:39:42le tempo adéquat
00:39:43à son énonciation.
00:39:45Depuis que j'ai écrit
00:39:46ce long poème
00:39:47directement envoyé
00:39:48à mon nouvel éditeur,
00:39:49je me sens enfin tranquille.
00:39:50Le support de votre attention
00:39:52ne m'est plus nécessaire
00:39:53même si toujours
00:39:53compte pour moi
00:39:54l'écho de vos lectures.
00:39:55J'ai longtemps
00:39:56tout mélangé,
00:39:57faisant mes mots
00:39:57parler comme écrits
00:39:58en fonction de nos liens
00:39:59que je voulais emprunter
00:40:00d'une affection indéfectible.
00:40:03Eh oui,
00:40:03cela a été longtemps
00:40:04votre vérité.
00:40:05Vous avez pu en renverser
00:40:06les effets d'inhibition.
00:40:08Oui, enfin.
00:40:09Cela a pris du temps.
00:40:11Mon impatience
00:40:12catalysait toute ma vitalité
00:40:13et rendait mes résistances
00:40:14encore plus fortes.
00:40:15Enfin, voilà.
00:40:16C'est fini
00:40:17et je vous remercie
00:40:18pour cette longue traversée.
00:40:20Je vais enfin
00:40:21vous affranchir
00:40:22de mes sollicitations,
00:40:23ajouta-t-elle en rire.
00:40:25Mais ni Arabelle
00:40:26ni Augustin
00:40:27n'était du plus fort lien
00:40:28que cette analyse
00:40:29avait entretissé.
00:40:31Alors que les alliots
00:40:32avaient toujours été
00:40:32une épreuve pour Arabelle,
00:40:34elle fut éprouvé
00:40:34pour la première fois
00:40:35que toute séparation
00:40:37n'était pas synonyme
00:40:38d'abandon.
00:40:39L'heure était venue
00:40:40simplement.
00:40:41Mais logiquement,
00:40:42c'est un sentiment.
00:40:44Et donc,
00:40:45au travers de cette écriture,
00:40:49totalement assumée.
00:40:50C'est là peut-être
00:40:50qu'on a envie
00:40:51de savoir un peu plus,
00:40:53non plus sur Arabelle
00:40:54mais sur Adèle
00:40:56et l'écriture.
00:40:59Ce que c'est rare,
00:41:00c'est quand même très rare
00:41:01d'avoir affaire
00:41:02à l'éthique à l'analyse.
00:41:06Écrivain,
00:41:06je crois que je ne connais pas
00:41:08moi personnellement.
00:41:13C'est un petit problème.
00:41:18En tout cas,
00:41:20je ne sais pas si je me reconnais
00:41:22totalement dans cette identification
00:41:23de l'écrivain,
00:41:25mais ce qui est sûr,
00:41:27c'est qu'il y a eu une sorte
00:41:28de mouvement un peu circulaire
00:41:30où j'ai retrouvé quelque chose
00:41:32qui était là avant.
00:41:33Parce que j'avais commencé
00:41:34à écrire des récits enfants.
00:41:38Je trouve que l'écriture d'enfants
00:41:40est souvent très spontanée,
00:41:41un peu comme les analyses
00:41:42spontanées de l'enfance.
00:41:43On dit que l'enfance
00:41:45est une névrose infantile
00:41:46sans analyse.
00:41:48Non, la névrose infantile
00:41:49est une analyse spontanée,
00:41:50parfois.
00:41:52Et donc, parfois,
00:41:53les écrits d'enfants
00:41:54sont des choses très spontanées.
00:41:55Souvent, ils se mettent en héros.
00:41:57Et c'est un peu aussi
00:41:58ce que Freud avait appelé
00:41:59le roman familial.
00:42:01Parfois, ce n'est pas écrit,
00:42:02c'est juste parlé,
00:42:03mais l'enfant s'invente
00:42:05d'autres filiations,
00:42:06d'autres origines.
00:42:08Donc, il y a vraiment eu
00:42:09cette écriture enfantine.
00:42:12Et vers l'adolescence,
00:42:13quelque chose où je pense
00:42:14qu'il y a eu une scission
00:42:16qui va avec le fait
00:42:18aussi de méthode en phrase
00:42:19où il y avait quelque chose
00:42:20du côté de la poésie,
00:42:22où je souhaitais
00:42:23que quelque chose s'exprime,
00:42:25que ça se vise,
00:42:28et quelque chose
00:42:29du côté de l'adresse
00:42:30qui commençait.
00:42:31Oui, parce que je trouve
00:42:32que l'écriture enfantine,
00:42:33elle est un peu
00:42:34à la cantonnale.
00:42:35Je ne osais pas forcément
00:42:36lire ce que j'écris
00:42:37des paris.
00:42:38Alors qu'à l'adolescence,
00:42:41il y a ces poèmes,
00:42:41toujours, du coup,
00:42:43dans la sphère privée,
00:42:45mais qui cherchent,
00:42:47quelque chose
00:42:47cherche à se lire.
00:42:49Et en même temps,
00:42:50certains écrivent
00:42:51des journaux intimes.
00:42:52Moi, j'écrivais des lettres
00:42:53à des compositeurs,
00:42:54des compositeurs,
00:42:55en tout cas.
00:42:55j'ai écrit
00:42:57pendant tout un temps
00:42:58à Jean-Sébastien Bach,
00:42:59et ensuite
00:43:00à Antonio Viven.
00:43:04Pendant deux ans,
00:43:05j'écris régulièrement
00:43:06des lettres.
00:43:07Donc, ce qui est étonnant,
00:43:08c'est que dans ces lettres,
00:43:10je savais qu'ils ne pourraient
00:43:11pas vraiment répondre.
00:43:13Justement,
00:43:13la pulsion invocante
00:43:15était en fait
00:43:15canalisée encore.
00:43:19Mais, voilà,
00:43:20à un moment,
00:43:21je trouvais que les mots,
00:43:23j'avais écrit un poème,
00:43:24enfin, c'était des poèmes
00:43:25assez innocents,
00:43:27on va dire,
00:43:27mais j'avais écrit
00:43:28un poème sur mon rêve
00:43:31de devenir vironséliste
00:43:32et j'avais écrit
00:43:33avec les mots
00:43:35nous butons,
00:43:36la musique plus de cloison.
00:43:38Donc, il y a eu le choix
00:43:40vraiment d'aller vers la musique
00:43:41en disant
00:43:41ça va pouvoir vraiment
00:43:43exprimer les choses
00:43:44toutes exprimées.
00:43:45Et je me suis rendue compte
00:43:46que dans la musique aussi,
00:43:47il y avait un mur.
00:43:49Notamment,
00:43:50quand on exprime
00:43:50la musique des autres,
00:43:51même si on peut interpréter
00:43:52en y mettant de soi,
00:43:54il y a quand même une limite.
00:43:55Et c'est là que
00:43:56j'ai toqué à la porte
00:43:58d'un psychanalyste aussi
00:43:59parce que je sentais
00:44:00qu'il y avait quelque chose
00:44:00dans ma musique
00:44:01qui échouait à se dire.
00:44:05Et tout ce temps
00:44:06de l'analyse,
00:44:07finalement,
00:44:08c'est vrai que ça sollicite
00:44:10énormément
00:44:10peut-être l'analyse aussi.
00:44:12J'en sais des choses
00:44:13aussi de ma place d'analyse.
00:44:15Mais c'est parfois
00:44:17très très envahissant
00:44:18aussi pour les analysants.
00:44:19Dans les débuts,
00:44:20ça peut être en permanence
00:44:21tout d'un coup
00:44:22qu'ils pensent
00:44:23à ce qu'ils vont dire.
00:44:24Enfin, ils sont au travail.
00:44:26Et donc, c'est un moment
00:44:27où l'écriture
00:44:28a été un peu moins présente
00:44:33même si...
00:44:34Et ça, c'est quelque chose...
00:44:35Voilà, je prends
00:44:36du coup deux secondes
00:44:37pour vous dire aussi
00:44:39que dans ce livre,
00:44:39il y a une préface.
00:44:41Une préface
00:44:42qui est celle
00:44:43de Jean-Claude Moin
00:44:44qui a été longtemps
00:44:46professeur de français
00:44:47au Liban
00:44:48et ensuite en France
00:44:50pour la fin de sa carrière
00:44:51que j'ai eu la chance
00:44:52d'avoir quelques années
00:44:53avant sa retraite
00:44:53et qui est devenue
00:44:55mon meilleur ami,
00:44:56on pourrait dire.
00:44:56En tout cas,
00:44:57comme pour beaucoup
00:44:58d'anciens élèves
00:44:59puisqu'on est très nombreux
00:45:00à avoir eu
00:45:01une correspondance
00:45:01écrite avec lui
00:45:03mais qui également...
00:45:06Du coup,
00:45:06j'ai pu...
00:45:08Mon père avait pu publier
00:45:10les oeuvres
00:45:10de Jean-Claude Moin,
00:45:11les premières oeuvres.
00:45:13Donc, c'est vraiment
00:45:14noué une amitié
00:45:15très très forte
00:45:17et Jean-Claude Moin,
00:45:18malheureusement,
00:45:19nous a quittés
00:45:20il y a un mois.
00:45:21Voilà.
00:45:21Donc, j'étais très touchée
00:45:24comme tous
00:45:24par son départ
00:45:25mais c'est quelqu'un
00:45:26du coup,
00:45:27dès l'année de seconde,
00:45:28je l'ai eu en seconde
00:45:30et dès l'année de première,
00:45:31je me suis mise
00:45:31à lui écrire
00:45:32parce que j'avais changé
00:45:33de lycée pour faire de la musique
00:45:34et je lui avais donné
00:45:35mes notes du lycée
00:45:36du bac français.
00:45:37Et à ma grande surprise,
00:45:38il m'avait répondu.
00:45:39Donc après,
00:45:40il y avait eu cette correspondance.
00:45:41Et c'est quelqu'un
00:45:42qui m'a toujours poussée
00:45:43à écrire,
00:45:43même quand j'étais en analyse,
00:45:45il n'abandonnait pas.
00:45:47Lui,
00:45:47il voulait absolument
00:45:48que je poursuive la musique
00:45:49que je continue à écrire.
00:45:50Donc, il a joué un grand rôle
00:45:52aussi dans le fait
00:45:54que je ne lâche pas complètement.
00:45:56Mais après l'analyse
00:45:57et dans un moment
00:45:58où je n'avais pas forcément
00:45:59d'ailleurs terminé
00:46:00complètement l'analyse,
00:46:01il y a eu ce retour
00:46:04un peu aux sources
00:46:06mais qui est différent
00:46:06parce que j'ai eu
00:46:08le retour aux sources
00:46:09dans le sens
00:46:09où d'un coup,
00:46:09de se passer
00:46:10de cette incarnation
00:46:13de la réponse,
00:46:14de l'autre.
00:46:15Parce qu'écrire,
00:46:16pour moi,
00:46:16c'est parler un peu
00:46:17dans la nuit aussi,
00:46:18dans le sens où normalement
00:46:19on ne rencontre pas
00:46:20c'est l'écrire
00:46:21et donc écrire,
00:46:23c'est suspendre une réponse
00:46:24ou c'est pouvoir
00:46:25se répondre aussi
00:46:25un peu à soi-même.
00:46:27Voilà.
00:46:27Donc, il y a une transfiguration
00:46:29aussi de l'usage
00:46:30de l'écriture
00:46:32et qui, pour moi,
00:46:34est vital
00:46:35pour suivre
00:46:37la vie
00:46:38tout simplement.
00:46:40Ah oui,
00:46:41c'est une réponse
00:46:42tout à fait
00:46:45singulière et pire.
00:46:49un point
00:46:50sur lequel
00:46:51j'ai envie
00:46:51de revenir
00:46:51parce que
00:46:52tu l'as trouvé
00:46:55très intéressant,
00:46:56peut-être
00:46:58à peine abordé
00:47:00quand
00:47:01nous avons lu
00:47:05la première rencontre
00:47:07entre
00:47:08Arabelle
00:47:08et l'analyste.
00:47:09L'analyste sait bien
00:47:10qu'il ne pourra pas
00:47:12être tranquille
00:47:12avec cette analysante
00:47:14et à la fin
00:47:16tu évoques
00:47:16quelque chose
00:47:16comme ça
00:47:17dans cette discipline
00:47:18sollicitante.
00:47:20Je ne peux pas
00:47:21m'empêcher de penser
00:47:22à ce qui se déroule
00:47:24dans
00:47:25ton deuxième roman
00:47:26qui se lit
00:47:27comme une enquête
00:47:31autour d'un psychanalyste
00:47:32qui a disparu
00:47:33pendant la période
00:47:34du Covid.
00:47:37et ce qui est très intéressant
00:47:39dans ce livre
00:47:40c'est qu'encore une fois
00:47:41le lecteur a la chance
00:47:43de voyager
00:47:45dans différents types
00:47:47d'écriture
00:47:47puisqu'on a
00:47:50des lettres
00:47:50qui sont adressées
00:47:51des lettres
00:47:52de différents analysants
00:47:53ou patients
00:47:54qui sont adressées
00:47:55aux mêmes psychanalystes.
00:47:56mais
00:47:59un des auteurs
00:48:00de ces lettres
00:48:02chez nous
00:48:03on aurait tendance
00:48:05à dire
00:48:05ça c'est un petit gars
00:48:06de Saint-Jean-Saint-Pierre
00:48:08tellement il parle
00:48:09français
00:48:11de banlieue
00:48:12et tel autre
00:48:14personnage
00:48:15va parler
00:48:16à écrire
00:48:18plutôt
00:48:18dans un langage
00:48:19beaucoup plus relevé
00:48:21et en attente
00:48:23de réponses
00:48:24à ces sollicitations
00:48:27très grandes
00:48:28et
00:48:29je ne sais pas
00:48:30j'ai envie de
00:48:31est-ce que tu peux
00:48:32est-ce que tu peux
00:48:34évoquer ça
00:48:35parce que
00:48:35tu l'as évoqué aussi
00:48:36par rapport
00:48:36tout à l'heure
00:48:37à ton
00:48:39à ton expérience
00:48:43de pratique
00:48:44comme psychanalyste
00:48:46c'est une discipline
00:48:49qui sollicite
00:48:50l'analyse
00:48:50est-ce que tu peux
00:48:51encore en dire
00:48:52quelque chose
00:48:55j'ai envie de dire
00:48:57comme
00:48:57je pense que
00:48:58chacun
00:49:00on parlait du temps
00:49:01qui passe vite
00:49:02mais ça fait quand même
00:49:03ici dans cette salle
00:49:04tout le monde
00:49:04a vécu encore
00:49:05le confinement
00:49:07et la période
00:49:08du Covid
00:49:10avec
00:49:10de grandes
00:49:12incertitudes
00:49:12comme on avait
00:49:13peut-être
00:49:13jamais vécu
00:49:16dans un mouvement
00:49:18comme ça
00:49:18collectif
00:49:19qui d'un coup
00:49:19on nous a dit
00:49:20va falloir rester
00:49:21chez vous
00:49:21va pas falloir bouger
00:49:22de plus d'un kilomètre
00:49:23c'était extrêmement
00:49:24contraignant
00:49:25et ça a eu un impact
00:49:26effectivement
00:49:27sur toutes ces
00:49:28travails
00:49:29ces sortes de travail
00:49:30de rencontres
00:49:30que sont les analyses
00:49:32les cures
00:49:32donc c'est une période
00:49:34où moi-même
00:49:35j'avais à la fois
00:49:36des patients
00:49:38en analyse
00:49:39j'avais des patients
00:49:40en institution
00:49:41des étudiants
00:49:43et en même temps
00:49:44je continuais encore
00:49:45mon propre travail
00:49:46analyse
00:49:47et je me suis retrouvée
00:49:49comme tout le monde
00:49:50continue
00:49:50j'ai trouvé
00:49:52là aussi
00:49:52l'écriture
00:49:53est venue
00:49:55comme complément
00:49:56parce que j'en étais
00:49:58à un certain
00:49:58moment
00:49:59donc voilà
00:50:00j'avais dépassé
00:50:01certaines choses
00:50:01donc j'ai pu
00:50:02à la fois m'appuyer
00:50:03sur l'écriture
00:50:03mais dans cette écriture
00:50:05en même temps
00:50:05elle est partie
00:50:06quand même
00:50:06d'un cri
00:50:07de ça va pas pouvoir
00:50:08se passer comme ça
00:50:09c'est impossible
00:50:09de supporter ça
00:50:10donc j'ai commencé
00:50:12peut-être un soir
00:50:13à écrire
00:50:13donc c'était peut-être
00:50:14un personnage
00:50:14très près de moi
00:50:15où je me suis dit
00:50:17tout d'un coup
00:50:17elle écrivait à l'analyse
00:50:18en disant
00:50:19c'est hors de question
00:50:20que je vous plie
00:50:21à ces trucs par téléphone
00:50:22en tant que ça
00:50:23va être insupportable
00:50:24vous dites jamais rien
00:50:25comment je vais comprendre
00:50:26quand vous vous taisez
00:50:27si c'est vraiment
00:50:28vous qui vous taisez
00:50:29ou si c'est le téléphone
00:50:30qui marche plus
00:50:30donc elle écrit là
00:50:32et puis en même temps
00:50:33elle commence
00:50:33en même temps
00:50:34elle ne veut pas téléphoner
00:50:35mais elle commence
00:50:35à faire comme une séance
00:50:36du coup par téléphone
00:50:37à nous dire
00:50:38qu'est-ce qui la travaille
00:50:40donc voilà
00:50:40ça a commencé comme ça
00:50:41puis après
00:50:42tout d'un coup
00:50:43je suis partie
00:50:44dans une forme de folie
00:50:45puis comme mes patients
00:50:46je les avais tous
00:50:47au téléphone
00:50:48mais parfois je me disais
00:50:49mais est-ce que je suis bien concentrée
00:50:51enfin c'était pas si évident
00:50:52de se mobiliser
00:50:53et du coup
00:50:54ça a fait naître
00:50:55aussi plein de réflexions
00:50:56qu'on avait avec les collègues
00:50:57parce qu'on a continué
00:50:58à faire des séminaires
00:51:00par zoom
00:51:00de se dire
00:51:01mais est-ce qu'on peut recevoir
00:51:02des patients par téléphone
00:51:03par visio
00:51:04certains l'avaient déjà fait avant
00:51:05mais dans la plupart d'entre nous
00:51:08c'était presque
00:51:08un interdit tacite
00:51:10et donc là
00:51:11ça s'est imposé
00:51:12et ça a vraiment
00:51:13questionné
00:51:14qu'est-ce que c'est
00:51:14que la présence
00:51:15qu'est-ce que c'est
00:51:16que d'écouter quelqu'un
00:51:17en sa présence
00:51:18qu'est-ce que c'est
00:51:18que deux corps
00:51:19dans la même salle
00:51:19et qu'est-ce que ça change
00:51:21de ne pas voir le corps
00:51:23et donc
00:51:25cette analyse
00:51:26qui n'est plus
00:51:27mais qui
00:51:28a laissé lui aussi
00:51:29quelques écrits
00:51:30se pose aussi
00:51:31la question
00:51:32sur
00:51:33avant de divaguer
00:51:34justement
00:51:35on ne sait pas trop
00:51:37on voit
00:51:37c'est un psychanalyse malade
00:51:40à tous les sens du terme
00:51:42parce qu'il est aussi malade
00:51:43physiquement
00:51:43mais il est aussi malade
00:51:49dans son rapport
00:51:50à la psychanalyse
00:51:51il va pas mal dérailler
00:51:54mais en posant
00:51:55certaines questions
00:51:57et puis il y a
00:51:58d'autres personnages
00:51:59plus lunaires
00:52:01parce qu'il y avait
00:52:01aussi tous ces patients
00:52:02tous ces patients
00:52:04avec des structures
00:52:04différentes
00:52:05qu'il fallait tenir
00:52:06et ça nourrit
00:52:08aussi l'imagination
00:52:10et donc
00:52:11c'est une manière
00:52:11de canaliser
00:52:14tout ça
00:52:16voilà
00:52:17c'est ce que j'ai
00:52:18répond
00:52:20oui
00:52:20oui
00:52:22parce que
00:52:22l'analyste
00:52:23des effarés de pierre
00:52:24il est pas toujours
00:52:25dans les clous
00:52:26avec ses
00:52:27notes
00:52:27ses analysants
00:52:28mais
00:52:29c'est là où
00:52:30j'ai trouvé
00:52:31intéressant
00:52:31justement
00:52:32puisque ça questionne
00:52:33ça questionne
00:52:34ce qu'on appelle
00:52:35le cas
00:52:36ça questionne
00:52:37la neutralité
00:52:38la neutralité
00:52:40qui n'existe pas
00:52:42mais qui a quand même
00:52:44été imaginée
00:52:45par Freud
00:52:45comme une règle fondamentale
00:52:48je crois que c'était
00:52:49autre chose
00:52:49qui visait
00:52:50dans cette règle
00:52:55est-ce que tu nous parles
00:52:59du prochain livre
00:53:00puisque là
00:53:01tu t'arrêtes plus
00:53:03j'ai découvert ça
00:53:04il y a deux jours
00:53:04j'ai pas fait attention
00:53:06ah oui
00:53:07il y a un livre
00:53:12qui va être
00:53:12ah celui-là aussi
00:53:13je veux savoir
00:53:14quel que soit
00:53:14de celui-là
00:53:15il est en chantier
00:53:16mais il y a un livre
00:53:18qui va
00:53:18qui va apparaître
00:53:19aux éditions nouvelles
00:53:20du chant lacanien
00:53:21dont le titre
00:53:22sera
00:53:23Zenzur
00:53:24Passion du désir
00:53:25donc la Zenzur
00:53:27c'est le mot allemand
00:53:29employé par Freud
00:53:30tout au long
00:53:30de son oeuvre
00:53:31et Passion du désir
00:53:33c'est un peu de la traduction française
00:53:34que j'en ai faite
00:53:35mais qui est une interprétation
00:53:37de la traduction
00:53:38enfin
00:53:38c'est une traduction interprétée
00:53:41on pourrait dire
00:53:42ou interprétante
00:53:43et que je déplie
00:53:45mais qui reprène effectivement
00:53:47enfin la nostalgie
00:53:48c'est aussi faire avec l'absence
00:53:50avec le souvenir
00:53:52c'est des thèmes
00:53:54qui me sont
00:53:54qui me sont chers
00:53:56et donc
00:53:58il y aura sûrement
00:54:00des occasions
00:54:01d'en parler plus tard
00:54:03mais sinon
00:54:04dans
00:54:06une forme de trilogie
00:54:08en tout cas
00:54:08autour de
00:54:09la fiction
00:54:10qui traite
00:54:11de quelque chose
00:54:12de la même
00:54:12il y a un troisième roman
00:54:13qui est un cours
00:54:15et qui va explorer
00:54:17les rêves
00:54:17d'une façon
00:54:18pas poétique
00:54:18mais
00:54:21presque réelle
00:54:23et qui traite
00:54:24de la séparation
00:54:25comment se séparer
00:54:27enfin
00:54:28c'est pas un manuel
00:54:29c'est un nouveau
00:54:32complètement poétique
00:54:34et un peu
00:54:35j'essaie de le rendre
00:54:37un peu plus transmissible
00:54:38c'est toujours un peu jeté
00:54:40c'est une poétique
00:54:41dès qu'on introduit
00:54:42l'écriture poétique
00:54:44ou fictionnelle
00:54:45il y a toujours
00:54:45cette dimension là
00:54:47qui n'échappe pas
00:54:48et qui rend
00:54:48d'autant plus fascinant
00:54:50tes écrits
00:54:51que ce soit
00:54:52le recueil de poèmes
00:54:55parce que ce recueil de poèmes
00:54:56il faut tout vous dire
00:54:58trop plus à l'aimer
00:54:59trop plus à l'aimer
00:55:00je l'ai lu
00:55:01une première fois
00:55:01je devais être fatigué
00:55:03pas du tout attentif
00:55:06non
00:55:06je ne sais pas
00:55:07je l'ai laissé traîner
00:55:10sur ma table de chevée
00:55:13trop à l'aimer
00:55:14j'ai relevé le S
00:55:16puis ça sonnait autrement
00:55:17et effectivement
00:55:19il faut lire
00:55:20il faut se laisser porter
00:55:23justement par la musique
00:55:25de chacun des mots
00:55:26chacune des associations
00:55:29des images
00:55:30des tropes
00:55:32pour entendre d'autres dimensions possibles
00:55:36je l'ai relu avec avidité
00:55:38je me suis dit
00:55:39mais quelle force
00:55:40quel imaginaire
00:55:42je ne sais pas comment lire
00:55:43si c'est un imaginaire
00:55:44c'est pas un imaginaire
00:55:45parce que tu arrives
00:55:46à attraper quelque chose
00:55:47à restituer
00:55:52pas simplement une musique
00:55:54mais à provoquer justement
00:55:55des images
00:55:56qui sont inattendues
00:55:58et j'ai trouvé ça
00:56:01très riche
00:56:02et surtout
00:56:04avec beaucoup de tact
00:56:05avec beaucoup de tact
00:56:07le premier poème
00:56:09que tu as lu
00:56:10on entend
00:56:11la perte
00:56:13il touche
00:56:14l'autrice de ce poème
00:56:20l'enfant
00:56:21et ses souvenirs
00:56:23mais c'est d'une façon
00:56:24très
00:56:25très délicate
00:56:26et pas du tout insistante
00:56:28c'est un peu la magie
00:56:30de ton écriture
00:56:30souvent
00:56:31en tout cas
00:56:32dans l'écriture politique
00:56:35tu disais que j'avais
00:56:37oublié la dimension
00:56:40poétique
00:56:40dans la nuit transfigurée
00:56:41quand j'évoquais
00:56:42les trois tânes
00:56:42mais effectivement
00:56:46j'ai parlé de musique
00:56:47et je pense que
00:56:47quand je parle de musique
00:56:49je parle de poésie
00:56:50enfin c'est
00:56:51à la fois
00:56:52j'ai l'impression
00:56:52que ma poésie
00:56:53n'est pas vraiment
00:56:53de la poésie
00:56:54parce que c'est plus
00:56:55du côté peut-être
00:56:56justement de la musique
00:56:58c'est à dire
00:56:59j'aime beaucoup
00:57:00quelque chose
00:57:00du côté du son
00:57:01mais aussi du sens
00:57:02évidemment
00:57:03ça me rattrape toujours
00:57:04donc il y a toujours
00:57:05plein de sens
00:57:08mais c'était
00:57:09c'était aussi
00:57:09par rapport à
00:57:10je voulais rajouter ça
00:57:12parce que
00:57:13si j'ai dit musique
00:57:14c'est que
00:57:15dans
00:57:16les raisons
00:57:17pour lesquelles
00:57:17aussi à un moment
00:57:18je me suis dit
00:57:18bon la musique
00:57:19je vais la remettre
00:57:19à une autre place
00:57:20que
00:57:22que d'occuper
00:57:23ma vie professionnelle
00:57:25c'est parce que
00:57:25je sentais que
00:57:26c'était pas ma langue maternelle
00:57:27la musique
00:57:28j'ai appris
00:57:29j'ai appris
00:57:30j'ai appris un peu tard
00:57:31j'étais pas d'une famille
00:57:32musicienne
00:57:33et je sentais que
00:57:34j'étais extrêmement sensible
00:57:36en tant que réceptrice
00:57:37à la musique
00:57:38mais que je pourrais pas
00:57:39improviser
00:57:40que je pourrais pas
00:57:40composer ma propre musique
00:57:42et c'est pour ça
00:57:43que du coup
00:57:43peut-être que
00:57:44dans ces textes
00:57:45il y a quelque chose
00:57:46de ma façon
00:57:47de pallier
00:57:48à cette musique
00:57:51savante
00:57:52que je ne sais pas
00:57:52écrire
00:57:53mais par contre
00:57:54avec les mots
00:57:55on peut toujours
00:57:55essayer d'attraper
00:57:56sa propre musique
00:57:57avec les mots
00:57:58je pense que
00:57:59là ça
00:58:00on partage
00:58:02d'accord
00:58:02tu as répondu
00:58:03à une question
00:58:03que je t'ai pas posée
00:58:04mais qui était celle-là
00:58:05est-ce que tu composes
00:58:07est-ce que tu as été tenté
00:58:08par la composition
00:58:09d'accord
00:58:09tu as répondu
00:58:16voilà
00:58:18et ensuite
00:58:19signer tes livres
00:58:20on peut finir
00:58:21avec
00:58:23quelques morceaux
00:58:24de la suite
00:58:25première suite de Bach
00:58:27toujours
00:58:28donc là aussi
00:58:29il y a des
00:58:31des titres
00:58:32qui font allusion
00:58:33les suites
00:58:34c'était des suites
00:58:34de danse
00:58:35à l'origine
00:58:35même si la musique
00:58:36de Bach
00:58:37n'était pas dansée
00:58:38et peu dansable
00:58:39à mon avis
00:58:39mais c'est
00:58:41Sarabande
00:58:42Menuet
00:58:43et puis Gig
00:59:12qui dit
00:59:42Sous-titrage MFP.
00:59:44...
01:00:14...
01:00:16...
01:00:16...
01:00:18...
01:00:19...
01:00:22...
01:00:22...
01:00:24...
01:00:25...
01:00:27...
01:00:27...
01:00:29...
01:00:29...
01:00:30...
01:00:31...
01:00:33...
01:00:34...
01:00:34...
01:00:36...
01:00:38...
01:00:40...
01:00:41...
01:00:44...
01:00:46...
01:00:58...
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01:01:01...
01:01:02...
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01:01:06...
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