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  • il y a 10 heures
Au-Delà des Tranchées

Couplet 1
Dans la boue froide où l’aube hésite
Les hommes avancent sans plus de rite
Le ciel est bas, le temps se penche
Sur les visages mangés de cendre
Un nom prononcé contre la peur
Une photo pliée contre le cœur
Et dans le bruit sourd des tonnerres
On cherche encore un peu de lumière

Pré-refrain
Les nuits sont longues sous le bruit des combats
Mais dans nos mains survit nos sens
D’un rêve ancien, d’un monde intact
Qui bat plus fort que le fracas

Refrain
Au-delà des tranchées
Là où le ciel renaît
Il y a nos âmes blessées
Qui refusent de tomber
Au-delà des tranchées
Quand la nuit veut nous briser
Il reste un espoir !
Un demain à retrouver

Couplet 2
Les lettres tremblent entre les doigts
Écrites pour ceux qui ne répondent pas
Le vent emporte les prières
Au-dessus des plaines et des pierres
On a vu l’enfer dans les yeux
De ceux partis sans dire adieu
Mais même au bout de nos force,
Un chant se lève encore parfois

Pré-refrain
Sous les gravats, aux adieux
Un souffle tient, silencieux
Comme un serment qu’on n’éteint pas
Même quand tout s’effondre en bas

Refrain
Au-delà des tranchées
Là où le ciel renaît
Il y a nos âmes blessées
Qui refusent de tomber
Au-delà des tranchées
Quand la nuit veut nous briser
Il reste un espoir !
Un demain à retrouver

Pont
Si nos pas se perdent un jour
Que nos âmes gardent l’amour
Des terres, des visages, des saisons
Qu’on portait comme une maison
Et si le monde oublie nos noms
Que survive au moins la chanson
Comme une étoile dans la fumée
Pour nous guider

Dernier refrain
Au-delà des tranchées
Là où nos morts sont apaisés
Il y a l’appel des années
Qui nous apprend à espérer
Au-delà des tranchées
Quand nos larmes ont tout lavé
Il reste une flamme sacrée
Que personne ne peut tuer

Neary

Catégorie

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Musique
Transcription
00:09Salut à tous, je suis Niri, je vais vous raconter une histoire autour du thème « Au-delà des tranchées
00:15» en lien avec le temple de Préviir et les traces récentes de conflits.
00:20Je veillerai à ce que le récit demeure sensible, humain et évocateur sans devenir gratuit ni exploiter le malheur réel
00:29de quiconque comme certains le font.
00:31Je tiens à respecter et honorer tous les soldats morts au combat des deux côtés.
00:37Leur sacrifice, leur mémoire et leur dignité méritent le plus profond respect et une pensée qui cherche à réunir plutôt
00:45qu'à diviser.
00:46Alors que ce récit porte l'espoir d'un avenir où les leçons du passé illuminent nos gestes présents, où
00:53les rancœurs laissent place à la compassion et où les frontières qui divisent deviennent des liens solides et rapprochent les
01:01êtres et les nations.
01:04Puissions-nous écouter nos anciens pour construire ensemble un monde meilleur ?
01:09Au cœur du plateau escarpé où le temple de Préviir domine le paysage comme une mémoire de pierre, le vent
01:17ne souffle jamais tout à fait comme ailleurs.
01:20Il rampe entre les colonnes, siffle dans les frises brisées et semble porter jusqu'aux hommes des mots prononcés par
01:28des âmes disparues depuis des siècles.
01:30Le jour, les ruines racontent encore la grandeur et la chute.
01:35Mais la nuit, lorsque le ciel se vide de ces dernières couleurs, les pierres changent.
01:41Elles ne paraissent plus seulement anciennes.
01:43Elles semblent attendre.
01:46On raconte que les anciens fidèles Khmers veillent encore sur ces hauteurs, invisibles, innombrables, confondus avec l'ombre des murs.
01:56Ils protègent la terre qu'ils ont défendue et maudissent toute présence qui s'y installe sans y être invité
02:02par le sang, le respect ou la mémoire.
02:06Dans les villages accrochés au pied des falaises, certains jurent avoir vu des lueurs bleues glisser au ras des rizières
02:13comme des serpents de feu bleutés.
02:15D'autres parlent de palan dans les galeries murées du temple, des respirations tout près de l'oreille alors qu
02:23'il n'y a personne,
02:24et de ce silence brutal, ce silence anormal qui tombe sur les champs juste avant qu'un cri n'éclate
02:31dans la nuit.
02:32Les soldats thaïlandais envoyés sur ces terres disent parfois moins que les villageois, mais leur visage parle pour eux.
02:40Plusieurs se réveillent en sursaut, la gorge nouée, les ongles pleins de poussière, comme s'ils avaient gratté la terre
02:47pendant leur sommeil.
02:48Ils sentent sur leur peau l'odeur de la pluie mêlée à quelque chose de plus ancien, de plus lourd,
02:54une odeur de tombe ouverte, de pierre humide, de sang séché.
02:59Certains prétendent avoir entendu leur nom murmurer derrière eux alors qu'ils montaient seuls la garde.
03:06D'autres ont vu au bout des escaliers des silhouettes immobiles qui disparaissaient dès qu'on osait les fixer.
03:14Puis il y a les pires récits, ceux des hommes retrouvés debout, figés face au vide, les yeux grands ouverts,
03:22incapables de se souvenir de leur propre nom.
03:24Alors une rumeur s'est répandue, une malédiction dormait sous le temple.
03:30Non pas une malédiction née de la légende, mais de quelque chose de plus terrible encore.
03:35La mémoire blessée, la colère de ceux qu'on a effacés, déplacés, ensevelis dans le tumulte des frontières et des
03:44armes.
03:45On disait que les morts n'attaquaient pas le corps d'abord.
03:48Ils entraient par les pensées, ils dérangeaient le temps, ils brouillaient la vue, ils faisaient vaciller l'esprit jusqu'à
03:57ce que l'homme ne sache plus s'il marchait parmi les vivants ou s'il avait déjà commencé à
04:02rejoindre les ombres.
04:03Dans un village proche vivait Soka.
04:06Tout le soir, elle levait les yeux vers le temple avec l'attention de quelqu'un qui écoute une menace
04:11derrière une prière.
04:13Depuis l'enfance, sa grand-mère lui avait appris à reconnaître certains signes.
04:20Un chien qui refuse soudain de franchir un seuil, une flamme qui brûle droite sans vent, un miroir qui ternit
04:28sans raison, l'eau qui tremble avant même qu'une main ne la touche.
04:34Soka portait avec elle un petit coffre ancien.
04:36À l'intérieur reposait un miroir noirci, une bague gravée d'un motif effacé, des fragments de céramique tachés de
04:45terre rouge et d'autres objets que sa grand-mère appelait « les preuves de ceux qui ne partent pas
04:52».
04:53Soka ne croyait pas à des fantômes simples.
04:57Elle savait que ce qui hantait prévihir était plus profond, plus ancien, plus patient.
05:04Les âmes qui erraient là ne réclamaient pas seulement vengeance.
05:09Elles réclamaient d'être reconnues.
05:11Mais parfois, la mémoire devient si lourde qu'elle prend une forme monstrueuse.
05:16Une nuit, alors que les nuages avaient recouvert la lune, un grondement sourd monta du plateau.
05:24Pas un tonnerre, pas un éboulement, quelque chose entre les deux comme si les entrailles de la falaise remuaient dans
05:31leur sommeil.
05:33Au même instant, tous les insectes se turent.
05:36Les chiens du village se couchèrent ventre contre terre en gémissant.
05:41Et du temple, là-haut, descendit une longue plainte, si basse et si rauque qu'on aurait dit la voix
05:49d'une gorge pleine de sable.
05:51Soka comprit qu'il était trop tard pour détourner les yeux.
05:55Elle monta.
05:56Le chemin de pierre semblait plus long que d'ordinaire.
06:00Au rythme de ses pas, elle avait l'impression que quelqu'un marchait exactement derrière elle,
06:06il posait son pied dans l'empreinte du sien.
06:09Pourtant, quand elle se retournait, il n'y avait que l'obscurité.
06:14Arrivée près de la première terrasse, elle vit des traces humides sur les dalles.
06:18Pas des traces de pluie.
06:20Des empreintes de pieds nues, fines, innombrables,
06:24qui allaient toutes dans la même direction vers le sanctuaire intérieur.
06:28L'air y était glacial.
06:30Au centre des ruines, entre deux colonnes rongées par les siècles,
06:35se tenaient des silhouettes.
06:36Des dizaines.
06:38Peut-être davantage.
06:39Trop immobile pour être vivante.
06:42Trop nette pour n'être que des ombres.
06:44Soka sentit son souffle se bloquer quand l'une d'elles tourna lentement la tête vers elle.
06:50Son visage n'avait presque plus de traits.
06:52Seulement une peau grise tendue comme du papier mouillé
06:57et deux creux si noirs qu'il semblait absorber la lumière.
07:01Alors toutes les silhouettes firent un pas.
07:04Le sol vibra sous ses pieds.
07:06Dans le miroir du coffre,
07:08que Soka avait ouvert d'une main tremblante,
07:12elle ne vit pas son propre reflet.
07:14Elle vit autre chose.
07:16Des hommes qui fuyaient dans la fumée,
07:19des corps tombés sur les pierres,
07:21des mains couvertes de terre rouge agrippant le vide
07:25et au milieu d'eux un enfant qui fixait droit le miroir
07:29avec une expression si calme
07:31qu'elle en fut plus terrifiante qu'un cri.
07:34Ses lèvres bougèrent.
07:36Soka n'entendit aucun son.
07:38Pourtant, dans sa tête,
07:40une phrase résonna avec une netteté atroce
07:43« Si vous oubliez, nous entrerons en vous ».
07:47Le vent se leva d'un seul coup,
07:49violent, plein de poussière et de cendres.
07:53Les silhouettes se rapprochèrent encore.
07:57Soka sentit quelque chose frôler sa nuque,
08:00puis ses épaules,
08:01puis glisser le long de son dos
08:02comme des doigts glacés.
08:04Ses jambes menaçaient de céder.
08:06Autour d'elle,
08:07les pierres semblaient murmurer
08:09dans une langue trop ancienne
08:11pour être comprise,
08:12mais assez claire pour inspirer
08:14une terreur viscérale.
08:15Elle comprit alors ce que les soldats
08:18avaient essayé d'expliquer
08:19sans jamais y parvenir.
08:21Ici, la peur n'était pas seulement de mourir.
08:25C'était la peur d'être vidé de soi,
08:27de devenir une bouche de plus pour les morts,
08:30un regard de plus dans la nuit.
08:32Soka tomba à genoux et parla pourtant.
08:34Sa voix tremblait,
08:36mais elle parla aux présences
08:37comme à des aînés revenus trop longtemps
08:39après leur propre fin.
08:41Elle leur offrit des mots simples,
08:43des mots humains,
08:44plus solides que le courage.
08:46Nous n'effacerons pas vos noms.
08:48Nous ne marcherons pas sur votre douleur
08:50comme sur une route vide.
08:51Mais ne prenez pas les vivants avec vous.
08:54Alors quelque chose changea.
08:56La plainte cessa.
08:57Le vent tourna.
08:59Les silhouettes restèrent là,
09:01à quelques pas, immobiles.
09:03Puis l'une d'elles, la plus grande,
09:06drapée d'ombre comme d'un vêtement royal,
09:09leva lentement le bras vers les falaises,
09:11vers les villages,
09:13vers les terres disputées
09:14comme pour désigner tout ce que les hommes
09:16avaient tenté de posséder
09:18sans jamais comprendre
09:20qu'on n'appartient pas à une terre impunément.
09:23Ensuite, elle s'effrita,
09:25pas comme un corps,
09:26comme une statue de cendre abandonnée à l'air.
09:29Les autres suivirent, en silence.
09:32Mais depuis cette nuit,
09:34plus personne n'ose prétendre
09:36que prévillir d'or.
09:38Parfois, au crépuscule,
09:40des formes se découpent encore
09:42sur la terrasse la plus haute.
09:45Les villageois ferment leurs portes plus tôt.
09:48Les soldats évitent de regarder
09:50trop longtemps les escaliers
09:52après la tombée du soir.
09:54Et lorsque le vent descend des pierres,
09:56il arrive qu'il apporte un message
09:58que tous reconnaissent
09:59sans vouloir l'admettre.
10:01Ce n'est ni une menace,
10:03ni une prière.
10:04C'est un rappel.
10:05Car après Vihir,
10:07les morts ne hantent pas seulement
10:08les vivants pour faire peur.
10:10Ils attendent,
10:11ils observent.
10:12Et si la mémoire venait encore
10:13à être piétinée,
10:15alors les vieilles pierres,
10:16une fois de plus,
10:17ouvriraient leurs yeux pendant la nuit.
10:19Prochaine histoire,
10:20l'homme au sac à dos.
10:39Dans la boue froide où l'eau bésite,
10:42les hommes avancent sans plus de rite.
10:45Le ciel est bas,
10:47le temps se penche
10:49sur les visages mangés de cendres.
10:53Un nom prononcé contre la peur,
10:57une photo pliée contre le cœur.
11:00Et dans le bruit sourd des tonnerres,
11:04on cherche encore un peu de lumière.
11:07Les nuits sont longues sous le bruit des combats,
11:11mais dans nos mains survient nos sens.
11:15D'un rêve ancien,
11:16d'un monde intact
11:17qui bat plus fort que le fracas.
11:22Au-delà des tranchées,
11:25là où le ciel relaie,
11:28il y a nos hommes blessés
11:31qui refusent de tomber.
11:35Au-delà des tranchées,
11:37quand la nuit veut nous briser,
11:41il reste un espoir.
11:44Un demain retrouvé.
11:48Les lettres tremblent entre les doigts,
11:51écrites pour ceux qui ne répondent pas.
11:54Le vent emporte les prières
11:57au-dessus des plaines et des pierres.
12:02On a vu l'enfer dans les yeux
12:05de ce parti sans dire adieu.
12:09Mais même au bout de nos forces,
12:12un chant se lève encore parfois.
12:16Sous les gravats,
12:18aux adieux,
12:20un souffle tient,
12:22silencieux,
12:23comme un serment
12:25qu'on n'éteint pas,
12:26même quand
12:28tout s'effondre en bas.
12:30Au-delà des tranchées,
12:34là où le ciel renaît,
12:37il y a nos hommes blessés
12:40qui refusent de tomber.
12:44Au-delà des tranchées,
12:46quand la nuit veut nous briser,
12:49il reste un espoir,
12:53un demain à retrouver.
12:56Si nos pas se perdent un jour
12:58que nos âmes gardent l'amour,
13:00des terres,
13:00des visages,
13:01des saisons qu'on portait
13:02comme une maison,
13:03et si le monde oublie nos noms,
13:05que survive au moins la chanson
13:06comme une étoile dans la fumée
13:10pour nous guider.
13:15Au-delà des tranchées,
13:18là où nos morts sont abisés,
13:21il y a l'appel des années,
13:24qui nous apprend à espérer.
13:29Au-delà des tranchées,
13:32quand nous l'avons tout lavé,
13:35il reste une flamme sacrée
13:38que personne ne peut tuer.
13:51Sous-titrage Société Radio-Canada
13:53Sous-titrage Société Radio-Canada
13:55Merci.
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