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Les oeuvres de création sont-elles de simples marchandises ? C'est tout l'enjeu de l'intense bataille économique et diplomatique qui oppose la France et les Etats-Unis au cours des négociations du GATT en 1993. Au nom du libre-échange, les Américains pèsent de tout leur poids pour démanteler le système de financement du cinéma français et le livrer aux grands vents de la concurrence yankee. Mais la France, aidée de l'Europe, résiste et réussit à faire plier les Etats-Unis. Ainsi est née la notion d'"exception culturelle". Cette histoire est racontée à travers le regard du lobbyiste Jack Valenti, qui oeuvra pour défendre les intérêts de Hollywood face aux diplomates et politiques européens.

Réalisé par : Marie-Laurence Rincé
Transcrição
00:16Vous ne me connaissez pas ?
00:18Et pourtant, j'ai comme toutes les stars américaines mes empreintes sur Hollywood Boulevard.
00:30Je m'appelle Jack Valenti. Je suis né à Houston, au Texas.
00:35Pendant presque 40 ans, j'ai régné sur le cinéma américain.
00:40J'ai côtoyé les plus grandes stars, fréquenté les actrices les plus talentueuses
00:46et connu pas moins de huit présidents à la Maison Blanche.
00:54À la tête de la prestigieuse Motion Picture Association of America,
00:58j'ai défendu les intérêts d'Hollywood.
01:01Mon job ? Faire en sorte que les films américains inondent le monde entier.
01:07Sans me vanter, je peux dire que j'ai plutôt réussi ma mission.
01:12Rien, ni personne, ne me résistait.
01:17Pourtant, une fois, une seule fois, j'ai échoué.
01:21À cause de ces fichus français.
01:24C'était en 1993.
01:26À l'époque, les américains militaient pour que les films intègrent les accords de libre-échange,
01:32faisant du cinéma un produit comme un autre.
01:36Mais les européens, et en première ligne les français, s'y opposaient,
01:41invoquant leur maudite exception culturelle.
01:45Selon eux, le cinéma n'était pas une marchandise et devait être protégé.
01:50Action !
01:51Alors, américains et français se sont affrontés pendant de longs mois.
02:02Dans cette histoire, comme dans tout bon film de cinéma,
02:06chacun avait son rôle.
02:08J'avais hérité de celui du méchant.
02:12Il y avait aussi le boss,
02:14ou plutôt les boss,
02:16car il n'était pas tout seul.
02:19Le stratège.
02:21C'est là-dessus qu'Alexandre Dumas-fils a écrit la dame en camélia.
02:24Leur usé est celui dont tout le monde se méfiait.
02:30Des hauts fonctionnaires allaient même se transformer en espions.
02:35Tout ce beau monde était un ordre de bataille
02:38pour défendre ses positions sur le cinéma
02:41et remporter un combat qui s'annonçait sans pitié.
03:23Leur usé est celui dont tout le monde se méritait.
03:24Je suis l'un des premiers à découvrir les dinosaures
03:27qui vont faire trembler les spectateurs du monde entier.
03:42La France n'avait pas échappé à la déferlante Jurassic Park,
03:46qui n'était pas seulement un film,
03:48mais une marque.
03:50Vérifie que ton dinosaure est bien tatoué Jurassic Park.
03:54L'aventure de la préhistoire, c'est maintenant,
03:56et c'est à Jurassic Park.
03:58Alors, on va répéter, s'il vous plaît.
04:00Silence partout.
04:02Passez tout le monde.
04:04Les Français avaient décidé de contre-attaquer
04:07avec le film Germinal,
04:09produit et réalisé par Claude Berry,
04:11l'un des hommes forts du cinéma français.
04:15C'est lui qui avait créé l'ARP,
04:19l'association des réalisateurs et producteurs,
04:21qui allait bientôt me donner du fil à retordre.
04:25Germinal, sur les écrans, 300 salles dans toute la France
04:28à partir de mercredi.
04:29Six mois de tournage et un budget colossal
04:31pour ce film qui met en scène le célèbre roman d'Émile Zola.
04:34En avant-première, le film est montré aux gens du Nord ce soir.
04:37À l'île, nous retrouvons tout de suite Bruno Mazur.
04:39Bonsoir, Bruno.
04:40Bonsoir, Hervé.
04:41Je peux vous assurer que ce n'était pas le grand soir à Lille, ici.
04:44Mais on n'en est pas loin.
04:45En tout cas, c'est l'explication du grand soir.
04:47François Mitterrand vient tout juste d'arriver
04:49dans une pagaille indescriptible
04:50et que je ne déclarerai donc pas.
04:52Toute l'équipe du film vient également d'arriver.
04:54Ce duel entre les dinosaures américains
04:56et les mineurs du Nord
04:59révèle les deux approches opposées du cinéma.
05:02Il y a deux grands films cette année.
05:03Il y a le vôtre et il y a Jurassic Park.
05:06Est-ce que vous y voyez un symbole, vous,
05:08alors que le cinéma français est parti
05:10dans une lutte de défense de son identité ?
05:13Alors je dirais que la lutte
05:15d'un côté de Germinal
05:16et de l'autre côté Jurassic Park,
05:17il y a d'un côté la médiation du contenu
05:20et de l'autre côté, il y a la médiation du merchandising.
05:25Cette bataille sur écran géant
05:26était devenue le symbole d'un autre affrontement,
05:29de plus grande ampleur.
05:32Une guerre commerciale entre les États-Unis et la France,
05:36déterminante pour l'avenir du cinéma
05:38et qui allait se jouer en trois actes.
05:53Au moment où Jurassic Park et Germinal sont à l'affiche,
05:57115 pays discutent de la libéralisation des échanges.
06:01Ces négociations commerciales de GATT
06:04ont démarré sept ans plus tôt, en 1986,
06:07à Ponte d'Alesté, d'où leur nom Uruguay Round.
06:14Le GATT, c'est le grand bazar du commerce international,
06:17une sorte de super-monopoly
06:18où le jeu consiste à négocier les tarifs douaniers.
06:23Les gouvernements du monde entier discutent depuis sept ans,
06:27mais ils n'ont plus que quelques mois
06:29pour boucler les tractations.
06:31Un accord doit être impérativement signé au plus tard,
06:34le 15 décembre de cette année 1993.
06:39Il faut se replacer dans le contexte de l'époque.
06:41On est dans la mondialisation heureuse.
06:44Donc l'objectif, c'est de libérer les échanges
06:46parce que le libre-échange va amener la croissance mondiale
06:49et permettre de lutter contre les inégalités.
06:53Donc on a un peu de mal à se remettre dans ce contexte-là,
06:56aujourd'hui, où le monde se refragmente.
06:59On met tout sur la table.
07:01Les Airbus, les CEREA, les contrats d'assurance,
07:03tout ce qui peut être vendu et acheté,
07:05tout ce qui touche ou paie des droits de douane.
07:09Les ministres du commerce ont décidé dans cette négociation
07:13qu'aucun secteur ne serait exclu de la négociation,
07:17hormis les secteurs régaliens.
07:18C'était un nouveau chapitre en fait de libéralisation du commerce
07:23qui s'ouvrait, qui couvrait donc l'ensemble des services,
07:26services de télécommunication, services financiers, services maritimes.
07:34Donc de facto, les services culturels étaient inclus dans la discussion.
07:41Ces négociations du GATT représentaient une aubaine
07:45pour le lobbyiste que j'étais.
07:47En tant que représentant des studios d'Hollywood,
07:50j'y voyais une formidable opportunité d'accroître
07:53la diffusion des films américains dans le monde entier.
07:56« Mon travail est de essayer de voir que les films et les programmes
08:04peuvent bouger librement autour du monde
08:06dans des marchés compétitifs
08:09pour que les citoyens de chaque pays
08:12puissent faire leurs propres choix
08:14sur ce qu'ils veulent regarder
08:16dans le théâtre et sur la télé. »
08:21« En France, les personnalités politiques
08:27et les professionnels du cinéma me connaissaient bien.
08:30Et je peux dire que je connaissais bien la France moi aussi.
08:35Depuis André Malraux,
08:37j'avais été reçu par tous les ministres de la culture.
08:40Et j'étais très fier d'avoir reçu la Légion d'honneur.
08:44« Je peux faire chevalier de la Légion d'honneur. »
08:50« Jacques Valenti était petit de taille,
08:591,70 m,
09:00ce qui pour un Américain n'est pas très très grand. »
09:04« Costume impeccable,
09:05cravate impeccable,
09:06chaussures cirées.
09:08Il frappait tout de suite par cet extérieur. »
09:11« Il avait des petites bottes
09:13qui permettaient de les rehausser. »
09:18« Avec une gueule à la fois énergique
09:20mais séduisante
09:21qu'aurait pu jouer dans un western
09:23ou dans des films de gangsters. »
09:27« Et adorable et enthousiaste. »
09:33« Je venais tous les ans à Deauville
09:34pour le festival de cinéma américain
09:36que j'avais aidé à sa création.
09:40La maire de la ville,
09:41Andon Arnault,
09:42était devenue une amie. »
09:46« Son anniversaire était au mois de septembre.
09:47Le festival commençait au mois de septembre.
09:50Il venait passer son dîner d'anniversaire
09:53chez moi tous les ans
09:55avec les stars qui étaient là.
09:58Le téléphone sonne.
10:00On était tous à table.
10:01Donc je vais dans le bureau, je réponds.
10:03Et j'entends,
10:04« Désolé de vous déranger,
10:05mais le président des États-Unis
10:07voudrait parler à Jack Valenti
10:08pour lui souhaiter un bon anniversaire. »
10:13« Valenti a commencé sa carrière
10:15comme membre des cabinets
10:17des présidents américains.
10:19Kennedy et surtout Lyndon Johnson. »
10:22« En fait, il était dans l'avion
10:23qui ramenait Lyndon Johnson
10:26après l'assassinat de Kennedy. »
10:36« N'ayant avec moi simplement
10:38qu'un pyjama et une petite valise,
10:40je me suis envolé pour Washington avec lui
10:43et je ne suis plus jamais retourné
10:44chez moi à Texas.
10:46Ce jour-là a changé la vie
10:48de notre pays et la mienne aussi. »
10:53« Depuis Lyndon Johnson en 1963,
10:56j'étais régulièrement invité
10:58à la Maison-Blanche.
10:59J'avais côtoyé tous les présidents,
11:02démocrates comme républicains,
11:04rappelant à chacun
11:05combien la défense des intérêts
11:07du cinéma américain
11:09était importante. »
11:12« Donc c'est quelqu'un
11:13qui est avant tout un politique
11:15et il a été choisi
11:17pour présider la motion picture
11:19of America,
11:20non pas en fonction
11:21de ses qualités
11:23de caractère culturel,
11:25mais de son parcours politique
11:27et de sa capacité
11:29à faire en sorte
11:30que les instances politiques
11:33américaines
11:34prennent constamment en compte
11:37les intérêts du cinéma américain
11:39pour les défendre
11:40non seulement aux États-Unis,
11:42mais partout sur la planète. »
11:46Ce n'était pas la première fois
11:48que le cinéma constituait
11:49un enjeu économique
11:50et politique
11:51entre la France
11:52et les États-Unis.
11:54Au lendemain
11:55de la Seconde Guerre mondiale,
11:56en échange
11:57d'une importante aide financière,
12:00la France avait accepté
12:01de diffuser
12:02un plus grand nombre
12:03de films américains
12:04dans ses salles.
12:06Les professionnels
12:07y voyaient une tentative
12:08d'assassinats
12:09de cinéma français.
12:10« Vous aimez le cinéma français.
12:16Il vous a souvent ému,
12:18fait rire
12:19ou passionné
12:19avec de belles histoires.
12:21Si vous voulez en voir
12:22et en écouter d'autres,
12:24il faut que vous aidiez
12:25le cinéma français
12:26parce qu'il est en danger
12:28de mort. »
12:34En janvier 1948,
12:36une vaste mobilisation
12:38à laquelle participaient
12:39des stars
12:40comme Simone Signoret
12:41et Jean Marais
12:42avaient obligé
12:43le gouvernement français
12:44à faire marche arrière.
12:47À la même époque,
12:48la France se dotait
12:49d'un centre national
12:50du cinéma.
12:55Le centre national
12:56du cinéma,
12:57le CNC,
12:58comme on dit,
12:59aidait pas seulement
13:01les productions,
13:02mais aidait aussi
13:03les salles.
13:03Il est évident
13:04que sans l'intervention
13:05du centre du cinéma,
13:07beaucoup de films
13:08ne seraient pas faits.
13:09Je pense que ce serait
13:10un énorme appauvrissement
13:11du cinéma français.
13:16Lorsque vous allez voir
13:18un film au cinéma,
13:20que ce soit un film français,
13:21un film espagnol
13:23ou un film américain,
13:25le même pourcentage
13:26est pris sur le billet
13:27pour aller au CNC
13:30viser l'aide
13:32à la création
13:33des prochains films.
13:34Ça change tout.
13:35D'un seul coup,
13:36même un succès américain
13:38ou un succès français
13:39nourrit à égalité
13:41la production française
13:42à venir.
13:43Donc c'est un système
13:44effectivement assez protectionné.
13:46Ce que les Américains
13:47ne digéraient pas,
13:48c'est que cette taxe
13:49soit prélevée
13:50sur des films américains
13:51pour financer
13:52des films français.
13:56C'est sûr que je n'étais pas
13:58fan de cette réglementation,
14:00mais ce qui m'agassait
14:01plus encore,
14:02c'était le système
14:03des quotas.
14:05L'Europe avait adopté
14:07une réglementation
14:07qui s'appelle
14:08la directive
14:09télévision sans frontières
14:10qui prévoyait
14:11une obligation
14:13de quotas
14:14de diffusion
14:14d'oeuvres européennes
14:16sur les chaînes
14:16de télévision européennes.
14:18Les Américains
14:19parlaient
14:19de forteresse Europe.
14:38Je comptais profiter
14:39des pourparlers du GATT
14:40pour mettre à mal
14:41cette réglementation.
14:44Si je n'étais pas
14:45à la table
14:46des négociations,
14:47j'œuvrais un coulisse
14:49pour défendre
14:49les intérêts
14:50des producteurs américains.
14:55Au printemps 1993,
14:58la partie semblait
14:59plutôt bien engagée
15:00pour moi.
15:01La droite venait
15:02de remporter
15:03les élections législatives,
15:05ouvrant une nouvelle période
15:06de cohabitation.
15:08Le gouvernement
15:10d'Edouard Balladur
15:11n'avait pas encore
15:12pris la mesure
15:13des conséquences
15:14du GATT
15:14pour le cinéma.
15:15Il était totalement
15:17accaparé
15:17par un autre dossier.
15:22Au début
15:23des négociations,
15:24le sujet principal
15:25qui motive
15:28les politiques français
15:30et donc
15:31les négociateurs français,
15:32c'est l'agriculture.
15:34Parce que c'est la cible
15:36visée par les Américains
15:38qui veulent se débarrasser
15:39de la politique
15:40agricole commune.
15:47Vous connaissez
15:48le pouvoir
15:50comment dire
15:53d'influence
15:54des syndicats agricoles.
15:58Donc là,
15:59on a bloqué ce front
16:00pendant une heure
16:01et maintenant
16:02on se dirige
16:03vers un autre endroit.
16:08C'est la première mission
16:09qui m'est donnée
16:10par le Premier ministre.
16:12C'est précisément
16:13d'aller à Bruxelles
16:15pour expliquer
16:16à nos partenaires
16:18que la France
16:19n'était pas d'accord
16:20sur ce qu'on appelait
16:22le pré-accord
16:23de Blair House.
16:24Blair House
16:24est un immeuble
16:25de Washington
16:26dans lequel avait été
16:27signé un pré-accord
16:28entre
16:29les Européens
16:31et les Américains.
16:31et la France
16:33considérait
16:34que cet accord
16:35n'était pas acceptable
16:36parce qu'il était
16:37très pénalisant
16:38essentiellement
16:39pour nos agriculteurs.
16:40Et donc,
16:41j'avais reçu
16:41pour mission
16:42d'aller dire
16:43à mes collègues
16:43stop,
16:45même si c'est signé,
16:46nous n'acceptons pas.
16:48Mais malheureusement
16:49pour moi,
16:50le dossier agricole
16:52allait rapidement
16:52être rattrapé
16:53par celui du cinéma
16:54et de l'audiovisuel.
16:59Donc,
17:00avril 93,
17:02Alain Carignan
17:03nommait
17:04la proposition
17:04de l'hôtel de Clermont
17:06qui était l'hôtel
17:07du ministre de la Communication.
17:09On ouvre le placard
17:10du directeur de cabinet
17:11et on trouve
17:12une note
17:13posée sur l'étagère,
17:15une note très sibylline
17:16en trois points.
17:17Un des trois points,
17:18c'était
17:19au fait,
17:20faites attention
17:21parce que dans
17:21quelques semaines,
17:22les services audiovisuels
17:23vont être inclus
17:24dans le champ
17:25de libéralisation
17:27du commerce mondial,
17:28ce qu'on appelle
17:28les accords du GATT.
17:29Qui dit libéralisation
17:31des échanges
17:34dit suppression
17:35des quotas
17:35et que le meilleur gagne
17:37ou que celui
17:38qui a le plus d'argent
17:39gagne.
17:40Et à ce jeu-là,
17:41il est clair
17:42qu'il était difficile
17:45à la France
17:46ou à un quelconque
17:47pays européen
17:47de gagner.
17:48Le ministère de la Culture
17:49s'est rapproché de nous
17:50et en nous disant
17:51faites attention,
17:52il y a des négociations
17:53commerciales
17:54de vous êtes concernés
17:54et c'est là
17:55qu'on est allé
17:56rencontrer
17:57les gens
17:58de l'ADREU,
17:59c'est-à-dire Bercy,
18:00qui étaient
18:01ceux qui suivaient
18:02la négociation
18:03pour la France.
18:04Parce qu'attention,
18:04la négociation
18:05n'était pas menée
18:06par la France,
18:06elle était menée
18:07par la Commission européenne.
18:11Dieu merci,
18:12les Français
18:12n'avaient pas
18:13totalement les mains libres.
18:15Ils devaient composer
18:16avec le commissaire
18:17en charge du commerce,
18:19Sir Leon Britton,
18:20qui menait
18:21les discussions
18:22au nom de l'Europe.
18:25L'homme-Britagne,
18:26c'était d'abord
18:26un type
18:27de très grande classe.
18:30C'était l'aristocrate
18:31britannique
18:32avec tout ce que ça peut
18:34comporter
18:35sur le plan humain,
18:37sur le plan culturel.
18:39Il savait tout,
18:40il parlait
18:41quatre langues.
18:44Il avait
18:46une façon d'être
18:47qui pouvait
18:49aller de la brutalité
18:51jusqu'au charme
18:53et c'était
18:55un grand
18:55diplomate.
18:57J'étais surtout
18:59un libéral
18:59qui avait débuté
19:01sa carrière
19:02auprès de Margaret Thatcher.
19:03Je ne pouvais pas
19:04rêver mieux.
19:07Britton
19:07représentait
19:08les intérêts
19:08de l'Europe,
19:09mais partageait
19:10nos valeurs
19:11et comptait bien
19:12imposer le libre-échange
19:13dans tous les domaines,
19:14y compris le cinéma
19:16et l'audiovisuel.
19:18Le 14 juillet,
19:19juste après
19:20le défilé du 14 juillet,
19:22je suis allé chercher
19:22Alain Carignan
19:23en bas de la tribune,
19:24on a pris notre avion
19:24et on est allé
19:25à Strasbourg
19:26rencontrer le commissaire
19:27européen
19:28sur l'Eone Britanne
19:29pour demander
19:30à la commission européenne
19:32et au négociateur
19:33en chef
19:34de revoir sa copie.
19:40Et donc,
19:40on se présente
19:41dans son grand bureau
19:42au Parlement européen.
19:44D'abord,
19:44il nous dit
19:45que
19:46il reçoit
19:47ses instructions
19:47de la part
19:48des chefs d'État
19:48et de gouvernement,
19:49de la part
19:49du Conseil européen,
19:50voilà,
19:51et qu'il n'a pas
19:52à discuter
19:52avec un ministre
19:53d'un État membre.
19:55Donc,
19:56voilà,
19:56il veut bien nous recevoir,
19:57mais enfin,
19:57c'est juste par courtoisie.
20:00Et puis,
20:00que de toute façon,
20:01pour lui,
20:02le sujet est clos
20:03et donc,
20:04il ne voulait pas revenir
20:04sur sa position.
20:05Enfin,
20:06l'entretien a été
20:06extrêmement bref.
20:08Il nous a carrément mis dehors,
20:09il a fait le tour
20:10de son bureau,
20:10il a pris le ministre
20:11par le bras,
20:11il l'a ramené
20:12à la porte
20:12de son bureau.
20:14Bon,
20:14et puis donc,
20:15Alain Carignan,
20:16qui avait un très grand
20:17sens politique,
20:19m'a dit,
20:19un peu comme
20:20Charles Sénégaard
20:22dans Terminator,
20:23on va revenir.
20:23voilà.
20:34Allons-y,
20:35on y va,
20:36on décolle.
20:36Mesdames,
20:37messieurs,
20:37bonsoir,
20:38le commandant Carignan
20:39et son équipage
20:39vous souhaitent
20:40la bienvenue
20:40à port de cet avion
20:41à destination
20:42de Strasbourg.
20:43En septembre 1993,
20:46je suis pris de court
20:47par une initiative française.
20:49Comme promis,
20:50Alain Carignan
20:51est de retour
20:52et il n'est pas seul.
20:54Le ministre de la Communication
20:56a organisé
20:57au sein du Parlement européen
20:59une conférence de presse
21:00aux allures
21:01de festivals de Cannes.
21:03Le ministre avait mobilisé
21:05tout son réseau,
21:07on avait mobilisé
21:07tous les producteurs,
21:09donc on avait réussi
21:10à avoir
21:11tous les grands noms
21:12du cinéma français.
21:17Ils ont déjà 60%
21:19de notre marché,
21:20ils ont encore plus
21:21en Europe,
21:21on ne peut pas leur laisser
21:22100%,
21:22c'est impossible.
21:23c'est une situation
21:25insupportable à ce moment-là
21:25et je crois que c'est
21:26contre ça qu'il faut se battre.
21:28Si ces accords du GATT
21:29aboutissaient,
21:30c'est foutu de la culture européenne
21:32de l'identité culturelle.
21:33Ce qu'il faut défendre,
21:34c'est l'identité culturelle.
21:36Croire à la ligne.
21:40Il fallait trouver un nom
21:42pour ce combat.
21:43C'était compliqué
21:44parce qu'en réalité,
21:46c'était une sorte d'exclusion
21:48par absence d'offres.
21:50Exclusion par absence d'offres,
21:51ce n'est pas vendeur.
21:52Et donc c'est là
21:53qu'on a trouvé ce nom
21:55d'exception culturelle
21:56et c'est devenu
21:58l'exception culturelle,
21:59le symbole du combat.
22:01Nous voulons plaider devant vous
22:03la nécessité pour l'Europe
22:06de préserver ce que nous appelons
22:09l'exception culturelle,
22:11à savoir la nécessité de tenir
22:14hors du GATT
22:15tout ce qui s'apparente
22:17à l'audiovisuel et au cinéma.
22:20En aucun cas,
22:21le cinéma ne peut être assimilé
22:22à une industrie comme une autre
22:24et en ce sens,
22:25il faut vraiment qu'on lui confère
22:27ce caractère d'exception
22:28et que si cet espace de liberté
22:29n'est plus protégé,
22:30le cinéma meurt, n'existe plus.
22:34J'étais en train de tourner
22:35le château des Oliviers
22:37dans le Luberon
22:39et puis il s'agissait
22:41de venir très rapidement
22:43à Strasbourg
22:43et donc Alain Carignan m'a dit
22:45c'est très important,
22:47vous voulez bien venir ?
22:48J'ai dit oui tout de suite
22:49évidemment.
22:52J'avais décidé
22:53de ne rien dire.
22:55Donc j'ai écouté
22:56tout le monde
22:57parler
22:58puis à un moment donné
22:59j'ai vu devant moi
23:00tous les conseillers
23:01qui étaient là
23:02et qui avaient l'air de dormir
23:03et qui n'avaient pas l'air convaincus
23:05donc je me suis mise en colère.
23:06Moi quand j'ai voté pour l'Europe
23:08quand j'ai voté pour ma friche
23:09c'est parce que j'étais convaincue
23:11que tous
23:12vous alliez défendre ça
23:13que nous représentons tous
23:15dans notre identité.
23:17C'est pour ça que j'ai voté pour vous
23:18et je compte sur le mot
23:19pour l'exception culturelle.
23:26Les spécialistes, les ministres,
23:28tous les envoyés
23:30qui étaient chargés de la chose
23:31avaient un langage technique,
23:34administratif
23:35et comptaient sur nous peut-être
23:36pour l'émotion
23:37pour arriver à obtenir
23:39une chose qui nous concernait tous
23:41quand même.
23:41Brigitte Fossé
23:43presque
23:43des larmes aux yeux
23:44défendre l'identité culturelle.
23:47La machine médiatique
23:48était lancée
23:49pour soutenir
23:50la position de la France
23:51et pour réviser
23:53cette négociation
23:54en cours
23:54des accords du GATT.
23:57Les Français
23:58venaient de marquer un point
24:00mais mettre ainsi
24:02en avant
24:02leur star nationale
24:03ne suffisait pas.
24:07Un de nos succès aussi
24:08c'est d'avoir convaincu
24:10les négociateurs français
24:12de Bercy
24:13qui étaient quand même
24:14au départ éloignés
24:15de nos préoccupations.
24:17Nous on ne savait pas
24:18ce qu'ils faisaient
24:19et eux ne savaient pas
24:19ce qu'on faisait.
24:20C'est là que
24:21Jean-François Boitin
24:23m'a dit
24:23« Monsieur regard,
24:24on doit lister
24:25toutes les turpitudes
24:26que vous avez
24:27que vous,
24:27vous trouvez bien
24:28mais ce sont des turpitudes
24:29au regard des règles
24:31du commerce international.
24:32Donc mettez-vous tout nu
24:34sous la douche. »
24:35Donc je me suis mis
24:36tout nu sous la douche.
24:37J'ai expliqué
24:38toutes nos règles
24:39parce que c'était important
24:40qu'ils comprennent nos règles
24:41parce que s'ils ne les comprenaient pas
24:42ils ne pouvaient pas
24:42nous défendre.
24:46Voir les Français
24:47se mettre en ordre de bataille
24:49ne m'enchantait pas.
24:51Mais je n'étais pas très inquiet
24:52car pour eux
24:53le plus dur restait à faire.
24:56La France devait obtenir
24:58le soutien des autres pays
24:59de la communauté européenne.
25:02Si elle ne comptait
25:03que douze membres à l'époque
25:05je savais que les mettre
25:06tous d'accord
25:07n'était pas une mince affaire.
25:10Merci contre.
25:13Abstention.
25:15On ne peut pas dire
25:16que les douze États membres
25:17de la communauté économique européenne
25:19étaient aussi investis
25:20que nous l'étions.
25:21Pour la France
25:22c'était tout à fait essentiel.
25:24C'est vrai que nous avons été
25:25en pointe dans cette négociation
25:26et il a fallu trouver des alliés.
25:28J'ai fait toutes les capitales européennes
25:31et dans chacun des cas
25:33en rencontrant
25:34les divers partenaires en cause.
25:36Les représentants du monde
25:37du cinéma et de la télévision
25:38les ministères de la culture
25:41et de l'audiovisuel
25:42les ministères du commerce extérieur
25:44et des affaires étrangères
25:46pour essayer de leur faire
25:47comprendre nos positions
25:49et si possible
25:51de les faire adopter.
25:53Valenti faisait le tour
25:55de tous les pays
25:55lui aussi
25:56pour essayer d'aller convaincre
25:58les gouvernements
25:59de chacun des pays
26:00de ce qu'il fallait ouvrir
26:03que c'était le moyen
26:05de valoriser la culture
26:06qu'il n'y avait aucun risque
26:08pour les autres pays
26:09donc au nom de la liberté
26:11et au nom de la concurrence
26:13il fallait satisfaire
26:14des publics avides
26:15de programmes américains
26:17donc c'était ça son jeu.
26:42Alors Valenti nous expliquait
26:44que la France avait tout à gagner
26:45que les américains
26:46adoraient les films français
26:48et que donc en supprimant
26:49toutes les barrières douanières
26:51les films français
26:52allaient se vendre
26:53considérablement aux Etats-Unis
26:55sans évoquer le fait
26:56que les importations
26:58d'audiovisuel américaine
27:02en Europe représentait
27:04à peu près 4 milliards de dollars
27:06je parle de mémoire
27:07et les exportations européennes
27:09vers les Etats-Unis
27:10250 millions d'euros
27:12c'était ça l'équilibre
27:14dont M. Valenti considérait
27:16qu'il était tout à fait acceptable
27:17et qu'il fallait même l'accentuer.
27:23Décidemment les français
27:24n'avaient pas le goût du risque.
27:28Chaque fois que je le pouvais
27:29je dénonçais leur protectionnisme
27:31sachant que l'argument
27:33les agaçait au plus haut point.
27:38Mais attendez
27:39qu'est-ce que vous dites ?
27:40vous avez 1% de films européens
27:43sur vos écrans
27:44comment est-ce que vous pouvez
27:45comment est-ce que vous pouvez dire
27:46que vous êtes un marché ouvert ?
27:48Pas du tout.
27:49Donc l'accusation
27:51d'être protectionniste
27:52c'est à vous qu'il faut l'adresser
27:54et pas à nous.
27:56Je crois que les américains
27:57il faut qu'ils fassent
27:58un petit effort
27:59ils ont tout intérêt
28:00pour eux-mêmes
28:02à s'apercevoir
28:03qu'il y a un autre cinéma ailleurs
28:05qu'il est important
28:06qu'il existe
28:07et qu'il a influencé
28:08souvent leur metteur en scène.
28:10Peut-être
28:11qu'un dinosaure
28:13de Jurassic Park
28:14se retourne
28:16d'une certaine manière
28:17parce que
28:18Spielberg a vu
28:19un film de Goddard
28:20ou de Berman.
28:22Les français
28:23ne manquaient jamais
28:24une occasion
28:24de nous faire la morale
28:26toujours ce complexe
28:28de supériorité.
28:29Il faut dire que
28:30dans ce domaine
28:31les américains
28:32n'étaient pas les derniers.
28:34La bataille du Gat
28:35c'était aussi
28:36une bataille des Gaux.
28:38Vous ne pouvez pas
28:39faire un accord mondial
28:40sans l'Europe ?
28:41Ah bon ?
28:42Le vieux continent
28:43c'est le berceau
28:44du commerce.
28:45Ah bah ouais
28:46hein ?
28:47Nous restons
28:47le centre du monde.
28:49Oh putain
28:52c'est bon de rigoler
28:53le centre du monde
28:55attends
28:55je vérifie sur ma carte
28:58c'est quoi votre nom ?
28:59L'Europe.
29:01L'Europe
29:01l'Europe
29:01l'Europe
29:02l'Europe
29:02non il n'y a pas.
29:04Ah bon ?
29:05Marquez on n'a pas
29:06mis les petites îles
29:07hein ?
29:08Mais si
29:08on est là
29:09plus à gauche là.
29:11Ah moi
29:11c'est pas une carte
29:12de Géo
29:13c'est une carte
29:13du commerce
29:14c'est pour ça.
29:18Dans ce bras de fer
29:19avec la France
29:20l'un de mes atouts
29:21résidait dans la cohabitation.
29:24La droite
29:24avait la réputation
29:25d'être peu sensible
29:27aux questions culturelles
29:28et je comptais
29:29sur le gouvernement
29:30d'Edward Balladur
29:31pour lâcher du lest.
29:34Mais mes espoirs
29:35allaient rapidement
29:36être douchés.
29:38C'est parce que
29:39la droite
29:40était au pouvoir
29:40que
29:41cette
29:42politique
29:43entre guillemets
29:45de gauche
29:46a pu être menée.
29:48Si nous n'avions pas
29:50été au gouvernement
29:51si nous n'avions été
29:51dans l'opposition
29:52et que par définition
29:54les socialistes
29:55avaient
29:56défendu
29:57cette position
29:58d'exception culturelle.
30:01en tant qu'opposition
30:02il est probable
30:03que nous l'aurions combattu.
30:05Ça s'est bien trouvé
30:06qu'on ait gagné les élections.
30:07Notre gouvernement
30:09celui auquel
30:11appartenait
30:11Jack Lang
30:12celui dont je fais partie
30:14aujourd'hui
30:15si j'ose dire
30:16sur ce point
30:17c'est toujours
30:17le même gouvernement
30:18et c'est heureux
30:19je crois
30:20pour la France
30:20et pour le cinéma.
30:22La droite
30:23et la gauche
30:24main dans la main
30:25c'était à n'y plus rien
30:26comprendre.
30:28J'avais le sentiment
30:29que toute la France
30:30était ligue contre moi
30:31et avait déclaré
30:33la guerre
30:33au cinéma américain.
30:35plus l'échéance
30:37du 15 décembre
30:371993 approchait
30:39plus la pression
30:41médiatique
30:41s'accentuait.
30:43Tous les jours
30:44un professionnel
30:45du cinéma
30:45ou un politique
30:46sentait un nouvel argument
30:48pour défendre
30:49l'exception culturelle.
30:51Vous pouvez changer
30:52genre noir
30:53contre un transport
30:53de bananes ?
30:55C'est ce qu'on est
30:56en train
30:57d'essayer de nous dire.
30:58Dans le GATT
31:00les affaires
31:01de la défense
31:02par exemple
31:02ou les affaires
31:03de la santé
31:05n'existent pas.
31:06Il est prévu
31:07que le GATT
31:07ne les concerne pas.
31:09Est-ce que
31:10la culture
31:11n'est pas aussi
31:12dans la même situation ?
31:13C'est-à-dire
31:14ça n'a pas
31:15une valeur marchande
31:16c'est une industrie
31:17c'est un commerce
31:18mais c'est plus que ça
31:20et ça a une autre valeur
31:21et je crois que
31:22l'affrontement aujourd'hui
31:23c'est un affrontement
31:24de philosophie.
31:25La philosophie
31:26marchande
31:27d'un côté
31:27et la philosophie
31:28culturelle de l'autre.
31:29Si on les fait
31:30s'affronter
31:30dans le GATT
31:31c'est clair
31:32que c'est la philosophie
31:33marchande
31:33qui gagnera.
31:36On savait déjà
31:37à l'époque
31:38que le cinéma allemand
31:40et que le cinéma italien
31:42s'étaient réduits
31:44comme peau de chagrin
31:45dans la mesure
31:46où aucune obligation
31:48n'existait
31:49pour M. Berlusconi
31:52en Italie
31:53ou pour M. Kirch
31:54en Allemagne.
31:55Donc on a vu
31:56les cinémas
31:57de ces pays
31:58petit à petit
31:59s'étiolaient complètement
32:01et on savait
32:02que si on allait
32:03dans cette même logique
32:04pour l'ensemble
32:04de l'Europe
32:05c'est ce qui allait
32:06se passer
32:06pour l'ensemble
32:07de l'Europe
32:07et notamment
32:08nous
32:09sur le côté français.
32:10L'industrie créative
32:12d'un pays
32:12de 65 millions
32:13d'habitants
32:13a moins de moyens
32:17presque
32:17sui generis
32:19qu'une industrie créative
32:21de 300 millions
32:22de personnes.
32:22Donc il faut aider
32:23le petit,
32:24il faut équilibrer
32:25les forces.
32:27Mais on n'est pas
32:28contre le cinéma américain,
32:29on n'est pas contre
32:30les artistes,
32:31on n'est pas contre
32:31Woody Allen,
32:32on n'est pas contre
32:33tous les gens
32:35qui apportent
32:36leur contribution
32:37à la civilisation humaine.
32:38On est contre les gens
32:39qui fabriquent
32:40des hamburgers
32:43culturels
32:43et qui veulent
32:44obliger la jeunesse
32:45à ne manger que ça.
32:46On est contre
32:47cette culture d'addiction
32:48qui ne donne pas le choix
32:50mais qui impose
32:51petit à petit
32:51des goûts
32:52et qui en définitive
32:53manipule même
32:54les consciences.
32:56Aucun combat
32:56n'était contre
32:57le cinéma américain.
32:59Ces conditions
33:00que voulaient les Américains
33:01imposer au cinéma français,
33:02c'est ça
33:03que nous combattions,
33:04qui était indispensable
33:05de combattre
33:06pour libérer
33:07complètement le cinéma
33:08d'être considéré
33:10comme un n'importe
33:10quelle marchandise.
33:11C'est essentiellement ça
33:12le fond du problème.
33:14Il fallait que l'État,
33:16le peuple,
33:17le pays
33:18puisse s'occuper
33:19de sa culture
33:19parce que ça fait partie
33:21de son âme,
33:22ça fait partie
33:23de son patrimoine,
33:24ça fait partie
33:25de ce qu'il est.
33:29Les Français
33:30ne semblaient pas prêts
33:31à renoncer
33:31à leur exception culturelle.
33:34Tiendraient-ils
33:35jusqu'au bout ?
33:36Avais-t-on une chance
33:38de les faire craquer ?
33:40C'est ce que mon gouvernement
33:41voulait savoir.
33:43Et pour cela,
33:45tous les moyens
33:46étaient bons.
33:49Quand l'enjeu financier
33:51est important,
33:51les Américains
33:52ne reculent devant rien.
33:53Ils déploient
33:54tous les moyens.
33:55Donc là,
33:56on n'hésite pas
33:57à recourir
33:58à la CIA
33:59et à procéder
34:01à avancer
34:02finalement
34:03avec des moyens
34:03totalement déloyaux
34:05dans un pays allié.
34:16Un jour,
34:17j'ai reçu
34:18un coup de téléphone
34:19d'un conseiller
34:20à Matignon
34:21qui m'a dit
34:22« Monsieur Rogard,
34:22faites attention,
34:23votre téléphone
34:24est sur écoute
34:25des services américains. »
34:27Je lui ai dit
34:27« Ce n'est pas grave,
34:28ce que je dis
34:29en privé,
34:30je le dis en public
34:31et je vais terminer
34:33toutes mes conversations
34:34par les Américains
34:35sont des salopards. »
34:37ce n'est pas grave
34:37du tout.
34:41Vous pouvez
34:43écouter les téléphones.
34:44C'est ce qu'il y a
34:44de plus simple
34:45parce que là,
34:45vous savez
34:45ce qui va se passer.
34:47Et vous avez
34:47le côté,
34:49l'espionnage,
34:50l'approche humaine.
34:51Et donc,
34:52vous allez chercher
34:52des sources humaines
34:54en France
34:55pour tenter de savoir
34:57ce qui se trame
34:58au sein de l'administration.
35:02Ce que j'apprendrai
35:03quelques années plus tard,
35:05c'est que les renseignements
35:06français avaient repéré
35:07notre petit manège.
35:10La DST,
35:11la Direction de la Surveillance
35:13du Territoire,
35:14avait décidé
35:14de retourner l'arme
35:15contre nous
35:16en demandant
35:18à certains
35:18hauts fonctionnaires
35:19français
35:20de jouer à leur tour
35:21les espions.
35:24J'ai été alerté
35:25que certains diplomates
35:26n'étaient pas que diplomates,
35:28mais étaient également
35:29des agents
35:30d'un service
35:30de renseignement.
35:31C'est à ce moment-là
35:32que j'ai travaillé
35:33à la demande
35:34de la DST
35:35pour avoir
35:36des contacts
35:36un peu plus fréquents.
35:38Je n'avais pas forcément
35:38très envie
35:39d'être en contact
35:40régulier avec eux
35:40ou je n'avais pas forcément
35:41le besoin
35:42d'être en contact
35:42régulier avec eux,
35:44mais ils m'ont demandé
35:45d'avoir des contacts
35:46plus fréquents
35:46et d'être
35:49plus à l'écoute
35:52de leur thème d'intérêt
35:53et de ce qu'ils cherchaient
35:56à savoir.
35:56Et on va
35:57leur raconter
35:58des bobards.
35:59On va les enfumer.
36:00On va enfumer
36:01les Américains,
36:01faire en sorte
36:02qu'ils aillent
36:03à la négociation
36:04sans savoir
36:05ce qui va se passer,
36:06sans savoir vraiment
36:07et qu'il n'y ait
36:08surtout pas de billes
36:09pour affaiblir
36:12la position française.
36:15Moi aussi,
36:16je faisais les frais
36:17de cette campagne
36:18d'intoxication.
36:22Lorsque vous vous lancez
36:23dans ce genre
36:24de bataille
36:24face à des adversaires
36:27extrêmement puissants,
36:29vous n'avez pas
36:30à avoir de scrupules.
36:31Ce qui compte,
36:32c'est de gagner.
36:34Je ne connaissais pas
36:35Jacques Valenti.
36:36Je l'ai diabolisé
36:37en en faisant
36:38un peu une caricature,
36:39le symbole du méchant
36:41qui veut détruire
36:42le cinéma européen,
36:43qui n'aime pas
36:44les Français et tout,
36:45alors qu'en réalité,
36:46c'est faux.
36:47Valenti adorait
36:47les Français.
36:50Chaque fois qu'on pouvait
36:51faire un truc,
36:52en gros pour les emmerder,
36:54on le faisait.
36:55Par exemple,
36:56moi, à un moment donné,
36:57j'ai dit qu'on était
37:00au courant
37:00de tout ce qui passait
37:01à la NPA
37:02parce qu'on avait
37:04un espion
37:04au sein de la NPA.
37:06On ne l'avait pas,
37:07mais on leur a fait croire,
37:08ce qui fait qu'à un moment,
37:09ils ont viré
37:09tous les gens
37:10qui étaient dans
37:10leur bureau de Bruxelles.
37:15C'est dans ce climat
37:17totalement paranoïaque
37:18que j'abordais
37:19la dernière ligne droite
37:20de la bataille.
37:22Les Français semblaient
37:23plus déterminés que jamais
37:24et les dernières semaines
37:26de négociations
37:27s'annonçaient
37:28particulièrement difficiles.
37:47J'étais bien obligé
37:48de reconnaître
37:49que la France
37:49avait mené
37:50une campagne
37:51de lobbying
37:51très efficace.
37:54Mais à présent,
37:55elle avait besoin
37:56d'un accord
37:56en bonne et due forme
37:57avec ses partenaires
37:59européens.
38:01Pour cela,
38:02elle pouvait compter
38:03sur l'aide
38:03de la Belgique
38:04qui présidait
38:05la communauté européenne
38:06et qui avait décidé
38:08de réunir
38:08dans la ville de Mons
38:09tous les ministres
38:10de l'audiovisuel.
38:14À Mons,
38:15les ministres veulent d'abord
38:16bien se mettre
38:16d'accord entre eux.
38:18La France,
38:18la Belgique et d'autres
38:19sont à fond
38:20pour l'exception culturelle.
38:21Reste à convaincre
38:22l'Angleterre
38:22et aussi,
38:23dans une moindre mesure,
38:24l'Allemagne.
38:24Deux jours
38:25pour s'armer
38:25d'une position commune,
38:26c'est le pari
38:27d'Élio Di Rupo.
38:31Le ministre belge
38:32de l'audiovisuel
38:33avait mis au point
38:34une stratégie
38:35et entendait bien
38:36tordre le bras
38:37des adversaires
38:38de l'exception culturelle.
38:42Mes collaborateurs,
38:43collaboratrices
38:44ont travaillé
38:45avec l'équipe
38:46de M. Carignan
38:47et d'autres
38:47toute la nuit
38:48pour rédiger
38:49un accord
38:50et s'endormir
38:51le lendemain.
38:52J'ai présenté
38:53cela
38:55à mes collègues
38:56donc j'ai lu
38:59et je ne leur ai pas demandé
39:01s'ils étaient d'accord.
39:02J'ai simplement constaté
39:04qu'il y en avait
39:06qui étaient pour
39:07et les autres
39:07se sont abstenus,
39:09n'ont pas pris la parole.
39:11Il y a eu un vote
39:11et on a obtenu
39:12une majorité,
39:13une courte majorité
39:14mais on avait
39:14sept pays
39:16sur les douze
39:16qui étaient d'accord
39:17y compris
39:18sur le terme
39:19d'exception culturelle.
39:20Ça suffisait
39:21pour pouvoir
39:22alors présenter,
39:24rédiger
39:24et faire approuver
39:25les conclusions
39:26des États membres.
39:29Les douze
39:30avaient désormais
39:31une position officielle
39:32que le commissaire européen
39:34Sir Leon Britton
39:35était obligé
39:36de prendre en compte.
39:39Il était furieux
39:41de ça
39:42mais d'un seul coup
39:43il s'est trouvé
39:44contraint
39:45par un mandat
39:46des conditions de monstre
39:47qui sont en fait
39:48les conditions
39:49de préservation
39:50de la liberté
39:51de réglementation
39:53et de législation européenne.
39:57Mais les Français
39:58devaient rester vigilants.
40:00Un revirement
40:01de la part
40:01de Leon Britton
40:02que personnellement
40:03j'appelais de mes voeux
40:04était toujours possible.
40:08Pour contrer ce danger
40:10la mobilisation française
40:12était montée
40:13jusqu'au plus haut sommet
40:14de l'État.
40:15Le président
40:16François Mitterrand
40:17comptait peser
40:18de tout son poids
40:19dans la négociation
40:20quitte à marcher
40:22sur les plates-bandes
40:23de son premier ministre.
40:26Les services
40:27des matignons
40:27m'appellent
40:28et me disent
40:28il y a un sommet
40:29franco-italien.
40:31Ça serait bien
40:32d'organiser
40:33un événement
40:34on pourrait aller
40:35à la Villa Médicis
40:36on ferait venir
40:36les réalisateurs italiens
40:38vous vous arrivez
40:39avec une délégation
40:40de cinéastes français
40:42et le premier ministre
40:44présidera une réunion
40:46pour défendre
40:47l'exception culturelle.
40:49Et la réunion
40:49devait démarrer
40:50à 15h.
40:52Et à 15h
40:53Édouard Balladur
40:54arrive avec son équipe
40:55à 15h10 secondes
40:58François Mitterrand
40:59arrive.
41:00Le premier ministre
41:01d'abord
41:01a fait le détour
41:03suivi de très près
41:04par le président
41:05de la République.
41:07Mitterrand
41:07parfaitement à l'heure
41:08alors qu'il était
41:09tout le temps en retard
41:10et c'est lui
41:11qui a mené
41:12à la discussion
41:13tout le temps
41:13et je pense que Balladur
41:14n'a pas pris la parole
41:16une seule fois
41:17au cours de cette réunion
41:18qu'il avait
41:19d'ailleurs
41:21organisée
41:21et très bien
41:22organisée.
41:23Monsieur le Président
41:24est-ce que vous avez
41:24un message particulier
41:25à leur adresser ?
41:26Espérons
41:27et luttons.
41:34Au début
41:34du mois de décembre
41:36nous nous retrouvons
41:37américains et européens
41:38à Genève
41:39où allaient avoir lieu
41:40les ultimes négociations.
41:43Face à Leon Britton
41:44c'était Mickey Cantor
41:45le représentant
41:47au commerce
41:47qui défendait
41:48les positions américaines.
41:51Mickey Cantor
41:52était un habitué
41:53d'Hollywood
41:53où il avait été avocat.
41:55Je ne doutais pas
41:57qu'il serait sensible
41:58à mes arguments.
42:07Comme les Français
42:08je passais
42:10de longues heures
42:10dans les halls d'hôtel
42:11et dans les couloirs
42:12du GATT
42:13en espérant
42:14glaner des informations.
42:19Quelque part
42:19ce sont des rythmes
42:21très agricoles.
42:22c'est-à-dire qu'il y a
42:22des périodes
42:23où on ne fait pas
42:24grand-chose
42:24et puis vient
42:26la période
42:27des moissons
42:27et là
42:28il faut être prêt
42:28à passer
42:29une semaine,
42:31quinze jours,
42:31trois semaines
42:32sans dormir
42:32pratiquement
42:34parce que
42:35les réunions
42:36se multiplient
42:36parce qu'il faut
42:37suivre à la trace
42:38les représentants
42:39de la commission
42:40pour être sûr
42:41qu'ils vont bien
42:42tenir la ligne
42:43qu'on leur a demandé
42:44de tenir.
42:53Je me souviens surtout
42:54d'avoir très peu dormi
42:55d'avoir beaucoup attendu
42:59à la sortie des salles
43:00de réunion
43:01à la recherche d'informations
43:04obtenir de l'information
43:05c'est finalement
43:06c'est le nerf
43:07de cette négociation.
43:10Il y a des lieux
43:11où on discute
43:11de façon plus informelle
43:13les restaurants,
43:14les cafés
43:15on laisse traîner
43:16nos oreilles
43:17un peu partout.
43:19Les couloirs
43:20de l'immeuble du GATT
43:21sont plus clairsemés
43:22ce soir
43:23c'est un signe
43:24un mauvais signe.
43:25Les journalistes
43:26ont été priés
43:27d'attendre dehors
43:28quant aux délégués
43:29ils enchaînent
43:29réunion sur réunion
43:30et sont moins bavards
43:32qu'en début de semaine.
43:34Moi j'avais un collègue
43:35qui passait son temps
43:37dans les toilettes
43:37comme ça il était sûr
43:38de pouvoir croiser
43:39les représentants
43:41de la commission
43:41quand ils passeraient
43:42aussi dans les toilettes.
43:45Je ne blague pas.
43:50Je me souviens également
43:52qu'en 1993
43:55c'était les premiers postes
43:56de téléphone portable.
43:59Alors c'était pas
44:00un petit portable comme ça
44:01c'était une espèce
44:02de boîte carré
44:03qui devait faire au moins
44:04un kilo ou deux kilos
44:06et qu'on emmenait
44:08dans différents lieux
44:10pour pouvoir avoir
44:11un lien
44:12si possible
44:14sécurisé
44:15avec Paris.
44:19Après des heures
44:20de discussion
44:21aucun progrès
44:22n'a été réalisé
44:22sur les contentieux
44:23qui bloquent encore
44:24l'aboutissement
44:24de l'Uruguay-Round.
44:27Pour Léon Britann,
44:29l'Européen,
44:29il y a crise
44:30et les négociations mondiales
44:32sur le GATT
44:32sont dans une situation
44:33extrêmement inquiétante.
44:35des propos tempérés
44:37par le négociateur américain.
44:40La situation est confuse
44:41et difficile
44:42mais parler de crise
44:43s'est exagéré.
44:44Dans un processus
44:45aussi délicat,
44:46il y a toujours
44:46des hauts et des bas.
44:48Quoi qu'il en soit,
44:49les travaux
44:49sur les textes
44:50de l'accord final
44:51devaient être bouclés
44:52ce soir à minuit.
44:53Ils ne le seront pas.
44:56Quelques jours
44:57avant la date fatidique
44:58du 15 décembre,
44:59la pression montait
45:00encore d'un cran.
45:01Mais quelqu'un
45:03de semblait confiant,
45:04mais les Américains
45:05et les Européens
45:06continuaient de s'opposer
45:08sur la question
45:09du cinéma
45:09et de l'audiovisuel.
45:11Aucune issue
45:12ne se dessinait.
45:28Ah non,
45:29mais au fil
45:29de la négociation,
45:30les moments
45:31où on s'est dit
45:31c'était foutu,
45:32c'était tous les jours.
45:34Dans la journée,
45:35on avait des rumeurs
45:37que l'Europe
45:38faisait des concessions,
45:39que Britannes avançaient,
45:41que Cantor acceptait.
45:42Et le soir,
45:44on remontait le courant
45:45parce que Juppé
45:47se déchaînait.
45:48Juppé a d'ailleurs
45:49une déclaration
45:49très méchante
45:50pour les hautes britannes.
45:55Notre sentiment
45:56était que Britannes
45:56avait lâché.
45:57Et donc là,
45:58on a remis la gomme
45:58et ça m'a amené
46:00à une confrontation,
46:01c'est vrai,
46:02avec le commissaire européen
46:03sur les hautes britannes.
46:04Et je me souviens
46:05d'avoir causé
46:06un peu d'émoi
46:07lorsque, au cours
46:08d'une réunion
46:08du Conseil des ministres
46:10des Affaires étrangères,
46:12européens,
46:13je m'adresse
46:14à Sir Léon Britannes
46:15en lui disant
46:15« Mais monsieur le commissaire,
46:16ce n'est pas vous
46:17qui décidez.
46:18Vous êtes chargé
46:19d'exécuter
46:20le mandat de négociation
46:21que nous,
46:21les ministres,
46:22nous vous donnons. »
46:23Ça avait jeté un froid
46:24autour de la table.
46:26Mais finalement,
46:26ça avait été efficace.
46:28Britannes,
46:29elle avait finalement
46:29tenu compte.
46:34Et il y a eu
46:35un dernier petit déjeuner
46:37le jour
46:38de l'accord final
46:39entre le chancelier Kohl
46:41et François Mitterrand.
46:43François Mitterrand
46:44a insisté
46:46à Bordicus
46:46pour que,
46:48sur l'exception culturelle,
46:50les Européens
46:51ne changent pas.
46:52Il a obtenu,
46:54confirmé
46:55l'adhésion
46:55du chancelier Kohl.
46:56et quand ils ont vu
46:58les Américains,
46:59ils ont dit
46:59« Américains,
47:00c'est pas négociable. »
47:04Après deux nuits blanches,
47:05les négociateurs
47:06semblaient enfin
47:07avoir trouvé
47:08un terrain d'entente.
47:10Devant la mine
47:11réjouie des Français,
47:13je compris assez vite
47:14que le résultat
47:15des discussions
47:15ne m'était pas favorable.
47:23Je me souviens très bien
47:25de la dernière nuit.
47:27Je ne sais pas
47:28quelle heure il était.
47:28Il devait être
47:29deux heures ou trois heures
47:29du matin.
47:30On s'est précipité
47:31dans une cabine téléphonique.
47:33On a appelé
47:33notre directeur
47:34des relations économiques extérieures
47:36en disant
47:36« On a gagné. »
47:39Je reçois un coup de fil
47:40du ministère de la Culture
47:41qui me dit
47:42« Les Américains acceptent
47:43de signer un accord du GATT
47:45et il n'y aura pas
47:45d'engagement européen
47:47sur l'audiovisuel. »
47:49Alors,
47:49on s'est tous mis à pleurer.
47:51Non, mais je vous jure,
47:52on était sur les nerfs.
47:53On s'est retrouvés
47:54dans le bureau de Toubon
47:55au ministère de la Culture.
47:57Ça me fait encore
47:58les larmes aux yeux
47:59et on pleurait tous.
48:04Pour sauver
48:05les accords du GATT
48:06qui portaient
48:07sur des dizaines
48:07de secteurs,
48:09Brittany et Cantor
48:10avaient décidé
48:10de ne pas incluir
48:11le cinéma
48:12et l'audiovisuel
48:13dans le compromis final.
48:27Mickey Cantor a jugé
48:29qu'en réalité,
48:30je pense,
48:31la position
48:32du cinéma américain
48:34telle qu'elle était
48:35à l'époque
48:35était suffisamment forte
48:38pour qu'elle n'ait pas
48:39absolument besoin
48:40de cet exercice
48:41de libéralisation
48:41que les professionnels américains
48:44auraient voulu prolonger.
48:46Le résultat est que
48:48l'Europe est absolument libre
48:51de poursuivre
48:53la politique culturelle
48:55dans la direction
48:57qu'elle veut choisir.
49:01Quand Mickey Cantor
49:02a annoncé
49:03à Léon Britann
49:04que, ok,
49:05les américains
49:06laissaient tomber
49:07sur le sujet
49:09cinéma
49:09et audiovisuel,
49:10on nous dit
49:11que Léon Britann
49:12s'est presque fâché
49:13en disant
49:14« Ah,
49:15you give everything
49:16to the French ».
49:17Avec cette manière
49:19tout à fait sympathique
49:21qu'ont les britanniques
49:22de parler
49:22de « the French ».
49:23Avec votre approche,
49:24je gammel
49:26que l'uruguay
49:27est concluée.
49:32Ce coup de marteau
49:34de directeur du GATT
49:35sonnait à mes oreilles
49:37comme une défaite.
49:39J'étais contraint
49:40de m'incliner.
49:41La France avait gagné.
49:45Je compte
49:46que c'est un jour triste
49:47parce que
49:48dans un GATT
49:49dont l'objectif
49:50est de réduire
49:52les barrières
49:53dans le monde,
49:54l'Europe
49:55a gardé
49:56leur grande
49:58qui s'est contrarié
50:00aux objectifs
50:01de GATT.
50:02de la France,
50:03il lutte
50:22Et c'est un jour
50:28qui s'est fréquenté
50:29avec le président
50:29et qui s'est passé
50:30au titre
50:31de la France.
50:31valentier aimerait vous rencontrer je l'avais jamais vu et je me dis j'y vais et c'était assez
50:38impressionnant de le voir quand même bon bon et il me dit monsieur regard je suis pas du tout
50:42celui que vous pensez que je suis et nous devons laisser le passé derrière nous vous avez gagné
50:49je reconnais bon laissons le passé derrière nous et voyons l'avenir et voyons ce qu'on peut
50:55construire ensemble nous avons quelque chose en commun c'est la lutte contre le piratage et c'est
51:01à ce moment là que je lui ai dit bah jacques venez je vous invite aux rencontres que j'organise
51:06chaque
51:07année à bonnes avec l'arbre et il est venu à bonnes ce qui m'a valu d'ailleurs des
51:12critiques extrêmement
51:13fortes de la profession parce qu'il me disait pourquoi l'icône du mal tu le fais devenir
51:17après il fallait que j'explique que l'icône du mal n'était pas vraiment l'icône du mal à
51:22titre
51:23personnel j'avais enterré la hache de guerre avec les français mais face à cette réglementation toujours
51:30en vigueur les américains n'avaient pas dit leur dernier mot toutes les plateformes netflix amazon
51:37disney qui sont localisés hors de france ont une obligation en fonction du chiffre d'affaires réalisé
51:44en france d'investir dans la création du visuel et la création cinématographique française les
51:50américains aujourd'hui à nouveau se disent comment on fait en sorte de casser ces directives pour que nos
51:57netflix ou autres n'est plus aucune de ces obligations sur la programmation d'un européenne
52:05et l'obligation d'investissement dans ses productions
52:10mais cette bataille n'est plus la mienne j'ai déposé les armes depuis longtemps et laissé ce combat à
52:17mes
52:17successeurs
52:18musique
52:49...
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