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00:00Avec son sourire inimitable, sa voix chantante et cette silhouette devenue légendaire,
00:05Fernandel a incarné pendant des décennies l'âme du cinéma populaire français.
00:09Du rire au rôle plus émouvant, il a traversé les époques en devenant l'un des artistes les plus aimés
00:15du public,
00:16bien au-delà des frontières françaises.
00:18Derrière cette immense popularité se cache le parcours exceptionnel d'un homme devenu une véritable icône du cinéma et de
00:25la chanson.
00:26Fernand-Joseph Désiré Contandin naît à Marseille, au 70 boulevard Chaves,
00:31dans une famille profondément ancrée dans la culture populaire du sud de la France.
00:35Son père, Denis Contandin, est comptable de profession,
00:39tandis que sa mère, Désirée Bédouin, travaille comme couturière.
00:42Mais derrière cette apparence modeste se cache déjà un univers tourné vers le spectacle.
00:47La famille de Fernand possède des origines italiennes.
00:50L'un de ses arrière-grand-pères, Thomas Contandin, vient du Piemone.
00:54Dans la vallée du Closone, au nord de l'Italie,
00:57un autre de ses ancêtres, Mathieu Maglione, originaire de Lugurier,
01:02rejoint à lui aussi Marseille, où il travaille comme porte-fée sur le port.
01:06Des racines italiennes qui resteront présentes dans l'histoire familiale.
01:10Son père ne se contente pas de tenir des comptes.
01:13Sous le pseudonyme de Sinède, simplement son prénom Denis écrit à l'envers,
01:17il mène une activité de comédien et chanteur amateur.
01:20Sa mère monte également sur scène à l'occasion.
01:23Très vite, tous deux remarquent chez leur fils un vrai talent pour divertir et captiver.
01:28Le jeune Fernand accompagne alors son père dans les concerts qu'elle organise dans les environs de Marseille.
01:33Et très tôt, il monte lui aussi sur les planches.
01:35Lors d'un concours réservé aux petits chanteurs amateur au théâtre du Châtelet de Marseille,
01:39il remporte même le premier prix des Enfants Prodiges.
01:42Son ami d'enfance, Andréx, racontera plus tard un souvenir devenu célèbre.
01:47Selon lui, Fernand fait ses débuts sur scène à seulement 5 ans,
01:50en chantant des chansons militaires avec son frère aîné Marcel.
01:53Mais c'est à l'âge de 7 ans qu'il connaît son premier véritable succès, presque par accident.
01:59Paralysé par le tract, avant d'entrer sur scène,
02:02il aurait été poussé par son père d'un grand coup de pied.
02:05Dans sa précipitation, le petit Fernand s'emmêle dans son sabre
02:08et tombe de tout son nom devant le public, déclenchant un immense éclat de rire.
02:13Un moment humiliant pour certains, mais fondateur pour lui.
02:17Après cela, il n'aura plus jamais peur de monter sur scène.
02:20Fernand grandit entouré de ses frères et sœurs.
02:22Marcel, son aîné de 6 ans, partage même un temps la scène avec lui,
02:26sous le nom de Marcel et Fernand Sinède.
02:28Plus tard, naîtront également son jeune frère Francis, surnommé Francineide, et sa sœur Marguerite.
02:34Sans encore le savoir, le petit garçon marseillais est déjà en train de devenir
02:38celui que toute la France connaîtra bientôt sous un autre nom, Fernandel.
02:42En 1915, à la fin de sa scolarité à l'école primaire,
02:46le père de Fernand décide de lui trouver une première expérience professionnelle.
02:50Il l'envoie travailler dans une agence marseillaise de la Banque Nationale de Crédit.
02:55Mais l'aventure est de courte durée.
02:57Fernand ne tarde pas à être renvoyé.
03:00Par la suite, il enchaîne les petits métiers.
03:02On le retrouve à porter des sacs de sucre sur le port de Marseille,
03:06à travailler dans une maison de tissu,
03:08puis dans plusieurs banques, dont la société marseillaise de crédit.
03:12Une période fait de débrouilles, d'expériences diverses, sans véritable stabilité.
03:16En parallèle, il continue malgré tout à fréquenter les scènes locales.
03:20Il se produit comme comiques troupiers, dans des noces, des banquets,
03:23ou encore dans les cafés-concerts de Marseille,
03:25comme les variétés, le Palais de Cristal, le Grand Casino, l'Eldorado,
03:29ou encore l'Alcazar.
03:30Il y rencontre un certain succès, sans jamais pour autant se prendre trop au sérieux.
03:35Son visage atypique marque les esprits,
03:37mais son tempérament changeant l'empêche encore de s'installer durablement.
03:41Finalement, il trouve un emploi plus stable à la savonnerie du fer à cheval,
03:45qu'il conserve jusqu'à son incorporation dans l'armée.
03:48Le 4 avril 1925, à l'âge de 22 ans, il épouse Henriette Félicie Mance,
03:53la sœur de son ami le parolier Jean Mance, avec laquelle il aura trois enfants.
03:58C'est d'ailleurs la mère d'Henriette qui serait à l'origine de son célèbre pseudonyme.
04:02En le voyant arriver, elle s'exclame un jour depuis sa fenêtre
04:05« Tiens, voilà le Fernandelle ! »
04:08La formule fait mouche et devient son nom de scène.
04:11Une autre hypothèse évoque aussi une origine provençale,
04:14où « Fernandelle » signifierait simplement « Petit Fernand ».
04:17Un mois après son mariage, il part effectuer son service militaire
04:21au 93e Régiment d'Artillerie de Montagne à Grenoble.
04:24Il en est libéré le 29 avril 1926.
04:27Quelques semaines avant sa démobilisation, le destin s'accélère.
04:31Le directeur de l'Oédéon de Marseille lui propose de remplacer une vedette parisienne
04:34en première partie de spectacle, après que celle-ci a été huée par le public.
04:39Fernandelle monte sur scène avec son numéro de « Tour l'au rond »,
04:42mêlant chansons populaires et créations personnelles écrites notamment avec Jean Mance.
04:47Le succès est immédiat, franc, éclatant.
04:50Présent ce soir-là par hasard, le directeur français de la Paramount
04:54lui propose aussitôt un contrat pour se produire dans tout le réseau.
04:57Une opportunité décisive.
04:59Le 19 mars 1927, Fernandelle débute à Bordeaux, où il retrouve son ami Andréx.
05:04Il enchaîne ensuite les représentations à Toulouse, Nice, puis Lille.
05:08Et peu à peu, sans encore le savoir, il entre dans une carrière
05:12qui va le transformer en véritable icône du cinéma français.
05:15Le 7 décembre 1928, Fernandelle fait ses débuts sur les scènes parisiennes à Bobineau.
05:20Le succès est immédiat.
05:21Sa prestation marque les esprits au point que, dès le dents de main,
05:25il signe un contrat de 19 semaines pour se produire dans le circuit des cinémas pâtés à Paris.
05:30Dans la foulée, il est également engagé au théâtre de l'Empire par Émile Audifred.
05:34Sa carrière prend une nouvelle dimension, mais la vie personnelle reste marquée par des épreuves.
05:38En mars 1930, il perd son père.
05:41Malgré ce drame, il continue d'avancer.
05:44Installé dans un modeste hôtel de Mélidmontant, rue Pelleport,
05:47il poursuit ses engagements et débute notamment à l'Elysée Palace de Vichy.
05:52C'est là qu'Henri Varna, directeur du Casino de Paris et du Théâtre Mogador, le remarque.
05:56Séduit, il l'engage pour la revue d'hiver du concert Mayol,
05:59une grande revue déshabillée très en vogue à l'époque, qui attire le tout Paris mondain.
06:05Fernand L y partage la scène avec Parisis, dans plusieurs sketchs intégrés entre les numéros de danse.
06:11Parmi les spectateurs ce soir-là, le réalisateur Marc Allegret est profondément marqué par sa présence,
06:16son physique et son énergie.
06:18Il décide de lui offrir un rôle dans le film qu'il prépare avec Sacha Guitry,
06:22« Le Blanc et le Noir », où Fernand L incarne un groom.
06:27C'est le véritable début de sa carrière au cinéma, en 1930.
06:31L'année suivante, en 1931, Jean Renoir lui confie un rôle plus important aux côtés de Michel Simon,
06:36dans « On purge bébé », adapté de Georges Fedot.
06:40La même année, il apparaît également dans « Cœur de Lila », aux côtés de Jean Gabin.
06:43Puis, en 1932, une étape décisive est franchie.
06:46Fernand L devient pour la première fois la vedette d'un film.
06:48Il tient le rôle principal dans « Le Rosier de Madame Husson », réalisé par Dominique Bernard Deschamps,
06:54d'après une nouvelle de Guy de Montpassant.
06:57À partir de là, sa carrière est véritablement lancée, et rien ne semble pouvoir l'arrêter.
07:06Par la suite, la carrière de Fernand L prend une ampleur considérable.
07:10Il devient l'un des visages incontournables du cinéma français,
07:13enchaînant les succès et s'imposant comme une véritable vedette populaire.
07:16Il triomphe notamment dans les films de Christian Jacques,
07:19avec « Un de la Légion » et « François Ier » en 1936,
07:23puis « Josette » en 1937, où il partage même l'écran avec sa fille aînée.
07:26On le retrouve ensuite dans « Frick Frack » en 1939,
07:29une comédie marquante de cette période.
07:32Et c'est surtout avec Marcel Pagnol que Fernand L forge certains de ses rôles les plus emblématiques.
07:37Il apparaît dans « Angèle » en 1934,
07:39puis dans « Regain » en 1937,
07:40« Le J'ponce » en 1938,
07:44« La fille du Pusatier » en 1940,
07:46« Naïs » en 1945,
07:48et plus tard encore « Topaz » en 1951.
07:52Cette collaboration durable connaîtra toutefois une fin difficile,
07:55puisque Fernand L et Pagnol finiront par se brouiller après ce dernier film.
08:00Malgré son immense succès au cinéma,
08:02il ne délaisse pas pour autant la chanson.
08:04Il poursuit une carrière musicale parallèle,
08:06souvent liée à des comédies musicales,
08:08qui seront ensuite adaptées au cinéma.
08:10Plusieurs titres rencontrent un grand succès populaire,
08:12comme « Ignace »,
08:13« Sempley » ou encore « Félicie » aussi,
08:15devenues de véritables tubes.
08:17En 1937,
08:19il publie également ses premières mémoires sous forme de feuilleton,
08:22dans « Le quotidien communiste » ce soir,
08:24un texte très suivi par le public.
08:27En 1939,
08:28avec le début de la guerre contre l'Allemagne,
08:31Fernand L est mobilisé durant la drôle de guerre.
08:33Il est affecté à Marseille,
08:35au 15e escadron du train,
08:36dans la caserne d'Aurel.
08:38Son arrivée ne passe pas inaperçue.
08:40Il provoque même une petite émeute
08:41lors de son premier tour de garde,
08:43ce qui conduit à le cantonner dans la cour de son unité.
08:47Il sera ensuite démobilisé après l'armistice.
08:50Durant cette période,
08:51il enregistrait également la chanson Francine en 1939,
08:54un titre engagé contre la propagande allemande.
08:57Les années 40 restent marquées par une activité intense,
09:00malgré le contexte de l'occupation.
09:02Il tourne notamment deux films qui réalisent lui-même,
09:05Simplé en 1942 et Adrien en 1943,
09:08produit par la Continental Films,
09:10une société financée par des capitaux allemands.
09:12Comme beaucoup d'artistes de son époque,
09:14il continue à travailler malgré la guerre.
09:17Il chante dans des cabarets,
09:18se produit à l'opéra du Grand Casino,
09:20au Casino des Fleurs de Vichy,
09:21et participe même à des émissions sur Radio Paris.
09:24Une période complexe où sa carrière continue d'avancer,
09:27dans un contexte historique particulièrement troublé.
09:30Dans les années 50,
09:32Fernandel retrouve un second souffle au cinéma,
09:34avec une série de films à grand succès.
09:36Il enchaîne les rôles marquants dans L'Auberge Rouge en 1951,
09:40réalisé par Claude Autant-Lara,
09:42puis dans Alibaba et les 40 voleurs en 1954,
09:45sous la direction de Jacques Baker.
09:47En 1959, il est également à l'affiche de La Vache et le Prisonnier,
09:50réalisé par Henri Verneuil,
09:52qui rencontre lui aussi un large succès populaire.
09:55En parallèle, il passe derrière la caméra en 1951,
09:58avec Ademar, ou Le Jouet de la Fatalité,
10:01sur un scénario signé Sacha Guitry,
10:04confirmant ainsi sa volonté de toucher à plusieurs aspects du cinéma.
10:08Mais c'est surtout la série des Don Camillo
10:11qui va asseoir définitivement sa notoriété.
10:14Inspirée des œuvres de Giovannino Guaraci,
10:18elle raconte l'histoire d'un curé et d'un maire communiste
10:21dans un petit village italien,
10:23engagé dans une rivalité aussi politique qu'humaine.
10:26Dans le contexte de la guerre froide,
10:29ce personnage de prêtre, au tempérament bien trempé,
10:31devient immédiatement emblématique.
10:34Fernandelle incarne Don Camillo,
10:36dans six films au total.
10:37Le petit monde de Don Camillo en 1951,
10:41et le retour de Don Camillo en 1953,
10:43réalisé par Julien Duvivier,
10:45puis la grande bagarre de Don Camillo en 1955,
10:48Don Camillo Monseigneur en 1961,
10:50Don Camillo en Russie en 1965,
10:53et enfin Don Camillo et ses contestataires,
10:56commencé en 1970,
10:58mais qu'il ne pourra pas terminer
11:00en raison de la maladie qu'il emportera l'année suivante.
11:03Le 18 janvier 1953,
11:05alors qu'il se trouve à Rome avec sa fille Janine,
11:07il est reçu au Vatican par le pape.
11:09Celui-ci souhaite, selon ses mots,
11:11rencontrer le plus célèbre des prêtres de la chrétienté,
11:14après le pape.
11:15La popularité du personnage est telle
11:17qu'une statue de cire de Fernandel en Don Camillo,
11:20et même installée au Musée Grévin.
11:22Interrogé par un journaliste sur le succès du premier film,
11:25Fernandel résume le phénomène avec simplicité.
11:27La surprise du personnage,
11:29la surprise de parler à Jésus,
11:31un partenaire pas comme les autres,
11:33comme il le dira avec humour.
11:34En parallèle de sa carrière au cinéma,
11:37il connaît aussi un grand succès
11:38avec des enregistrements des lettres de Mon Moulin d'Alphonse Daudet,
11:42notamment La Chèvre de Monsieur Seguin,
11:44ou Les Trois Messes Basses.
11:45En 1951, il enregistre également
11:48le célèbre conte musical
11:49Pierre et le loup de Prokofiev,
11:52accompagné par l'orchestre dirigé par Albert Wolff.
11:55En 1963, il fonde avec Jean Gabin
11:58une société de production appelée Gaffer,
12:00contraction de leurs deux noms.
12:02Ensemble, ils produisent plusieurs films,
12:04dont L'âge ingrat en 1964,
12:06mais aussi L'homme à la bouique,
12:08Le Pacha,
12:09Heureux qui est comme Ulysse,
12:11ou encore La Horse.
12:13Même après la disparition de Fernandel,
12:15certains projets liés à cette société
12:17continueront à sortir,
12:19comme Le Tueur en 1972
12:20ou L'affaire Dominici en 1973.
12:23À partir de la fin des années 60,
12:26Fernandel ralentit progressivement
12:28son activité au cinéma.
12:30En 1970, après Heureux qui comme Ulysse,
12:33il envisage de se retirer
12:35peu à peu des plateaux,
12:36ne participant plus qu'à quelques projets.
12:39Il souhaite alors réaliser
12:40un dernier film avec Marcel Pagnol,
12:42un projet très important pour lui,
12:44mais qui ne verra malheureusement
12:45jamais le jour.
12:46À la fin de sa vie,
12:47Fernandel est atteint d'un cancer généralisé,
12:50mais la gravité de son état
12:51lui est dissimulée.
12:53Tout comme à une partie de son entourage.
12:55On lui fait croire qu'il souffre
12:56d'une simple pleurésie
12:58qu'il aurait contractée
12:59lors du tournage de Don Camillo
13:00et ses contestataires.
13:02Peu à peu, son état se dégrade
13:04jusqu'à devenir critique.
13:05Le 26 février 1971,
13:08épuisé par la maladie,
13:10Fernandel s'éteint
13:11dans son appartement parisien
13:12du 44 avenue Foch.
13:13Il a 67 ans.
13:15Ses obsèques ont lieu
13:17quelques jours plus tard,
13:18le 1er mars 1971,
13:19en l'église Saint-Honoré
13:21d'Elo à Paris.
13:23Une cérémonie marquée
13:24par une grande émotion
13:25à laquelle assistent
13:26de nombreuses personnalités
13:27du cinéma et du spectacle.
13:29Il est ensuite inhumé
13:30au cimetière de Passy
13:31dans la première division.
13:33Avec lui disparaît
13:34l'un des visages
13:34les plus populaires
13:35du cinéma français,
13:36mais son personnage,
13:38lui, reste profondément
13:39ancré dans la mémoire collective.
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