00:019h30, RTL matin, Thomas Soto.
00:03Il est 9h13, c'est notre époque, le e-commerce, le commerce en ligne, est-il en train de tuer
00:07le commerce traditionnel ?
00:08Vous le voyez, vous le constatez dans les rues de vos villes, de plus en plus de boutiques mettent la
00:12clé sous la porte et ne sont pas remplacées.
00:15On en parle avec nos deux experts du jour, Martial You, journaliste et éditorialiste ici au service économie de RTL.
00:20Bonjour Martial. Bonjour.
00:21Et Yann Rivouallant, président de la fédération de prêt-à-porter féminin. Bonjour et bienvenue à vous Yann Rivouallant.
00:27Martial, on achète plus sur Internet qu'en boutique désormais, c'est quoi le rapport de force ?
00:31Non, on achète de plus en plus sur Internet et de plus en plus plein de choses, mais si on
00:36regarde le commerce au global,
00:40Internet c'est 14-15%, le reste ça reste du physique.
00:44Il y a une marge de progression, on le voit d'ailleurs, tous les ans ça prend à peu près
00:4710% le e-commerce en progression.
00:50Et quand je dis qu'il y a une marge de progression, c'est que si on regarde chez nos
00:52voisins anglais, par exemple, on est à 20% à peu près.
00:55Donc on a encore de la marge.
00:57Et Yann Rivouallant, pour les vêtements, ça représente quoi ? C'est quelle proportion ?
01:00C'est très éclectique en fonction des marques, parce que si je prends Chine, c'est 27 millions de Français
01:05qui vont acheter chez Chine,
01:06et c'est 100% d'e-commerce. Et de l'autre côté, il y a Primark, il n'y
01:10a pas d'e-commerce.
01:11Donc il y a ces deux extrêmes, et entre les deux, on va avoir des marques par exemple comme Cézanne
01:16qui va faire 60% en e-commerce,
01:17ou encore Bâche qui va faire 25% en e-commerce.
01:20Donc on a une très grande détailléité, avec en effet désormais un Chine, un TEMU, qui est en train de
01:27détruire le marché.
01:28Qui détruit le marché ?
01:29Ah oui, clairement. Pour être très simple aussi, en ce moment, il y a un vrai foutage de gueule.
01:33Parce que, à la fois d'un côté, on a toutes les semaines une marque qui tombe,
01:37et de l'autre côté, un gouvernement qui, il y a un an, avait voté à l'unanimité une loi
01:42au Sénat,
01:43qui s'appelait la loi anti-fast fashion, et qui n'a toujours pas été mise en commission paritaire.
01:47Et donc de ce fait, ça fait un an que les acteurs de la mode attendent cette loi, il n
01:52'y a rien,
01:52et donc il y a des milliers d'emplois qui ont été détruits, justement parce que la loi n'est
01:57pas mise en place.
01:57Donc il y a eu un effet d'annonce sur une loi fast fashion qui n'a été suivie de
01:59rien ?
02:00Alors il y a une unanimité, parce que le Sénat l'a voté à l'unanimité.
02:03Elle disait quoi cette loi en quelques mots ?
02:04Elle disait quelque chose de très simple, mettons en place un malus sur les marques d'ultra-fast fashion
02:09qui nous vendent ces produits qui sont dangereux et non normés,
02:12et interdisant de publicité toutes ces sociétés.
02:16Et donc il y avait ces effets très importants, or l'ACMP n'est toujours pas mis en place,
02:21et comme il n'est pas mis en place...
02:21Mission mixte paritaire, c'est réunion du Sénat de 7 sénateurs et 7 députés
02:24qui doivent se mettre d'accord pour sortir avec un texte commun.
02:27Et donc ça traîne, et ça c'est un manque de volonté politique pour vous ?
02:29Un an, en fait, que rien ne se passe, en effet, clairement, il n'y a aucun courage politique pour
02:34le mettre en place.
02:34Le message est passé.
02:35Les fermetures de magasins, ça représente quoi ?
02:37Parce que, vous savez, quand on se promène dans les centres-villes, dans les rues,
02:40on est sûr, enfin moi je ne m'en remets pas, dans Paris, mais pas seulement à Paris.
02:44Dans les villes moyennes, c'est encore plus frappant, évidemment.
02:46On estime que sur l'ensemble du territoire, c'est à peu près 11%, ce qu'on appelle la vacance
02:51commerciale.
02:52C'est-à-dire, précisément, ces rideaux qui sont baissés une fois,
02:55et puis qui ne remontent pas, et qu'on voit dans les rues commerçantes.
02:57Et c'est tout type de commerce, d'ailleurs.
02:58Là, oui, mais c'est vrai que le textile a été particulièrement touché.
03:02C'est souvent des entreprises, des magasins de prêt-à-porter.
03:06D'ailleurs, c'est symboliquement, il y a deux jours, la patronne, la créatrice de Gap, est décédée.
03:12Gap, il y a quelques années, a annoncé qu'il supprimait carrément tous les magasins Gap des centres-villes français.
03:20Et ce sont des sous-traitants, maintenant, qui reprennent les magasins, mais ce n'est plus Gap en tant que
03:23tel.
03:23Donc ça, ça a vraiment été très, très marquant pour ce secteur d'activité.
03:27Alors, c'est vrai qu'il y a le e-commerce, évidemment, mais quand on discute avec les commerçants,
03:31ils vous expliquent aussi que d'avoir rendu les centres-villes piétons, interdits aux voitures,
03:36enfin, tout un écosystème a contribué, au cours de ces 20-25 dernières années,
03:41avec les hypermarchés en périphérie, à tuer le commerce de centres-villes, évidemment.
03:45Yann Rivaud-Allan, question de l'or au 74-900 qui ne va peut-être pas vous plaire.
03:48Quel intérêt, aujourd'hui, d'aller encore en magasin ?
03:50Pour une raison très simple, c'est l'humanité qu'on va retrouver.
03:53C'est-à-dire, quand on achète un vêtement, on achète bien plus qu'un prix.
03:57En effet, tous les consommateurs, on a tous un revenu, et par rapport à ce revenu, on achète au meilleur
04:01prix.
04:02Et donc, Internet nous permet d'avoir un produit plus facilement chez soi par la livraison,
04:06et par un prix qui va être parfois plus faible.
04:08Mais il y a aussi le test, l'humanité, le rapport avec le client.
04:12Et en fin de compte, ceci, dans l'achat du vêtement, très émotionnel, c'est indispensable.
04:16Peut-être le service après-vente qui peut être plus simple aussi ?
04:18Pas nécessairement.
04:20Parce qu'on peut échanger, en fait, aussi très facilement en ligne.
04:24C'est plutôt dans ce point de, quand j'achète un vêtement, je n'achète pas qu'un prix.
04:27Et c'est là aussi où Shein est destructeur.
04:30Parce qu'avec du Shein, on n'a que des vêtements polyester.
04:33Un prix qui, justement, ne suit aucune règle, qui ne paye aucune taxe.
04:36Et donc, de ce fait, c'est aussi pour ça que ça détruit le marché.
04:38On s'éduque, on s'éduque nous-mêmes aussi au e-commerce.
04:42C'est-à-dire qu'il y a quelques années, vous n'auriez pas acheté une paire de chaussures sur
04:44Internet.
04:45Mais derrière, les professionnels du e-commerce pour les ventes de chaussures se sont améliorés.
04:50Vous ont fait un retour dans la journée si la paire ne va pas.
04:53Retour gratuit, souvent.
04:54Mais voilà, on a amélioré et le service client et la capacité à échanger les produits.
04:59Donc, ça va très, très bien.
04:59Il y a quand même un paradoxe, c'est que les Français, on veut tous avoir des petits commerces en
05:02bas de chez nous.
05:02On dit qu'on les aime, qu'on veut les soutenir et on va acheter sur Internet et sur Amazon,
05:06notamment.
05:06Est-ce que ça, ce n'est pas vouloir lutter contre la mer, de s'attaquer à ça ?
05:11Alors, il est normal qu'un consommateur veuille avoir le meilleur prix.
05:14Donc, en soi, on n'a pas à juger d'un consommateur de sa façon d'acheter.
05:18Ils veulent et souvent, ils ne peuvent pas faire autrement.
05:20En message d'Agnès, je ne vais plus en boutique pour acheter mon parfum, je vais sur Internet, c'est
05:23moins cher et je ne peux plus payer au plein tarif.
05:24Et là, la catastrophe devient maintenant à travers deux phénomènes.
05:28Le phénomène des contrefactions et des dupes, c'est-à-dire des faux parfums qui sont vendus.
05:32Et de l'autre côté, des parfums qui sont carrément dangereux.
05:34Chine, par exemple, est en train de lancer toute une catégorie de parfums, avec y compris des magasins, justement, pour
05:39montrer que c'est des vrais parfums.
05:40Comme le BHF à Paris, par exemple.
05:41Exactement, qui d'ailleurs est une filouterie absolue et qui est en train de s'écrouler, comme tous vos reportages
05:46peuvent le montrer.
05:47Et donc, de ce fait, oui, Internet est quelque chose de parfaitement normal.
05:51Les marques le font très bien, mais il faut lutter contre cette concurrence déloyale.
05:54Après, il y a une petite illusion sur le fait d'acheter moins cher, forcément, sur Internet.
05:59Parce que d'abord, pour un certain nombre d'acteurs du e-commerce, ils captent vos données personnelles.
06:05Donc, ça les aide à vous en vendre plus après.
06:07Donc, l'économie, elle n'est pas forcément, si on regarde sur l'ensemble du panier, au rendez-vous à
06:12la fin de l'année.
06:13Mais là où c'est intéressant, la période qu'on est en train de vivre actuellement,
06:17si j'en discutais justement avec le patron d'Amazon tout à l'heure, avant qu'il soit à l
06:21'antenne.
06:21Jean-Baptiste Thomas.
06:22Avec Jean-Baptiste Thomas.
06:23C'est-à-dire qu'ils ne constatent pas de baisse de la consommation chez eux.
06:26Et je me dis que peut-être qu'aujourd'hui, il y a des arbitrages qui sont faits aussi par
06:30les gens,
06:30de se dire, je préfère que ce soit le livreur qui dépense de l'essence pour venir amener les produits
06:36chez moi,
06:36plutôt que moi prendre ma voiture et aller en périphérie faire mes courses.
06:40Il peut y avoir ce type d'arbitrage qui, lui, pour le coup, est économique.
06:42À la question comment tenir face à cette concurrence, est-ce que le prix des loyers, le prix des charges
06:46est un problème aujourd'hui ?
06:48Oui, il y a un véritable problème et on le voit à travers les autres réussites qu'on a pu
06:51avoir dans les autres villes européennes.
06:53On voit par exemple à Amsterdam, les prix des loyers ont baissé et il y a une dynamique commerciale qui
06:57s'est mise en place.
06:58Et en France, on a un certain nombre de mesures qui empêchent la baisse de ces loyers.
07:02On a par exemple désormais, et ça va être un des buts de la ville de Paris, d'obliger les
07:07bailleurs à louer forcément et ne pas rester fermés.
07:10Vous citiez un certain nombre de villes, justement, et d'endroits à Paris qui sont tout le temps fermés.
07:15Boulevard Saint-Michel, on voit depuis maintenant des mois, voire des années, des endroits qui sont fermés
07:19parce que les bailleurs ne veulent pas louer à des prix moins chers.
07:22Parce que les prix sont... J'ai donné un exemple.
07:24Boulevard Montparnasse à Paris, il y avait un Bio Burger.
07:26Ok, un Bio Burger, ils étaient dans un local qui était plutôt...
07:29Ça marche plutôt bien, il y avait plutôt du monde.
07:31Sauf qu'évidemment, il leur faut de la matière première, il faut louer le local, il faut embaucher du monde.
07:37C'est ouvert de tôt le matin, tard le soir, 7 jours sur 7.
07:40Il y avait 10 000 euros de loyers.
07:4310 000 euros.
07:43Qui peut, en vendant des burgers pas chers, payer 10 000 euros de loyers ?
07:48Mais ça... Et aujourd'hui, le truc a fermé il y a peut-être 6 mois, 1 an, et c
07:51'est toujours fermé, il n'y a rien.
07:52Donc ça veut dire qu'aujourd'hui, les bailleurs préfèrent ne pas louer que louer moins cher ?
07:55Et c'est ce qui fait que le taux de vacances, c'est-à-dire le nombre de magasins fermés,
07:59augmente petit à petit, dans des conditions qui sont désormais dramatiques.
08:02Parce que quand on va avoir 30% des boutiques fermées, et on est dans beaucoup de villes très proches
08:07de ce point,
08:08eh bien, plus personne ne va en centre-ville parce qu'on a un sentiment d'insécurité qui est très
08:12important.
08:13Est-ce que les commerçants n'ont pas loupé le coche aussi de l'Internet, de la vente en ligne,
08:16notamment depuis le Covid, Martial ?
08:17C'est ce que j'allais vous dire.
08:18Alors, depuis le Covid, ils ont rattrapé un peu par la force des choses, puisque les magasins étaient fermés.
08:21Parce qu'ils s'y sont mis au moment du Covid, voilà, click and collect.
08:23Voilà, on voit bien que chez tous les grands acteurs du prêt-à-porter et de l'habillement, il y
08:30avait un retard avant le Covid.
08:32Alors, je sais que c'est un peu contesté, notamment par Yann,
08:36mais la réalité, quand on regarde les chiffres, c'est que la proportion est souvent assez minime encore aujourd'hui
08:42sur le e-commerce,
08:43pour le commerce de l'habillement, alors que ça devrait effectivement être plus important.
08:48Oui, ce n'est pas tout à fait vrai.
08:49On a fait les premiers sur Instagram, les premiers en boutique en ligne, les premiers sur tout.
08:53Et à la fin, vous voyez bien, en fait, ils sont au fond du gouffre désormais.
08:56Bon, et le rôle de l'IA dans le commerce de demain, en deux mots ?
08:59Alors là, c'est passionnant, parce qu'on a Chine qui montre le pire.
09:02C'est-à-dire comment l'IA peut faire la contrefaçon, peut exploiter les gens, peut ne pas faire payer
09:07les taxes,
09:08peut détourner des avions du jour au lendemain.
09:10De l'autre côté, on a des sociétés comme Losange, qui permet de faire de l'upcycling,
09:14c'est-à-dire de refaire des nouveaux produits avec des anciens produits grâce à l'IA.
09:18Et entre les deux, on a 40% des mannequins,
09:21les mannequins, je veux dire, qui ont perdu 40% de leur travail en l'espace de quelques semaines à
09:24cause de l'IA.
09:25Et donc, on a un nouveau monde qui est en train de se faire.
09:27On a les mêmes qualités, les mêmes défauts dans le commerce avec l'IA que pour le reste du monde.
09:32C'est-à-dire qu'on a un gain de temps pour le consommateur, c'est évident.
09:34Une uniformisation des goûts, parce que l'IA vous conduit toujours à peu près vers les mêmes types de produits.
09:39Il y a quand même un espoir, c'est sur l'alimentaire.
09:42Pour l'instant, ça fait 20 ans qu'Amazon essaie d'entrer sur ce marché.
09:45Ça ne fonctionne pas, parce qu'on a des acteurs actifs sur ce marché-là,
09:49et qui, en plus, on a besoin quand même de savoir si la pomme qu'on achète est fraîche.
09:55Merci beaucoup, Martial You, journaliste, éditorialiste et auteur.
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