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  • il y a 3 heures
Mathieu Bock-Côté sort son livre «Le pessimiste joyeux»

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00:00L'existence est tragique
00:02et l'époque l'est encore plus, sans le moindre redoute.
00:04Ensuite, je dirais, l'erreur presque
00:06philosophique de nos amis de gauche,
00:07c'est que pour eux, le bonheur dépend
00:09d'un monde parfait. C'est-à-dire, tant qu'il y aura
00:12en ce monde injustice, tragédie...
00:14Alors, de ce point de vue, ils le vivent à la manière
00:15d'un immense fardeau. Je crois que l'avantage
00:18psychologique de l'homme de droite, ensuite, ils ont plein
00:19de défauts, mais l'avantage psychologique de l'homme de droite,
00:21c'est qu'il croit au péché originel. Donc, il sait
00:23que fondamentalement, tout est imparfait. Moi,
00:25j'aime définir ainsi la bête humaine souvent.
00:27L'être humain est fondamentalement... Bon, il est
00:29d'abord et en tout, il est fondamentalement médiocre.
00:31Il est capable de choses...
00:33d'une très grande méchanceté. Il est capable
00:35exceptionnellement aussi de choses
00:37lumineuses, mais la plupart du temps, il est
00:39médiocre, mais il est néanmoins capable
00:41d'une petite bonté. Si la
00:44civilisation le pousse à se comporter de
00:45manière convenable avec ses proches.
00:47Tel est mon optimisme en ce monde. Quand on a
00:49de telles attentes, c'est plus facile de ne pas être désespéré.
00:52On a un homme de gauche sur le plateau, c'est François
00:53de Rugy. Qu'est-ce que vous dites à Mathieu Boc-Côté
00:55qui est avec nous? Je suis de droite.
00:57Vous savez, tout est relatif.
00:59Tout est relatif sur les chiffres.
01:02Moi, je reprends
01:04l'autre formule. C'est
01:06un peu pessimiste dans l'analyse,
01:08mais optimiste dans l'action.
01:09Dans les deux cas, on peut être joyeux, d'ailleurs.
01:11Même si c'est vrai que si on est très pessimiste, qu'on est
01:13tout le temps en train de dire que noir, c'est noir, que tout va
01:15mal, que tout va de mal en pi. Je ne sais pas comment
01:17on peut être joyeux à la fin, quand même.
01:19Mais moi, je ne crois pas que tout va mal,
01:21que tout va de mal en pi. Et pourtant, il y a beaucoup de raisons,
01:23en effet, de trouver que notre monde
01:25ne va pas dans le bon sens, que notre propre pays,
01:27la France, je ne sais pas pour vous, d'ailleurs,
01:29le Canada, le Québec, comment vous le voyez
01:32évoluer. Nous, pour la France,
01:34on peut se dire que l'économie
01:35pourrait être plus florissante,
01:37les impôts pourraient être moins élevés, la sécurité
01:39pourrait être meilleure, etc.
01:41L'éducation, l'école, moi qui suis un fils d'enseignant,
01:43évidemment, je me désole tous les jours de voir les exigences de niveau baisser
01:46et le niveau, à la fin, baisser.
01:48Mais en même temps, je vois quand même
01:50beaucoup de raisons de se dire que
01:52ça peut être mieux demain.
01:54Regardez la santé.
01:55La santé.
01:57Aujourd'hui, il y a tous les jours...
01:58On parle des médecins ou pas ?
01:59Non, mais tous les jours, il y a des découvertes.
02:01Non, mais tous les jours, il y a des découvertes.
02:03C'est vrai.
02:04Formidables en matière de génétique.
02:05Alors, je ne sais pas ce qu'en pensent certains,
02:06parce qu'il y a des conservateurs qui n'aiment pas
02:08tout ce qui touche à la génétique,
02:10mais la génétique, elle nous permet,
02:11la recherche génétique, aujourd'hui,
02:12elle nous permet de trouver des nouveaux traitements,
02:14par exemple, pour le cancer du pancréas,
02:15qui avant étaient incurables.
02:16C'était 93% de morts dans les 5 ans.
02:19Voilà pourquoi le conservateur dépasse de l'esprit crépusculaire.
02:21C'est-à-dire qu'il y a des progrès techniques remarquables,
02:24des progrès en médecine.
02:25Qui se désolera des progrès de l'oncologie ?
02:26C'est absolument formidable.
02:28Ensuite, je pense que la grande erreur du 20ème siècle,
02:30parce qu'on doit encore garder le soucien,
02:31c'est lorsqu'on veut imposer à tout prix
02:33une certaine idée du bonheur et de la rédemption,
02:35de la libération à une société,
02:36la société parfaite est l'avant-dernière étape
02:40avant la société policière.
02:41Ça, j'en suis convaincu.
02:43Donc, de l'autre point de vue,
02:43je pense que ce qu'on doit retenir de là,
02:45c'est la saine et belle imperfection des sociétés humaines.
02:48Je résumerai ça ainsi.
02:49Si vous avez une société parfaite,
02:50on a notre modèle, c'est parfait, c'est réglé,
02:52il ne faut rien bouger,
02:53votre liberté disparaît,
02:54parce que dès lors, vous abîmez la belle perfection promise.
02:58C'était l'héritage soviétique.
02:59Et de ce point de vue,
03:00je pense que nos sociétés doivent renouer,
03:01mais ça a des conséquences très pratiques, tout ça,
03:03avec la liberté d'expression.
03:04Il faut contester toujours le monopole des censeurs
03:07qui pensent savoir ce qu'est le vrai,
03:08le juste et le bien en toutes circonstances.
03:09Il faut maximiser la liberté des uns et des autres.
03:12Donc, finalement, ce pessimisme conduit
03:14à une action politique réaliste, je crois.
03:16Laetitia Guinan, qu'est-ce que ça vous inspire,
03:18les réflexions de Mathieu Bocoté ?
03:19C'est très bien.
03:20Effectivement, les Français sont devenus
03:23ni pessimistes, ni joyeux.
03:25Et ça leur ferait du bien aussi
03:26de recouvrir un peu cette joie,
03:28parce que la joie...
03:29Ils sont très pessimistes, en fait.
03:32Ils sont très pessimistes.
03:34Le problème, c'est qu'effectivement,
03:36en réalité, on vit une époque malgré tout.
03:39Il n'y en a qu'à se reprojeter
03:40à 60-70 ans en arrière.
03:41Je ne parle pas des 30 glorieuses
03:42auxquelles on se réfère tout le temps.
03:44Mais enfin, l'humanité,
03:47la vie était autrement compliquée qu'aujourd'hui.
03:49Aujourd'hui, en Europe,
03:50les Français sont parmi les mieux traités,
03:52en réalité.
03:53Les mieux traités,
03:54ils ont effectivement énormément de support,
03:57énormément d'aide.
03:57Et parfois, avoir conscience de ça.
03:59Ça ne veut pas dire se dire
04:00« tout va bien dans notre pays ».
04:01Ça ne veut pas dire que la vie, c'est simple.
04:03Mais il y a quand même un petit peu de lucidité,
04:06juste à apprécier aussi ça,
04:07et pouvoir justement tirer aussi
04:09les bonnes conclusions
04:10pour prendre aussi les bonnes politiques
04:12qui font aller mieux
04:13si on veut aller dans cette direction.
04:14Mais il y a quand même un regard,
04:17un regard d'insatisfaction des Français
04:20sur eux-mêmes
04:21qui n'est pas proportionnel
04:22à la réalité.
04:24Qu'est-ce que vous dites, Aléthia ?
04:25Qu'il y ait de bonnes...
04:27Enfin, on regarde l'époque,
04:28effectivement,
04:29on ne doit pas croire
04:29que ce n'est pas le goulag.
04:30Donc, on ne vit pas sur le goulag.
04:31C'est un bon point de départ.
04:33Ensuite...
04:33Non, mais c'est bien de le dire.
04:34C'est déjà pris.
04:35C'est ce qu'on vit sous la dictature.
04:36Mais il le disait la même chose
04:37sous Hollande ou sous Sarkozy, d'ailleurs.
04:38La dictature n'est pas nécessairement le goulag.
04:40Il y a des nuances.
04:41Vous connaissez la formule de Sioran.
04:42« Toutes les sociétés sont mauvaises.
04:43Si je préfère celle-ci
04:44plutôt qu'une autre,
04:45c'est que je sais discerner
04:46parmi les nuances du pire. »
04:47Bon, quoi qu'il en soit...
04:48Vous êtes vraiment pessimiste.
04:49C'est là qu'il est quand même
04:51un pays communiste.
04:51Mais comme François-Louis Gisbert,
04:53un livre magnifique,
04:54« La France était un pays communiste. »
04:55Elle est magnifique.
04:55Cela dit...
04:56Non, je pense qu'évidemment,
04:57si on veut s'engager dans la cité
04:59et dès lors qu'on s'engage dans la cité,
05:01c'est parce qu'on croit
05:01que quelque chose est possible.
05:02Donc, il est possible
05:03de redresser nos pays.
05:04Ça, je n'en doute pas.
05:05En ce moment, je crois
05:06à l'action politique.
05:06Je crois aux vertus
05:07de l'action politique.
05:08Mais je me méfie de l'utopisme,
05:10en fait.
05:10Ça, ça a toujours été le danger
05:11parce que l'utopisme
05:12veut une société intégralement planifiée,
05:15encadrée, avec des règles pour tout.
05:17Tout ce qui est humain
05:18doit être encadré
05:19par une loi ou un règlement.
05:20Et ça, je pense qu'un peu
05:21de saint-libéralisme
05:22peut nous amener à nous méfier
05:23des utopistes ingénieurs sociaux.
05:25Mais d'autres points de vue,
05:26je pense qu'on peut redresser
05:27nos sociétés.
05:27J'ai une formule à laquelle je tiens.
05:29Tout va plus mal qu'on le croit,
05:30mais peut aller mieux
05:31qu'on l'espère.
05:32J'ai une jurisprudence de Gaulle.
05:33Néanmoins, vous diagnostiquez
05:34comme dans ce livre
05:35une crise identitaire profonde
05:36dans notre pays,
05:37Mathieu Bocoté.
05:38Quelles en sont les racines
05:39et est-ce qu'il y a des remèdes ?
05:40Je pense qu'on est passé
05:41d'abord de l'oubli de l'histoire,
05:43je pense qu'elle fait
05:43une espèce d'effacement historique
05:45à une forme d'adhésion
05:47à une mémoire pénitentielle.
05:48Donc finalement,
05:49nous nous souvenons,
05:49mais nous nous souvenons
05:50pour nous maudire,
05:51pour nous scarifier moralement,
05:53symboliquement,
05:53en toutes circonstances.
05:55Ensuite, il y a,
05:55on en parle,
05:56je crois qu'on évoquait
05:57Éric Ciotti un instant
05:58sur la commission
05:58sur l'immigration,
05:59ou le livre de Nicolas Pouvreau-Monti,
06:01remarquable,
06:01sur immigration mettez réalité.
06:03La perte de maîtrise
06:04des flux migratoires
06:06depuis 50 ans environ
06:07a fait en sorte
06:08que les Français craignent
06:09aujourd'hui,
06:09mais comme tous les autres
06:10peuples occidentaux,
06:10de devenir étrangers
06:11et minoritaires chez eux.
06:13Et le fait d'une plus
06:14être majoritaire chez soi
06:14est la plus grande angoisse
06:15qui peut arriver à un peuple
06:16parce que quand vous perdez
06:17la majorité,
06:18vous perdez le pouvoir.
06:19Il peut vous rester des droits,
06:20mais les droits,
06:21vous les négociez toujours
06:22avec le pouvoir nouveau
06:23qui vous les accorde ou non.
06:24Et je pense que cette angoisse
06:25identitaire,
06:26le fait de devenir étranger
06:26chez soi
06:27est l'angoisse politique
06:28première de notre temps.
06:29Alors, comment lutter
06:30contre cela,
06:31Joseph Massescarou ?
06:33Ok, je repasse la parole
06:34à Mathieu.
06:35Oui, non,
06:36on n'y est pas encore
06:36tout à fait,
06:37être minoritaire chez nous.
06:38Moi, confession,
06:40j'adore l'écouter.
06:41J'adore l'écouter,
06:42pourquoi ?
06:43Parce que la vitalité
06:44qui se manifeste
06:46en lui,
06:47dans ce torrent,
06:49dans ce torrent.
06:50C'est une cascade,
06:51moi je dirais.
06:52Non, c'est mieux.
06:53Il y a eu un moment
06:54dans la télévision française
06:55très célèbre,
06:56lorsque Maurice Clavel
06:57s'est levé
06:58et a dit
06:59« Messieurs les censeurs,
06:59bonsoir ».
07:00Et avant cela,
07:01il y avait une émission
07:02et cette émission,
07:03elle était question
07:04de la difficulté.
07:06Il y a des gens
07:07qui, évidemment,
07:08voulaient introduire
07:09la censure
07:09et lui,
07:10il disait non.
07:10Et qu'est-ce qu'il prenait
07:11comme image ?
07:12Il se mettait devant
07:13une fontaine,
07:14il essayait d'empêcher
07:16la fontaine justement
07:17que l'eau couvre
07:18et évidemment,
07:19ça ne marchait pas
07:20et vous aviez tout de suite
07:21un geyser.
07:22Et lui,
07:23voilà,
07:23c'est un geyser
07:25qui nous vient.
07:25Et ça,
07:26je trouve ça extraordinaire.
07:27Sur le mot
07:28pessimisme,
07:29joyeux,
07:29je ne peux pas
07:31ne pas penser,
07:32bien sûr,
07:32à Jean-Pierre Chevènement
07:33qui s'est toujours défini
07:34comme un pessimiste actif.
07:35Voilà.
07:36Et pourquoi ?
07:37Parce que
07:37dans la joie
07:40que Mathieu a,
07:42c'est évidemment,
07:43c'est la joie
07:43de l'actif,
07:44de celui qui veut construire
07:45et de celui qui veut bâtir.
07:46Il y a ce que j'appelle
07:48la joie du combat.
07:49Sans le moindre doute,
07:49c'est-à-dire le simple fait
07:50de combattre
07:51ce qui nous semble absurde,
07:52un mauvais régime,
07:53une idéologie détestable,
07:55des courants de société
07:56qui nous semblent nocifs,
07:57ça, je pense qu'il y a
07:57une joie du combat.
07:58Il ne faudrait jamais l'oublier.
07:59Ensuite, il y a,
08:00et ça, c'est ma part,
08:01mais vraiment droitière là-dessus,
08:02c'est-à-dire l'existence,
08:04heureusement,
08:04ne s'épuise pas
08:05dans la politique.
08:06Il existe une telle chose
08:06que les bonheurs privés
08:07et on tend aujourd'hui
08:08à aller regarder de haut.
08:09Vous savez,
08:09on est une société policière,
08:11une société très puritaine
08:12aujourd'hui.
08:12On veut regarder,
08:13il y a un peu partout
08:14la police de la braguette,
08:15la police du caleçon,
08:16il y a la police
08:16de ce que vous avez
08:17dans votre garde-manger,
08:19qu'est-ce que vous prenez
08:20au restaurant,
08:20vous prenez assez de quinoa
08:21et on pourrait s'en canailler
08:23avec trois perriers.
08:24Il y a une espèce
08:25de société aujourd'hui
08:26tout à fait puritaine
08:27qui est assez inquiétante
08:28et devant cela,
08:29ce que j'appelle
08:29le bonheur du banquet
08:30et l'autre nom
08:31d'une manière,
08:32le bonheur occidental,
08:33le bonheur français.
08:34Et quand je vois
08:35les campagnes
08:35pour détruire
08:36ce qu'on appelle
08:36le canon français,
08:37ceux qui font
08:37de grands banquets
08:38dans l'esprit populaire,
08:40je trouve ça délirant.
08:41Ce sont des destructeurs.
08:42C'est révélateur.
08:43Le banquet est l'autre nom
08:44de l'existence qui déborde
08:45et l'existence qui déborde,
08:46c'est l'existence
08:47qui mérite d'être célébrée.
08:48Mathieu,
08:48encore un mot
08:49avant de vous libérer
08:50pour aller chez Christine Kelly.
08:51On a entendu
08:52le roi Charles III
08:53qui hier
08:54a fait une petite adresse
08:55à Donald Trump
08:56en lui disant
08:58si les Anglais
08:59n'avaient pas été là,
08:59vous parleriez peut-être français.
09:01Alors, ça parle au Québécois
09:02que vous êtes, d'imagine.
09:02Si vous saviez
09:03que vous avez entendu ça,
09:04je me suis dit
09:04que ça aurait été formidable.
09:05Si la France
09:07avait mieux joué ses cartes
09:08au temps de l'authentique
09:09Nouvelle-France,
09:09pas le nouveau machin,
09:10mais la véritable Nouvelle-France,
09:12l'Amérique française,
09:13eh bien oui,
09:13l'Amérique parlerait français
09:14et le Québec dominerait le monde.
09:17Ce serait encore mieux.
09:18Mais bon,
09:18entre-temps,
09:19on va se contenter
09:19de faire un Québec indépendant.
09:20Ça me semble réalisable
09:21d'ici quelques années.
09:22Ce serait une manière
09:22de donner la victoire
09:24enfin à l'Amérique française.
09:25Non, mais c'était
09:25d'une façon assez rigolote
09:27de rétorquer à Donald Trump
09:28qui lui connaît plutôt la force.
09:30J'ai trouvé ça très drôle,
09:31mais ça m'a amusé néanmoins
09:33qu'il y ait le souvenir
09:33de l'Amérique française
09:34qui apparaît soudainement ainsi
09:36dans ce discours entre les grands.
09:38Il fut un temps
09:38où l'Amérique était d'abord
09:39et avant tout française
09:40et j'insiste là-dessus,
09:42la seule manière
09:42d'être fidèle à ce,
09:43cette vieille promesse,
09:45c'est que demain
09:45naît ce nouvel état
09:46indépendant en Amérique,
09:47le Québec.
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