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  • il y a 8 heures
Et si le destin de Suzanne Jannin, aviatrice décorée et héroïne discrète, avait été effacé de l'histoire ? Cette femme d'exception, aux multiples facettes, a joué un rôle clé dans la Résistance et a mené des missions périlleuses en Indochine, posant les jalons d'une future organisation humanitaire de renommée mondiale.

Son parcours exceptionnel, marqué par sa passion pour le vol et son désir d'émancipation face aux conventions sociales de son époque, est aujourd'hui redécouvert grâce à des archives précieusement conservées et à la détermination d'une communauté de femmes pilotes.

Plongée dans la France des années 30, où les femmes étaient encore loin d'être considérées comme des citoyennes à part entière, Suzanne a bravé les interdits pour suivre ses rêves, s'affranchissant des schémas familiaux traditionnels pour embrasser une carrière ambitieuse.

Découvrez l'histoire fascinante de cette pionnière méconnue, qui a brisé des plafonds de verre bien avant que le terme n'existe, et dont l'héritage continue d'inspirer.

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Transcription
00:0614 décorations prestigieuses, un rôle clé dans la résistance, des missions de guerre en Indochine,
00:14les prémices de ce qui deviendra plus tard Médecins sans frontières, et enfin une retraite discrète dans la banlieue de
00:20Lille.
00:21Trop discrète peut-être, le souvenir du capitaine Jeannin est absent de l'histoire.
00:26Est-ce parce que le capitaine Jeannin était une femme ?
00:29Il s'en est fallu d'un cheveu pour que sa mémoire ne s'estompe dans les plis du XXe
00:34siècle.
00:35Quelques bobines de film miraculeusement sauvées, un enregistrement sonore retrouvé dans les archives de la Défense,
00:42et la passion d'une poignée de femmes pilotes qui partagent le même rêve.
00:46Et j'avais envie de voler, et j'avais envie de voler.
00:56Et j'avais envie de voler, et j'avais envie de voler.
01:04Là-haut, vers l'Indigo, vers l'Indochine, vers l'Indochine.
01:20Et j'avais envie de voler, et j'avais envie de voler, et j'avais envie de voler comme elle
01:49voulait.
01:49Ils ont réussi à faire lever le verrou qui empêchait les femmes de devenir pilotes de ligne.
01:56L'association a continué à œuvrer également pour l'accès des femmes au métier de pilote de chasse.
02:05Donc ce verrou a sauté en 1987.
02:07Positif climb !
02:11Je me souviendrai toujours d'un appel que j'ai eu à l'association, d'un certain Michel Leclerc,
02:17qui m'a annoncé qu'il avait trouvé des archives sur une aviatrice, médecin et pilote.
02:28Et elle était une véritable inconnue.
02:41Je m'intéresse à une dame qui s'appelle Suzanne Janin,
02:45qui n'était pas vraiment ma voisine, puisque je ne la connaissais pas,
02:50mais qui était la femme de mon voisin, avec laquelle j'avais des relations très proches.
02:57J'allais souvent le voir le soir pour discuter avec lui.
03:01Et il me parlait de sa première femme, des espoirs qu'elle avait fait, etc.,
03:06devant les yeux de sa deuxième femme.
03:09J'étais un petit peu gêné, mais bon, lui, il n'était pas gêné du tout.
03:13Et juste avant sa mort, il m'a donné des documents, il m'a donné des films.
03:20Donc je les ai mis dans une boîte et puis voilà, je les ai oubliés pendant un certain temps.
03:24Juste après la mort de Gustave, un déménageur est arrivé pour vider la maison.
03:30Entre-temps, le monsieur m'a dit, je ne vous laisse qu'une heure.
03:33Dépêchez-vous, parce que dans une heure, tout part au pilon.
03:36J'ai récolté des documents précieux, selon moi.
03:39En particulier, il y avait le carnet de vol de Suzanne Janin, en Indochine.
03:45Donc je suis rentré en contact avec Isabelle Guillard, de l'association,
03:50qui s'occupait de la section historique, et je lui ai confié un certain nombre de documents.
03:54Et on s'est mis ensemble dans l'idée d'accumuler d'autres documents.
03:59On en avait déjà, mais on voulait continuer.
04:03Voilà.
04:03C'est là aussi que je me suis mis à la recherche de sa famille.
04:14Je suis née à Verdun, donc je suis le reine, et il était naturel que j'ai l'idée de
04:24patrie dans l'esprit.
04:29J'avais vécu déjà la guerre de 14.
04:33J'avais 4 ans quand on a quitté Verdun.
04:38Je comprenais déjà, j'avais ressenti ce que c'était que la guerre.
04:45J'ai donc vu Verdun démoli les ruines.
04:50J'avais déjà une rancœur contre les Allemands.
04:56Mes parents avaient assez de difficultés aussitôt la guerre.
05:02Ils étaient commerçants, commerçants à charbon.
05:05Vers l'âge de 12 ans, mes parents avaient décidé que je resterais à la maison
05:08et que mon frère, lui, ferait des études.
05:13Les hommes sont vraiment construits selon un schéma précis.
05:16Les femmes, c'est plus induit.
05:19C'est vraiment la façon dont elles sont éduquées.
05:22C'est des messages subliminaux qu'elles reçoivent depuis leur plus jeune âge,
05:26de leur mère, de leur sœur, de leur père en termes d'autorité,
05:29ou de leur frère quand elles n'ont plus leur père.
05:31Elles sont toujours sous la tutelle de quelqu'un.
05:33Elles sont des mineures.
05:34Elles n'ont pas le droit de vote.
05:37Elles ne sont même pas des sous-citoyennes.
05:39Elles ne sont tout simplement pas citoyennes.
05:41Et donc, elles sont éduquées dans ces schémas familiaux,
05:45de priorité familiale.
05:47Donc, les enfants, le mariage, la pérennité de la nation, le ménage,
05:53tenir le foyer, cuisiner.
05:56Donc, elles sont construites comme ça.
06:00Suzanne n'avait qu'une volonté.
06:02C'était de s'affranchir des schémas traditionnels.
06:06Elle a insisté pour passer son bac et ensuite pour aller à l'université.
06:10A contrario, son frère, qui originellement devait faire des études,
06:15n'en a pas fait et a repris le commerce des parents.
06:18Je pense que mon père a souffert de ne pas avoir eu de cursus long,
06:23comme sa sœur.
06:24Suzanne, qui était quand même une forte personnalité,
06:28je pense qu'elle a réussi à convaincre,
06:30à forcer, entre guillemets, ses parents à lui payer des études.
06:40Je suis revenue en premier en philo.
06:42Et après, j'ai cherché à faire mes études dentaires.
06:49Je voulais une situation qui me permette de vivre plus largement.
06:54J'ai fait cinq ans d'études à Nancy.
06:56Après un an de surveillance d'internat,
06:59mes parents ont bien voulu me payer une chambre et la pension.
07:03Ils ne voulaient pas que je me fatigue de trop.
07:08À la fin de mes études, en 39, j'avais une envie folle d'apprendre à piloter.
07:15Je voyais les avions voler et j'avais envie de voler.
07:21Et d'autre part, c'est venu peut-être un peu de mon père sans qu'il le veuille,
07:26parce que lui aussi regardait les avions voler et disait,
07:31« Si j'étais plus jeune, j'apprendrais à piloter. »
07:36Mais j'ai appris à piloter sans qu'il le sache.
07:40Il considérait que l'ambiance n'était pas une activité féminine,
07:44mais c'était dangereux.
07:46Il avait peur pour moi.
07:50Je prépare mon vrai pilote.
07:52Je n'osais vraiment pas lui dire pour ne pas lui faire de peine.
07:58Suzanne veut-elle vraiment ménager ce père trop sensible qui a peur pour sa fille ?
08:02Ou s'inquiète-t-elle d'oser s'emparer d'un rêve d'homme ?
08:14Elle avait toujours quelque chose pour les avions.
08:17Mais elle savait que c'était un rêve, mais très lointain.
08:21Elle est montée au terrain d'aviation de Verdun, au Sartel.
08:27Et là, elle a sympathisé avec un monsieur que j'ai connu aussi,
08:32qui, en la voyant accro comme ça, lui a fait confiance
08:37et lui a appris à piloter gratuitement.
08:41Et elle a dit, « Je fais des études dentaires en même temps.
08:45Et quand je serai dentiste, je vous paierai. »
08:52En apprenant à piloter,
08:54Suzanne outrepasse sa condition féminine et sa classe sociale.
08:59Si à l'époque, plusieurs femmes pilotent déjà des avions,
09:02c'est une pratique réservée à une bourgeoisie un bras oisive
09:06entre aérodrome parisien et station balnéaire.
09:09Dans ce petit cercle mondain,
09:11l'aéronautique est un sport qui procure enfin des sensations fortes.
09:15Mais ce n'est pas ce que cherche la jeune femme.
09:18Suzanne semble n'éprouver du plaisir que si elle vole pour servir.
09:23Ses études de médecine ont-elles encouragé cet altruisme ?
09:29Quand j'étais diplômée dentiste, j'ai pris un poste de dentiste à DEL,
09:34où j'ai travaillé et j'ai pu payer mes heures de vol.
09:38Mais la guerre a éclaté.
09:40Je n'ai pas pu passer mon brevet, si bien que j'étais lâchée,
09:45j'étais pilote, mais je n'avais pas le brevet de pilote.
10:02À temps donné que j'étais dentiste, j'ai pu avoir des autorisations
10:06pour me rendre à Paris ou Nancy, chercher du ravitaillement pour les soins que je donnais.
10:12Et le fait que je pouvais me déplacer, ça m'a permis d'être en relation avec la Résistance.
10:23On ne peut pas dire qu'on rentre officiellement dans la Résistance.
10:26Vous avez d'abord l'esprit de faire tout ce que vous pouvez contre les Allemands
10:31lorsque vous leur en voulez.
10:34Le plus important, c'est l'aide qu'ont apporté des Meusiens,
10:42mais notamment beaucoup de femmes, aux prisonniers de guerre
10:45qui se trouvaient par milliers durant l'été 1940
10:48dans les grandes villes de la région, Verdun, Var-le-Duc, Saint-Miel.
10:52Et ce sont les femmes, dont plusieurs ont été arrêtées,
10:55qui donnent des vêtements civils aux quelques fugitifs.
10:58Et puis, il y a les pilotes alliés qui sont abattus, souvent en revenant des missions.
11:04Ils ont été touchés par la flaque au-dessus de l'Allemagne et il y a des crashs.
11:08Certains aviateurs meurent, mais d'autres s'échappent,
11:11arrivent sur un seul Meusien en pleine nuit en général,
11:14toquent à une maison et certains se retrouvent avec un aviateur.
11:19Que faire ?
11:20Nos résistants ont des faux papiers, ils les fabriquent.
11:22Ils ont des gens qui les aident à les fabriquer
11:25parce qu'ils avaient une partie de l'administration qui les suivait.
11:34J'ai soigné une secrétaire de la sous-préfecture.
11:38Il fallait que je lui fasse un dentier.
11:40Et je me suis payée de culot, j'ai dit écoutez,
11:43je vous fais cadeau de votre dentier
11:46si vous me prêtez le cachet de la sous-préfecture
11:48un jour entre midi et deux heures.
11:53Elle m'a donné un cachet qui était en caoutchouc.
11:56Je rentre chez moi, j'ai pris des empreintes aux stents.
12:02C'est la patte molle qu'on met en bouche pour prendre les empreintes.
12:05J'ai fait comme des obturations dentaires dans les empreintes.
12:09J'ai attendu que ça sèche pendant au moins une journée.
12:12J'ai trempé dans l'eau chaude pour faire partir la patte molle
12:15et j'avais mes cachets de sous-préfecture.
12:17C'est des femmes qui ont un tempérament invraisemblable,
12:21qui ont un caractère très fort.
12:24Quand il fallait aller à Paris, les Allemands étaient beaucoup moins chatouilleux
12:28quand ils voyaient passer une femme.
12:30Ils n'imaginaient pas que c'était elles qui pouvaient avoir les papiers et tout.
12:34Les femmes servaient d'agents de liaison avec énormément d'efficacité.
12:41J'étais rentrée en relation avec une dame qui était de l'intelligence service,
12:47qui soi-disant tirait les cartes et qui voyageait beaucoup.
12:51Elle s'appelait Regina.
12:53Et c'est avec elle que j'ai fait les premiers couroyages d'anglais-américains
12:57de Vernon à la frontière suisse.
13:05On arrivait à Belfort quand vous descendiez sur le quai de la gare
13:08et que vous aviez autour de vous tous les Allemands.
13:12Une petite dame qui était très osée attraper un anglais.
13:17Moi, j'attrapais l'autre par le bras comme s'ils étaient nos maris.
13:21Ils avaient des faux papiers.
13:23On les avait habillés comme on avait pu.
13:25Un jour, il y avait un anglais qui avait un manteau en galoche.
13:29Il m'avait expliqué qu'au moment de sauter l'avion,
13:32il avait perdu son dentier.
13:34On ne pouvait pas se tromper, il avait les cheques roux.
13:36Il avait bien l'aspect d'un anglais.
13:42Le danger, c'est bien sûr un contrôle, une arrestation, un contrôle de papier.
13:47Et puis, on descend, on est interrogé.
13:51Et je dirais, aucun anglais ne peut, comment dire,
13:57résister à un interrogatoire même sommaire.
14:00Eux, ils seront considérés comme prisonniers de guerre.
14:02Mais la Gestapo, elle, cherche à démanteler les filières.
14:09Elle sait bien que ça marche par filières.
14:12Régina, elle m'avait dit qu'elle ne verrait pas le débarquement.
14:16Elle était tuée quatre jours avant le débarquement,
14:19au moment où elle passait des anglais en Suisse.
14:25Elle s'est fait abattre par un poste de garde de surveillance de la frontière suisse par les Allemands.
14:31Et donc, elle s'est fait abattre alors qu'elle était à quelques dizaines de mètres de la frontière.
14:36Il y a eu un certain nombre de femmes qui ont payé de leur vie leur engagement, justement, en aidant
14:44systématiquement la résistance.
14:45Il a fallu attendre très longtemps pour qu'on se souvienne qu'elles ont fait quelque chose.
14:51On considérait que ce n'était pas des combattantes, quoi.
14:55J'ai eu des armes dans ma cave, des armes et des munitions que j'ai transportées.
15:02Je savais le risque que j'encourais.
15:05Je savais que, par exemple, quand j'emmenais des Anglais et des Américains à la frontière suisse,
15:11je savais qu'eux, ils seraient prisonniers, mais moi, je serais fusillée.
15:15Mais je ne pensais pas que ça pouvait m'arriver.
15:19Et il faut attendre 1943 pour voir vraiment des organisations de résistance qui ont pour but de combattre les Allemands.
15:27Suzanne Janin va rentrer dans ce dispositif.
15:30Londres n'envoie des armes qu'à des groupes qu'elle juge crédibles, aptes d'une part à recevoir les
15:39armes, à les cacher et à les utiliser.
15:43Parallèlement à cela, la résistance gaulliste cherche à aussi contrôler l'ensemble des départements français.
15:49Et elle envoie, dans tout l'est de la France, le colonel Grandval, c'est un colonel d'aviation.
15:54Grandval a besoin de soutien dans la région et il en trouve dans la Meuse, notamment dans la région de
15:59Verdun.
15:59Il y aura notamment Suzanne Janin qui lui apporte son concours, notamment dans le domaine médical.
16:05Il y a une organisation pour venir en aide aux blessés éventuels, et parfois bien réels, des maquisards.
16:16J'ai pu rentrer en relation avec Chayébert, responsable régional du service médical, qui m'a demandé d'organiser dans
16:24la Meuse le service médical FFI.
16:28Grandval est venu me trouver au cabinet dentaire. Il est venu avec des cartes pour donner des ordres au chef.
16:36Il y a eu une véritable réunion la veille du débarquement.
16:40J'étais un petit peu osée car j'avais des assistantes à qui je n'avais jamais dit que j
16:47'avais fait de la résistance et j'avais peur d'indiscrétion.
16:52La Gestapo se doutait que je choisissais quelque chose, mais elle n'a pas arrivé à prendre.
17:02Ma voisine m'a dit, Suzanne, sauvez-vous, on vous a attendu depuis ce matin.
17:07Le civil, qui avait une allure tout à fait particulière, qui paraissait de la Gestapo, m'avait attendu.
17:15Je suis arrivée et il était parti. C'est à ce moment-là que j'ai pris le maquis.
17:20Donc c'est une chance car tous ceux qui étaient en prison ont été fusillés le lendemain matin avant que
17:25les Allemands ne quittent Verdun.
17:28Et j'aurais très bien pu être avec eux s'ils m'avaient coincé.
17:34À Tavannes, à la fin décembre 1944, alors que Verdun est libéré depuis la fin août, le 31 août, donc
17:44on est quatre mois après,
17:46on découvre un charnier des corps sommairement recouverts, enfin dans une fosse, mais finalement assez visible, mais c'est dans
17:55une forêt assez vaste.
17:56On découvre ces corps. La méthode de la Gestapo, c'est toujours, avant de partir, on prend les hommes qu
18:03'on peut dans une prison,
18:04on les liquide dans un endroit plutôt discret. Très vite, on identifie 13 cadavres, mais trois restent non identifiés.
18:12Et les signalements sont diffusés, je pense, assez largement et viennent aux oreilles de familles belges qui ont un disparu.
18:30On ne pouvait plus les reconnaître, vous savez, ils étaient décomposés.
18:39J'ai examiné les bouches. Grâce à ça, on a pu retrouver plusieurs résistants.
18:48Des gens que j'avais soignés, d'après les fiches que j'avais faites, et j'ai relevé la dentition
18:54des autres,
18:55ce qui a permis aux Belges de retrouver un des chefs, un des grands chefs de la résistance belge.
19:08Quand la résistance se met en place, les hommes commencent à résister, les femmes aussi.
19:14La mémoire collective a eu du mal à imaginer que c'était possible.
19:20Et que parmi les héros de guerre, il y avait des héroïnes de guerre.
19:24Dans les premiers temps de la fin de la guerre, ce n'est pas du tout un sujet qui se
19:27pose.
19:28Après, l'histoire, c'est aussi un temps long. Quand c'est l'histoire des femmes, c'est encore plus
19:31long.
19:32Et puis, la mémoire de la Deuxième Guerre mondiale, elle se construit par phase.
19:39C'est-à-dire que l'horreur des camps, par exemple, quand les rescapés des camps reviennent,
19:45personne ne veut écouter ce qu'ils ont raconté.
19:48L'euphorie de la libération et du retour à la normale est tellement forte qu'il faut se tourner vers
19:52l'avenir
19:52et que personne n'est prêt à écouter ce qu'ils ont raconté.
19:54On fait le bilan, on fait une histoire factuelle de la Deuxième Guerre mondiale.
19:58Et plus on avance dans le temps, plus on commence à traiter des sujets extrêmement précis,
20:03des mémoires extrêmement précis, des angles beaucoup plus précis.
20:06Et c'est comme ça que se structure la présence des femmes dans l'armée.
20:14Le commandant Laure a reformé le 150 à Verdun.
20:19Il m'a demandé d'être marraine du 150.
20:23Devant le monument de la Victoire, il y a eu la première prise d'armes.
20:28C'est moi qui ai remis le drapeau du 150 au commandant Laure.
20:37Alors là, il y a eu des jalousies. Deux femmes de Verdun.
20:42C'était pas pour la Gloriole que je faisais ça, c'était par esprit de patriotisme.
20:47Suzanne n'est déjà plus comme les autres, aux yeux des autres femmes.
20:52Pourtant, au lieu d'ignorer leur commérage, elle va s'échiner à justifier son engagement.
21:03« J'ai réussi à récolter des photos sur ta famille, avec Suzanne aussi. »
21:10« D'accord. »
21:11« Ah oui, tu connais pas. Je pense que c'est Suzanne qui est allée chercher ton père en Allemagne.
21:17Ton père était prisonnier, donc en 45.
21:20Ta grand-mère pleurait tous les jours.
21:22Et Suzanne, elle ne pouvait plus supporter ça.
21:24Et elle a décidé d'aller chercher ton père.
21:27Elle avait des connaissances qui lui ont donné une voiture.
21:31Elle est allée avec un aide de camp jusqu'à Meningen.
21:36« Oui, c'est ça. »
21:37« Oui, c'est ça, en Allemagne. »
21:38Et là, qu'est-ce qu'elle voit ?
21:40Elle dit « René, c'est moi, etc. »
21:42René, bien sûr, était surpris de la voir.
21:45Ils se sont tombés dans les bras l'un de l'autre.
21:47Et puis elle dit « Je viens te chercher. Je vais te ramener en France. »
21:51Et puis il me dit « Ben oui, mais c'est pas si simple que ça. »
21:54« Oui. »
21:54« Des copains, là, ils veulent venir aussi en France. »
21:56« Ah, qu'est-ce qu'on fait ? »
21:59Il dit « Ben, je vais te ramener en France. »
22:01Mon frère, il ne revenait pas.
22:03Il ne savait plus quoi me dire. Il était suffoqué.
22:08Alors tous les prisonniers me suppliaient de les ramener
22:11parce que les Américains les mettent sur place
22:13et les empêchaient de partir.
22:15Ils attendaient qu'on vienne les chercher
22:17pour ne pas embouteiller les routes
22:19parce que la guerre n'était pas finie.
22:21Les Américains n'auraient pas pu circuler pour continuer leur avance.
22:30J'ai demandé l'autorisation de les ramener.
22:32On m'a dit « Mais oui, du moment qu'ils soient en groupe, faites ce que vous voulez. »
22:36J'ai dit aux prisonniers « Préparez vos véhicules. »
22:39Ils ont récupéré des véhicules, camions, camionnettes, petites voitures.
22:43On a mis des étoiles blanches en peinture sur le capot.
22:47Les prisonniers avaient récupéré des bouteilles de cognac.
22:49On est partis.
22:51Les Américains, au passage, ne disaient rien
22:54car on leur refilait une bouteille de cognac.
22:58Je vous assure, c'était merveilleux.
23:08Avant de quitter la région où je trouvais mon frère,
23:11je voulais rechercher des résistants.
23:14Je suis allée à Dachau, mais les Américains les avaient mis en quarantaine
23:20et ils ne devaient pas sortir avant 40 jours à coup du typhus.
23:25J'ai vu les chambres à gaz et les fours crématoires
23:28et tous ces pauvres cadavres allongés.
23:31Ça m'a laissé un souvenir inoubliable.
23:34J'ai eu la chance de rencontrer un garçon
23:38qui s'était évadé de Dachau, qui avait le costume rayé,
23:42qui, sachant que je rentrais en France, me demandait de le ramener.
23:45Je lui ai dit de me faire évader des déportés
23:48qui étaient de Clermont-Nargonne, près de Verdeur.
23:51Je recherchais les jeunes de Clermont-Nargonne.
23:54Je les ai ramenés par bord à Nancy
23:56et puis je les ai ramenés à Clermont.
23:58J'avais téléphoné à Clermont-Nargonne en annonçant leur retour.
24:05On est arrivés à minuit.
24:07Tout le village était réuni sur la place.
24:09Les cloches se sont mises à sonner.
24:11Et vous aviez les parents qui étaient là,
24:14qui ont retrouvé leurs enfants.
24:16C'était quelque chose de poignant.
24:18C'était formidable, extraordinaire.
24:22Après avoir fait ce premier rapatriement,
24:25le colonel Grandval m'a demandé de retourner.
24:29Et je suis allée dans le Tirole
24:32et on a ramené en tout 4 convois de véhicules, y compris le premier,
24:37avec 650 prisonniers déportés.
24:41Et quand la guerre est arrivée,
24:43donc elle n'a pas pu passer ses brevets tout de suite,
24:45elle est obligée d'attendre 1947-1948 pour vraiment passer ses brevets.
24:50tous ces week-ends étaient consacrés à l'aviation.
24:53Et la semaine, elle faisait son métier de chirurgien dentiste.
24:58Voilà.
24:58L'aviation, pour elle, c'était sa passion, quoi.
25:02C'était sa raison de vivre.
25:04C'était sa famille.
25:07Et j'avais envie de voler.
25:12Et j'avais envie de voler.
25:16Et j'avais envie de voler.
25:17Et j'ai réussi à passer mon brevet de pilote premier degré, là à Mantes.
25:22Et j'avais envie de voler.
25:26Là-haut, là-haut, là-haut.
25:33Pour me perfectionner, je suis allée à Saint-Yan, en Saône-et-Loire.
25:39J'ai pu avoir l'autorisation par le service d'aviation légère et sportive
25:43de faire des stages.
25:44Je payais mes stages.
25:46Toutes mes vacances se passaient à Saint-Yan.
25:48Les vacances de Pâques, les grandes vacances.
25:51Et c'est comme ça que je me suis perfectionnée.
25:58En accord avec le gouvernement de Vichy, le Japon, allié de l'Allemagne, occupe l'Indochine.
26:04Mais à l'issue de la Seconde Guerre mondiale, il s'empresse de détruire l'administration
26:09coloniale française.
26:10Le vide du pouvoir permet aux communistes de proclamer l'indépendance du Vietnam.
26:15La France échoue à négocier la paix avec le Viet Minh, et la guerre d'Indochine éclate, en 1946.
26:21Vers l'Indochine, vers l'indicible.
26:34À l'époque, il y avait l'Indochine, la guerre d'Indochine qui commençait à devenir très tendue.
26:41Et puis elle avait une amie qui s'appelait Valérie André.
26:46Il se connaissait déjà à l'époque.
26:49Valérie André qui était devenue pilote d'hélicoptère en Indochine.
26:54Elle s'est dit pourquoi pas, moi, j'ai envie d'aider.
26:58Je suis aviatrice.
27:00Pourquoi pas, comme Valérie André, essayer de mettre mes compétences au service de la nation et des gens qui en
27:07ont besoin.
27:13Dès le début, elle avait sa petite caméra.
27:15Ça a commencé dès le départ, à la guerre de Lyon, pour aller en Indochine.
27:21Elle se mettait en scène, finalement, dans les films.
27:24C'est étonnant, parce qu'on avait l'impression, ce jour-là, qu'elle était consciente qu'une certaine destinée
27:32l'attendait.
27:39Les femmes qui s'engagent sous les drapeaux en tant que militaires à cette époque-là, elles le font, enfin,
27:44c'est ce qu'elles racontent.
27:45Donc après, c'est du déclaratif.
27:48Mais elles le font vraiment dans un souci de patriotisme et de...
27:52Elles se sentent investies d'une mission qui, jusqu'alors, était réservée aux hommes.
27:55Elles ont envie de défendre leur pays.
27:57Elles ont envie de faire l'armée, comme on dit.
28:00La France, à l'époque, c'était un empire colonial.
28:02Et donc, libérer le territoire, c'est libérer l'empire aussi.
28:04Donc, certaines suivent Tassini en Indochine, qui, elle, est envahie par les Japonais.
28:11Donc, elle aussi, elle est occupée comme la France métropolitaine a été occupée par les Allemands.
28:16Et donc, elles poursuivent en Indochine pour libérer le territoire de l'Indochine.
28:29Dans les archives, on sent que l'autorité militaire ne sait pas nommer ces femmes.
28:36On peut trouver des expressions du style « homme de troupe de sexe féminin ».
28:41Alors, on sait que le vocabulaire militaire est souvent assez fleuri dans le jargon des militaires.
28:47Mais là, ça, ce n'est pas fleuri. C'est juste une incapacité à nommer la chose.
28:53L'Indochine rend les femmes plus visibles dans les rangs de l'armée.
28:56On ne peut plus les ignorer.
28:57On a une Valérie André qui débarque chirurgien militaire.
29:01On ne peut pas continuer à l'appeler « homme de troupe de sexe féminin ».
29:05Ça n'est pas possible.
29:06Donc, l'Indochine offre une visibilité et va donc recontraindre, par la suite,
29:11à nommer correctement ces militaires de sexe féminin.
29:16Donc, ça se diversifie un peu parce que les techniques de guerre se diversifient,
29:20parce que le territoire l'exige aussi.
29:22Mais globalement, elles sont quand même aux deux tiers dans des emplois dits de bureau.
29:35Je me suis présenté devant le médecin général Robert, qui commandait le service de santé en Indochine.
29:42Je lui ai demandé pour être utilisé comme pilote.
29:45Il m'a répondu qu'on avait plus besoin de moi comme dentiste que comme pilote.
29:50Il m'a affectée à Aiffon.
29:54J'ai travaillé comme dentiste capitaine.
29:57Je ne suis pas limitée aux soins dentaires.
30:00J'ai fait des appareillages de fractures de maxillaires.
30:05J'ai fait tous les traitements qui pouvaient ressortir des qualités d'un stomatologiste.
30:18J'allais dans les postes et là, j'ai même failli être prise par l'éviette.
30:26Mais enfin, j'ai eu la chance de m'en sortir.
30:34Suzanne faisait le travail dans les règles de l'art, comme elle l'avait appris à l'époque et tout
30:40ça.
30:41Je me souviens qu'elle disait,
30:44de toute façon, pour être dentiste, il suffit d'avoir une caisse à outils.
30:49Il n'y a pas besoin de radio, de ci, de ça.
30:54Juste une paire de pinces, un bistouri et puis avec ça, on arrive à faire le minimum.
31:01Mais l'idée de l'aviation était toujours en elle, toujours dans sa tête.
31:08Elle a même profité de l'opportunité de rencontrer le général Chassin,
31:12qui était à l'époque le responsable de l'aviation en Indochine,
31:16pour lui expliquer son envie de faire de l'avion.
31:20Elle l'a rencontrée à minuit.
31:22Le général en question, il en avait assez, il était fatigué, il voulait rentrer chez lui.
31:26Elle lui est rentrée dedans un peu, façon de parler.
31:31Elle lui a dit, voilà, je suis Jeanne Jeannin.
31:33Moi, j'étais rentré dans l'armée pour piloter.
31:38Et le général Chassin lui a donné la démarche à faire pour pouvoir voler,
31:45en disant, c'est une folle.
31:48Suzanne sait déjà qu'il est bien imprudent pour une femme
31:51d'affirmer des compétences de pilote égales à celles d'un homme.
31:57Malgré ses 250 heures de vol dans le civil et ses brevets de voltige,
32:01c'est son dévouement de médecin qui va convaincre le général.
32:06Et c'est là qu'elle a fait son plan.
32:10Elle est démissionnée de l'armée de terre.
32:12Elle est revenue à Paris.
32:14Elle a eu deux mois pour se reposer.
32:16Bon, c'était la procédure, comme ça.
32:18Et au bout de deux mois, elle s'est inscrite dans l'aviation militaire pour l'Indochine.
32:24Mon père, il en parlait. Il dit, mais elle va rien gagner, elle va crever de faim.
32:32Parce que de capitaine, elle s'est retrouvée caporal-chef, mais dans le corps du personnel navigant.
32:38Et en plus, pas de solde.
32:40Puisque ça n'existait pas.
32:42Caporal-chef, pilote-femme, ça n'existait pas.
32:45Mais elle dit, je vais faire quand même ça.
32:51Je suis revenue en Indochine.
32:54En avril 1953, on m'a fait passer des tests.
32:58J'ai revu le général Chassin.
33:01J'avais peur qu'il ne tienne pas sa parole.
33:04Il m'a dit, d'accord, je vous détache du service de santé de l'air,
33:08et vous serez à l'aile 1-52.
33:13J'avais été désignée par le commandant d'escadrille
33:17pour prendre à bord de l'avion un colonel et un commandant.
33:23Il apprend que c'était une femme qui devait le piloter.
33:27Ah, il dit, moi, je ne veux pas être pilotée par une femme.
33:29Non, non, non, il n'y a rien à faire.
33:31Alors, il va au Gattach et il dit, écoutez, donnez-moi un autre pilote.
33:35Le Gattach dit, écoutez, le pilote qui était désigné
33:38était désigné par le commandant.
33:40C'est que le pilote était jugé apte à faire la mission.
33:45On n'a pas le droit de changer de pilote.
33:47Aussitôt, le mec, il revient.
33:49Je dis, c'est bon, c'est bon, il vient réfléchir.
33:52Il veut voir un petit peu si je sais piloter ou si je ne sais pas piloter.
33:56Il s'agissait de surveiller tout un convoi qui allait à Bas-de-Médiote
34:00de façon à voir si des camions restés en panne ou si de convoi étaient attaqués.
34:05Il s'agissait de faire des lacets au-dessus du convoi.
34:09Alors, je faisais des lacets et je dirais, je faisais des bons virages pour revenir
34:14de façon à instiller le cœur un petit peu soulevé dans les virages pendant trois heures.
34:21À la fin, je suis revenue, je suis posée.
34:23J'ai dit, alors, ça a été mon colonel ?
34:25Oh oui, merci, merci, merci mademoiselle.
34:28Et puis, ils sont partis.
34:38Il y a eu toujours des oppositions de la société et des hommes qui étaient pilotes pour les femmes au
34:46niveau de l'aviation.
34:47Et donc, on disait que les femmes n'avaient pas une condition physique apte au vol.
34:53Et il y a eu également les hommes aux États-Unis qui refusaient que les femmes soient pilotes ou de
35:01l'armée ou de transport
35:02parce qu'ils allaient être au chômage.
35:05Et elles ont dit, mais nous, on veut aller à l'escadrille, on veut faire de la mécanique, on veut
35:10nettoyer les avions, on veut vous aider, on veut être près des avions.
35:12Et même ça, les hommes refusaient de peur qu'elles leur prennent leur place.
35:23Les camarades considérés comme une sœur, au début, ils se disaient, tiens, une femme, qu'est-ce que ça va
35:29donner ?
35:30L'atelier Armurier me dit un jour, savez-vous, Miss, quand vous êtes arrivés, on se demandait ce que vous
35:37venez faire.
35:39On disait, vous êtes dentiste, vous avez un cabinet dentaire, qu'est-ce que vous venez faire ?
35:44Nous, on nous envoie obligatoirement et vous, vous êtes volontaire.
35:49Alors, on se disait, est-ce que vous venez pour vous faire connaître en vue de la politique ou est
35:58-ce que vraiment vous avez envie de voler ?
36:00Mais on a compris après que c'était le dévouement et l'amour de l'aviation qui vous faisait venir.
36:10Et après, j'étais mise à l'âge, j'étais le copain, la camarade.
36:15Et à un tel point que, quelquefois, entre garçons, il blaguait.
36:21Quand il voyait une ambulancière, il disait, ah, cette fille-là, elle est bien, elle a de la conversation.
36:28Comme tout d'un coup, il s'apercevait que j'étais là, oh, excusez-nous, Miss, on ne pense jamais
36:32que vous êtes une fille, on pense toujours que vous êtes un garçon.
36:45Oui, donc, Marie, tu te rappelles que pour rouler avec le vent qu'il y a en ce moment, c
36:50'est bien le manger dans le vent pied contre.
36:52Tu vois, puis ton dévouement de gouvère, tu n'hésites pas à aller à fond.
36:56Et puis ensuite, quand tu vas décoller, tu n'hésites pas à te mettre tout de suite dans le vent.
37:01Par rapport à ce que Suzanne Janin faisait, là, ça va être la même action, ça va être le même
37:08ressenti que ce que Suzanne avait,
37:10qu'avoir se posé sur les terrains en Indochine à l'époque.
37:13Le Storch, c'est un avion qui a été construit en 1937, un avion d'observation, de reconnaissance allemand.
37:20Et en fait, durant l'occupation, en 1942, c'est Moran Sonnier qui a construit de nouveau le Storch sous
37:26licence française.
37:27Donc, il y a trois versions. Et la première, c'est le criquet, le MS 500.
37:32La caractéristique du Storch, du criquet, c'est qu'il peut se poser et atterrir sur des zones très courtes.
37:38Donc, il peut décoller sur 65 mètres et se poser sur 20 mètres, ce qui est relativement court.
37:44C'est un avion qui vole lentement.
37:46Donc, c'est un parfait avion pour des missions d'observation, de reconnaissance.
37:51Et c'est aussi un avion qui a été utilisé notamment pour des évacuations sanitaires
37:54et aussi du transport de personnalités et de marchandises.
38:19C'est un avion qui est assez impressionnant.
38:22On se sent tout petit. C'est pour ça que j'imagine que Suzanne, parfois,
38:27elle devait faire face certainement à des météos qui n'étaient pas forcément évidentes.
38:30Et en tout cas, à chaque fois, a priori, elle a réussi à se débrouiller.
38:33Donc ça, je pense que ça démontre des qualités de pilotage certaines.
38:36Et le fait que, malgré que ce soit une femme, elle pouvait très bien piloter l'avion
38:40et se poser en toute sécurité.
39:15J'ai fait 290 missions, donc 86 missions de guerre numéro 2, en 351 missions.
39:24J'ai fait des reconnaissances à vue. C'était plus dangereux.
39:29Les reconnaissances à vue consistaient à aller sur des petits terrains,
39:33chercher des officiers d'armées de terre et les emmener dans des zones occupées par les viettes
39:39et aller repérer les endroits où se trouvaient les viettes.
39:45On voyait les filets au travers, au travers des petites rivières.
39:49On voyait des feux aussi qui faisaient vivre sous terre.
39:53On voyait la fumée, on voyait l'endroit où ils se trouvaient.
39:56On voyait les vietnamiens partir avec un balancier.
40:00Ça voulait dire qu'elles allaient les ravitailler là où ils se trouvaient l'endroits.
40:07Sans se rapprocher un petit peu de ce que j'avais fait pendant la résistance.
40:11Les allemands, ils ont eu fort à faire en France parce qu'il y avait la résistance.
40:17Les vietnamiens étaient chez eux.
40:18Avec la résistance, il n'y a rien à faire.
40:22Moi, je ne faisais que piloter.
40:26Elles faisaient différentes missions pour le service de l'armée.
40:30D'abord, au départ.
40:32Dans ces services de l'armée, il y avait des vols de reconnaissance pour l'artillerie.
40:37Ces missions-là, elle n'aimait pas du tout.
40:39Parce que c'était lié à la guerre et à la mort.
40:45Et la mort, ce n'était pas du tout ce qu'elle voulait.
40:48Ce qu'elle aimait, c'était aller chercher des blessés sur le front.
40:56Des blessés.
40:59C'était ça qu'elle aimait.
41:01D'ailleurs, elle a risqué sa vie pour ça.
41:09C'était la période des moussons.
41:12Le ciel était noir.
41:13Il fallait y aller, il fallait y aller.
41:15Habituellement, les morans ne devaient plus partir après 4 heures.
41:18J'ai changé mes blessés qui étaient des blessés graves.
41:20Ils avaient chacun une vague en compte.
41:22Je déconne aussitôt.
41:24Et un possible d'emmener à Saïgon a causé le rage.
41:27À un moment donné, elle s'est retrouvée dans la nuit.
41:30L'avion n'est pas prévu pour la nuit.
41:32Parce qu'il faut savoir que dans ce type d'avion, on a enlevé la radio pour mettre deux civières.
41:38Il y avait des signaux au sol, des signaux qui me faisaient du morse et qui m'indiquaient une piste
41:44d'atternissage.
41:45Elle est descendue et puis...
41:48Une rafale contre son avion.
41:50Elle a compris qu'elle n'était pas en terrain amie.
41:52J'ai eu une drôle impression, j'ai cru qu'il y avait le feu dans le moteur.
41:56Il a fallu que je choisisse entre me poser et être prise par les viates ou alors avoir le feu
42:01à bord.
42:02Et j'ai continué.
42:04Elle est arrivée sur un terrain français, enfin, je veux dire, amie.
42:08Il y avait des phares de voiture et ils sont venus se placer en face d'un terrain.
42:13Je me suis amenée au moteur, très bas, très bas, en maintenant mon avion au moteur.
42:17Elle a atterri dans un terrain, un terrain de foot.
42:22Un terrain de foot, elle a accroché, elle a accroché les buttes avec son train d'atterrissage.
42:29Je me suis posée sur le ventre parce que le train avait été cassé par les buttes.
42:34Cinq mètres devant moi, il y avait une faille de terrain de trois mètres de haut.
42:38Si j'avais été plus loin, j'aurais très bien pu passer sur le dos et prendre feu.
42:44Les blessés ont été tout de suite chargés dans l'ambulance.
42:46Et puis, moi, ils m'ont accueillie.
42:49Et j'ai eu le droit de lendemain matin à une messe.
42:52La messe est disparue.
42:53Chaque fois que l'avion avait disparu, on disait la messe pour le pilote.
42:57Alors, je suis donc en avance pour la question religion.
43:01Elle avait accompli sa mission.
43:04Quand la guerre d'Indochine « bascule » d'une poursuite de la libération du territoire
43:09pendant la Seconde Guerre mondiale à une guerre de décolonisation où l'ennemi change de visage,
43:14les frontières et les lignes de front changent aussi de position,
43:18on est déjà longtemps après la fin de la Seconde Guerre mondiale métropolitaine.
43:24Donc, en fait, la raison du combat devient, à ce moment-là, secondaire.
43:30Contrairement à la résistance en 1940, où il y avait une vraie raison, c'était libérer la France,
43:35bouter les Allemands hors de France et résister à l'occupant.
43:39Dix, quinze ans plus tard, on est sur une vocation militaire.
43:43Elles restent parce qu'elles sont militaires.
43:47Quand on est arrivés au moment de Diane Belfou,
43:50là, c'était terrible.
43:52On a compris tout de suite que c'était pas possible d'en sortir
43:55parce que les ordres étaient donnés de Paris par des gens
43:58qui ne connaissaient pas exactement ce qui se passait.
44:02Il y a beaucoup de militaires qui se sont fait tuer
44:04parce qu'ils avaient des ordres, on les exécutait.
44:07On exécutait des ordres.
44:13J'avais été voir le responsable de la Croix-Rouge là-bas
44:16et j'y avais demandé d'intervenir auprès des biettes
44:21de façon à laisser des femmes pilotes sortir des blessés.
44:25Et j'avais des camarades d'aéroclub qui seraient venus comme pilotes
44:31et on aurait fait un groupe de femmes pilotes avec des petits avions
44:35pour aller chercher des blessés de Diane Belfou.
44:38Bon, il m'a refusé, il a dit que plusieurs appels de la Croix-Rouge
44:42avaient déjà été fait et que c'était absolument impossible.
44:45C'était un peu un rêve que j'avais fait, mais ça n'aurait pas été possible.
44:51Mais je regrettais qu'il n'y ait pas une aviation sanitaire internationale
44:57comme maintenant des médecins sans frontières.
45:01Ça a toujours été mon but.
45:09C'est en juillet 1955 que je suis rentrée en France.
45:14Je suis allée au ministère de l'Air comme dentiste pendant deux ans.
45:21Et là, j'avais voulu essayer de former une escalerie de femmes pilotes
45:27pour aller en Afrique du Nord pour l'aviation sanitaire.
45:31J'ai fait élaborer un projet et ensuite, c'était à l'influence nationale.
45:38Et le ministère a été renversé.
45:42On ne m'a pas jugé à ma juste valeur.
45:45Il y avait certains officiers supérieurs de l'état-major
45:51qui n'étaient pas d'accord pour que les femmes puissent être pilotes dans l'armée de l'air.
45:57Le 1er mars 1957, j'ai abandonné l'armée de l'air
46:00puisque mon projet d'aviation sanitaire ne pouvait pas aboutir.
46:06C'était un peu l'aboutissement de sa vie d'aviatrice,
46:09de laisser quelque chose au-delà des guerres aussi.
46:12Tout de suite, elle a dit au revoir à l'armée.
46:16Ça a été la grande déception de sa vie.
46:22Elle avait repris ses activités de chirurgien dentiste
46:26et il y a un monsieur qui s'est présenté, qui s'appelait Gustave Delvoix.
46:30Et à la deuxième visite, ce patient est arrivé avec un bouquet de fleurs.
46:35Elle n'a pas pu résister au bouquet de fleurs
46:36et puis aussi à celui qui portait le bouquet de fleurs.
46:40Et finalement, elle est tombée amoureuse de ce monsieur.
46:44Suzanne lui écrit, le pilote de guerre en Indochine est devenu une femme heureuse
46:50grâce à l'homme de sa vie qu'elle vient de découvrir, Gustave Chéry.
46:59J'ai rencontré mon mari en fin 60.
47:03Et nous nous sommes mariés le 27 avril 1961.
47:08À ce moment-là, j'avais continué quand même à voler.
47:11Mais mon mari, deux ans après notre mariage, a fait un infarctus
47:16et j'ai quitté complètement l'aviation.
47:21« Folle d'aviation comme elle était, elle a tout arrêté du jour au lendemain. »
47:27« Alors, quand même... »
47:30« Mais je crois que mes parents lui ont dit, « T'as vu ta femme un peu ? »
47:35« Qu'est-ce que tu lui as fait quitter ? »
47:38« Ben, elle dit oui, mais je ne l'ai pas interdit. »
47:40« Mais c'est tout, ça s'arrête là, quoi. »
47:42« Après, Gustave, c'était un nordiste. »
47:44« Ils sont revenus dans le nord, dans cette maison, juste à côté de chez moi. »
47:49« Et bien là, elle a décidé de vivre une vie de recluse et de retraitée. »
47:57« Ben, moi, je me rappelle d'elle comme une bonne ménagère, entre guillemets. »
48:01« Alors là, je crois que c'est le schéma qu'elle ne voudrait pas avoir. »
48:05« Mais elle aimait faire à manger. »
48:07« Mais il fallait que tout soit au cordeau, rangé, etc. »
48:10« Et je pense que, justement, le fait de ne pas avoir eu d'enfant,
48:14elle pouvait s'autoriser à être maniaque comme ça. »
48:17« Quand on allait chez elle, elle était très contente, mais je pense qu'aussi, on dérangeait les habitudes. »
48:22« Enfin, on dérangeait probablement l'appartement, mais aussi les habitudes, quoi. »
48:30« Un idéal, c'est la plus grande satisfaction dans sa vie. »
48:35« J'ai passé ma vie de cette façon désintéressée, mais ça m'a coûté. »
48:42« Je ne suis pas intéressée à moi, je ne me suis pas mariée. »
48:44« Si je m'étais mariée, je n'aurais jamais fait ça. »
48:47« Je ne me suis mariée que à 49 ans. »
48:50« J'ai rencontré mon mari qui était célibataire, lui aussi. »
48:53« On n'a pas eu d'enfant. »
48:54« Ça, c'est quelque chose qui me manque et qui nous manque. »
48:57« Heureusement que j'ai quand même un neveu et une petite nièce qui sont charmants. »
49:03« C'est notre consolation. »
49:06« C'est quelque chose qui coûte de ne pas avoir pensé plutôt à soi. »
49:12« Je ne voyais pas le temps passer. »
49:13« Je ne m'imaginais pas que le temps passait si vite. »
49:18« Maintenant, on est très heureux. »
49:20« On a les mêmes goûts, les mêmes idées. »
49:22« On est en retraite tous les deux. »
49:23« On a pas mal voyagé. »
49:26« Et puis, on essaye d'organiser notre vie de retraité le plus simplement possible. »
49:32« Et surtout, sans se compliquer l'existence. »
49:39« Ils sont partis. Ils ont fait une fois le tour du monde, je crois. »
49:44« La vie a continué comme ça jusqu'au moment où Suzanne a eu ses problèmes de santé. »
49:51« Elle est morte d'un cancer en 1982. »
49:55« Et lui, il s'est remarié avec une autre femme après. »
50:00« Il est mort qu'en 2005. »
50:04« Il lui a survécu 23 ans. »
50:10« Elle a vécu une petite valise comme ça. »
50:13« Une petite valise. »
50:14« Elle disait, ça suffisait. »
50:19« Sudiane Janin était l'exemple d'une femme qui se débattait contre le machisme, qui régnait un peu dans
50:29beaucoup de domaines, et en particulier dans l'armée. »
50:33« Les femmes qui ont joué un rôle majeur dans la société sont sorties des schémas traditionnels. »
50:40« Elles ont osé outrepasser, elles ont eu l'outrecuidance de vouloir égaler un homme. »
50:47« Quand il y a au niveau de l'inconscient une rivalité de pouvoir et d'autonomie, l'histoire étant
50:56retranscrite par les hommes, certaines ont été complètement effacées. »
51:00« Dans les cérémonies, les monuments aux morts, les morts pour la France, 99% des noms qui sont égrénés
51:06sont masculins, et 99% de ce qui est répété, c'est mort pour la France. »
51:10« C'est pas morte pour la France. »
51:18« L'exemple de Suzanne est un miroir tendu vers les visages fantômes de toutes les héroïnes oubliées. L'armée
51:26de l'air, la plus féminisée, ne compte aujourd'hui que 10% de femmes pilotes.
51:31Et l'on retrouve ce même petit chiffre dans l'aviation civile française. Suzanne serait-elle toujours en avance ?
51:38»
51:38« Je suis contente, satisfaite de mon passé. J'ai toujours fait ce que j'ai voulu.
51:44Et puis, ce qui me plaît davantage, c'est d'avoir accompli l'idéal que j'avais, c'était de
51:51servir. Et j'y ai réussi absolument. »
51:54« Et j'avais envie de voler, et j'avais envie de voler là-haut. »
52:08« Sous-titrage», comme C stars Come ce qui connaît.
52:14«Planes, je vais le faire, à la prière. »
52:14« J'avais une idée. »
52:16« Oui, oui, oui, l'mis dette. »
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