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  • il y a 6 semaines
Apolline de Malherbe recevait Dominique de Villepin, ancien Premier ministre, dans le Face-à-Face sur BFMTV et RMC, mardi 21 avril.

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00:06Il est 8h29 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Dominique de Villepin.
00:11Bonjour.
00:11Merci d'être mon invité ce matin et de répondre à mes questions.
00:13Vous êtes l'ancien ministre des Affaires étrangères, ancien Premier ministre.
00:16De plus en plus, on le verra, candidat à l'élection présidentielle.
00:20D'abord, évidemment, la situation, la guerre.
00:23Demain soir, fin du cessez-le-feu entre États-Unis, Israël, Iran.
00:27Possible négociation au Pakistan.
00:30À quoi est-ce qu'on peut s'attendre et à qu'est-ce qu'il serait souhaitable ?
00:36Nous sommes un peu dans la chronique d'une catastrophe annoncée.
00:40Donald Trump a, par son esprit et ses foucades, créé une situation qui est aujourd'hui tragique au Moyen-Orient.
00:50Et on le voit, qui pèse sur l'ensemble du monde et très fortement sur l'économie mondiale.
00:56Il ne connaît que la marche en avant militaire ou le retrait pur et simple.
01:02Nous sommes dans un temps où il faut espérer que la diplomatie puisse reprendre ses droits.
01:06On voit la deuxième session diplomatique qui s'ouvre au Pakistan.
01:14Toutes les conditions ne sont pas réunies pour que ces négociations puissent aboutir dans l'État.
01:19C'est un jeu de poker menteur.
01:21Les Américains voudraient une victoire absolue au moins déclaratoire.
01:28Et les Iraniens ne sont pas prêts à lui accorder cette victoire.
01:31Donc aujourd'hui, on a besoin de tiers de confiance.
01:35On a besoin que les États de la région reprennent la parole.
01:39On a besoin que l'Europe joue son rôle et le Sud global également.
01:42Est-ce que le Pakistan peut être ce personnage, cette tierce personne ?
01:45Ou est-ce que c'est nous, l'Europe ?
01:47Est-ce que c'est l'ONU ? Est-ce que c'est l'OTAN ?
01:49Qui est-ce que, d'après vous, devrait rentrer dans la danse ?
01:52Alors, je pense que c'est bien sûr des intermédiaires qui sont bien placés vis-à-vis des deux partis.
01:58Vous citez le Pakistan, il en fait partie.
02:01Mais pas seulement.
02:03Je pense qu'aujourd'hui, c'est la conjugaison des États de la région
02:06qui ont subi cette catastrophe extrêmement durement.
02:10Le modèle politique et économique est très affecté pour ces États.
02:14Je pense aux Émirats arabes unis, Dubaï.
02:17Qu'est-ce que Dubaï aujourd'hui dans l'insécurité de cette région ?
02:21C'est vrai pour d'autres Émirats et c'est même vrai pour l'Arabie Saoudite
02:25et ses grands plans pour l'avenir.
02:27Tout cela est en panne.
02:29Nous avons donc besoin de soutien diplomatique.
02:32L'Europe a un rôle important à jouer
02:34et je crois que nous avons besoin de réactiver certains forums.
02:37Le Conseil de sécurité est bloqué.
02:39L'Assemblée générale pourrait être l'enceinte
02:42où se mette ensemble une coalition de pays
02:45qui offre au moins à Donald Trump et à l'Iran un chemin.
02:49Il s'agit de dessiner un chemin montrant qu'il est possible
02:52de sortir en dehors des armes et de cette guérilla
02:54qui peut se prolonger longtemps.
02:56On peut imaginer qu'il y ait ainsi des allers-retours de frappe.
02:59Ça c'est un des scénarios que vous dites possibles.
03:02Et quand on sait que 40% du kérosène européen
03:05passe par le Golfe, 80-90% pour l'Asie,
03:08quand on sait qu'une grande partie des énergies fossiles,
03:11pétrole et gaz le font d'eux-mêmes,
03:13les engrais, on voit bien que cela va peser considérablement.
03:16C'est le moment de la diplomatie. Négocier quoi ?
03:19Alors, il faut remettre sur la daple ce qui était déjà.
03:23Et nous voyons bien à quel point nous avons régressé.
03:25Il ne faut pas se tromper.
03:27Cette guerre est une guerre non seulement pour rien,
03:30mais c'est une guerre qui nous ramène en arrière.
03:32Il faut absolument reprendre la question nucléaire.
03:35Il y a par ailleurs la question des missiles.
03:37On sait tous l'insécurité dans laquelle vivent aujourd'hui
03:40les États du Golfe et Israël qui sont susceptibles
03:43d'être touchés par ces missiles.
03:46Donc voilà déjà deux gros sujets qui sont sur la table.
03:50Et il y a par ailleurs la question maintenant du détroit d'Ormus
03:54qui s'ajoute à cela, parce que les Iraniens ont pris conscience
03:57qu'ils avaient là dans la main une arme considérable.
04:01Et c'est un enjeu pour toute la communauté internationale.
04:03Et nous avons besoin par ailleurs de sortir de la logique aujourd'hui
04:09des sanctions qui passent évidemment très lourdement
04:11sur l'économie iranienne et de penser à l'avenir...
04:14Il faut lever ces sanctions ?
04:15Penser à l'avenir du peuple iranien, je pense qu'il faut rester
04:18très très ferme sur le régime, tout en étant soucieux
04:21d'ajuster ces sanctions pour que le peuple iranien lui-même
04:24voit sa souffrance.
04:25Comment on fait pour être ferme et en même temps ouvrir ?
04:28C'est le ciblage des sanctions, c'est le ciblage des responsables.
04:32Nous avons depuis plusieurs mois maintenant un paysage assez précis
04:35de qui fait quoi dans le nouvel Iran.
04:37Eh bien, que nous soyons très soucieux de faire peser une épée de Damoclès
04:42sur ceux qui sont ses responsables, pour bien marquer que la communauté internationale
04:46n'accepte pas l'impunité.
04:48Nous avons vu la catastrophe effroyable du début de l'année,
04:51ces dizaines de milliers de morts en Iran.
04:54Nous ne pouvons pas accepter qu'à la faveur de la situation de confusion actuelle,
04:59un nouveau cycle de répression s'engage en Iran.
05:02Car c'est bien ce que nous avions annoncé,
05:04la crainte que le régime ne se renforce à la faveur de la guerre,
05:08ne se durcisse.
05:08Et bien évidemment, ceux qui en supportent les premiers des conséquences,
05:12c'est les Iraniens.
05:13Vous utilisez le mot catastrophe, vous dites que c'est la chronique d'une catastrophe annoncée.
05:17Qui est aujourd'hui en position de faiblesse ?
05:19Est-ce davantage les Etats-Unis ou davantage l'Iran ?
05:22Alors, c'est paradoxal.
05:24L'Iran est en position de faiblesse militaire.
05:27Et c'est en cela que la guerre menée par l'Iran,
05:30elle est faite avec les moyens de l'Iran,
05:32qui sont les moyens du pauvre en quelque sorte,
05:35c'est-à-dire les drones, les quelques missiles
05:37qu'ils sont encore capables de fabriquer,
05:39et un esprit de résistance qui lui est extrêmement solide.
05:42Les Américains ont complètement oublié
05:43qu'entre 80 et 88,
05:46les Iraniens face à l'Irak
05:47avaient été capables de se confronter au pire,
05:51partant avec la petite clé du paradis autour du cou sur des champs de mines.
05:54C'est donc une population, un régime en tout cas,
05:57qui est capable d'une souffrance extrême.
05:59On le voit d'ailleurs également dans d'autres théâtres.
06:02Cette souffrance, elle fait que l'Iran a une capacité de résistance.
06:07Quand on dit souffrance, c'est quoi ?
06:08C'est une sorte de kamikaze ?
06:09C'est une logique kamikaze ?
06:11C'est quelque chose qui les pousse à continuer à se battre,
06:18qui est plus grand qu'eux.
06:20Et ça, c'est quelque chose qu'on sous-estime toujours,
06:22les Américains ont sous-estimé vis-à-vis des Afghans.
06:26Nous l'avons sous-estimé, nous, dans les guerres napoléoniennes.
06:29On doit prendre en compte qu'il y a quelque chose,
06:32quand on défend son territoire,
06:34qui est difficilement battable.
06:36Et la première puissance du monde,
06:38elle a calé en Afghanistan,
06:40elle a calé en Irak,
06:42elle cale aujourd'hui en Iran.
06:44Alors on pourrait aller vers l'écrasement total,
06:46et on ne peut pas complètement t'exclure,
06:48que l'idée même d'employer par exemple l'arme nucléaire
06:50n'ait pas effleuré certains dirigeants américains.
06:52Vous pensez, Dominique de Villepin,
06:54que l'idée d'utiliser l'arme nucléaire,
06:57malgré le fait qu'il l'ait niée,
07:00en réalité a été envisagée,
07:02et peut-être encore envisagée ?
07:03Nous sommes dans un monde qui est de plus en plus désinhibé,
07:08et ça dit beaucoup de l'art.
07:09Désinhibé, c'est-à-dire que vous vous dites potentiellement,
07:11à un moment, le président américain pourrait appuyer sur le bouton nucléaire ?
07:15Capable de choses qui nous paraissent aujourd'hui impossibles à penser.
07:18Et nous devons avancer dans ce monde,
07:20dans notre bataille pour la souveraineté européenne,
07:25pour la souveraineté française,
07:26avec l'idée que les risques deviennent aujourd'hui beaucoup plus importants qu'hier.
07:30J'ai encore beaucoup de questions à vous poser.
07:31Évidemment, on va revenir sur la question aussi du Liban.
07:35Mais sur le coût, vous l'avez dit d'ailleurs,
07:37c'est un coût considérable pour le reste du monde.
07:39La France estime que rien que pour nous,
07:42ça va être 4 à 6 milliards d'euros en moins pour le budget de l'État.
07:45Le gouvernement qui est donc prêt à geler un certain nombre de dépenses,
07:48il va l'annoncer dans la journée.
07:50Qu'est-ce qu'il faut faire ?
07:51Est-ce que la France, aujourd'hui, prend les bonnes décisions ?
07:53Par rapport à nos voisins, on aide beaucoup moins.
07:56Il y a eu des baisses de taxes qui ont été faites en Italie, en Espagne, en Allemagne.
08:00Est-ce que vous estimez aujourd'hui que les réponses du gouvernement
08:02sont à la hauteur des inquiétudes des Français ?
08:03Malheureusement, le gouvernement n'a pas anticipé cette crise
08:07qui est le devoir de tout gouvernement dans une période aussi volatile.
08:11Nous nous retrouvons donc à faire ce que nous pouvons,
08:13c'est-à-dire aider les professions les plus touchées.
08:16Nous allons devoir faire plus, je pense en particulier,
08:19pour les ménages qui sont dans des zones rurales
08:23et qui ont absolument besoin de la voiture pour travailler.
08:26Vous aviez évoqué une carte carburant qui serait distribuée.
08:29Et je pense que la carte carburant qui serait dans la main des maires
08:32sous condition de ressources, c'est sans doute le moyen d'engager...
08:36C'est un chèque ? Enfin, c'est une sorte de chèque ?
08:38Oui, d'engager le moins les finances publiques possibles,
08:41tout en faisant le nécessaire pour que certaines personnes ne se retrouvent pas
08:45dans un total dénuement.
08:46Nous devons, par ailleurs, faire plus,
08:48parce qu'on ne peut pas complètement exclure
08:50que le prix de l'essence dépasse les 2,50 euros.
08:54Si c'est le cas, il faudra alors que nous créions une caisse de compensation
08:59avec une capacité d'écrêtage, c'est-à-dire si ça dépasse,
09:03eh bien nous devrons apporter une aide en baissant l'axise sur les produits pétroliers.
09:10Et si ça descend au-dessus de 2 euros, eh bien nous devrons augmenter alors la taxe,
09:15ce qui veut dire que ça...
09:17En fait, c'est une sorte de TIPP, enfin ce qu'était la TIPP flottante ?
09:19Absolument, c'est une compensation, écrêtage vers le haut
09:22et lissage vers le bas, ce qui permet à coût égal
09:27de faire face à la période la plus dure si elle se produit.
09:30Vous mettez à combien le plafond ?
09:31Je pense qu'autour de 2,50 euros, c'est le plafond à partir duquel il faudra intervenir
09:37parce que nous changeons alors d'ordre et de situation.
09:41On évoque, on commence à évoquer au gouvernement l'idée d'un prélèvement
09:47exceptionnel sur les entreprises qui auraient profité de ce moment.
09:51On pense notamment à Total.
09:52Oui, ça c'est très important.
09:55Ni profit, ni rente sur la crise et sur le dos des Français.
09:59Il y a des profiteurs ?
09:59C'est en tout cas ce quelque chose qu'il faut évacuer.
10:03Et là, le gouvernement a un peu flotté.
10:07En tout état de cause, il doit faire la lumière.
10:09Et donc moi je suis pour qu'on fasse toute la clarté sur les éventuels profits,
10:13les éventuelles rentes de situation dont ont pu bénéficier certains pétroliers.
10:18On parle effectivement de Total qui a joué sur les marchés.
10:21Je crois que ceci doit être évacué.
10:22Avec des conséquences éventuelles.
10:24C'est-à-dire que si on constate effectivement qu'il y a une forme de rente qui en est
10:27sortie,
10:27alors on taxe ?
10:29Il faudra prendre les mesures nécessaires.
10:32Mais il est clair que personne ne doit pouvoir s'enrichir sans motif
10:35dans cette période sur le dos des Français.
10:38Le principe de responsabilité et donc de clarté est nécessaire.
10:42Nous sommes dans des démocraties qui sont fragilisées.
10:44Et donc le premier devoir que nous avons, c'est d'être juste.
10:48L'exigence de justice sociale est absolue.
10:51Le Liban, négociation qui devrait reprendre entre le Liban et Israël,
10:55qui devrait prendre tout court d'ailleurs,
10:56parce que c'était une sorte d'introduction ce qui a eu lieu la semaine dernière.
10:59Est-ce qu'à vos yeux c'est un espoir ?
11:01Alors c'est un espoir dans la mesure où les armes se sont pour le moment tues,
11:05même si nous voyons que les effractions au cessez-le-feu sont très nombreuses
11:12et que malheureusement on continue à mourir aujourd'hui au Liban.
11:16Donc il faut saisir cette situation pour clairement marquer à la fois le possible
11:23et les limites du jeu.
11:26Nous devons sortir de l'équation dans laquelle et le Hezbollah et Israël,
11:32dans une partie très dangereuse pour le Liban, prennent en otage ce pays.
11:38Il faut donc faire en sorte d'avancer dans la voie de la démilitarisation.
11:42En l'état actuel des choses, l'armée libanaise peut difficilement faire cela seule.
11:46Donc moi je suis pour que nous ayons un renforcement de la finule,
11:51voire une coalition de pays qui puisse aider les talibanais à désarmer le Hezbollah.
11:59Parallèlement, il faut un processus politique parce que ceci ne peut pas être fait
12:03sans qu'il y ait un engagement extrêmement clair d'Israël
12:06à se retirer complètement de la zone qui est actuellement occupée.
12:10Le sud du Liban, les fameux 10 et plus kilomètres.
12:13Et à ne pas continuer à tirer comme ils le font aujourd'hui,
12:16un jour sur Beyrouth, un jour sur la vallée de la Bécard.
12:20Donc nous devons poser cette équation politique
12:23et ce renforcement du dispositif qui serait susceptible de conduire au désarmement.
12:29Je pense que l'Assemblée Générale, là encore,
12:31l'Assemblée Générale des Nations Unies peut être un moyen de donner une légitimité
12:37et la France, qui ne l'oublions pas, a fait voter la résolution 1701 en 2006
12:43a une responsabilité particulière.
12:45La France qui d'ailleurs recevra aujourd'hui le Premier ministre libanais,
12:49il sera reçu à l'Elysée.
12:51Est-ce que le Hezbollah à vos yeux aujourd'hui,
12:53qui est quand même le troisième acteur fantôme de ces négociations,
12:57puisqu'on parle d'Israël et du Liban,
12:58mais le Hezbollah dit déjà ne pas reconnaître ses potentielles discussions,
13:03avec même une sorte de menace de plus en plus claire
13:07à l'encontre de la vie même du président libanais,
13:11est-ce qu'aujourd'hui le Hezbollah peut continuer à être un parti officiel légitime au sein du Liban ?
13:18On peut faire des déclarations, la réalité elle est là.
13:22Il y a la réalité d'un Hezbollah politique et la réalité d'un Hezbollah militaire.
13:27Faire en sorte de casser le lien de dépendance entre le Hezbollah militaire et l'Iran,
13:33faire en sorte de donner au Liban toute sa souveraineté,
13:37de contrôler ses frontières pour que les armes cessent d'arriver.
13:40Si l'on veut désarmer le Hezbollah, il faut que les armes n'arrivent plus
13:45à l'intérieur du Liban à partir des frontières.
13:48Donc ça suppose de prendre un certain nombre de mesures et ça suppose donc des moyens.
13:53Donc on peut garder un Hezbollah politique ?
13:56Je pense que le parti politique, il a vocation à se transformer
13:59et à prendre acte de la nouvelle période dans laquelle le Liban doit rentrer.
14:04Ce n'est possible que si Israël arrête de vouloir tondre la pelouse tous les quatre matins,
14:09arrête de bombarder à tout va le Liban et se retire extrêmement clairement.
14:16On voit bien que ce n'est pas tout à fait l'intention de Benjamin Netanyahou
14:19qui poursuit partout sur l'ensemble des fronts aujourd'hui
14:22sa volonté d'une guerre malheureusement sans fin.
14:25Dominique de Villepin, vous êtes donc l'ancien ministre des Affaires étrangères,
14:28l'ancien Premier ministre et de plus en plus candidat à l'élection présidentielle.
14:31Alors vous ne le dites pas tout à fait officiellement
14:33mais quand on regarde ne serait-ce que vos réseaux sociaux,
14:35vous avez lancé un quasi-clip de campagne.
14:37Ça s'appelle La France que nous aimons.
14:39Il y a des morceaux de votre grand discours devant l'amphithéâtre de la Sorbonne.
14:44Il y a ce que vous aimez de la France, dites-vous.
14:48Il y a vos inquiétudes sur la fin d'une idée universelle,
14:51sur la fin d'une sorte de vivre ensemble, on le sent bien.
14:54Vous êtes de droite ou vous êtes de gauche ?
14:55Alors nous sommes à la fin d'un cycle.
14:57Je vais essayer de vous répondre précisément.
14:59Nous sommes à la fin d'un cycle qui a commencé en 2007.
15:04Nicolas Sarkozy, François Hollande, Emmanuel Macron.
15:08J'ai une conviction, c'est que le sarkozisme, le hollandisme et le macronisme ont fait leur temps.
15:16Il faut tourner la page.
15:18Nous sommes aujourd'hui en train de rentrer dans un nouveau monde,
15:21à la fois sur le plan international et en même temps sur le plan national.
15:26Et ce constat apporte en moi une conviction.
15:31Et cette conviction, c'est que tous ceux qui aujourd'hui ont été ou sont les héritiers de ces trois
15:39périodes...
15:40... vont devoir quoi ? Quitter ? Quitter la scène ?
15:44... auront beaucoup de mal à porter une ambition dans l'élection présidentielle.
15:48Je vois bien que ça commence pour vous, effectivement, après le chiracisme,
15:52cette période dont vous dites qu'il faut qu'elle s'arrête.
15:54Après, tous ceux qui, dans la Ve République, du général de Gaulle jusqu'à François Mitterrand et Jacques Chirac,
16:00ont eu une conception de la fonction présidentielle qui était à la hauteur des besoins.
16:07C'est-à-dire une fonction d'arbitre.
16:09Nous aurions bien besoin d'un arbitre aujourd'hui dans notre pays pour rétablir la sérénité,
16:14pour permettre à nos institutions de fonctionner.
16:16Un arbitre, un garant et un stratège.
16:19La grande ambition française aujourd'hui, elle est double.
16:21Ça veut dire que vous n'allez pas rentrer, on le voit bien pour l'instant dans vos discours,
16:24c'est effectivement des stratégies, des grands plans pour la France,
16:28mais pour l'instant, je ne sais pas en tout cas ce que vous pensez de l'âge légal de
16:32la retraite,
16:33de la légalisation du cannabis, de la question des impôts, des charges, du chômage...
16:40Toutes ces questions sont importantes, mais le grand enjeu pour la France,
16:44c'est d'être capable de mener une double bataille, la bataille de la souveraineté.
16:48Comment faisons-nous pour rester un pays indépendant dans les prochaines années,
16:52à l'échelle de la France et à l'échelle de l'Europe ?
16:54Mener la grande bataille qui s'annonce pour 2027,
16:56et qui prime sur toutes celles que vous avez annoncées,
17:01qui est la bataille de la démocratie.
17:02Si le Rassemblement National arrive au pouvoir en 2027,
17:06nous changeons de monde, nous entrons dans une démocratie illibérale.
17:12Votre ancienne famille politique, c'est-à-dire la droite,
17:15aujourd'hui est représentée par des gens comme Bruno Retailleau,
17:18qui lui met dos à dos le Rassemblement National et la France Insoumise.
17:22Est-ce que vous estimez que le danger est le même d'un côté ou de l'autre ?
17:25Le petit théâtre politique aujourd'hui, tel que nous le voyons,
17:30c'est un théâtre ancien.
17:32Et les personnages qui s'agitent sur la scène et qui gesticulent
17:36sont des personnages de carton-pâtes.
17:38J'écoutais hier Bruno Retailleau égrener ces quelques mesures.
17:43Est-ce que vous pensez, en appliquant tout cela,
17:45que c'est susceptible de changer notre pays ?
17:49Aujourd'hui, nous sommes dans une épreuve terrible.
17:52Mais vous ne m'avez pas dit si vous étiez le droit ou le gauche.
17:54Oui, mais j'y viens.
17:55La question de la démocratie et la question du Rassemblement sont incontournables.
18:00Quoi qu'il arrive en 2027,
18:02vous ne pourrez pas faire passer des réformes avec 50% plus une voix ?
18:07C'est-à-dire que la démocratie représentative ne suffit pas.
18:10C'est-à-dire qu'être de droite ou de gauche ne suffit pas.
18:13Les candidats de droite ou de gauche ne pourront pas gouverner la France après 2027.
18:19Qu'est-ce que ça veut dire ?
18:20Ça veut dire que nous devons inventer un nouveau modèle de démocratie,
18:23à la fois social,
18:24qui rassemble les partenaires sociaux très en amont des réformes,
18:27en même temps citoyenne.
18:28Il faut embarquer tous les citoyens.
18:30C'est-à-dire qu'il faudra réhabiliter le référendum
18:33et en même temps, il faudra, à travers les conventions citoyennes,
18:36faire vivre notre démocratie.
18:38Il faut donc se convaincre
18:40qu'une réforme des retraites à 50 plus 1
18:42ne passera pas, pas plus que n'est passée la réforme Macron.
18:45Et ça veut dire quoi ?
18:46Ça veut dire qu'il faut un président
18:48qui soit capable
18:50de présider
18:51et qui soit donc capable de dépasser le clivage
18:54de la droite et de la gauche.
18:55Donc vous n'êtes ni de droite ni de gauche.
18:56Je suis gaulliste.
18:57Et ça veut dire quoi ?
18:58Ça veut dire que moi, je peux,
19:00et nous ne sommes pas nombreux,
19:01travailler avec tout le monde.
19:03Je peux travailler avec les partis politiques
19:05tels qu'ils sont,
19:07tout en laissant les partis politiques...
19:08Avec tous ?
19:09C'est-à-dire, est-ce que vous accepteriez
19:10de travailler avec le RN et avec LFI ?
19:12Je l'ai dit clairement,
19:14je ne mets pas le Rassemblement National et LFI
19:17dans la même...
19:19Donc vous pourriez travailler avec LFI,
19:21mais pas avec le RN ?
19:21Je pense que ces partis vont être amenés
19:27à se métamorphoser sans doute
19:28dans le cadre de la campagne.
19:31L'héritage qui est celui du RN,
19:33qui est un héritage très lourd,
19:35à la fois de xénophobie, de racisme,
19:38préférence nationale.
19:39Quand j'entends les patrons recevoir aujourd'hui
19:42le RN, ils oublient qu'au cœur du projet,
19:45au cœur du projet de Marine Le Pen,
19:47il y a la priorité nationale.
19:48C'est-à-dire que les entreprises sont obligées de...
19:51C'est une faute que les patrons...
19:53Mais c'est un changement de démocratie
19:55et c'est un changement de monde.
19:57Et ce que je crois,
19:59c'est qu'il faut dans ce contexte...
20:00Mais je comprends que vous aurez encore
20:01beaucoup de choses à dire
20:02et donc vous reviendrez.
20:04Merci ancien ministre des Affaires étrangères,
20:06ancien Premier ministre.
20:06Et vous le dites, vous êtes aujourd'hui,
20:08d'après vous, en mesure aussi
20:09de travailler avec tout cela
20:11pour une nouvelle démocratie.
20:12Merci d'avoir répondu à mes questions.
20:13Il est 8h49.
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