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  • il y a 2 jours
Frédéric Encel, docteur en géopolitique, était l'invité du Face à Face sur BFMTV et RMC ce lundi 13 avril.

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00:02Il est 8h29 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Frédéric Ancel.
00:06Bonjour.
00:07Merci d'avoir accepté de répondre à mes questions ce matin et on a bien besoin d'être accompagné pour
00:11comprendre ce qu'il se joue
00:13après ces négociations finalement avortées et ce blocage qui pourrait se débloquer par un autre blocage.
00:19Frédéric Ancel, je rappelle que vous êtes docteur en géopolitique, que vous êtes spécialiste du Moyen-Orient, professeur à Sciences
00:24Po.
00:24Votre dernier livre s'appelait « La guerre mondiale n'aura pas lieu, les raisons géopolitiques d'espérés ».
00:30J'espère qu'il en reste encore quelques-unes. Ce matin, d'abord, essayons de comprendre avec vous, on en
00:34est où ? Je ne sais plus. Je ne sais plus suivre.
00:36Alors, c'est-à-dire que vous avez raison de dire qu'il y a un blocage des bloqueurs en
00:39quelque sorte, puisque les États-Unis, par la voix de Donald Trump,
00:42ont annoncé qu'ils prenaient finalement en charge le contrôle de ce rail maritime qui permet donc aux navires, notamment
00:49les métaniers et les supertankers,
00:50de passer de l'intérieur du Golfe à l'extérieur. Sauf que, jusqu'à présent, c'était l'Iran qui
00:56considérait bloquer ce détroit.
00:58Alors, il faut être extrêmement précis sur un point. L'Iran ne dispose pas des moyens physiques, techniques, militaires, de
01:04bloquer structurellement le détroit.
01:06Je veux dire par là que la marine de guerre iranienne est quasiment réduite à néant. Par ailleurs, il n
01:11'y a pas non plus de chasse aérienne de la part de l'Iran.
01:14Autrement dit, c'était une menace permanente que faisait peser le régime iranien sur les navires qui passaient au large
01:21de ses côtes,
01:22via notamment ses drones et ses missiles. Donc, c'est un blocage, quelque part, j'allais presque dire, passif.
01:27C'est presque une incitation, c'est-à-dire, c'est presque un blocage psychologique. C'est-à-dire, on
01:32a les moyens de vous empêcher de passer ?
01:35Exactement. Alors, psychologie et financiers, parce qu'évidemment, les armateurs, les assureurs, les équipages, les syndicats d'équipage,
01:41évidemment, sachant que la menace est très réelle...
01:44Oseront-ils prendre le risque ?
01:45Évidemment, ne prenaient plus de risque. Et c'est en ça qu'effectivement, il y avait un véritable blocage.
01:49Tandis que le blocage, au sens le plus militaire du terme, seuls les États-Unis, je dis bien seuls les
01:55Américains, peuvent le faire aujourd'hui dans le Golfe.
01:57Donc, on a une sorte de dissuasion d'un côté, enfin, arme de dissuasion qui est cette menace de blocage,
02:03et le blocage physique qui va être effectif, dit Donald Trump, à partir de 16h aujourd'hui.
02:09Concrètement, ça veut dire quoi ? C'est-à-dire que d'un côté, on a des véritables bateaux, une
02:14armada de guerres américaines qui va se positionner à la sortie du détroit d'Hormuz ?
02:19Non seulement à la sortie, mais en fait à l'intérieur, parce qu'il y a deux jours de cela,
02:23deux frégates américaines sont entrées dans le Golfe et sans coup faire rire.
02:25Les Iraniens n'ont pas osé, évidemment, leur porter préjudice.
02:29Donc, ils se présentent aujourd'hui à l'intérieur de ce Golfe ?
02:33Ils sont à l'intérieur, ils sont à l'extérieur avec la cinquième flotte américaine, et puis je rappelle qu
02:36'il y a plusieurs bases américaines très importantes,
02:39navales pour certaines, aéronavales pour d'autres, à l'intérieur même du Golfe.
02:43D'ailleurs, c'est vrai aussi pour la France, aux Émirats arabes unis, on l'a rappelé ces derniers jours.
02:46Les mines, est-ce que c'est du bluff ?
02:48Alors, ça c'est la grande question.
02:51On en sait, alors, on en sait un peu, mais on ne sait pas tout.
02:54Mais je pense que même les militaires ne peuvent pas tout savoir.
02:57Pourquoi ? Parce que les Iraniens affirment avoir miné le Détroit.
03:02En même temps, il y a plusieurs types de mines.
03:04Des mines auraient été vendues par la Chine à l'Iran, des mines dites intelligentes,
03:09qui se situent au fond de l'eau et qui peuvent être activées sur un certain nombre de bateaux,
03:15en fonction du bruit que font ces bateaux.
03:18Je n'ai pas, moi personnellement, la preuve que ces mines ont été réellement posées, disposées au fond de l
03:24'eau par l'Iran.
03:26Vous avez des mines flottantes, mais pour l'instant, pardon, on n'en voit pas la trace.
03:30Ce que je trouve très intéressant dans ce que vous dites déjà dans ces toutes premières minutes de l'entretien,
03:35c'est qu'au fond, il y a le réel et il y a la menace et il y a
03:39la tactique et il y a gémi des mines.
03:42Au fond, que les mines soient là ou pas, le mal est fait, c'est-à-dire que l'inquiétude,
03:47le risque,
03:48la crainte des bateaux à s'engager dans ce Détroit d'Hormuz,
03:52sur le simple, un simple évocation d'éventuelles mines, sans qu'on en ait la preuve,
03:57c'est déjà en soi une arme tactique, je dirais, que l'Iran a déployée.
04:02Oui, le pouvoir qu'on vous prête vous en donne.
04:04Et l'Iran n'a jamais cessé de développer une stratégie en termes de propagande,
04:09tout à fait d'ailleurs efficace, efficiente, alors qui passe par deux voies.
04:13D'abord, des négociations qui traînent pendant des années, voire des dizaines d'années,
04:17et je pense qu'on pourra peut-être revenir au domaine du nucléaire,
04:20et puis des discours de Matamor, des discours extraordinairement virulents,
04:26qui semblent indiquer d'abord une détermination de très très haut niveau
04:31et une capacité technique et militaire.
04:33Sauf que la détermination, il l'a peut-être, parce qu'on a affaire à un régime effectivement fanatique,
04:37mais la réalité militaire aujourd'hui, elle est la suivante.
04:40L'Iran, sur le plan militaire, ne peut en aucun cas jouter sérieusement avec l'armée américaine.
04:46Mais alors, Frédéric Ancel, on se pose justement cette question de savoir si,
04:49certes, on a bien compris ce qui allait se jouer dans le détroit d'Hormuz dans les heures qui viennent,
04:54mais ce qui s'est joué avec ces négociations avortées,
04:57est-ce un échec, et dans ce cas, de quel camp contre l'autre ?
05:01Alors, je vous dirais que, d'abord, la guerre est toujours un échec.
05:04Toujours, forcément.
05:05Maintenant, une fois qu'on a dit ça, est-ce qu'on était à la limite de parvenir à un
05:11accord ?
05:11Les Iraniens le disent depuis des années, sinon des dizaines d'années,
05:15mais en réalité, on n'en a aucune preuve.
05:17Ce qu'on sait, c'est que les négociateurs américains, franchement, ne sont pas au niveau.
05:22C'est le moins qu'on puisse dire, puisque jusqu'à présent, en tout cas,
05:24c'était un promoteur immobilier, le genre de M. Trump, qui assurait les négociations.
05:29Sauf qu'ils ne connaissent rien.
05:30Alors, maintenant, J.D. Evans, effectivement, il est d'un point de vue politique beaucoup plus élevé,
05:34en principe, protocolairement, statutairement, puisque c'est le vice-président.
05:37– Exactement. Et en plus, un vice-président américain qui discute directement avec l'Iran,
05:42ça ne s'est pas vu depuis plusieurs décennies.
05:43Sauf que, pardon, mais J.D. Evans, à ma connaissance, n'est pas un grand spécialiste du domaine du nucléaire.
05:49C'est même le moins qu'on puisse dire.
05:50Ce n'est pas non plus un spécialiste des questions militaires.
05:53– Vous pensez que ça s'est fait avoir, ou qu'il n'était pas à la hauteur,
05:54ou que ces négociations, en réalité, ont avorté, avant même d'avoir la possibilité de commencer ?
05:58– Moi, je pense que c'est surtout ça.
05:59Je pense que c'est cette deuxième hypothèse qui prévaut.
06:01Je suis convaincu que les Iraniens voulaient de nouveau, comme ils le font depuis 1979,
06:06pratiquement, gagner du temps.
06:07et, finalement, profiter de la menace que vous citiez tout à l'heure,
06:11que vous mentionniez à juste titre,
06:12de rendre le coup de cette guerre israélo-américaine
06:17très importante et même rédhibitoire pour le monde entier.
06:20Et donc, pendant ce temps-là, les Iraniens auraient pu, sans doute,
06:24tenter de reprendre la création de missiles.
06:27– Est-ce que les points qui sont évoqués comme les points d'échec,
06:32et notamment la question de la réouverture du détroit d'Hormuz,
06:35et le nucléaire, sur lequel les États-Unis ont l'air étonnés
06:39de découvrir que les Iraniens ne sont pas prêts à y renoncer ?
06:42– Oui, c'est ça.
06:43Quand je vous parlais du niveau de négociation très faible,
06:47du niveau de connaissance et de compétence des négociateurs américains,
06:50on en est là.
06:50Mais, entre parenthèses, ça concerne aussi Trump lui-même.
06:53Je rappelle que M. Trump, en 2018,
06:56met fin au fameux accord des 5 plus 1 sur le nucléaire,
07:00signé le 14 juillet 2015.
07:02Et donc, puisque les Américains…
07:03– Accord qui avait été signé par Barack Obama,
07:06et qui est refusé ensuite, déchiré même symboliquement, par Donald Trump.
07:09– C'est-à-dire que Trump avait retiré les États-Unis de cet accord,
07:12et sans les États-Unis, et avec le renouvellement des trains de sanctions
07:15très durs contre l'Iran, évidemment, l'accord était vidé de sa substance.
07:18Moyenant quoi, les Iraniens ont, en dépit du droit international,
07:22et en dépit du traité de non-prolifération de nucléaire de 68,
07:26sur lequel il faut toujours revenir, qui n'a jamais été transgressé à ce jour,
07:29donc Moyenant quoi, les Iraniens, ont repris leur enrichissement d'uranium
07:32jusqu'à parvenir ces derniers mois, selon l'AIEA,
07:35l'Agence internationale pour l'énergie atomique.
07:37Ce n'est pas Netanyahou et ce n'est pas le Pôle Maga qui l'affirme,
07:40c'est l'AIEA, donc c'est l'ONU.
07:42– L'AIEA affirme qu'il y a ces 450 kilos d'uranium enrichis.
07:46– Absolument, à plus de 60%, ce qui était strictement interdit,
07:50ce qui est prohibé, et les Iraniens s'étaient engagés à ne pas aller jusque-là.
07:55Mais c'est vrai aussi pour la balistique.
07:57Il y a quelques semaines, les Iraniens ont revendiqué un tir de missiles
08:01sur la base de Diego Garza.
08:02– Ce que vous appelez la balistique, c'est effectivement l'aspect plus classique
08:05des missiles non nucléaires.
08:07– C'est ça, c'est ça.
08:08Et donc la base de Diego Garza, qui se trouve à environ 4000 kilomètres
08:11des côtes iraniennes, a été touchée par un missile iranien.
08:14Or, les Iraniens avaient toujours promis de ne pas développer une balistique
08:17dépassant 2000 kilomètres.
08:18Donc en réalité, on a affaire à un régime qui non seulement est fanatique,
08:22mais qui ment de manière systématique.
08:23Et de l'autre côté, on a affaire à un M. Trump dont les buts de guerre
08:27sont changeants, mais parfois d'une heure à l'autre, sont erratiques.
08:30Et on a affaire à quelqu'un qui n'a pas de surmoi, dont l'ego est surdimensionné
08:34et qui, à mon avis, ne sait pas bien où placer l'Iran sur une carte du monde.
08:38– Précisément, Frédéric Ancel, on a compris ce qui tentait de se jouer
08:43autour du détroit d'Hormuz.
08:44On a compris avec vous que les négociations, en réalité,
08:47ne pouvaient de toute façon pas aboutir, étant donné l'incompréhension
08:51des uns et des autres, et notamment des Américains vis-à-vis des intentions iraniennes.
08:55Cette question des buts de guerre que vous évoquez.
08:57Je voudrais aujourd'hui qu'on se pose la question,
09:00un peu plus de 40 jours après le début de cette guerre,
09:02on en est où ? Est-ce que ces buts de guerre sont clairs ?
09:05À quoi jouent et que veulent les États-Unis ?
09:07Que veut l'Iran ? Que veut Israël ?
09:10– Oui, je disais encore récemment, pour ne pas le citer dans le monde,
09:12le but de guerre américain, pour moi, il est clair,
09:15le nord de la boussole de M. Trump a toujours été le mercantilisme absolu.
09:20– C'est l'économie.
09:21– C'est l'économie.
09:22– C'est the money.
09:23– Absolument, il l'a démontré au Venezuela, il l'a démontré au Groenland,
09:26alors à chaque fois de manière différente, il le démontre en Iran comment et pourquoi.
09:30Il veut une région à ses yeux pacifiée, c'est-à-dire avec un régime iranien
09:34dont la toxicité géopolitique, dont la capacité de nuisance serait ramenée à quasiment rien,
09:39de façon à pouvoir créer des centaines de consortiums,
09:42comme il l'a fait au Caucase et en Afrique des Grands Lacs en 2025,
09:46favorable bien évidemment à l'économie américaine,
09:48et une capacité de négocier des achats de produits à haute valeur ajoutée aux États-Unis
09:53extrêmement importante par rapport à ce qui se fait aujourd'hui.
09:56– Donc l'objectif américain, c'est l'argent.
09:58Est-ce qu'il y a eu un quiproquo ou un jeu de « j'entends ce que je veux
10:03entendre »
10:04de la part des Israéliens qui, eux, semblent poursuivre un but de guerre
10:08qui est plus vital pour eux, qui est vraiment le changement du régime iranien ?
10:12– C'est ça, alors eux sont dans la politique.
10:14Oui, c'est juste, je pense que les buts de guerre d'Israël-États-Unis sont différents.
10:17– Mais est-ce qu'ils savaient déjà dès le départ qu'ils étaient différents ?
10:20Ou est-ce qu'au fur et à mesure, ils ont compris qu'ils n'étaient pas du tout sur
10:23la même zone ?
10:24Pardon de vous le poser de manière aussi, j'allais dire, basique.
10:26– Moi je pense que Donald Trump se fiche du régime iranien, ça ne l'intéresse pas.
10:30Et d'ailleurs la population iranienne et son bien-être l'intéressent encore moins.
10:32Ce n'est pas un néo-conservateur, ce n'est pas quelqu'un qui cherche à renverser des régimes
10:35pour en faire de véritables démocraties.
10:38Maintenant, si le régime iranien tombait, ce serait encore mieux
10:41parce que par définition on pourrait s'approcher plus rapidement de ce but de guerre économique.
10:45Surtout si par exemple le fils du chat revenait au pouvoir, parce que là, enfin, venait au pouvoir.
10:49– Faire de l'Iran à nouveau une sorte de terrain de jeu économique.
10:51– Exactement, mais ce n'est pas encore une fois l'objectif principal.
10:55Si ce régime permet aux États-Unis de faire ce que Donald Trump veut faire sur le plan économique,
11:01au fond ça ne gêne pas.
11:02Tandis que pour Israël, effectivement, la menace elle est perçue comme existentielle
11:06pour une raison très simple.
11:07C'est que depuis 1979, l'avènement de ce régime,
11:10tous les jours et à un rythme pluri-quotidien,
11:12ce régime annonce la destruction de l'État d'Israël.
11:15– Où est-ce qu'on en est du cessez-le-feu, Frédéric Ancel,
11:18à la fois entre Iran et États-Unis,
11:20mais également sur la question du front libanais, aujourd'hui, pour Israël ?
11:25– Alors, le cessez-le-feu entre Israël et les États-Unis d'une part,
11:29Iran d'autre part, a priori, globalement, il est respecté.
11:31En revanche, sur le volet libanais, il n'y a pas de cessez-le-feu aujourd'hui.
11:36Alors, il y a des négociations qui vont commencer à Washington,
11:38d'ailleurs sous la pression de M. Trump quand même.
11:41– Là, il a réussi à obtenir d'Israël et du Liban qu'ils acceptent de discuter.
11:49– Oui, moyennant quoi, Trump continue à mettre la pression sur Téhéran
11:53pour que Téhéran ne puisse pas exiger, justement,
11:56que le Hezbollah ne soit pas frappé.
11:58C'est-à-dire qu'en réalité, vous avez un Hezbollah créé de toute pièce par l'Iran en 1982
12:03et qui lui obéit de manière totale, d'ailleurs,
12:06qui est tout à fait inféodée à Téhéran
12:08et qui, à chaque fois qu'il y a une montée de tension ou de pression très dure
12:12entre Téhéran et Israël, propulse des missiles sur Israël.
12:16Et de ce point de vue-là, il faut dire que les Libanais aujourd'hui
12:19sont dans une immense majorité hostiles au Hezbollah.
12:23Et je pense que c'est la raison pour laquelle il joue aujourd'hui sa survie.
12:28Le Hezbollah est en train de perdre la guerre, pas tant sur le plan militaire.
12:31Évidemment, il est moins fort qu'Israël, mais ce n'est pas ça.
12:33Clausewitz, le grand stratège prussien du début du 19ème, le disait bien
12:36« Une guerre se gagne ou se perd à la fin des fins sur le plan politique ».
12:40Or, le Hezbollah, aujourd'hui, est seul.
12:42Non seulement parce que Bachar Al-Assad, le président syrien,
12:46a été déchu il y a un an et demi,
12:48et que le nouveau pouvoir est très hostile,
12:50puisqu'il est sunnite, ultra-conservateur.
12:52Donc, évidemment, il est très hostile à l'Iran et au Hezbollah.
12:54Donc, le continuum Liban-Hezbollah, donc, Syrie-Irak et Iran n'existent plus.
13:00Mais au sein même de la société et de la vie politique libanaise,
13:03le Hezbollah, aujourd'hui, est totalement seul.
13:05Mais à quoi joue Benjamin Netanyahou ?
13:08Il était le Premier ministre israélien hier au Liban Sud.
13:12Il s'est rendu, semble-t-il, en compagnie du ministre de la Défense
13:15et du chef d'état-major de l'armée.
13:16Et dans le même temps, effectivement,
13:19il, d'ailleurs, a affirmé qu'il avait éliminé la menace d'une invasion.
13:23Mais dans le même temps, il y a ce dialogue.
13:25Comment est-ce que c'est possible ?
13:26Est-ce que, vraiment, on peut jouer ces deux cartes en même temps
13:28quand on est Benjamin Netanyahou ?
13:29– Alors oui, à condition que le gouvernement libanais
13:32puisse disposer des véritables instruments de la souveraineté.
13:36Et parmi les instruments fondamentaux de la souveraineté,
13:38d'ailleurs reconnus, bien évidemment, par les Nations Unies,
13:40c'est la prérogative militaire.
13:42Sauf que l'armée libanaise, on le dit et on le répète,
13:44mais avec raison, elle est extrêmement faible par rapport au Hezbollah.
13:48Et pour cause, le Hezbollah est un parti milice,
13:51en fait, on devrait dire un parti armé,
13:53au sens féminin du terme, du genre féminin,
13:55une véritable armée, systématiquement financée et équipée par l'Iran depuis 1982.
13:59Donc si, et c'est là qu'est la quadrature du cercle,
14:02le Liban et Israël, aujourd'hui, pourraient, au fond,
14:06assez facilement se reconnaître.
14:08Enfin, Israël a toujours reconnu le Liban,
14:09mais le Liban ne reconnaît pas Israël.
14:12Ce serait assez facile.
14:13J'en veux pour preuve la reconnaissance de la frontière maritime,
14:15il y a quelques années,
14:17pour pouvoir bénéficier, de part et d'autre, d'une nappe gazière.
14:20Donc si on arrive à s'entendre et à se reconnaître
14:22parce qu'il y a du gaz naturel en Méditerranée orientale,
14:25on pourrait s'entendre sur une frontière qui, d'ailleurs, n'est plus contestée.
14:27Frédéric Ancel, ce qui est très intéressant,
14:29c'est que ça veut dire que, potentiellement,
14:30on est là, au bord d'un moment qui serait assez historique
14:34pour le Liban et Israël,
14:36qui est ce moment de dialogue à Washington,
14:38sous la pression et le regard assez intrusif de Donald Trump,
14:44et, dans le même temps, ces bombardements massifs
14:47de la fin de la semaine dernière d'Israël sur Beyrouth,
14:51est-ce que ça n'aubère pas les capacités de dialogue ?
14:54Alors, dans une certaine mesure, si.
14:55Et je pense que là, il faut revenir à la situation politique intérieure israélienne.
15:00Dans quelques mois auront lieu des élections législatives.
15:03Or, toutes les enquêtes d'opinion indiquent
15:05que la coalition ultranationaliste,
15:06actuellement au pouvoir et depuis presque 4 ans,
15:09ne sera pas reconduite.
15:11Et Netanyahou, lui-même, pour l'instant, dans les sondages,
15:14il est... Alors, ça dépend des sondages.
15:16Il peut être reconduit, peut-être pas.
15:19Mais ça, collège sur le monde.
15:20Donc, il joue à quoi ?
15:21En fait, d'un côté, sur le plan international,
15:22il serait intéressant pour lui, effectivement, qu'il y ait ce dialogue.
15:26Mais, au fond, pour sa situation personnelle,
15:29il joue encore plus les vats en guerre ?
15:30Il lui faut une victoire militaire.
15:32Et ça, je suis convaincu que c'est au Liban, aujourd'hui,
15:35qu'il peut espérer, je dis bien espérer, l'obtenir.
15:38Enfin, avec l'Iran, la victoire, fondamentalement,
15:41elle est là depuis 2 ans, depuis le pogrom du Hamas du 7 octobre,
15:44qui a ouvert, en quelque sorte, cet épisode guerrier au Moyen-Orient.
15:47Le Moyen-Orient, et de ce point de vue-là,
15:49il a raison de dire qu'il a largement changé
15:51au détriment de l'axe pan-chiite pro-iranien.
15:54Mais ce n'est pas encore à ses yeux suffisant.
15:57Pourquoi ? Parce que les Israéliens vivent toujours,
15:59tous les jours, et plusieurs fois par jour, sous les alertes.
16:02Frédéric Ancel, est-ce qu'on peut imaginer le cessez-le-feu ?
16:05On le sent bien, il est extrêmement fragile.
16:08S'arrêter là, dans les heures qui viennent.
16:10Moi, je pense, je suis assez optimiste.
16:12Je pense que le cessez-le-feu au Liban va réussir.
16:15D'abord, parce que vous avez raison de le rappeler,
16:17Trump le souhaite ardemment.
16:20Les Saoudiens, les Émiratis, qui sont un peu les banquiers,
16:23on va dire, de la région,
16:24souhaitent aussi pouvoir obtenir un cessez-le-feu de ce type-là.
16:29La totalité aujourd'hui, ou la quasi-totalité du gouvernement libanais,
16:33de la classe politique libanaise, je le disais,
16:35j'insiste, juste que vous ayez compris,
16:37dans la communauté chiite,
16:39on a assez de la militarisation du Hezbollah.
16:41Et le Hezbollah est dirigé par des fanatiques,
16:43mais pas par des imbéciles.
16:44Ce sont des gens qui connaissent assez bien les rapports de force.
16:46Donc oui, je pense que dans les prochaines semaines,
16:49un cessez-le-feu est possible.
16:50Je ne dis pas que c'est certain, je dis que c'est possible.
16:52Frédéric Ancel, la Chine pourrait-elle entrer dans la danse ?
16:55Est-elle en train de danser dans la danse ?
16:56Non, la réponse est non.
16:57Les Chinois n'interviennent pas,
16:59sur le plan militaire en tout cas,
17:00hors de leurs frontières,
17:01depuis plus d'une vingtaine de siècles.
17:03Je ne parle pas d'années, je parle de siècles.
17:05On a là une tradition d'exercice des rapports de force,
17:09d'exercice et de projection d'influence et de puissance
17:12qui ne passent pas prioritairement par les armes.
17:15Ça, c'est le premier point.
17:15Et puis le deuxième point, de manière très prosaïque,
17:17je le dis d'un mot,
17:17la Chine, face aux Américains,
17:19sur le plan militaire, dans le Golfe,
17:21serait ridiculisée.
17:23Et ça, je pense que pour Xi Jinping,
17:24qui est quand même un garçon très pragmatique,
17:26et quelle que soit la nature du régime en Iran,
17:28ce qu'il souhaite,
17:28c'est que sa jugulaire pétrolière du Golfe
17:31ne soit pas atteinte, ne soit pas menacée.
17:33Qui est vraiment aussi le chemin du pétrole
17:36qui arrive en Asie.
17:37Massivement en Asie, en Inde, au Pakistan,
17:39mais surtout en Chine.
17:40Et la Russie ?
17:41Est-ce que la Russie pourrait rentrer dans la danse
17:43sur ce front-là ?
17:44Certainement pas.
17:45La Russie a échoué de manière catastrophique
17:47voilà déjà quatre ans à s'emparer de Kiev.
17:49Depuis, la situation est dramatique.
17:51La flotte de la mer Noire a démontré
17:53qu'elle était extrêmement faible
17:54face aux modestes troupes ukrainiennes.
17:57La Russie n'interviendra pas militairement dans la région.
18:00Merci beaucoup Frédéric Ancel
18:01d'avoir répondu à mes questions ce matin.
18:03Docteur en géopolitique,
18:04spécialiste du Moyen-Orient
18:05et professeur à Sciences Po.
18:06Votre dernier livre,
18:07c'est La guerre mondiale n'aura pas lieu.
18:08Les raisons géopolitiques d'espérer.
18:10Et c'était chez Odile Jacob.
18:12Il est 8h47.
18:13Vous êtes bien sûr à la MCB FM TV.
18:14C'est parti.
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