00:00En fait, Trump est très prévisible, j'allais dire stratégiquement, sur le long terme.
00:05Il a ses obsessions, il a sa méthode, mais il est totalement imprévisible tactiquement,
00:10c'est-à-dire sur le court terme.
00:12Qui sait si demain après-midi, il ne va pas décider finalement que le blocus,
00:17ça sera pour plus tard.
00:19Il se réserve de le mettre en œuvre.
00:20Vous savez, il y a deux explications possibles dans ce qui vient de se passer aujourd'hui.
00:25Soit Trump pensait sincèrement, et c'est possible,
00:27que les Iraniens allaient effectivement faire un deal parce qu'ils en avaient besoin.
00:33Donc, il a fait trop confiance à l'image de force qu'il a projetée depuis plusieurs semaines.
00:40Ou alors, il se dit que, conformément à sa politique habituelle,
00:44qu'il avait énoncé dans son livre « L'art du deal »,
00:47il faut décidément faire peur et taper un grand coup sur la table
00:51pour pouvoir ensuite négocier.
00:53Moi, je crois que l'hypothèse de la méprise, c'est-à-dire du malentendu, d'une certaine manière,
00:59est tout à fait crédible. Pourquoi ?
01:00Parce que les Iraniens, de leur côté, ont pu penser que l'Amérique était affaiblie
01:04et avait besoin d'un deal.
01:06Et finalement, moi, je ne suis pas du tout étonné qu'à l'hôtel Serena à Islamabad,
01:10que par ailleurs, je connais bien, c'est le grand hôtel d'Islamabad...
01:13– Vous n'étiez pas à la négociation, je précise.
01:15– Non, je n'étais pas à la négociation, mais personne n'y était.
01:16C'est-à-dire que le quartier entier avait été totalement vidé.
01:21Et les Pakistanais, d'ailleurs, il faut saluer leurs efforts.
01:24Mais ils n'y peuvent rien, parce que je crois qu'à ce stade, en tout cas,
01:27il n'était absolument pas possible de faire un deal.
01:30Je crains malheureusement, moi qui suis plutôt un optimiste de manière générale,
01:33je crains malheureusement qu'on n'ait pas du tout au bout de cette guerre.
01:36– Bon, en tout cas, tout est aujourd'hui encore imprévisible.
01:42Je veux dire imprévisible des deux côtés, évidemment.
01:46Du côté de Donald Trump, qui est l'homme le moins prévisible que je connaisse,
01:50mais également du côté des Iraniens,
01:53qui sont dans une situation qui est tellement complexe,
01:56et au fond, sur laquelle on manque beaucoup d'informations précises,
02:00qu'effectivement, tout peut se passer.
02:06Et en même temps, j'ai le sentiment que depuis quelques jours,
02:10il y a, alors je vais peut-être être démenti dans une heure,
02:13je ne le souhaite pas, mais ça peut se produire,
02:16mais j'ai le sentiment qu'il y a de part et d'autre un peu plus de retenue
02:20qu'il n'y en a eu auparavant.
02:22Autrement dit, il y a eu le sentiment à un moment,
02:24bon, d'abord, il y a eu la violence, donc l'affrontement.
02:28Ensuite, il y a eu l'intimidation.
02:30Et maintenant, j'ai un peu l'impression que l'idée d'une porte de sortie
02:37présente quand même beaucoup d'avantages pour tout le monde,
02:39à condition que chacun, naturellement, puisse donner le sentiment
02:43qu'il n'est pas le vaincu, ce qui est toujours compliqué.
02:47Alain Duhamel, je crains que vous n'ayez une vision trop rationnelle
02:51et presque, certains diraient, trop occidentale
02:54de ce qui est en train de se passer.
02:56Je ne suis pas du tout sûr que les Iraniens, le régime iranien,
02:59se voient dans une situation complexe.
03:01Pour eux, c'est déjà une victoire.
03:03Ils ont tenu tête à la plus grande puissance militaire mondiale.
03:07Peut-être ont-ils été surpris par le dernier revirement de Donald Trump,
03:11mais je ne crois pas du tout qu'ils se disent qu'ils sont dans une situation
03:15plus difficile qu'il y a 24 heures ou il y a une semaine.
03:18Le véritable test, à mon sens, ça va être effectivement de voir
03:21si certains navires qui seraient autorisés par l'Iran
03:24à franchir le Détroit-Normuz
03:26seront effectivement arrêtés par la marine américaine.
03:30Tout le monde parle depuis cet après-midi
03:32de l'hypothèse du navire chinois.
03:35Parce que s'il y a des navires chinois dans le Golfe
03:36qui essayent de sortir, alors là, ça sera vraiment un test
03:39pour voir si la marine américaine leur tire dessus.
03:42Et la Chine a besoin du Détroit.
03:45Oui, la Chine, mais tout le monde a besoin du Détroit.
03:46Oui, mais enfin spécialement, puisqu'il y a leur problème d'approvisionnement.
03:49Je vous contredis pour le plaisir, mais je crois qu'on surestime
03:54le besoin de la Chine en pétrole iranien.
03:57Bien sûr, elle achète la quasi-totalité du pétrole iranien,
04:01en tout cas dans les exportations officielles.
04:03C'est déjà pas mal.
04:04Mais cette consommation, elle est beaucoup moins importante
04:06pour la consommation énergétique chinoise
04:09que le sont beaucoup d'autres sources d'énergie.
04:11Ce qui est important, pardon, juste un point,
04:13ce qui est important, moi je reviens toujours à ça,
04:14c'est que là où cette guerre est absolument dramatique
04:17pour l'économie mondiale, c'est tous les produits dérivés.
04:21On peut parler de l'acier, du soufre, des engrais,
04:24de tout ce qui sert à l'économie mondiale, y compris à la Chine.
04:27Et c'est pour ça que là, pour le coup, elle a besoin du Détroit,
04:30mais moins pour son pétrole, mais parce qu'elle a besoin
04:32que toutes les voies de circulation maritimes fonctionnent bien.
04:35Mais il me semble qu'il y a deux choses.
04:38La première, c'est d'abord que la Chine n'aime pas se faire bousculer.
04:43Et si on lui interdit ce que d'ordinaire elle a le droit de faire,
04:48en règle générale, elle réagit quand même avec une certaine fermeté.
04:52Alors, elle ne cherche pas, je ne suis pas en train de vous dire
04:54qu'elle cherche une bataille navale.
04:55Enfin, la Chine veut être respectée.
05:00Et par ailleurs, en ce qui concerne Donald Trump,
05:05plus il pose de conditions, plus on prend de risques
05:09par la force des choses.
05:11Là, il pose quand même des conditions assez fortes pour le Détroit d'Hormuz.
05:16Alors, peut-être que demain matin, il aura changé d'avis.
05:18Mais les conditions posées par les États-Unis,
05:22autrement dit, la liste de leurs exigences
05:25était aussi radicale que la liste des exigences iraniennes.
05:29Oui, bien sûr.
05:29C'est pour ça que moi, j'étais très pessimiste
05:31sur ce qui s'est passé à Islamabad hier et aujourd'hui,
05:34parce que je ne voyais pas le point de compatibilité,
05:38le point de convergence.
05:39Vous savez, c'est ce que tous les diplomates recherchent.
05:41Vous avez les positions initiales, bien sûr,
05:43souvent effectivement assez radicales,
05:45mais on essaye de voir quand même s'il n'y a pas des points
05:47où on peut se retrouver.
05:49Mais pour pouvoir se retrouver, il faut avoir envie de se retrouver.
05:52Et je crois fondamentalement que les deux parties estiment
05:55être toutes les deux en position de force.
05:58Le résultat de tout cela, c'est que le compromis n'était pas possible,
06:01en tout cas pas aujourd'hui.
Commentaires