00:00Bonjour Bali Bagayoko, ça fait un peu plus de deux semaines maintenant que vous êtes maire de Saint-Denis
00:05et en deux semaines vous avez porté plainte pour racisme et vous avez appelé à faire fermer la chaîne CNews.
00:11Le parquet de Paris a ouvert deux enquêtes dont une aussi pour la vague de harcèlement raciste dont vous êtes
00:16victime sur les réseaux sociaux
00:18et vous avez réuni 6000 personnes ce week-end à Saint-Denis pour un rassemblement antiraciste.
00:23Vous vous attendiez à des débuts aussi mouvementés, ça fait beaucoup ?
00:26Oui ça fait beaucoup mais en même temps on y est préparé parce que malheureusement les faits de racisme ne
00:32datent pas en fin de compte au moment de mon élection.
00:35Vous vous attendiez à ça ?
00:36Je m'y attendais aussi parce qu'il y avait déjà des prémices qui avaient démarré lors de la campagne
00:41où j'avais été associé aux narcotrafiquants.
00:44Par le maire sortant socialiste.
00:47On a dans la même séquence une parfaite cohérence entre ce qui a démarré en fait avec les socialistes,
00:53ensuite repris par la droite et l'extrême droite et donc du coup ça donne la synthèse en fin de
00:57compte de ce qui se passe dans la société française malheureusement.
01:00Et vous dites que vous recevez aussi des insultes racistes jusqu'au standard de la mairie de Saint-Denis.
01:05Votre notoriété est fulgurante, vous appelez à un autre rassemblement antiraciste le 3 mai à Paris cette fois.
01:11Vous parlez même d'une possible tournée nationale voire internationale.
01:15Vous serez là pour la politique locale à Saint-Denis ou vous allez laisser la main ?
01:19Non, la priorité elle serait bien sûr, elle reste bien sûr à l'échelle locale de Saint-Denis et de
01:23Pierre-Fitte-sur-Seine d'ailleurs
01:23puisque les deux villes sont fusionnées depuis le 1er janvier 2025.
01:27Et donc du coup ce qui nous importe c'est d'être un point d'appui en fin de compte
01:31pour une dimension plus large
01:32parce que la question de la lutte contre le racisme est un sujet qui dépasse en fin de compte les
01:37frontières de Saint-Denis et Pierre-Fitte-sur-Seine.
01:38Et vous voulez quoi ? Vous voulez devenir la figure nationale en France de la lutte antiraciste ?
01:43Non, je pense que je suis purement et simplement un élément parmi tant d'autres parce que beaucoup m'ont
01:46précédé
01:47et puis il y a beaucoup d'acteurs en fin de compte qui agissent, qui ne sont pas suffisamment d
01:50'ailleurs mis en valeur
01:51par rapport à la lutte qui est une lutte en fait universaliste.
01:54Et donc c'est la raison pour laquelle nous disons que nous avons notre part de responsabilité à prendre nous
01:57à l'échelle de Saint-Denis et de Pierre-Fitte-sur-Seine.
01:59Et donc du coup j'espère que toutes les autres collectivités locales vont faire de même
02:02puisque la marche du 3 mai prochain est une marche nationale
02:04qui a vocation ensuite à pouvoir se déployer sur l'ensemble en fait des territoires de l'Asie-Gone.
02:08Une marche nationale donc prévue à Paris.
02:10Vous reprochez Emmanuel Macron de ne pas s'être exprimé, de ne pas avoir condamné les propos tenus sur CNews.
02:17Vous estimez même qu'Emmanuel Macron a eu un réflexe clannique.
02:21Ce sont vos mots. Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?
02:22Oui, ce que je veux dire par là c'est le réflexe clannique, c'est probablement l'idée de dire
02:25que
02:26c'est le même traitement en fait qui est réservé à celles et ceux qui sont héritiers, héritiers de l
02:29'immigration.
02:30C'est-à-dire que les réponses se font toujours très tard, les réactions toujours tardives.
02:34Et donc du coup il y a cette forme, parfois même les silences.
02:36Et donc c'est le cas précisément du président de la République.
02:39Il est vrai que dans une séquence particulière où l'on voit bien monter en fin de compte les discours
02:43racistes,
02:44parce que ce n'est pas la première fois que ça s'entend,
02:46que le président de la République ne prenne pas le choix notamment de s'exprimer,
02:49ça en dit long en tout cas sur le fait qu'il fait le choix finalement d'être dans le
02:53silence
02:53au moment où il y a une indignation populaire.
02:55Après le Premier ministre vous a apporté son soutien, plusieurs ministres aussi.
02:58Le Premier ministre a eu l'occasion bien sûr de le faire après avoir été interpellé au sein de l
03:02'Assemblée nationale
03:02par d'ailleurs Éric Coquerel et puis Stéphane Peu que je veux remercier.
03:05J'ai bien entendu ses propos.
03:08Je salue aussi d'ailleurs madame Aura Berger qui a eu l'occasion y compris de m'appeler.
03:12La ministre de la Lutte contre les discriminations.
03:13Qui n'était pas présente.
03:14Mais du coup vous attendez que de tous les ministres et de tous les hommes politiques et femmes politiques de
03:18France qui réagissent, c'est ça ?
03:19Je pense que le président de la République a un statut qui est différent de tous les autres.
03:22Et donc je pense que dans cette lutte contre l'extrême droite et contre le racisme,
03:27il a une part importante en fin de compte de rôle à jouer.
03:30Bon après il décide de l'expliquer par son silence mais c'est à lui en fait de clarifier en
03:35fait sa position.
03:35Bali Bagayoko, première mesure forte depuis votre élection.
03:39Vous avez pris un arrêté pour interdire les expulsions locatives à Saint-Denis et à Pierrefitte-sur-Seine.
03:46Arrêté illégal selon le ministre du Logement Vincent Jean-Brun.
03:48Il vous reproche de faire du populisme.
03:50Vous lui répondez quoi ?
03:51Le populisme c'est pas tant ça, je fais juste de la politique en réalité.
03:55Le populisme ça serait considérer en fin de compte qu'on vit avec la vie des gens.
03:59La politique c'est de considérer qu'il y a des gens en fin de compte qui sont en souffrance
04:02et que l'État, la promesse d'ailleurs que le président de la République avait faite quand il a été
04:06élu, c'était de dire personne à la rue.
04:08Et donc nous observons que depuis cette annonce, il y a beaucoup beaucoup trop encore de personnes à la rue.
04:12Donc du coup l'arrêté est un acte politique et bien sûr qu'il sera attaqué, il l'est déjà.
04:16Il l'est déjà.
04:17Voilà, et très bien comme d'ailleurs tous les arrêtés qui ont été portés par d'autres qualités locales.
04:20Et donc j'invite encore les qualités locales à en faire de même.
04:22Mais surtout à ce que l'on mette à l'agenda politique la question du logement pour tous.
04:26Que ce soit Bagneux ou Gennevilliers en région parisienne, à chaque fois les arrêtés anti-expulsion ont été suspendus par
04:32la justice.
04:33Et le préfet de Seine-Saint-Denis conteste votre arrêté anti-expulsion devant la justice.
04:37Bali Bagayoko, on peut se mettre dans la peau d'un propriétaire à Saint-Denis qui se dit
04:41« Moi j'arrête de louer parce que si je ne peux plus expulser un locataire qui ne paye pas
04:46son loyer, ça ne vaut plus le coup ».
04:47Vous l'entendez ça ?
04:48Ce que j'entends, c'est effectivement ça je l'entends.
04:51Ce que je dis en fait dans la réalité, c'est de dire que l'expulsion malheureusement peut parfois avoir
04:55une réalité concrète.
04:56Nous disons juste que l'expulsion n'est pas une réponse en fin de compte à la question du mal
04:59logement, y compris à la question sociale.
05:01Et donc du coup il faut qu'on traite les deux.
05:02Et en revanche nous disons aussi dans le même arrêté que nous souhaitons qu'il n'y ait pas d
05:06'expulsion sans solution d'hébergement.
05:09C'est dans ce cas-là que vous voulez interdire les expulsions ?
05:11C'est dans ce cas-là.
05:12Mais qu'est-ce qu'on fait du coup ?
05:13Ça veut dire que du coup au même moment où les personnes doivent être expulsées, bien sûr qu'il faut
05:16travailler aussi sur la solution alternative qui est bien sûr de l'hébergement.
05:19Et là on va se rencontrer qu'il y a une difficulté importante là-dedans aussi puisque le 115 est
05:23complètement saturé,
05:24que les propositions y compris d'hébergement existent très peu.
05:27Et donc c'est l'ensemble en fin de compte de la chaîne et du logement et de l'hébergement
05:30qui est à traiter.
05:31Et ça c'est une responsabilité de l'État.
05:32Et c'est un sujet qu'on aborde souvent sur notre antenne sur ICI Paris, Île-de-France, Bali, Baïgayoukou.
05:37Vous avez annoncé un désarmement progressif de la police municipale de Saint-Denis à commencer par les LBD, les lanceurs
05:45de balles de défense.
05:46Est-ce que vous allez aussi supprimer aux policiers municipaux les armes à feu ?
05:50En tout cas ce qui est clair c'est qu'il n'y aura pas de désarmement total en fait
05:54de la police municipale.
05:55Je rappelle que la police municipale de Saint-Denis est armée à la fois avec LBD jusqu'à très récemment.
06:01Le 9 mm.
06:02Donc ça c'est fini.
06:0210 heures.
06:03En fait en réalité ce qui se passe c'est que c'est le renouvellement du LBD en fait qui
06:06a été suspendu.
06:07Le temps que nous mettions bien sûr en place l'audit et que nous mettions ensuite la doctrine.
06:11Et cette doctrine là va déterminer ensuite le mode opératoire de la police municipale sur les territoires.
06:15Et donc les armes à feu ?
06:16L'arme à feu, il est possible que l'arme à feu bien sûr soit réduite dans sa proposition sur
06:20l'espace public.
06:21Et comment on fait pour lutter contre les narcotrafiquants si on est moins armé ?
06:25C'est une question qui se pose ? Il y a plusieurs policiers municipaux qui disent même qu'ils vont
06:28demander leur mutation après votre décision.
06:29Très clairement. Alors déjà ça c'est clairement faux.
06:31C'est-à-dire qu'on a eu toutes les fake news autour de 90 policiers municipaux qui seraient sur
06:35le départ.
06:35Ce sont des syndicats policiers qui l'ont dit ?
06:37En tout cas personnellement aujourd'hui ce que je sais c'est qu'il n'y a aucun syndicat à
06:40Saint-Denis qui s'est mobilisé sur la question.
06:42Aucun. D'accord aucun. Absolument aucun.
06:44Donc tout ça c'est des fake news.
06:45Ce que je sais en revanche c'est que pendant qu'on parle à la police municipale on en oublie
06:48en fait de dire clairement qui a la fonction régalienne.
06:52C'est l'État en fait sur la question de la tranquillité publique.
06:54Et donc le vrai sujet c'est qu'en fait l'État était en défaillant.
06:57On renvoie la responsabilité aux collectives locales.
06:58Donc pour ce qui est Saint-Denis les effets qui sont maintenus et bien sûr la question du LBD seulement
07:02est gelée.
07:03Et ensuite les policiers municipaux ont l'ensemble des ordres gratuites et je leur fais totalement confiance.
07:06Certains parlent de vous comme d'un élu anti-flic. Est-ce que vous êtes un élu anti-flic ?
07:11Non premièrement parce que j'ai beaucoup de connaissances en fait qui sont dans la police et municipale et nationale.
07:15Et je ne suis pas anti-flic parce que je suis avant tout un père de famille, 4 enfants.
07:19Et je suis issu du milieu en fin de compte de l'éducation.
07:22Donc notamment éducateur auprès d'enfants et donc je suis quelqu'un qui a toujours porté la règle.
07:26Et donc la police municipale comme la police nationale, nous en avons besoin.
07:29Donc je ne suis pas anti-flic, je suis juste quelqu'un qui est pragmatique
07:32et qui considère que la police municipale doit avant tout agir en termes de proximité.
07:35Et que l'État doit assumer ses responsabilités, ce qui n'est pas le cas.
07:37L'État qui est responsable de la lutte contre le narcotrafic notamment.
07:40Merci Bali Bagayoko d'être venu dans nos studios.
07:43Les studios de ici Paris-Île-de-France, maire LFI de Saint-Denis.
07:46Et donc vous annoncez ce nouveau rassemblement anti-racisme le 3 mai à Paris.
07:49Merci à vous.