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  • il y a 20 heures
DB - 03-04-2026

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00:00:00Musique
00:00:37Au bout de la rue Guénégo, lorsqu'on vient des quais, on trouve le passage du pont neuf.
00:00:44Des souffles humides viennent de la rue.
00:00:46On dirait une galerie souterraine, vaguement éclairée par trois lampes funéraires.
00:00:53Il y a quelques années, se trouvait là une boutique.
00:00:56L'enseigne, faite d'une planche étroite et longue, portait en lettres noires le mot «mercerie ».
00:01:04Et sur une des vitres de la porte était écrit en lettres rouges un nom de femme, Thérèse Raquin.
00:01:14Le soir, lorsque la lampe était allumée, on voyait l'intérieur de la boutique.
00:01:20D'ordinaire, il y avait deux femmes assises derrière le comptoir.
00:01:25Une jeune femme au profil grave et une vieille dame qui souriait en sommeillant.
00:01:34Elles étaient là, immobiles et paisibles, pendant des heures.
00:01:48C'est là.
00:01:51On ne voit rien ?
00:01:52Le brouillard.
00:01:53Où sommes-nous ?
00:01:54Passage pont neuf, rue Mazarin, rue de Seine.
00:01:56Hum, cette odeur de vase.
00:01:58Non, le fleuve.
00:02:00Alors tu habites ici ?
00:02:01Alors tu connais maman.
00:02:03Ça l'avait remué de quitter Vire, non ? Son petit jardin.
00:02:05Et moi je m'ennuyais, il me fallait Paris.
00:02:07C'est effrayant.
00:02:08Tu es comme Thérèse.
00:02:09La première fois que nous sommes arrivés ici, il a fallu que je la pousse.
00:02:12Allez, viens.
00:02:13Thérèse ?
00:02:13Oui, oui, tu te souviens bien, ma cousine.
00:02:15Elle jouait avec nous quand on avait dix ans.
00:02:17Ah oui, une petite fille, douce et presque muette.
00:02:20C'est ça, elle est toujours douce.
00:02:21Et qui criait si fort sous les arbres quand elle se croyait seule.
00:02:24Thérèse, qu'est-ce que tu racontes ?
00:02:25Elle a toujours parlé comme dans de l'ouette, or, c'est même un gars.
00:02:28Maman, vu que tu me suis mariée avec elle, elle était là et puis ça faisait plaisir à maman.
00:02:33Entre nous, pas ça de tempérament.
00:02:36Oui, tu me diras que ça vaut mieux, j'ai besoin de m'aménager.
00:02:38Ah, ça y est, j'ai encore chippé un rhume.
00:02:41Mais aussi on reste là, dans les courants d'air.
00:02:43Allez, viens, viens.
00:02:47Bonsoir, maman.
00:02:48Camille.
00:02:52Ah ben, tu vois, je te ramène quelqu'un.
00:02:54Monsieur.
00:02:55Comment monsieur ?
00:02:56Mais tu ne le reconnais pas, mais c'est Laurent.
00:02:59Laurent ?
00:03:00Maman.
00:03:01Ah, mais madame Rackin ne m'a pas vue depuis vingt ans, Camille.
00:03:03Moi, je vous reconnais bien, madame.
00:03:05Il y a chez vous que j'ai mangé de si bonnes confitures et reçu de si bons baisers.
00:03:09Alors ?
00:03:10Vraiment, non ?
00:03:11Ça, c'est incroyable.
00:03:12Et tu vas voir que tout à l'heure, elle va te sauter au cou.
00:03:14Mais tu vieillis, ma pauvre mère.
00:03:17C'est Laurent.
00:03:18Le petit Laurent du père Laurent de Jefosse.
00:03:20J'allais à l'école avec lui.
00:03:21Oui, il me protègeait de votre souhait.
00:03:23Le petit Laurent.
00:03:25Oh, ça.
00:03:27C'est une fille gronde.
00:03:29Eh ben, voilà.
00:03:30Et maintenant, ça ne va plus finir.
00:03:31Allez, embrassez-vous.
00:03:33Bon, oui, Thérèse.
00:03:35Elle prépare tes pantoufles.
00:03:37Ah ben, ça ne peut pas durer une heure, ça, non ?
00:03:40Mais qu'est-ce qu'elle a toujours, cette Marie-là, tout contre cette cuisine bande noire, là ?
00:03:44Mais laisse, mon petit, je lui ai dit que tu rentrerais sans doute mouillée.
00:03:47Elle te prépare un grog.
00:03:49Ah bon, il ne faut pas trop droit, mais ça m'énerve.
00:03:51Mais, mais entrez-donc, mon petit Laurent ne restait pas là.
00:03:57C'est Laurent.
00:03:59Il m'a fait un coup.
00:04:00Allez, allez, asseyez-vous.
00:04:02Oui, merci.
00:04:02Là.
00:04:04Alors, comment vous êtes-vous, vous êtes-vous retrouvés ?
00:04:08Eh ben, figure-toi.
00:04:10Ah, tu devrais te déshabiller.
00:04:13Tu es tout mouillé.
00:04:14Oui, oui, oui.
00:04:15Ton ami t'excusera, il est toujours si délicat, n'est-ce pas ?
00:04:17Bien entendu.
00:04:18Bon, alors ça, c'est ma chambre, je laisse la porte ouverte, tu profiteras du feu.
00:04:24Ah, comme vous êtes beaux, mon enfant.
00:04:26Ah, et si robuste, vous.
00:04:30Mais dis donc, maman, heureusement que t'as 70 ans, hein.
00:04:32Oh, mais Camille, il y a bonne mine, je l'ai trouvé plus forte autrefois.
00:04:35Vraiment ?
00:04:36Ah oui, le voilà un homme, et grâce à vous.
00:04:39Ah, pour ça, je peux dire sans me vanter que j'ai sauvé cent fois de la mort.
00:04:45Que de nuit j'ai passé près de son lit.
00:04:48Les médecins le condamnaient.
00:04:51Mais c'était tout de même de douces nuits.
00:04:55Vous savez que je vous attends ?
00:04:56Ah, voyons, maman, n'ennuie pas l'or, hein, je te prie, c'est très bien que je vois pas
00:04:58de vieux.
00:04:59Ah, c'est fou, voyons.
00:05:02Ah, d'accord, qu'est-ce qu'il y a ?
00:05:04Est-ce que j'ai encore dit ?
00:05:07Oh, tu vas pas te mettre à pleurer.
00:05:09Non, mon dieu, mais tu sais bien que ça...
00:05:11Que ça...
00:05:13Oh, mon dieu, mais tu as les mains brûlantes.
00:05:15C'est pas toi qui les a glacées, j'ai un peu de fièvre, c'est tout.
00:05:17Oh, mon dieu, mon dieu, mon dieu, Thérèse !
00:05:19C'est un sang-grogue !
00:05:24Et voilà.
00:05:26Comme tu es heureux.
00:05:27Ah, tu trouves.
00:05:28Eh oui, moi, je suis seul, personne ne m'aime.
00:05:31Bah, tu comme tu es ?
00:05:32Oh, tu sais l'amour.
00:05:34Non, ma mère est morte et mon père, dès qu'il a compris que je ne reviendrai pas,
00:05:37que je ne voulais pas travailler la terre, il m'a coupé les vivres.
00:05:40Et tu voulais faire ?
00:05:42Être artiste.
00:05:44Faut aller, une idée.
00:05:45Hum ? Peintre.
00:05:46Comme celui de la cour, quoi ? Enfin, machin, là !
00:05:49Ah, non, non, j'étais pas si ambitieux, mais enfin, j'aimais ça, c'était beau,
00:05:52pas fatigant, puis je menais une belle vie.
00:05:54Je te crois, il te donnait combien, ton père ?
00:05:57Eh, 100 francs par mois.
00:05:58100 francs ?
00:05:59Oui.
00:05:59Fils, mais t'as dû vivre comme Morni, hein !
00:06:01Et à toi, les petites femmes, oui, oh !
00:06:03Et puis les quadrilles d'enfants vac, là !
00:06:11T'as dû en faire une de ses noces, hein !
00:06:14T'as un divan, je pari !
00:06:15Un divan turc.
00:06:16Oh, et des modèles !
00:06:18Oh, tu penses !
00:06:19Oh, maman ! Maman, yadron, qui a eu des modèles !
00:06:21Maman, Camille, tu sais pour ce que c'est.
00:06:24Gredince, je te vois d'ici.
00:06:26Gigarette au bec, la fumée d'Orient.
00:06:28Et puis la nuit, et le jour !
00:06:30Oui, j'ai eu faim, Camille.
00:06:32Oui, bon, après, vieux farceur.
00:06:34J'ai connu les restaurants à 18 sous, les mansardes sous les toits.
00:06:37Ah, parce que si tu crois que c'est gay, ici.
00:06:38Bon, ben, t'es bien, quoi.
00:06:39Ben, parlons-en.
00:06:40Ben, tu as du feu dans ta chambre.
00:06:42Tu as ta mère.
00:06:43Et Thérèse.
00:06:44Ben, oui, Thérèse, j'oubliais.
00:06:46Ben, elles sont à toi, Camille.
00:06:47Et moi, elle, si tu crois que c'est drôle.
00:06:49Oh, le plein-toi, là.
00:06:52Ah, vieux frère.
00:06:54Mais quand je pense que tu travailles depuis 18 mois comme moi
00:06:56à la gare des chemins de Fer d'Orléans,
00:06:57et que si je t'avais pas rencontré ce soir sur le Pont Neuf,
00:06:59alors, ça, c'est inouïe, hein.
00:07:01Oui, ben, ça m'en faut lire.
00:07:03Si vaste, si important, cette administration,
00:07:06tu gagnes combien ?
00:07:07Oh, quinze cents francs.
00:07:08Quinze cents francs ?
00:07:10Maman ! Maman !
00:07:11Maman, il y a Laurent qui gagne quinze cents francs à la gare.
00:07:13Trois cents de plus que moi.
00:07:14Et moi, ça fait trois ans que j'y suis.
00:07:15Alors, tu les gagneras bientôt.
00:07:16Euh, ça.
00:07:17Ah, mais, mais, quoi, qu'est-ce que tu veux ?
00:07:18C'est naturel, hein.
00:07:19T'as de la santé, toi.
00:07:21T'as fait tes études.
00:07:23Ton père, à toi, il t'a mis au collège.
00:07:24Oui, il a fait son droit, lui.
00:07:25Hé, mon pauvre petit, tu sais bien que tu as toujours été malade, Jacques.
00:07:28Tu travailles...
00:07:29Mais tu ne travailles pas.
00:07:30Mais si, tu es si courageux.
00:07:32Non, dis plutôt que je ne suis pas belle.
00:07:33Ah, mais...
00:07:34Ah, tu n'as pas changé de chaussette.
00:07:38Mais si...
00:07:38Si, tu mens.
00:07:39Maman, oui.
00:07:40Vous savez, il resterait les pieds moudés.
00:07:42Ton grog est prêt, il reste la porte.
00:07:45Excusez-nous, Laurent.
00:07:46Oh, non, non, c'est moi qui m'excuse, madame.
00:07:49Il est tard, je vais me retirer.
00:07:51Comment, torturer ?
00:07:52Non, mais tu parles comme tu es heureux, maintenant.
00:07:54Non, non, tu vas rester dîner avec nous.
00:07:56Ah, non, non, non, non.
00:07:56Si, si, si, si, si, si.
00:07:57Vous nous ferez grand plaisir.
00:07:59Et vous viendrez souvent.
00:08:00Vous êtes chez vous.
00:08:02Merci.
00:08:03Ah, voilà.
00:08:03J'accepte avec joie.
00:08:04Allez, asseyez-vous.
00:08:05Je vous aime bien, madame.
00:08:07Alors, cette fois, tout à fait reconnu.
00:08:10Venez d'avoir votre boîte, petit garçon.
00:08:13Ah, il nous va, tu le peux.
00:08:14Allez, allez, asseyez-vous donc, là.
00:08:17Merci.
00:08:18Je vais vous offrir quelque chose de bon.
00:08:20Non, ce n'est pas la peine, madame.
00:08:24Voilà, cette carte, mon bureau.
00:08:27Mes livraisons de Buffon, un dessous, que je l'histoire pour m'instruire.
00:08:29Mes deux braves femmes et puis mes amis.
00:08:31Ah, tu as des amis ?
00:08:32Oui, oui, deux.
00:08:33Grivée et Michaud.
00:08:34D'ailleurs, tu les verras.
00:08:34Tu viendras le jeudi.
00:08:35Tu t'amuseras, on fait une partie de Domino en 300.
00:08:39Ah oui, je retourne au magasin.
00:08:40Non, c'est ça.
00:08:46Ah, mais toi, au moins, tu as des souvenirs.
00:08:47Eh, quels souvenirs ?
00:08:48Rien que des femmes, des blondes, des brunes, des rousses,
00:08:52puis avec des poitrines, puis des anges.
00:08:54Ah, enfin, voilà, mon gog.
00:08:55C'est pas trop tôt.
00:08:57Avance.
00:08:58Bah, avance, quoi.
00:09:06Laurent, mon meilleur ami, ma femme.
00:09:09Bah, quoi, tu ne le reconnais pas ?
00:09:10T'as joué avec lui quand t'avais 10 ans.
00:09:14Bonsoir, madame.
00:09:19Bonsoir.
00:09:26Laurent, à partir de ce jour,
00:09:28revint presque chaque soir chez les Raquins.
00:09:32La boutique du passage du Pont-Neuf devint pour lui
00:09:35une retraite charmante, chaude, tranquille.
00:09:40pleine de paroles et d'attentions amicales.
00:09:44Un jour sur sept, le jeudi soir, la famille Raquin recevait.
00:09:50À huit heures précises, le vieux Grivet et Michaud,
00:09:54les amis de Camille, se rencontraient devant la boutique,
00:09:58venant l'un de la rue de Seine, l'autre de la rue Mazarine.
00:10:03Ils entraient.
00:10:05Cette soirée-là tranchait sur les autres.
00:10:07Elle avait passé dans les habitudes de la famille
00:10:09comme une orgie bourgeoise d'une gaieté folle.
00:10:13On s'asseyait autour de la table,
00:10:16Camille vidait la boîte de dominos
00:10:18et chacun s'enfonçait dans son jeu.
00:10:32Eh ben, j'en demande.
00:10:35Ah ah ! Quoi ah ah ?
00:10:36Eh, piocher.
00:10:38Vous êtes sur la mauvaise pente, monsieur Michaud.
00:10:40Vous êtes sur la mauvaise pente.
00:10:41Eh vous, il n'y a pas cinq minutes,
00:10:42vous avez pioché deux fois.
00:10:43Alors peut-être, mais j'ai replacé tout de suite.
00:10:46Où ça ?
00:10:46Où ça ?
00:10:47Et sur le toit de Mme Raquin-la-Jeune.
00:10:50Thérèse !
00:10:51Thérèse !
00:10:52Pas théogée, oui ou non ?
00:10:54Toujours un rêve assez, comme d'habitude,
00:10:55que c'est agaçant.
00:10:56Mais laisse-moi te...
00:10:58Je ne suis pas très bien, moi.
00:10:59Encore ?
00:11:00Hé hé hé hé.
00:11:02À quand le baptême ?
00:11:05Ah, que j'aime à sonner un baptême
00:11:08Digue-digue-digue-digue-digue-digue-digue-digue-digue-digue-digue-digue-digue
00:11:10Aux fruits charmants de Cupidon, buvons
00:11:15Digue-digue-digue-digue-digue-digue-digue-digue-digue-digue-dongue-digue-digue-digue-digue-digue-digue-digue-digue-digue.
00:11:20Monsieur Grijvain.
00:11:22Ben, quoi, qu'est-ce qu'y a ?
00:11:25Oh, quoi, un jeune ménage ?
00:11:27Et puis la santé de M. Camille se pécherait ferme, oui, pas vrai.
00:11:31Ben, la nature !
00:11:34Où vas-tu, Thérèse ?
00:11:36Mettre la bouilloire sur le feu, c'est l'heure du thé.
00:11:39Comme tu es pâle.
00:11:40Eh ben, quoi, c'est son teint.
00:11:41Elle a un peu de sang arabe, ma femme, comme si tu ne le savais pas.
00:11:44Moi, je suis jaune et je ne suis pas chinois.
00:11:46C'est plus grave.
00:11:47Ah bon, ça fait encore un joueur de moi, c'est amusant.
00:11:49Mais je jouerai pour deux, mon fils.
00:11:51Oh, c'est mieux.
00:11:55Eh ben, Thérèse, tu donnes tes pions à maman.
00:12:03Thérèse, ne pas fermer la porte, je craque des dents.
00:12:05Thérèse, la porte.
00:12:12Double assis.
00:12:12Ah mais, vous avez toutes les veines, mon ami.
00:12:15Allez, oh, je fauche, je puis.
00:12:16C'est à madame Rackin de jouer.
00:12:18Allez, maman, joue.
00:12:19Oui.
00:12:21Mais non, voyons, tu joues sur moi, c'est là.
00:12:23Voilà.
00:12:25Alors, Laurent, attendez pas trop d'être mort.
00:12:29Oh, non.
00:12:34Viens voir ça.
00:12:37Et double blanc.
00:12:38Qu'est-ce que vous dites de ça ?
00:12:40Ça, c'est très fin, laissez-moi réfléchir.
00:12:42Ah, passionnant, je te l'ai toujours du passionnant.
00:12:44Et tous les jeudis, mon vieux, tous les jeudis.
00:12:46Oui, les joueurs de dominos du passage.
00:12:49Si bien l'habitude, si l'un nous crève un jour, il reviendra avec les autres.
00:12:53Ah ben, vous en avez de bonnes, nous ?
00:12:55Trois.
00:12:56Ah, ah, ah, ben, j'en demande.
00:12:58Ah, ah.
00:12:59Quoi, ah, ah, ah ?
00:12:59Ben, bien, je sais.
00:13:00Ben, je vais vous faire remarquer, monsieur Michaud, qu'il ne me reste que deux dominos.
00:13:05Mais moi aussi, monsieur Griveaux.
00:13:06Alors, qui vivra, verra.
00:13:08Oui, c'est moi, voilà, qui vivra.
00:13:11À Paris.
00:13:12Le premier fantôme, ce sera moi.
00:13:13Qu'est-ce que tu dis ?
00:13:14Ah ben, pour ma pauvre maman, je te vois déjà.
00:13:16Et puis, il y aura Thérèse, Laurent, vous, monsieur Griveaux, et puis vous, monsieur Michaud.
00:13:21Et puis, moi, je serai là, sous la lampe, dans mon fauteuil.
00:13:24Et puis, je ferai un petit bruit d'os, là, dans le silence, pour accompagner les dominos.
00:13:31Tu fais de la peine à ta mère, Camille.
00:13:33Eh ben, quoi, il faut voir ce qu'il y a.
00:13:36Thérèse, mon charme.
00:13:38Thérèse, mon charme.
00:13:40Vous êtes resté romantique, Raquin.
00:13:42Foutez, je crois même pas en Dieu.
00:13:43Oh, mon fils.
00:13:44Mais moi non plus, madame Raquin.
00:13:46Oh, moi aussi, l'empereur y croit.
00:13:47L'empereur, et alors ?
00:13:48Tant que je serai dans l'administration, je croirai en Dieu.
00:13:52Ah, quelle platitude.
00:13:53Non, non, non, monsieur Griveaux a raison.
00:13:54Faut pas en écouter ce que j'ai dit, monsieur Griveaux.
00:13:56Oh, mais vous êtes jeune.
00:13:58Mais moi, je crois en Dieu, Camille.
00:13:59Eh oui, maman.
00:14:00Elle est bigote comme l'impératrice.
00:14:01Oh, je sais pas.
00:14:03Pourquoi on est entre nous ?
00:14:04Oh oui, mais tout de même, pas de critique contre le gouvernement.
00:14:07Bah, la police est déjà là.
00:14:09Ah oui, oh, mais elle est en retraite.
00:14:11Et six dominos, j'ai gagné.
00:14:13Ah, bravo, Thérèse, le thé.
00:14:14Le thé, Thérèse.
00:14:15En retraite.
00:14:18Que prétendez-vous insinuer, monsieur Griveaux ?
00:14:20Moi ?
00:14:21Savez-vous si malgré cette fameuse retraite que vous me jetez au visage,
00:14:24je ne reste pas attaché secrètement, en ma qualité d'ancien commissaire de police,
00:14:29à la sûreté de l'État ?
00:14:30Non, mais je...
00:14:31Et si je ne rends pas encore et bénévolement des services à mon pays ?
00:14:34Non, mais monsieur Michaud...
00:14:34A l'inverse de certains employés de chemin de fer vieillissant, inutiles sous le harnais...
00:14:38Inutiles, hein ?
00:14:39...sous les mêmes charges à ce même État, et dont les émoluments fastueux sont une ruine par leur considération.
00:14:45Une ruine ? Permettez...
00:14:46M. Griveaux !
00:14:48M. Griveaux !
00:14:48M. Griveaux, quoi que ma modestie en souffre, que c'est moi qui, il y a six mois à peine,
00:14:52est désigné aux yeux de tous, l'assassin de la rue Saint-André-des-Arts, le découpeur de femmes,
00:14:57alors qu'il sortait d'un hôtel-borne.
00:14:59Hé, hé, hé, pardis, il était couvert de sang.
00:15:01Mais que m'apportait le sang, monsieur.
00:15:02Je l'ai reconnu à sa mauvaise conscience.
00:15:05Rompons-la.
00:15:05M. Griveaux !
00:15:06Hé, soyez heureux que, même en retraite, je veille sur votre triste vie.
00:15:10Mais pourquoi triste ?
00:15:11Car tous les criminels ne seront pas punis.
00:15:13Mais alors, quoi servez-vous ?
00:15:14Vous êtes un républicain !
00:15:15Et moi, Javère !
00:15:16Il sera beau !
00:15:16M. Griveaux, il avait acheté des biscuits de rose.
00:15:22Allons, voyons, messieurs, pour les biscuits.
00:15:27Je retire, j'avoue.
00:15:28Je retire, républicain.
00:15:29Parfait !
00:15:30C'est comme ça, tous les jeudis, il n'y a plus que maman pour y croire.
00:15:32Voilà.
00:15:33Ah, enfin, le thé.
00:15:34J'espère qu'il n'est pas froid, hein ?
00:15:35S'il est froid, Thérèse, il en fera d'autres.
00:15:37Non, ça va.
00:15:38Ça va.
00:15:39Allez, une autre partie.
00:15:42Je brouille !
00:15:43Brouille, brouille, brouille.
00:15:44Brouille, brouille.
00:15:44Brouille, brouille.
00:15:44Ah, ah.
00:15:45Euh, voilà.
00:15:47Là.
00:15:47Euh, 7 chacun, hein ?
00:15:48Oui, hein, pas plus de 7 chacun.
00:15:50Ah, on est bien chez vous, Mme Bracard.
00:15:53N'est-ce pas ?
00:15:53On s'en y goûte.
00:15:54Oh, t'es raison pour oublier.
00:15:55Mais je vais te les donner.
00:15:58Ben, où est-ce qu'elle est passée ?
00:16:00Elle vous est bon ?
00:16:01Comment, toute seule ?
00:16:03Oh, mais je vais l'aider.
00:16:04Oh, t'inquiète pas, elle a l'habitude.
00:16:08Voilà.
00:16:14Attends.
00:16:15Alors, M. Gribet, vous avez toujours votre joli.
00:16:17Ouais, vous voulez.
00:16:22Voilà.
00:16:23Allez, allez.
00:16:26Double 6, à moi la vie.
00:16:28Allez, Maman, viens, allez.
00:16:29Prends ta place, prends ta place.
00:16:30C'est bien joué.
00:16:38Dès le commencement, les amants trouvèrent leur liaison nécessaire, fatale, toute naturelle.
00:16:48Ils fixèrent leur rendez-vous.
00:16:50Thérèse, ne pouvant sortir, il fut décidé que Laurent viendrait.
00:16:56La jeune femme lui expliqua, d'une voix nette et assurée, le moyen qu'elle avait trouvé.
00:17:05Pendant que Camille serait à son bureau, l'amant passerait par l'allée qui donnait sur le passage, et Thérèse
00:17:16lui ouvrirait la porte.
00:17:25Les entrevues auraient lieu dans la chambre des époux.
00:17:30C'était là des coups d'audace qui devaient réussir.
00:17:34Laurent accepta.
00:17:37Ils vivaient à l'aise dans leur situation nouvelle, avec une tranquillité et une impudence parfaite.
00:17:50La nuit, je le regarde, dans la bouche ouverte, et en débulle comme un noyé.
00:18:00J'ai envie d'enfoncer mon poing dans sa bouche.
00:18:02L'escamille, hein.
00:18:04Il colle à moi.
00:18:06Il me touche avec ses petites mains de douze ans, gluantes, molles comme de l'argile.
00:18:12Je lave vingt fois ma peau tous les matins.
00:18:15Avant toi, j'avais oublié de vivre.
00:18:18Pourtant, à Vernon, es-tu heureuse, non ?
00:18:21Oui, à Vernon, je dormais déjà dans son lit.
00:18:23Ma tante l'exigeait.
00:18:25Il était toujours malade, alors je l'appelais pendant ses cris.
00:18:29L'été, je restais enfermée dans sa chambre, pour surveiller ses petits-uns.
00:18:33Je n'osais pas parler, pas bouger.
00:18:37Quand il s'endormait, je me levais.
00:18:41J'essayais de voir à travers les persiennes.
00:18:44Je collais ma bouche sur les fentes pour respirer.
00:18:47Il sentait déjà comme un mort.
00:18:50Mais laisse donc, Camille.
00:18:52Toi, quand je quitte tes bras, je reste toute parfumée.
00:18:55Comme si j'avais couru dans les prés, sous le ventre.
00:19:03Oh, tu es belle.
00:19:06Ta peau.
00:19:08Ce jaune, ce blanc, ce que c'est joli.
00:19:11Est-ce que j'aimerais peindre ça ?
00:19:14Ça doit être vrai, tu n'es pas d'ici.
00:19:16Non, ma mère était arabe.
00:19:18Ta mère ?
00:19:19Oui.
00:19:20C'était la fille d'un chef de tribu.
00:19:22Mon père, qui était officier, m'a fait, et puis il m'a arrachée à elle.
00:19:25Avant de mourir, il m'a jetée à ma tante.
00:19:27Comme un animal.
00:19:29Tu es un animal.
00:19:34On n'a pas sonné ?
00:19:36Tu as peur ?
00:19:38J'ai ôté le bec de canne et puis m'attendre dans la haute, dans ses chambres.
00:19:41Oui.
00:19:41Mais si elle descendait ?
00:19:42Nous l'entendrions, ses jambes ne la portent plus.
00:19:45Elle se traîne.
00:19:46À la prochaine attaque.
00:19:49Eh bien.
00:19:51Tu sais, quelquefois, tu me fais peur, toi.
00:19:54Tu as peur de tout.
00:19:56Non, non, tu te trompes.
00:19:57J'aime me battre.
00:20:00Un jour, dans une fête, j'assommais un boucher.
00:20:02Pour rien, pour un mot.
00:20:06Avant, je riais des femmes.
00:20:08Je couchais, je me relevais, puis bonsoir, je me portais bien.
00:20:13Et maintenant ?
00:20:16Maintenant ?
00:20:18Il me semble que je suis malade.
00:20:20Je ne pense plus qu'à toi, qu'à ce lit.
00:20:23Ma vie, c'est de m'échapper du bureau.
00:20:25Une heure, deux heures, au risque de tout.
00:20:27De courir ici.
00:20:29De te prendre.
00:20:31Moi, ma vie, là,
00:20:34c'est d'attendre.
00:20:40Qu'est-ce que tu m'as fait ?
00:20:42Et toi ?
00:20:45Le premier soir.
00:20:46Tu m'as trouvé laid, n'est-ce pas ?
00:20:50On ne dit pas non, je devais être laid.
00:20:52Je ne sais pas, mais tu as fait l'air si triste avec ton grog à la main.
00:20:56Je t'ai devenue laid, Laurent.
00:20:59Toujours dans cette boutique.
00:21:01À quoi pensais-tu ?
00:21:02À rien.
00:21:05J'attendais.
00:21:07Quoi ?
00:21:09Dix heures pour éteindre la lampe, poser les volets.
00:21:14Le matin pour m'asseoir au comptoir, à côté de ma tante, les mains vides.
00:21:19Le dimanche pour marcher dans les rues à côté de Camille.
00:21:22La nuit pour entrer dans cette chambre, avec Camille, dans ce lit, pour subir les baisers de Camille.
00:21:33J'étais avec des morts, Laurent.
00:21:37Alors j'attendais de mourir.
00:21:38Non, je suis là, moi.
00:21:40Alors sauve-moi, apporte-moi.
00:21:42Est-ce que tu n'es capable que de me prendre une heure par jour à Camille ?
00:21:46Crois-tu que je n'y ai pas pensé ?
00:21:48Nous irions-nous ?
00:21:49Nous mourions de faim ?
00:21:51Et après ?
00:21:53Moi j'ai connu la misère, Thérèse, tu sais, c'est pas drôle.
00:22:04On est doux ici, tu trouves pas ?
00:22:20Et quand je pense que dehors, il fait beau ?
00:22:29Quand je viens le soir à ces épouvantables jeudis, je t'admire, toi.
00:22:34Mais comment fais-tu pour continuer à tourner tes tisanes, à te taire ?
00:22:39Tu joues une comédie ?
00:22:41C'est eux qui m'ont appris.
00:22:44Au milieu du jeu, je sens ton regard qui pèse sur moi.
00:22:47Tu es là, toute froide dans ta arde noire.
00:22:50J'ai des mots que tu inventes, des plaintes dans l'oreille.
00:22:53Je crois rêver.
00:22:55Un soir, je leur crierai ces mots-là.
00:22:59Je leur cracherai, tu eras.
00:23:01Tu es folle.
00:23:02Alors, Thérèse.
00:23:05Lui qui me fait des scènes à cause de toi.
00:23:08Pourquoi es-tu si désagréable avec l'oreille ?
00:23:10Je veux que ça cesse.
00:23:13Imbécile.
00:23:22Attention.
00:23:38Il n'y a rien à le pas.
00:23:40Petit ouvrière, sans doute, qui venait marchander à Jupont à 50 sous.
00:23:48Non, mais il faut que je parte maintenant.
00:23:55Et voilà.
00:23:58Moi, la maison, je pourrais crouler.
00:24:00On pourrait me trouver nue sous toi, je bougerais fort.
00:24:03Cette vie ne peut pas durer, Thérèse.
00:24:05Non.
00:24:08Thérèse.
00:24:10Laurent, nous nous faisons mal.
00:24:12Mais c'est à cause d'eux, à cause d'eux.
00:24:15Si je pouvais.
00:24:18Là, voilà.
00:24:19Qui ?
00:24:20Ta tante.
00:24:21Mais lève-toi donc, ou me cacher.
00:24:23Et mes vêtements, voilà.
00:24:24Et ta femme, toi.
00:24:25Là.
00:24:26Où là ?
00:24:27Et toi là.
00:24:28Là.
00:24:28Mais c'est là.
00:24:29Mais c'est là.
00:24:29Bouge.
00:24:31Bouge.
00:24:49Bouge.
00:24:50Thérèse.
00:24:53Thérèse.
00:24:54Qui est là ?
00:24:56C'est moi, ma petite.
00:24:58Oh.
00:25:00Tu t'es mise sur ton lit.
00:25:02Tu n'es pas malade ?
00:25:04C'est cette chaleur.
00:25:06J'avais si mal à la tête.
00:25:08Oh, je te demande pardon.
00:25:10Mais il m'avait semblé tout à l'heure qu'on avait frappé à la boutique.
00:25:13J'ai eu peur, tu ne répondais pas.
00:25:15Alors...
00:25:15Je n'ai pas entendu.
00:25:16Je dormais.
00:25:16J'avais aussi le bec de canne.
00:25:18Tu as bien fait.
00:25:18L'important, c'est que tu te reposes.
00:25:21Que dirait Camille si tu étais malade ?
00:25:24Non, non, non, non.
00:25:26Allez, allez, allez.
00:25:27Pose-toi là.
00:25:29Camille ne rentre qu'à 8 heures.
00:25:32Attends.
00:25:33Attends.
00:25:34Je ferme la peau.
00:25:36Merci.
00:25:43Va-t'en donc.
00:25:46Qu'est-ce que tu viens, Laurent ?
00:25:49Il ne voit rien.
00:25:50Il n'aime pas.
00:25:51Bon, allez, viens, va.
00:25:54Non, non, non.
00:25:56Il est trop tard.
00:25:57Camille va bientôt rentrer.
00:25:58Je m'habille.
00:26:04Viens demain.
00:26:05J'ai ça la porte ouverte sur l'année comme d'habitude.
00:26:09Passe-moi mes épingles, là.
00:26:16Thérèse.
00:26:17Qui est-il ?
00:26:19Je ne pourrais pas venir demain.
00:26:23Pourquoi ?
00:26:23Ni les autres vous, d'ailleurs.
00:26:25Je ne pourrais plus venir.
00:26:27À cause de quoi ?
00:26:28Tu viens depuis deux mois.
00:26:30Eh bien, justement.
00:26:32D'abord, j'ai demandé une heure, puis deux.
00:26:37Et à la fin, mon chef m'a refusé.
00:26:42Alors, à partir de ce moment-là, tu comprends, je suis parti sans autorisation.
00:26:45Oui, il ne vient jamais dans mon bureau.
00:26:48J'ai cru que seulement des camarades m'ont dénoncé.
00:26:54Et après ?
00:26:55Il s'agit de ma situation.
00:26:57Si je viens demain, je suis saqué.
00:27:01Et alors ?
00:27:02Comment alors ?
00:27:03Tu es inouïe, mais je vivrai de quoi, moi ?
00:27:05Tu offrirais de la peinture.
00:27:07Sans l'aide de mon père ?
00:27:08Non, non, non, merci bien.
00:27:10Je crèverais.
00:27:12Tu travailleras, tu trouveras.
00:27:13Il y a d'autres métiers.
00:27:14Mais lesquels ?
00:27:16Moi, je n'en connais pas d'autres.
00:27:18Et puis, je me suis fait à celui-là.
00:27:19Tu comprends ?
00:27:20Il est presque un temps.
00:27:22Non, non, non.
00:27:23S'il faut encore chercher.
00:27:24Et puis, pour trouver quoi ?
00:27:26Il y a une concurrence, tu ne te rends pas compte.
00:27:32La solution ?
00:27:34Comment ?
00:27:36Je te demande quelle solution tu me proposes.
00:27:44Tu pourrais venir chez moi.
00:27:46Tu sais bien que je ne sors jamais sans Camille.
00:27:49Ah, mais tu t'échapperas des courses, des achats à faire.
00:27:51Je ne quitte jamais la boutique.
00:27:53Pourquoi t'as bien des amis, non ?
00:27:55Je n'ai pas d'amis, Laurent.
00:27:59Je n'ai que toi.
00:28:02C'est bon.
00:28:04Alors, tu te confondes, ne plus me voir.
00:28:06Moi ?
00:28:07Écoute-moi bien, Laurent.
00:28:09Toutes les heures que je passe ici sans toi, je ne pense qu'à toi.
00:28:12Si tu voudrais que maintenant je puisse me passer de toi,
00:28:15il ne fallait pas me prendre, Laurent.
00:28:17Il ne fallait pas me réveiller, il ne fallait pas.
00:28:20Si tu me quittes, je me tue.
00:28:22Non, non, t'es-toi, Thérèse, n'est pas ça.
00:28:24Je ne peux plus te voir, mais ce n'est pas possible.
00:28:28Quand tu n'es pas près de moi, je fais des rêves.
00:28:31Je m'endors, je me réveille sous tes baisers.
00:28:34Je t'en supplie, viens demain, invente n'importe quoi, mais viens.
00:28:38Je te dis que ce n'est pas possible.
00:28:41Tu as perdu le scandale, voilà.
00:28:44Moi ?
00:28:45C'est à cause de toi que je me tais, Laurent, à cause de toi.
00:28:49Faut-tu que ce soir, je raconte-toi à Camille quand il rentrera et je te rejoins aussitôt.
00:28:52Nous habiterons où tu voudras, sous les ponts, dans ta mansarde, n'importe où.
00:28:56C'est à cause de toi que je me tais, entends-tu ?
00:28:59Crois-tu que je ne te connaisse pas ?
00:29:02Toi, pour goûter l'amour, il te faut ta sécurité, tes aises.
00:29:05Il te faut le bonheur.
00:29:07Moi, non.
00:29:11Alors ?
00:29:13Que décides-tu ?
00:29:16Nous ne nous voyons pas pendant quelque temps.
00:29:22Je ne pourrais pas.
00:29:24Je continuerai à venir, le jeudi, comme d'habitude.
00:29:27Oui, on s'étonnerait.
00:29:31Si seulement ils voyagaient.
00:29:34Oui.
00:29:36Les gens meurent, quelquefois.
00:29:38Pas lui.
00:29:39Il y a des accidents.
00:29:43Des accidents ?
00:29:46Le hasard ?
00:29:49Le hasard ?
00:29:52Je ne veux pas.
00:29:53Mais qu'est-ce que tu ne veux pas, Thérèse ?
00:29:55Mais je veux t'aimer en paix, moi, seulement.
00:30:00Seulement ?
00:30:01Il nous gêne.
00:30:03Il nous gêne terriblement.
00:30:04Je ne veux pas.
00:30:05Mais il est toujours là !
00:30:06Sans lui, nous pourrions nous marier, vivre heureux.
00:30:09Mais tu ne vois donc pas que je me heurte à lui depuis trop longtemps ?
00:30:11Je suis fort, tu sais, quelquefois, je...
00:30:13Non, je ne veux pas !
00:30:16Mais non, mais non, mais non, tu ne m'as pas compris, Thérèse.
00:30:19Non, non, non, non, nous verrons, nous réfléchirons.
00:30:23Non, non, montre-moi tes yeux, non, non.
00:30:26Plus tard, plus tard, n'y songe plus.
00:30:30Tiens, dimanche, nous irons nous promener à Saint-Ouen avec Camille.
00:30:35Prépare ta robe.
00:30:36Nous dînerons dans cette guinguette, ici, au bord de la Seine.
00:30:40Et puis, nous nous danserons, son accordéon.
00:30:43Je marcherai derrière toi.
00:30:45Je regarderai tes hanches.
00:30:47Et puis, au crépuscule, nous prendrons une barque.
00:30:53Le soir, il fait si bon sur l'eau.
00:30:58Rembrasse-moi, Thérèse.
00:31:11Le soir, il fait si bon sur l'eau, il fait si bon sur l'eau, il fait si bon
00:31:21sur l'eau.
00:31:37Il fait si bon sur l'eau, il fait si bon sur l'eau.
00:32:22Mais quoi, qu'est-ce qu'il se passe, tu as fermé la porte de la boutique ?
00:32:24Je suis obligé de passer par l'allée, et en relance du soleil, il y a de quoi attraper la
00:32:27mort.
00:32:29Oh, je suis crevé, moi.
00:32:30Léqué par cette chaleur.
00:32:33En jardin des pentes, même les autres, ne m'en pouvaient plus.
00:32:35Qu'est-ce que tu fais ?
00:32:37T'essayais ta robe pour dimanche ?
00:32:39Ça ne pouvait pas attendre, non ?
00:32:42Mais dis-donc, mais c'est une robe de 30 francs, moi !
00:32:44Non, mais tu me prends pour Roxy.
00:32:48Mais tu es nu.
00:32:51Je suis plutôt nu, même.
00:32:56Tu vas prendre froid, Camille.
00:32:58J'ai tout trempé.
00:33:00Et tu as raison.
00:33:02Je vais changer de flanel.
00:33:09Je reviens tout de suite.
00:33:20La boutique de passage du Pont-Neuf reste à fermer pendant trois jours.
00:33:28Pendant trois jours, Mme Raquin et Thérèse étaient restées dans leur lit, sans se parler, sans même se voir.
00:33:37La vieille mercière regardait vaguement devant elle, avec des yeux d'idiote.
00:33:45Elle demeurait des heures entières, tranquille et inerte.
00:33:52Puis un soir, elle consentit à se lever, à essayer de manger.
00:33:58Thérèse put voir alors quel terrible coup avait reçu sa tente.
00:34:03Elle descendit pesamment l'escalier de bois, en posant les deux pieds sur chaque marche,
00:34:11et vint s'asseoir derrière le comptoir.
00:34:15À partir de ce jour, elle y resta clouée dans une douleur sereine.
00:34:22Et quinze mois se passèrent.
00:34:25Les aprotées, les premières heures s'adoucirent.
00:34:29Chaque jour amena une tranquillité, un affaissement de plus.
00:34:35La vie reprit son cours avec une langueur lasse.
00:34:41Elle eut cette stupeur monatone qui suit les grandes crises.
00:34:49La vie reprit son cours avec une langueur lasse.
00:35:15La clé.
00:35:21Soutenez-la, monsieur.
00:35:22Tu vois la clé de la petite porte.
00:35:23Je passe par l'allée, puis je viens vous ouvrir.
00:35:25Allez, viens, Thérèse.
00:35:27Pardon, mais j'en pouvais plus.
00:35:30Ce mariage, est-ce que je l'ai voulu ?
00:35:32Oh non, non, non, non.
00:35:34Vous l'avez voulu.
00:35:36Thérèse dépérissait, vous craignez pour ses jours.
00:35:38J'ai trahi Camille.
00:35:39Mais non, il est mort.
00:35:41Oui, c'est un grand malheur, c'est entendu,
00:35:42mais vous ne le ressusciterez pas par vos larmes.
00:35:45Je vous parle dans son nom, madame Raquin.
00:35:48Il vous blâme.
00:35:49Ah non.
00:35:49Ah, sinon, bien entendu, votre conduite est mal séante.
00:35:53Laurent est un héros.
00:35:55Mais il a tenté de sauver Camille, ma bonne, il s'est jeté trois fois à l'eau.
00:35:58J'ai vu l'endroit, il n'est pas beau.
00:35:59Oh, petit.
00:36:00Lui, qui avait toujours si froid, c'est ton glacé.
00:36:04Quand il était enfant, je l'enveloppais si bien dans son lit.
00:36:09J'ai perdu mon fils, parce que Michaud, je perds de mon fils.
00:36:13Mais oui, c'est entendu, seulement le destin vous en donne un autre.
00:36:16Enfin, direz-vous que depuis un an, on vous souponne, on vous caresse.
00:36:19Vous êtes comme un coq en pape.
00:36:21Selon ma parole, votre progéniture en faisait-elle autant ?
00:36:24Oh oui, je rêve bien, mais je veux mourir.
00:36:27Vous vivrez cent ans.
00:36:28Que redressez-vous ?
00:36:29Souriez, or bien, hein ?
00:36:32Dès jeudi, nous irons vous voir.
00:36:34Oui, ben allez, les dominos !
00:36:36Pour prendre vos habitudes.
00:36:38Ah, enfin.
00:36:39Profite.
00:36:40Ma mère, venez.
00:36:45Je suis méde.
00:36:50Pardon.
00:36:52Et j'en pouvais plus.
00:36:55Donnez-moi la main, mes enfants.
00:37:01Voilà.
00:37:03J'ai mis des roses dans votre chambre.
00:37:07Un petit souper.
00:37:09Vous trouverez aussi un bon feu.
00:37:11J'ai acheté du champagne.
00:37:13Oh non, il ne fallait pas, ma mère.
00:37:14Aussi, aussi, la meilleure mâle.
00:37:16Je ne m'y connais pas, mais l'épicier me l'a garanti.
00:37:19Vous avez été très bon pour la vieille femme.
00:37:23La pauvre vieille gloque que je suis.
00:37:27Très bon.
00:37:29Soyez heureux.
00:37:32Je vous bénis, au nom de Camille.
00:37:36Bravo.
00:37:36Et tous mes compliments.
00:37:38Goûtez votre bonheur, vous l'avez bien mérité.
00:37:40Oui, merci.
00:37:40Thérèse, mon petit, tu l'as bien pleuré.
00:37:46Mais aujourd'hui, c'est un jour de joie.
00:37:49Va.
00:37:51Va.
00:37:56Au revoir, monsieur Misseau.
00:37:57Bonsoir, madame M. Rackin.
00:37:59Bonsoir, mon bon ami.
00:38:00Emmenez-moi.
00:38:02Je vous accompagne.
00:38:07Je redescends tout de suite.
00:38:08Oh non, non, non, non, non, non, non.
00:38:09Non, non, non, non.
00:38:10Je dis, je dis.
00:38:13Au revoir.
00:38:14Au revoir.
00:38:17Oh non, mais on est en mariage ou un enterrement.
00:38:20Encore, s'il n'y avait que vous.
00:38:22La noce qui nous a suivi toute la journée, au moins, était gaie.
00:38:25À propos, nous l'avons perdue, je ne sais plus où.
00:38:27Aux quatre sergents.
00:38:28Oui, c'est ça, oui.
00:38:30Déjà, dans ce petit bouchon de Belleville, je n'ai pas pu chanter au dessert.
00:38:33D'ailleurs, on ne va pas à Belleville quand on se respecte.
00:38:35On va chez Danichaud au temple.
00:38:37C'est lui qui sert Félix, c'est le valet de confiance de l'Empereur.
00:38:39Comment vous lui s'y est préféré, en plein deuil, que nous poussions jusqu'à la ville.
00:38:43Et pourquoi pas, nous...
00:38:45Oh.
00:39:24Sous-titrage MFP.
00:39:27Thérèse.
00:39:29Thérèse.
00:39:39Tu as bien fait.
00:39:42Moi aussi, je te voulais en blanc.
00:39:46Alors ?
00:39:47Mon amour.
00:39:50C'est l'amour, vrai, Thérèse.
00:39:52C'est vrai.
00:39:54Maintenant, nous allons être heureux.
00:39:59Ah non, Thérèse.
00:40:02Ah non.
00:40:04J'ai souffert, tu sais.
00:40:06Et toi ?
00:40:08Moi, je ne sais plus.
00:40:10D'abord, il me semblait que je ne pourrais pas vivre sans toi.
00:40:14Après, tu venais chaque soir.
00:40:17Mais c'était toi et c'était un autre.
00:40:19Qu'est-ce que tu veux dire ?
00:40:21Mais tu étais là.
00:40:24Et je t'attendais.
00:40:25Mais il fallait que nous soyons prudents, tu le sais bien.
00:40:28Oui, je sais.
00:40:29J'ai d'abord essayé de te retrouver dans les livres.
00:40:32Moi qui ne disais jamais.
00:40:35Mais je dors si mal.
00:40:38Je ne m'en pense qu'on m'éteint quand la vie recommence.
00:40:42Et toi ?
00:40:44Moi, je dors bien.
00:40:49Qu'est-ce que c'est ?
00:40:52Tu sais bien, sa canne.
00:40:56Elle se couche.
00:40:58Elle approche du lit.
00:41:01Elle regarde la redingote, le chapeau qu'elle a pendu au mur.
00:41:05Elle souffle la bougie.
00:41:08Elle pleure.
00:41:10On l'entend pleurer ?
00:41:12Non.
00:41:14Elle met son drap sur sa bouche.
00:41:17Jette donc ce bouquet, tiens.
00:41:19Il est sinistre.
00:41:21Il ne devrait y avoir que ce feu, tiens.
00:41:23Et puis ses fleurs.
00:41:25Ah, ce champagne.
00:41:27La pauvre vieille.
00:41:28Elle a dû lire des romans dans sa jeunesse, tu sais.
00:41:30Où des amants s'enivrent au champagne dans des chambres fleuries de roses.
00:41:34Il doit être mauvais du reste.
00:41:36Viens.
00:41:37Non, attends.
00:41:40À notre amour.
00:41:44À notre amour.
00:41:51Encore.
00:41:52Tu l'avais dit, il était exétoile.
00:42:24Lui, ses doigts s'embrouillait dans les agrafes.
00:42:28Son pouce trop long.
00:42:30Ses angles sur la soie.
00:42:34Il t'a déshabillé ?
00:42:35Oui.
00:42:38Je me regardais dans ce miroir.
00:42:41Et j'ai fermé les yeux.
00:42:44Mais tout ça, c'est fini à présent.
00:42:45Allez, viens.
00:42:49Attends.
00:42:53Non, non, c'est le vent.
00:42:55C'est le vent.
00:42:57Oui, oui.
00:43:00C'est le vent.
00:43:04Comment ça te verra bon ?
00:43:09Quelle heure est-il ?
00:43:11Deux heures passées.
00:43:15T'as remarqué cette noce qui nous a subi tout le temps ?
00:43:19C'était des gens du passage.
00:43:21Ce qui pouvait être un cassant avec leur piston.
00:43:24Et c'était qu'il te criait qu'il n'arrêtait pas de battre la mesure.
00:43:28Cette promenade en cage était insipide.
00:43:30Moi, il me semblait que je rêvais.
00:43:32Je ne voyais rien.
00:43:34Nous sommes passés au moins quatre fois devant Portoni.
00:43:36Ah, mais ça, c'est la tradition.
00:43:37La Madeleine, la Bastille, la Madeleine...
00:43:44Laurent, pourquoi m'as-tu pris la main dans la voiture ?
00:43:47Je ne sais pas, j'ai pensé que tu avais froid.
00:43:51Tu m'as, tu le sais bien.
00:43:53Tu as pensé qu'il y a un an, en revenant de Saint-Ouen,
00:43:56tu m'avais pris la main dans le fiacre.
00:43:58Et tu l'as serré si fort.
00:44:02Thérèse, regarde-moi.
00:44:04Tu m'aimes toujours, dit.
00:44:06Laurent, je t'ai attendu depuis trop longtemps.
00:44:08Laurent, Laurent.
00:44:09Laurent, je t'ai désiré à mourir comme une bête.
00:44:13Laurent, aide-moi, aide-moi.
00:44:14Thérèse, oui.
00:44:15Oui, sers-moi, étouffe-moi, je ne pense plus à rien.
00:44:18Que je sois comme avant.
00:44:20Je comprends.
00:44:22En ce moment, nous subissons une sorte de choc en retour,
00:44:25comme si nous avions été opérés.
00:44:26Nous croyons que nous avons mal encore,
00:44:28mais la guérison, nous la tenons.
00:44:29Elle est là, dans cette chambre, dans ce lit.
00:44:32Dans ton corps contre-mien, là.
00:44:35Allez, dis-le.
00:44:36Dis-le que si c'était à refaire, tu le referais,
00:44:37que nous le turions encore.
00:44:44Mais tu vois bien qu'il est mort.
00:44:49Tu l'as vu?
00:44:53Tu sais bien que je l'ai retrouvée à la morgue.
00:44:57Trois mois, je me la suis payée, cette jolie corvée, comme impéritif,
00:45:01en sortant du bureau.
00:45:03Mais tu l'as vue.
00:45:05Oui, on rassure-toi, là.
00:45:07Dormez bien.
00:45:09Il dormait?
00:45:12Les yeux ouverts, tout nus, sur son banc de pierre,
00:45:16couvert d'herbe.
00:45:18Un filet d'eau lui coulait du corps.
00:45:21Bonjour.
00:45:25J'ai pensé à toi.
00:45:27Je l'ai regardé.
00:45:28Oui?
00:45:29Nous nous sommes regardés, Thérèse.
00:45:32Il avait son sourire idiot au coin de la bouche, comme d'habitude.
00:45:37Je suis parti.
00:45:39Il est maintenant assez là-dessus, hein?
00:45:41Personne ne se doute de rien.
00:45:43Nous avons gagné, Thérèse.
00:45:44Tu entends?
00:45:46Gagné!
00:45:57Oh, moi, Thérèse, Thérèse, c'est en courant d'air.
00:45:59Tu ne me quittes pas.
00:46:00Mais nous n'avons pas avoir peur pour tes bêtises, non?
00:46:02Où vas-tu?
00:46:03Mais je n'ai pas bien fermé la porte.
00:46:05Si, Laurent.
00:46:05Comment?
00:46:06Si tu avais bien fermé la porte.
00:46:09Oh, mon bête, pauvre Dieu, il ne va pas se tomber de son cimetière, non?
00:46:12Quand on est crevé, on l'est bien.
00:46:14Céline!
00:46:14Il marche dans le boitage.
00:46:15Non, non, non, il est trois heures, il n'y a personne.
00:46:17Mais là, on...
00:46:18Mais tais-toi, écoute!
00:46:21Le voilà!
00:46:22Là, dans la courbe!
00:46:23Mais non!
00:46:23Il vient de prendre!
00:46:24C'est moi, c'est moi qui te tiens, chérie.
00:46:26Laurent, je ne veux pas!
00:46:27Non, Laurent, je ne veux pas!
00:46:29Je ne veux pas!
00:46:30Céline, toi, chérie.
00:46:32Ne me touche pas!
00:46:40Reste...
00:46:41Reste étendu.
00:46:45Pas dans ce lit.
00:46:59Thérèse, je t'en supplie, reprenez-nous, c'est quoi?
00:47:02Vous allez devenir fous, n'est-ce pas?
00:47:06Il faut que nous vivions, Thérèse, il est fou.
00:47:09Oui?
00:47:11Mais tu as été si brave, rappelle-toi!
00:47:25Allume.
00:47:31C'est une nuit, non plus, je ne pourrais pas dormir.
00:47:35C'est dur, une nuit, c'est long.
00:47:38Oui.
00:47:40Moi, je me disais...
00:47:42J'espérais que tu me sauverais, je me disais...
00:47:45Quand il sera là...
00:47:47Moi aussi, Thérèse.
00:47:50Oui, mais toi, tu dors.
00:47:52Tu ne sais pas ce que c'est.
00:47:55Ah, aussi.
00:48:00Toi aussi.
00:48:03Tu es venu te voir, n'est-ce pas, comme moi.
00:48:05Et tu ne peux plus dormir.
00:48:07Mais dis-moi tout.
00:48:08Dis.
00:48:11Tous les soirs, j'essaie.
00:48:13Je fais le même rêve.
00:48:17Le même rêve?
00:48:19J'ai envie de toi, alors.
00:48:21Je descends l'escalier, je marche dans la rue.
00:48:24J'arrive au passage, je gratte à la porte.
00:48:28Je sais que tu es là, dans l'ombre, en jupon blanc, les cheveux défaits, la gorge nue.
00:48:34La porte s'ouvre, et c'est Camille qui rit comme à la mort.
00:48:38Camille!
00:48:39Camille!
00:48:40Tu ne dis pas ton nom.
00:48:41Je ne peux pas dormir.
00:48:43J'espérais en toi.
00:48:48À moi?
00:48:50Thérèse.
00:48:52Nous avons attendu un an, Thérèse.
00:48:54Nous nous aimons.
00:48:54Tu n'entendrais-vous au-delà de cela.
00:48:55Il n'y a rien, rien, rien.
00:48:58Thérèse, embrasse-moi.
00:49:09Qu'est-ce que tu as, là?
00:49:11Là?
00:49:12Sur le cou.
00:49:14Oh, je ne sais rien, c'est une vieille cicatrice.
00:49:18On dirait...
00:49:19des marques de dents.
00:49:23C'est Camille dans la barque, tu sais.
00:49:27Mais ce n'est rien, c'est guéri, maintenant.
00:49:28Non, embrasse-moi, là.
00:49:31Non!
00:49:32Pas là!
00:49:33Embrasse-moi, là, je te...
00:49:35Non!
00:49:36Non!
00:49:37Non!
00:49:38Non!
00:49:38Non!
00:49:40Non!
00:49:47Oh, pauvre mort!
00:49:52Nous serons heureux, tu verras.
00:49:57Il n'était pas un peu, là.
00:49:59Nous sommes à bout.
00:50:01Il est à sa place, maintenant.
00:50:04Entre nous.
00:50:07Moi, je...
00:50:08Moi, je lui trie, moi.
00:50:13Reposons-nous.
00:50:16Reposons-nous.
00:50:29Voici le jour.
00:50:34Nuit arrière.
00:50:56Telle fut la nuit de noces, de Thérèse et de Laurent.
00:51:02Pendant une semaine, les nouveaux époux passèrent ainsi les nuits entières.
00:51:08Ils se reposaient un peu dans la journée, ils s'assoufissaient, Thérèse derrière le
00:51:14comptoir de la boutique, Laurent à son bureau.
00:51:18Mais la nuit, ils appartenaient à la douleur et à la crainte.
00:51:23Mais, un jour...
00:51:40Un jour...
00:51:49Alors, on y va?
00:51:51Attendons, Mme Marraquin, ce sera plus correct.
00:51:54Oh, j'ai horreur de ces corvées-là.
00:51:56On ne sait jamais comment s'habiller, j'ai failli me mettre en noir.
00:51:59C'est un peu tôt.
00:52:00Oui, je me mettrai en noir pour l'enterrement.
00:52:03Comment l'avez-vous su?
00:52:05Par une lettre.
00:52:06Ils avaient oublié de payer le port.
00:52:08J'ai dû payer les cinq centimes.
00:52:09Moi, par Laurent, nous sommes tous allés lui serrer la main à son bureau, il était
00:52:13très ému.
00:52:14Oh, c'est un artiste.
00:52:15Qu'est-ce qu'ils vont en faire?
00:52:17Hein?
00:52:17Qu'est-ce qu'ils vont en faire?
00:52:19De qui?
00:52:20Ben, de...
00:52:21Je l'ignore.
00:52:23Sans doute qu'ils la garderont.
00:52:24Ben, fils, toi, quel luxe.
00:52:26Ah, là, voilà.
00:52:30Bonjour, Mme Laurent.
00:52:32Bonjour.
00:52:33Bonjour, Mme Laurent.
00:52:35Bonjour, M. Gervais.
00:52:37M. Gervais.
00:52:38Toutes nos condoléances.
00:52:40Oh, sincère.
00:52:43Comment est-ce arrivé?
00:52:46Il y a trois jours, nous étions à table.
00:52:48Oh, grand Dieu.
00:52:49Elle parlait de Vernon, elle citait des noms de fleurs.
00:52:53Mais tout à coup, son corps a eu un sursaut.
00:52:56Ces prunelles se sont révulsées.
00:52:57Bon sang.
00:52:59Elle a ouvert la bouche, mais elle n'a pas pu parler.
00:53:01Les attaques.
00:53:03Laurent a couru chercher un docteur.
00:53:04Oui, mais son avis a été formel, hélas.
00:53:08Paralysie générale.
00:53:09Aucun espoir de guérison.
00:53:11Mais elle peut vivre dans cet état...
00:53:14Lente.
00:53:15Faut pas s'accrocher.
00:53:17Ah, je suis atterré.
00:53:19Quelle leçon pour le philosophe.
00:53:21Ah, nous sommes bien peu de choses.
00:53:22Oui, mais elle parle.
00:53:24Non.
00:53:25Toute sa vie s'est réfugiée dans ses yeux.
00:53:28Elle a pour nous des regards d'une douceur, d'une bonté.
00:53:33Nous sommes bien malheureux.
00:53:34Mais encore elle vous a.
00:53:36Voulez-vous la voir ?
00:53:37Oh, oui.
00:53:40Oui, bah...
00:53:45Matin.
00:53:47Voici M. Michaud et M. Bluja qui viennent prendre du bonheur.
00:53:57Bonsoir, Mme Bracket.
00:53:58Ma bonne amie, comment ça va ?
00:54:01Hein ?
00:54:03Oui, elle...
00:54:04Ça ne sera rien.
00:54:06Mais non, vous vous remettrez bientôt.
00:54:08Certainement, vous vous remettrez bientôt.
00:54:11Est-ce que je peux lui prendre la main ?
00:54:12Oui, oui.
00:54:13Oh, mais ça ne sera rien du tout, ma...
00:54:19C'est impressionnant.
00:54:22Vous avez froid ?
00:54:24Vous voulez votre châle ?
00:54:26Dès que nous avons su M. Garivet et moi,
00:54:31depuis longtemps nous n'étions pas sans inquiétude.
00:54:33Votre état maladif ayant suspendu nos réunions...
00:54:36Oh, ma parole, je ne savais plus quoi faire le jeudi.
00:54:38Mais grâce au ciel, nous en sommes plus pour la peur.
00:54:41Il faut que vous la peur, oui.
00:54:43Mais au printemps, vous serez sûrement rétabli, n'est-ce pas ?
00:54:47Sûrement guéri.
00:54:48Oui, sûr.
00:54:53Et vous pleurez ?
00:54:55Je ne veux pas que vous pleuriez.
00:55:02Vous savez bien que nous vous chérissons.
00:55:04Ah, ma chère, vous avez des enfants admirables.
00:55:06Oui, c'est admirable, oui.
00:55:08Oui, vous savez, vous comprenez.
00:55:10Dieu les bénira.
00:55:13Mais quelle charge, comment vous en sortez-vous ?
00:55:16Elle est très douce.
00:55:18Le matin, Laurent la lève, il la porte ici dans son fauteuil.
00:55:21Le soir, il la remet au lit.
00:55:23Moi, je l'habille, je la coiffe, je lui donne à manger.
00:55:28J'ai déjà pris l'habitude.
00:55:30Je devine tout ce qu'elle veut.
00:55:32Mais enfin, tout cela est incompatible avec les soins du magasin.
00:55:35Il vient si peu de m'air.
00:55:36Oh, ben tout de même, vous devriez prendre une aide, vous vous chargez trop.
00:55:40Non, j'y tiens.
00:55:41Elle en souffrirait.
00:55:42Je vous trouve pas, ma chère enfant.
00:55:45Je dors très peu.
00:55:46Ah, je tiens que...
00:55:52Comment va votre mari ?
00:55:55Très bien, si c'est malheur.
00:55:57Oh, évidemment.
00:55:58Il a dû être ébranlé.
00:56:00C'est un cœur tendre.
00:56:03Nous sommes bien seuls.
00:56:04Oh, oui, nous sommes là.
00:56:05Eh oui, nous sommes là.
00:56:06Il est temps de prendre congé.
00:56:10Jeune et jeudi.
00:56:11Comment, si tant ?
00:56:13Elle a besoin de chaleur.
00:56:15Et nous aussi.
00:56:16Oh, ben avec joie.
00:56:17Ah, elle est de voir de l'amitié, mais ça.
00:56:21Alors, bonsoir, madame Franck.
00:56:23Allons, au revoir, ma bonne amie.
00:56:26Nous allons reprendre nos bonnes petites causeries.
00:56:29Et jeudi, jeudi, nous ferons une bonne partie en 300.
00:56:35Oui, c'est ça, en 300.
00:56:42Ah, c'est la fatalité antique.
00:56:45Dans ma longue carrière, j'ai dû bien des affreux spectacles.
00:56:48Mais celui-là...
00:56:50Oh là là.
00:56:52Enfin, merci.
00:56:54À bientôt, alors.
00:56:56À jeudi.
00:56:57Merci.
00:56:57À jeudi.
00:56:58Merci.
00:56:59À jeudi, alors.
00:57:01Au revoir, ma bonne amie.
00:57:03À jeudi.
00:57:04Au revoir.
00:57:17Comment nous sommes-nous ?
00:57:20Vous n'avez pas peur ?
00:57:24C'est vrai que nous sommes si bien, toutes les deux.
00:57:29Près de vous, tout me paraît rassurant.
00:57:34Ce que vous pensez, je le sais.
00:57:40Si seulement j'avais votre mal sur ma tête, il me semble que je dormirais.
00:57:53Tu es là ?
00:57:55Oui.
00:57:56Pourquoi n'allumes-tu pas la lampe ?
00:57:57J'ai mal aux yeux.
00:57:59Et moi aussi, ça n'empêche pas.
00:58:01C'est funèbre, ici.
00:58:11Je m'abrutis dans ce bureau, tiens.
00:58:14C'est pas une besogne d'homme, ça.
00:58:16Qu'est-ce qui est une besogne d'homme ?
00:58:18Il n'y a rien à faire.
00:58:20Tu ne crois pas si bien dire.
00:58:23Tiens, j'ai rencontré ces deux imbéciles, la grévée et Michaud.
00:58:28Il y a une jeudi.
00:58:30Ah, on reprend ?
00:58:32Oh, ben, pourrez-nous, ça vaut peut-être mieux.
00:58:35Mais tais-toi, elle dort.
00:58:38Tu devrais la laisser un peu dans sa chambre, tu la traînes partout avec toi.
00:58:41Elle veut peut-être être tranquille.
00:58:46Non, j'ai juste ma diète.
00:58:49Bon.
00:58:51Alors, et ce dîner, tu t'en occupes ?
00:58:54J'ai précieux de commencer la nuit ?
00:58:56Oui.
00:58:57Parce que cette fameuse nuit, j'ai l'intention de la dormir, figure-toi.
00:59:03L'intention ?
00:59:04Tu sais pourtant bien que nous ne dormirons pas.
00:59:06Parle-leu.
00:59:07C'est toi qui nous en empêche.
00:59:10Ah là là, tes nervosités, tes redites.
00:59:14T'es bien une femme, tiens.
00:59:15T'es bien une homme, toi, je t'ai peur.
00:59:17Je te défends de dire que j'ai peur, tu entends de quoi ?
00:59:19Je t'ai peur.
00:59:20Oh, tais-toi !
00:59:21Et c'est vrai !
00:59:22Toute la journée, je vais, je marche, je suis normal.
00:59:25Il suffit que je vous retrouve, toi et ce sale passage, et vous me flanquez à l'envers.
00:59:29Ah, ma foi, tout seul, j'étais plus tranquille.
00:59:33Moi aussi, là.
00:59:35Qu'est-ce que tu dis ?
00:59:37Je dis moi aussi.
00:59:40C'est quand tu rentres que ton devien effrayant.
00:59:44Fuis trop, ma fille.
00:59:45Tu couches trop avec tes beaux messieurs des livres.
00:59:48Quoi ?
00:59:48Et toi, avec tes grues !
00:59:53Je te réponds même pas, tu vois.
00:59:55Tu as raison.
00:59:57Seulement, tu vas un peu vite.
00:59:58Tu n'auras bientôt plus d'argent à te donner.
01:00:00Je gagne ma vie, j'imagine.
01:00:01Alors, pourquoi hier encore m'as-tu demandé deux cents francs ?
01:00:04J'ai loué un atelier, si tu veux le savoir.
01:00:07Un atelier ?
01:00:08Oui.
01:00:09Je quitte la boîte.
01:00:12Tu n'en pouvais plus.
01:00:14Je vais recommencer la peinture.
01:00:17La peinture.
01:00:19Oh, puis après tout, tiens, qu'est-ce que tu voudras ?
01:00:22Ah, ben, bravo, tu n'es pas jalouse ?
01:00:24Je n'ai pas les temps, moi.
01:00:27Il reste, tu te trompes sur toute la ligne.
01:00:29Je n'ai pas de maîtresse.
01:00:31Enfin, pas encore.
01:00:33Merci pour encore.
01:00:35Je tiens à toi, Thérèse.
01:00:41Tu n'es pas encore fatiguée de nous, moi ?
01:00:43Oui, oui, je sais.
01:00:45Toi, tu poses à l'écartement, à la punition, à la pureté, pour être tranquille, hein ?
01:00:48Si tu crois que je ne devine pas ton petit jeu,
01:00:50mais te refuser, c'est encore me donner tort à moi,
01:00:52c'est me distribuer le rôle de la brute, de l'ignoble brute !
01:00:55Oh, tu me dégoûtes !
01:00:56Bon, mais dis donc, je ne t'ai pas toujours dégoûté, non ?
01:00:58Lâche-moi !
01:01:00Si tu cherches une seule, ce soit, ce ne sera pas défraie !
01:01:02Je veux la paix !
01:01:03La paix, la paix, entends-tu ?
01:01:05Très bien.
01:01:07Donne-moi mille francs.
01:01:09Mille francs ?
01:01:10Parce que tu perds la tête.
01:01:11Non, pas encore.
01:01:13Nous avons déjà entamé le capital.
01:01:14Nous continuerons.
01:01:15Cet argent est à moi, alors.
01:01:17Mais je sais, tu as été prudente, hein ?
01:01:19Allez, pars à deux !
01:01:20Non.
01:01:20Non ?
01:01:22Attention, ma chère.
01:01:23Est-ce que tu crois par hasard que je vais me mettre sur la paille
01:01:25pour te permettre de fainéanter ?
01:01:26Oh, monsieur vulgaire, quel roman lit-tu !
01:01:29Tu n'auras pas un sou de plus !
01:01:31Si !
01:01:31Non !
01:01:36Réfléchis bien, Thérèse.
01:01:38Réfléchis.
01:01:39Tu vois, je te parle doucement, hein ?
01:01:41Ne me refuse pas.
01:01:42Je te dis que je veux ces mille francs et tu me les donneras !
01:01:46Jamais !
01:01:46Ah oui ?
01:01:47Oh, tu n'es venu chez nous que pour boire et manger !
01:01:49Tu m'as pris en plus par-dessus le marché parce que c'était commode !
01:01:51Il ne faut que ne coûter rien !
01:01:52Allez, parle, parle !
01:01:53Viens, continuez de croiser les bras, vivre à mes départs !
01:01:55Mais en tout cas, vivre !
01:01:57Sais-tu ce que tu es ?
01:01:58Tu es dans la...
01:02:11Va-t'en !
01:02:13Va-t'en !
01:02:14Oh, oh, oh, oh !
01:02:16Va-t'en !
01:02:20Et alors, ensemble, nous ne manquerons pas de spectateurs pour notre petite scène, tu ne crois pas ?
01:02:25Oui, parce que tu ne te souviens pas bien, peut-être les femmes s'en oublissent si vite.
01:02:29Moi, je suis épais, moi !
01:02:30Moi, j'ai de la mémoire !
01:02:32Je commencerai comme ça, tiens !
01:02:34Un beau dimanche à Saint-Ouen !
01:02:36Ah oui, mais moi, je suis peintre, si tu es poète !
01:02:37Je mettrai les couleurs !
01:02:38Le vert des arbres, le bleu de l'eau, tiens, le veston blanc de Camille !
01:02:42Non !
01:02:42Toi, tu chanteras leur temps dans le soleil mourant, le silence enfin revenu !
01:02:47Et notre retour embarque entre deux ciels d'étoiles à trois !
01:02:51Ah, il faudra que tu soutiennes un peu le dialogue, par exemple, hein !
01:02:54Rappelle-toi, comme tu m'as bien aidé à ce moment-là, dit !
01:02:56Rappelle-toi !
01:02:57Tu étais assise à l'avant.
01:03:00Lui, il ricanait comme un idiot, sans savoir pourquoi.
01:03:03Je me suis baissé vers toi, comme si je voulais ramasser une rame.
01:03:06Et je t'ai soufflé, c'est maintenant.
01:03:08Lui, il a trempé sa main dans l'eau, et il a dit, « Je trouve que c'est froid
01:03:11! »
01:03:12Ouh ! Il ferait pas bon piquer une tête dans ce bouillon-là !
01:03:14Je te regarde, je saute sur lui, mais rappelle-toi !
01:03:18Je le tiens au-dessus de moi, je sois qu'il va crier, je serre sa gorge !
01:03:22Il crie quand même, il me mord !
01:03:23Et il crie, « Thérèse, Thérèse ! »
01:03:25Et toi, tu ne dis rien, rien !
01:03:27Mais rappelle-toi !
01:03:43Je te demande pardon, mais...
01:03:46Moi, je suis moins fort que toi !
01:03:48Faut que j'oublie, moi !
01:04:04Je ne savais plus qu'elle était là !
01:04:05Qu'as-tu fait ?
01:04:07Elle dit...
01:04:07Ma tante, la pauvre, elle a tout entendu !
01:04:10Il faut la coucher !
01:04:11Non, pas toi !
01:04:12Et si tu crois que ça m'amuse !
01:04:24Dis-donc, et si je dis, elle a tout raconté aux autres ?
01:04:27Il ne faut plus parler, tu vois bien, j'étais le dernier sur cent !
01:04:30Prends la lampe !
01:04:44Et une fois par jour, cette mère entendit le récit de l'assassinat de son fils.
01:04:50Et chaque jour, ce récit devenait plus épouvantable, plus circonstancié, était crié à ses oreilles avec plus de cruauté et
01:04:57d'éclat.
01:04:59Il vint une heure où Mme Raquin, pour échapper aux souffrances qu'elle endurait, eut la pensée de se laisser
01:05:06mourir.
01:05:08Mais bientôt, elle se dit qu'elle était lâche, qu'elle n'avait pas le droit de s'en aller
01:05:13avant d'avoir assisté au dénouement de la sinistre aventure,
01:05:17et qu'après sa mort, le ménage goûterait peut-être des heures calmes et heureuses.
01:05:24Elle consentit à vivre.
01:05:28Thérèse, à partir de ce jour, délaissa un peu sa tente.
01:05:33Elle alla moins souvent pleurer sur ses genoux et baiser sa face morte.
01:05:39Parfois, elle sortait pendant des après-midi entiers, et personne ne savait où elle allait.
01:06:08D'où viens-tu ?
01:06:14Tu sens le parfum, Vassou.
01:06:18Les gens s'entournent sur ton passage comme sur une putain !
01:06:21T'es mon mari, donne-moi de l'argent, je prendrai un fiacre.
01:06:24Et puis est-ce que je te demande d'où tu viens ?
01:06:26Je t'ai suivi, place Saint-Michel, tu t'es assise à un café, au milieu des garces et des
01:06:30étudiants.
01:06:30Je les ai entendus te tutoyer, rire avec des rires ignobles.
01:06:34Mais alors pourquoi me demandes-tu d'où je viens ?
01:06:36Toi aussi, tu riais.
01:06:37Mais pourquoi pas, ce sont mes amis ?
01:06:40Des gouapes.
01:06:41Je les préfère aux assassins.
01:06:45Regarde, j'étais debout de l'autre côté de la place, j'ai failli traverser, te caloter devant tout le
01:06:49monde.
01:06:50On t'aurait dû le faire, c'était drôle, mais j'oubliais que tu es lâche.
01:06:54Non, seulement je t'aime plus, moi.
01:06:57Tu crois me prendre du nouveau ? Et moi, est-ce que tu crois que je t'aime ?
01:07:00Et moi, je le savais pas encore.
01:07:03T'as jamais eu de fouilles vives ?
01:07:06Quand je t'avais passé au bras de cet homme, j'ai cru que je t'aimais encore, que je
01:07:10t'ai pas tué.
01:07:11Bon, tu me tueras un jour, ce sera moi.
01:07:14Comment veux-tu que ça finisse, hein ?
01:07:16Non, il est à la camette, hein ?
01:07:19Tu es ivre.
01:07:22À peine.
01:07:24Je t'ai mis à entrer dans cet hôtel de la rue, c'est un tromper des arts, avec ce
01:07:27carabin.
01:07:28Un carabin ?
01:07:30Attends, ça devait être Arthur ou bien Gustave.
01:07:33Mais laisse-moi te passer, tu veux attirer les gens ?
01:07:37Non, il viendra personne, hein ?
01:07:39La boutique pourrie.
01:07:41Comme nous.
01:07:42J'ai honte, tiens.
01:07:45Oh, putain, si seulement tu pouvais ne parvenir, je dors au moins que tu n'es pas là.
01:07:49Ne me braves pas, hein ?
01:07:51Allez, entre.
01:07:55Ah ben, va, rentre.
01:08:02À deux ou trois reprises, dans les derniers temps, Thérèse expliqua les meurtrissures qui lui marbraient le visage en disant
01:08:10aux invités du jeudi qu'elle était tombée.
01:08:13Ils étaient convaincus que le ménage de leurs hôtes était un ménage modèle, tout de douceur et d'amour.
01:08:20Depuis près de quatre ans que Michaud et Grivey passaient les jeudis soirs chez les raquins, ils ne s'étaient
01:08:25pas fatigués une seule fois de ces soirées monotones, qui revenaient avec une régularité énervante.
01:08:31Ensuite, Michaud et Grivey n'avaient jamais soupçonné un instant le drame qui se jouait dans cette maison si paisible
01:08:38et si douce lorsqu'ils y entraient.
01:08:41Grivey l'avait appelé le temple de la paix.
01:08:48Eh bien, j'en demande.
01:08:51Ah ah !
01:08:52Quoi ? Ah ah !
01:08:53Piocher ? Vous êtes sur la mauvaise pente, monsieur Michaud. Vous êtes sur la mauvaise pente.
01:08:57Ben, vous, il n'y a pas cinq minutes, vous avez pioché deux fois.
01:08:59Oh, peut-être, mais j'ai repassé tout de suite.
01:09:01Où ça ?
01:09:02Et où ça ? Sur le troie de madame Laurent.
01:09:06Thérèse.
01:09:08Thérèse.
01:09:09Tu n'es pas au jeu, fais donc attention, c'est agaçant.
01:09:14Ma bonne amie, je joue pour vous.
01:09:17Observez bien, je devine tout ce qu'elle veut. Vous allez voir.
01:09:20Le cinq. Eh bien, c'est parfait. Je joue le cinq.
01:09:23Nous les battrons, je vous le dis, nous les battrons.
01:09:25Qu'est-ce que je disais ? Je lis dans ses yeux.
01:09:26Ah, vous trouvez ? Tout à l'heure, elle demandait son mouchoir, vous lui avez porté votre parapluie.
01:09:31Et qui vous dit qu'elle ne voulait pas l'un et l'autre ?
01:09:33Vous extraveillez.
01:09:36Vous désirez quelque chose, madame Raquet ?
01:09:38Ah, attendez, je vais deviner. Un petit banc pour vos pieds ?
01:09:41Mais vous voyez bien que non.
01:09:43Votre chat, François, c'est ça, n'est-ce pas ?
01:09:46François est mort.
01:09:48On lui a cassé les reins.
01:09:49Oh, vous savez qui ?
01:09:52Une brute.
01:09:53N'en parlons plus, veux-tu ?
01:09:55Je suis aussi peiné que toi, mais une bête est une bête.
01:09:58Au fond, oui.
01:10:00C'est à vous, mon cher.
01:10:03Toute la nuit, il s'est traîné sur le vitrage.
01:10:06J'ai encore ses cris dans l'oreille.
01:10:09Il avait appartenu à Camille.
01:10:11Ce sentiment vous honore, mais à la place de Laurent, je serai jaloux.
01:10:15Laurent n'est pas jaloux.
01:10:17Tu crois ?
01:10:18Il se sait aimer.
01:10:20Et voilà.
01:10:23Eh bien, à toi, mon amour.
01:10:26Quelle tourte rouge, je vous envie si j'avais 20 ans de moins.
01:10:29Et vous, monsieur Mujo ?
01:10:31Il n'y a qu'une Thérèse Raquin.
01:10:33Vous nous l'avez prise, Vénard.
01:10:36Au reste, on n'est pas jaloux d'un mort.
01:10:40C'est à nous.
01:10:41Oui.
01:10:43Eh bien, pioché.
01:10:43Oui, oui, je...
01:10:45Eh bien, le...
01:10:46Ah, le 4 est du premier coup.
01:10:48Nous avons de la chance.
01:10:49Thérèse, le punch.
01:10:51Ah, le punch est une idée d'artiste.
01:10:56Entendez-vous que dans vos ateliers,
01:10:58le buvez-vous sur le sein d'une jolie fille ?
01:11:01Ou dans une tête de main ?
01:11:03À la fois, je l'ai toujours bu dans un verre.
01:11:05Ah, évidemment.
01:11:06Vous êtes ma derme.
01:11:07Oh, bravo.
01:11:08Bravo, bravo, bravo.
01:11:09Je baisse la lampe pour l'ambiance, hein, grand pain.
01:11:12Tenez, voyez donc, Mme Raquin, elle est ravie.
01:11:17Oh, on est bien chez vous, Mme Laurent.
01:11:20N'est-ce pas ?
01:11:23Oui.
01:11:25Buvant.
01:11:26Oh, M. Grévé, je vous oublie.
01:11:28Ah, merci.
01:11:29Pardon.
01:11:30Merci.
01:11:36Bon, eh bien, j'en demande.
01:11:39Oh, tiens.
01:11:40Quoi, tiens ?
01:11:40Ah, ben, il avait raison, je n'en étais jamais aperçu.
01:11:45Les dominos font un petit bruit d'os.
01:11:46Ah, puis, qu'est-ce que vous dites ?
01:11:48Mais vous ne vous rappelez pas.
01:11:49Ce pauvre Camille, le dernier jeudi, juste avant Saint-Ouen, eh bien, il a fait cette remarque-là.
01:11:54Il a même ajouté autre chose.
01:11:56Il a dit, attendez, je me souviens, il a dit, vous serez tous là, mais je reviendrai.
01:12:00Je m'assierai dans mon poteuil et, dans le silence, je ferai un petit bruit d'os pour accompagner les
01:12:08dominos.
01:12:12Thérèse, Thérèse, qu'est-ce qu'ils ont ?
01:12:16Vous avez fait une gaffe.
01:12:17Moi ?
01:12:18Et devant la mer.
01:12:18Ah, ça, je ne le vois pas.
01:12:19Mais enfin, a-t-il dit oui ou non ?
01:12:21Allez, jouons.
01:12:22Jouons.
01:12:22Plan partout.
01:12:23Hein ?
01:12:24C'est à vous de jouer, c'est à moi.
01:12:25Mais oui, c'est à vous.
01:12:27Ah, mais, je vous demande pardon.
01:12:31Non, non, excusez-nous, monsieur.
01:12:33Vous aviez raison, monsieur Grévé.
01:12:34Ah.
01:12:35Nous n'aurions jamais dû oublier.
01:12:36Mais je propose que nous levions ensemble notre verre à la mémoire de Camille.
01:12:42Merci.
01:12:44Thérèse.
01:12:46À Camille.
01:12:49À Camille.
01:12:51À Camille.
01:12:55Touchez-la.
01:12:57Vous êtes senti.
01:12:58On devrait les peindre, tenez.
01:13:00Regardez, madame Raquin pleure.
01:13:02Regarde-toi.
01:13:03Oh, buvez, ma sœur, buvez.
01:13:04Buvez, ça soutient.
01:13:06Monsieur Grévé.
01:13:07Hein ?
01:13:10Il est certain qu'elle veut quelque chose.
01:13:13Voulez-vous quelque chose, madame Raquin ?
01:13:16Non, non, attendez, attendez, je vais parler.
01:13:18Silence.
01:13:19Non, elle ne peut pas parler, mais je vais dire.
01:13:20Silence, interroge.
01:13:25Madame Raquin.
01:13:27Regardez-moi.
01:13:29Oui, c'est ça, dans les yeux.
01:13:31Avez-vous froid ?
01:13:32Trop chaud ?
01:13:33Fins ?
01:13:33Soif ?
01:13:34Vous sentez-vous mal à l'aise ?
01:13:35Non, la pauvre femme ne veut que se reposer, je crois.
01:13:37Non, non, non, attendez.
01:13:38Attendez.
01:13:41Elle bouge la main.
01:13:42Elle bouge.
01:13:45Regardez.
01:13:48Ah, elle écrit.
01:13:49Comment ?
01:13:50Regardez.
01:13:51Mais il me semble que voilà un T majuscule.
01:13:53Oui, oui, oh, ça c'est drôle.
01:13:56T-H-E-E.
01:14:00Non, non, R-T-H-E-R.
01:14:03Oh, T-H-E-R par bleu, c'est Thérèse.
01:14:05Ah, bah oui, c'est Thérèse.
01:14:07Et c'est Thérèse.
01:14:09Ah, ça, qu'est-ce que ça signifie ?
01:14:11Mais rien, vous voyez bien.
01:14:12Non, non, non, un instant.
01:14:13Elle a fait E-T.
01:14:15E-T, ça fait E.
01:14:17Thérèse.
01:14:17E.
01:14:20L.
01:14:21A.
01:14:22U.
01:14:23Ah, bah ça, je crois que c'est drôle.
01:14:24Comment donc, mais...
01:14:25Mais si, mais si, mais si, patience.
01:14:29O.
01:14:31N.
01:14:32T.
01:14:33Monsieur Michaud, pour la dernière fois, je...
01:14:34Non, non, non.
01:14:35Allons, cher Madame Araquin.
01:14:37Nous attendons.
01:14:41Thérèse et Laurent ont...
01:14:44Hmm, hmm, hmm, hmm, hmm, oh, on relance un petit moussaillard qui...
01:14:50Oh, mais c'est, elle n'en peut plus.
01:14:53Eh oui, c'était le dernier effort.
01:14:56Mais rassurez-vous, chère Madame, nous avons compris...
01:14:59Oh, parfaitement, oui.
01:15:01On, on, on, mais...
01:15:03Et qu'est-ce qu'ils ont, vos chers enfants ?
01:15:05Thérèse et Laurent ont un cœur excellent.
01:15:10Non, non, mais non, c'est pas ça, mais non.
01:15:12Thérèse et Laurent ont bien soin de moi.
01:15:14Voilà ce qu'elle a voulu dire, n'est-ce pas, ma bonne amie ?
01:15:16Oui, peut-être.
01:15:17Il est en tout cas certain que vous avez désiré ce soir et devant témoin rendre hommage aux vôtres, chère
01:15:21Madame Raquin.
01:15:21Les remercier de toutes leurs tendres attentions.
01:15:24Je vous en fais mes compliments.
01:15:25Voilà un exemple peu banal d'union familiale.
01:15:29Je te citerai.
01:15:29Dans ce siècle dépourvu de mœurs, il est bon de mettre en valeur la vertu, cela honore la nation.
01:15:35C'est très bien.
01:15:37Pardon ?
01:15:37Je dis continuant.
01:15:40Monsieur Grevet, vous alliez poser le double scie, je crois.
01:15:44Non, non, non, c'est à Madame Laurent de jouer.
01:15:53Thérèse.
01:16:04Thérèse.
01:16:17Elle a besoin de se reposer, mais ça ne sera rien.
01:16:20Vous comprenez, les femmes, quelquefois...
01:16:22Oui, l'organisme féminin est plus fragile que le nôtre.
01:16:25Oui, Madame Raquin, encore bravo.
01:16:28Comme Titus, vous pouvez dire que vous n'avez pas perdu votre journée.
01:16:32Je vous salue bien.
01:16:33Surtout, ne me reconduisez pas...
01:16:35Ah, monsieur, voyons, vais-y.
01:16:36Non, alors, ma bonne amie, vous nous avez fait bien plaisir à tous.
01:16:39Oh oui, bien plaisir.
01:16:41Oh, quelle devinette.
01:16:43Voilà.
01:16:44Bon retour.
01:16:45Merci à Josie.
01:17:00Pardon, pardon.
01:17:02Laisse-toi.
01:17:04Je dégoûte, tu les cœurs.
01:17:05Elle te laisse plus que moi.
01:17:06C'est tout bel que tu gifleurais.
01:17:08Je veux mourir.
01:17:09Ah, London, tout à l'heure tu cravais de peur.
01:17:11Maintenant, tu es soulagée, oui.
01:17:13Tu respires, comme moi.
01:17:14Oh, tu peux l'étreindre, faire semblant de pleurer.
01:17:15Elle sait ce que tu vaux.
01:17:17Oh, tais-toi.
01:17:18Je sais bien que je ne suis qu'une misérale et que je ne mérite pas de grâce.
01:17:20Mais je te souffre, moi, moi, j'exprime.
01:17:22Oh, bien oui, toi, expier.
01:17:24Est-ce que ça se fait avec des mots ?
01:17:26Il n'est plus que des mots, acceptez-là comme quand j'étais petite fille à verre.
01:17:29Oh, bravo ! Tu es habile en souvenirs d'enfance, mais tu les choisis mal, ma mignonne.
01:17:33Raconte-lui donc à ta bonne tante tes étouffements et tes haines dans sa chambre à son Camille.
01:17:39Et ses petites mains à lui, molles comme de l'argile.
01:17:41Et après, avant toi, je n'ai jamais pensé au mal.
01:17:44Je n'ai jamais souhaité la mort de Camille.
01:17:45Tu mens !
01:17:46Elle sait que tu mens, tu parles toujours de toi.
01:17:47Mais moi, avant de te connaître, je t'ai un allait d'homme, moi.
01:17:50C'est toi qui l'a tué !
01:17:51Allez-toi !
01:17:52C'est toi qui l'a tué !
01:17:53C'est toi qui l'a tué !
01:17:54C'est toi qui l'a tué !
01:17:55C'est toi qui l'a tué !
01:17:56C'est toi, toi, toi !
01:18:01Camille, je te jeûnais, hein ?
01:18:03Et maintenant, c'est mon tour, mais c'est moi, c'est moi donc !
01:18:07Je suis mort, t'écoutais, tiens, si je ne t'écoutais pas.
01:18:10C'était malgré moi.
01:18:13Malgré moi.
01:18:14Je n'ai jamais aimé Camille.
01:18:17Et j'ai pitié.
01:18:18J'ai soigné votre fils pendant tant d'années.
01:18:21Et quand il était si mal à Vernon, vous et moi, nous devons partager les mêmes angoisses.
01:18:26Pardonnez-moi, ô nom de Camille.
01:18:33Vous me pardonnez ?
01:18:37Vous me pardonnez ?
01:18:41Admirable !
01:18:41Ainsi, c'est tout ce que tu as trouvé pour te séparer de moi.
01:18:44Elle a toujours aimé Camille, même en le faisant cocu, même en le tient.
01:18:48Et sa propre mère te pardonne.
01:18:50Et toi, pauvre Ange, tu n'as plus qu'à t'installer dans un petit repentir bien gras, hein ?
01:18:54Mais tu te fous de moi, dis !
01:18:56Non, mais dis !
01:18:57Tu te fous de moi et moi dans tout ça, parce que j'existe tout de même, moi !
01:19:00Et je vais te le prouver !
01:19:01Oh, tu peux te débattre, ma fille !
01:19:03Nous sommes liés !
01:19:04Si tu crois que je ne t'aurais pas planté là depuis longtemps, si je n'avais plus ?
01:19:07Seulement, voilà, il ne veut pas, lui !
01:19:09Il ne veut pas !
01:19:10Je te hais !
01:19:14Moi aussi je te hais, Thérèse !
01:19:21Oh, je vous emmène, j'ai trop pitié de vous.
01:19:30Où vas-tu ?
01:19:30Si je reviens.
01:19:31Je vous dénonçais encore, je prends garde.
01:19:33Passis, je ne t'arrêterai pas à la porte du commissariat, hein ?
01:19:34Laisse-moi passer !
01:19:35Reste là !
01:19:36Tu fais mal !
01:19:37Vas-y, tu te voyais, hein ?
01:19:40Tu as peur !
01:19:41Tu es capable de courir après moi comme la dernière fois et de me supplier !
01:19:44Non, non, tu confonds !
01:19:45Si j'y allais, moi, c'est toi qui t'accrocherais à mes genoux !
01:19:48Mais il sait ! Il sait donc !
01:19:51Après tout, ce serait peut-être la paix.
01:20:10J'ai pu croire encore que tu irais, comme si je ne te connaissais pas.
01:20:15Assis !
01:20:15L'amour viril, le songe que je m'étais fait, dont j'ai vécu, je l'envoie là !
01:20:19Assis, je te dis !
01:20:20Tu ne tiens même plus de bout, tu es une loque !
01:20:22En cours d'assises entre deux gendarmes, tu prends cette figure-là !
01:20:25J'ai envie de te cracher dessus !
01:20:27Et c'est à ça que je me suis donné !
01:20:30À ça, à ça, à ça !
01:20:32Mais oui, moi, je ne suis pas un homme, moi !
01:20:39Regarde, Thérèse, un jour, j'en pourrai plus, et alors ?
01:21:12Et alors, tu m'assassineras !
01:21:13Oui, bien, mais tu es au revoir, toi !
01:21:16Mais tu ne te tueras pas, Laurent !
01:21:20Tu ne vas pas où j'en suis, toi ?
01:21:24Tu ne voudrais pas que j'ai pitié de toi !
01:21:27Oh non, je ne veux rien que le repos !
01:21:30Le repos, moi !
01:21:33Et alors ?
01:21:36Qu'attends-tu ?
01:21:45Vous en sommes là, Thérèse ?
01:21:51Laurent...
01:21:52Laurent...
01:22:01Laurent, nous ne sommes peut-être pas tout à fait perdus !
01:22:07Thérèse...
01:22:12Laurent...
01:22:16Où vas-tu ?
01:22:21Laurent, ouvre-moi !
01:22:22Ouvre-moi, Laurent !
01:22:23Je ne veux pas qu'il meurtre comme moi !
01:22:25Laurent, Laurent, Laurent, ouvre-moi !
01:22:29Laisse-moi passer !
01:22:31Qu'as-tu fait ?
01:22:32Je ne veux pas...
01:22:33Je ne veux pas cramer ici, dans ce passage !
01:22:35Laurent !
01:22:47Je t'ai gardé ta peur !
01:22:51Laurent...
01:22:53Laurent...
01:22:54Laurent...
01:22:56Laurent...
01:23:02Laurent, je t'aime !
01:23:07Laurent...
01:24:38...
01:25:08...
01:25:40...
01:25:42...
01:25:43...
01:25:45...
01:25:47...
01:25:48...
01:25:50...
01:25:53...
01:25:54...
01:25:59...
01:26:00...
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