00:00Pourquoi Nicolas Sarkozy se rapproche-t-il de Jordan Bardella ?
00:03Alors qu'il est jugé en appel dans l'affaire libyenne,
00:05l'ex-chef de l'État multiplie les signaux vers l'extrême droite.
00:08C'est en partie par dépit, mais c'est aussi pour continuer à exister.
00:12C'est une façon pour l'ancien président d'être toujours au cœur du jeu politique aujourd'hui.
00:16Pour commencer, il faut savoir que les deux hommes se sont vus.
00:19En février, mais aussi en juillet dernier,
00:22pour un petit déjeuner dans le bureau de l'ex-chef de l'État.
00:25Nicolas Sarkozy a dit du bien de Jordan Bardella publiquement,
00:27il en a surtout dit beaucoup en privé à ses proches.
00:30Il a dit que Jordan Bardella le faisait un peu penser à Jacques Chirac,
00:34lui faisait penser à lui parfois quand il était plus jeune.
00:37Il dit notamment cette phrase,
00:38« Il faut qu'il arrive au pouvoir, il n'est pas si terrible ».
00:41Ça a été prononcé devant plusieurs grands patrons.
00:43Ce sont autant de propos qui contribuent à asseoir Jordan Bardella,
00:46à participer à sa stratégie de respectabilité, de normalisation.
00:50Nicolas Sarkozy a aussi vu Sébastien Chenu,
00:53qui lui avait écrit une lettre par semaine pendant sa détention,
00:56et Philippe Devilliers, qui l'avait défendu en s'en prenant au magistrat.
01:00C'est le prétoire qui désormais commande.
01:02Mais ce brouillage des lignes politiques,
01:04c'est encore Nicolas Sarkozy qui en parle le mieux.
01:06Dans son dernier livre, il écrit qu'en 2027,
01:09il s'opposera publiquement à un éventuel Front républicain contre le RN.
01:13Et pourtant, en 2016, il déclarait ça.
01:16Je pense qu'entre nous, avec le Front National,
01:18il y a une barrière infranchissable.
01:19Alors, qu'est-ce qui a changé ?
01:21Il y a plusieurs facteurs qui sont évoqués par ses proches.
01:24Nicolas Sarkozy, on le dit beaucoup, c'est un grand affectif.
01:27Il est très sensible aux marques de respect, d'affection,
01:31que lui témoigne Jordan Bardella depuis des mois,
01:33dans ses livres, dans ses déclarations publiques.
01:36Les proches de Nicolas Sarkozy évoquent aussi le dépit qu'il y a chez lui,
01:40notamment vis-à-vis du président de la République, Emmanuel Macron.
01:43En cause, le retrait de sa légion d'honneur,
01:45après sa condamnation définitive dans l'affaire des écoutes.
01:48Nicolas Sarkozy a très mal vécu ce retrait.
01:51Et il est persuadé que même s'il n'a pas été émis directement
01:54par le président de la République,
01:56Emmanuel Macron est en partie responsable
01:58et n'a au moins pas eu le cran de l'appeler pour le prévenir.
02:01Et ça, son orgueil a été profondément blessé à cette occasion-là.
02:05Mais selon des cadres de la droite,
02:07des explications supplémentaires sont à envisager.
02:09Parmi celles-ci, il y a le fait que si Jordan Bardella
02:13était élu président de la République,
02:15il aurait en son pouvoir la possibilité peut-être de le gracier,
02:19donc de lui offrir une nouvelle virginité judiciaire
02:22ou de lui remettre cette fameuse légion d'honneur
02:26à laquelle Nicolas Sarkozy tenait tant.
02:27Ce qu'il faut aussi prendre en compte,
02:29c'est que Nicolas Sarkozy tente de construire le récit
02:32d'un innocent jeté en prison.
02:34Le soutien à Jordan Bardella
02:35de la part de l'ancien président de la République
02:36s'inscrit dans cette dynamique-là,
02:39dans cette démarche qu'on a qualifiée de populiste.
02:41elle tente d'imposer au forceps un nouveau récit médiatique et politique
02:45au service des intérêts de l'ancien président de la République.
02:48Lisez notre enquête dans le Nouvel Obs.
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