- il y a 6 semaines
"J'aurais jamais pensé que le meilleur été de ma vie serait dans un Ehpad, dans le 15e (arrondissement de Paris)". Le tournage du film du réalisateur japonais Ryusuke Hamaguchi, "Soudain", a débuté dans la capitale parisienne, en juin 2025. L'actrice franco-belge y incarne une directrice d'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes qui rencontre une femme de théâtre atteinte d'un cancer. Virginie Efira revient sur ce moment marquant, autant pour sa carrière que sa vie personnelle. Le film est présenté en compétition au Festival de Cannes, le 15 mai 2026. Sa sortie en salles est prévue le 12 août 2026.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00Je n'aurais jamais pensé, attention, grande phrase,
00:02que le meilleur été de ma vie, ce serait dans un Ehpad dans le 15e.
00:05Franchement, mais c'est vrai, c'est vrai.
00:13Marie Loussantaine.
00:14C'est ça ?
00:15Dans certains moments où ça ne va pas, depuis le tournage,
00:17je convoque la matière de ce film,
00:19je convoque le visage de Ryusuke Hamakushi
00:21et franchement, ça m'aide à aller beaucoup mieux
00:23ou à prendre une distance sur les choses
00:25ou même à trouver parfois des solutions
00:26parce que c'est vraiment un film de solutions.
00:29Quand on se dit que tout est désespéré,
00:30qu'il n'y a plus de chemin de l'impossible vers le possible,
00:35le film, il en trouve quelque chose de profond.
00:37Ah, compliqué quand même.
00:39Attends, vas-y, je le tiens.
00:41Je ne suis pas dans le cadre.
00:42Moi, je n'ai pas dans le cadre, donc si tu peux le tenir, c'est...
00:44Bon, allez, on va y aller.
00:47Donc, un chemin qui va de l'impossible vers le possible.
00:51Et comment il fait cette chose-là ?
00:53Ça, c'est difficile à expliquer.
00:54Pourquoi ça devient une expérience comme ça ?
00:56Parce que ce réalisateur a une hauteur d'âme, de création, de bonté, de gentillesse.
01:01Mais c'est même, c'est au-delà de ça et d'intelligence.
01:05C'est quelqu'un qui a la grâce et c'est quelque chose que tu ressens assez immédiatement.
01:09Donc, c'est peut-être un film où j'ai le plus ressenti ce que c'était qu'une expérience
01:12collective,
01:12très fort.
01:13On tourne en plus dans un EHPAD en activité.
01:17Et aussi, à quel point les grands metteurs en scène, ils ont un dispositif de tournage.
01:22On n'était pas...
01:24Et ce qui se passe en dehors des scènes est aussi important qu'est-ce qui se passe pendant les
01:27scènes.
01:27Dans quelle disposition ?
01:28Pourquoi on est là tous ensemble ?
01:30Et on passe par une série d'ateliers comme ça avant, où tu pénètres dans un autre monde.
01:36J'aurais jamais pensé, attention, grande phrase,
01:39que le meilleur été de ma vie, ce serait dans un EHPAD dans le 15e.
01:42Franchement, mais c'est vrai, c'est vrai.
01:44Et le film est beaucoup plus...
01:46Enfin, il est large.
01:48Il va tellement vers les questions les plus essentielles.
01:52Et d'arriver à faire un film sur l'altérité, sur la bonté, qu'il ne soit pas nié,
01:55c'est un tour de force.
01:58Ryusuke Maguchi, il a la grâce.
01:59Il nous regarde sans jugement.
02:02Il a une sorte de confiance en l'autre qui fait en sorte que tu dégages plus de choses aussi.
02:11Et concrètement, dans cette préparation que tu évoquais,
02:14il y avait des étapes, c'est quoi la méthodologie ?
02:17C'était l'humanitude.
02:19Alors oui, on a fait une formation humanitude et tout ça.
02:25Tous ceux qui, en fait, que les personnages qu'ils adoptent dans le film.
02:29Mais surtout, il y avait un peu comme dans Drive My Car,
02:31on faisait les lectures à plat, comme ça, même en tapant après la phrase et tout ça.
02:36Beaucoup, beaucoup de lectures à plat.
02:38Mais comme ça, on se dit, bon, d'accord, mais en fait, quelque chose s'opère à cet endroit-là.
02:42C'est-à-dire que tu es très sensible à la tessiture des autres.
02:45Il y a une certaine atmosphère quand on fait ça.
02:47Il y avait énormément de textes.
02:49Moi, j'avais beaucoup de textes en français, en japonais aussi.
02:51Donc, il y avait énormément d'études et tout ça.
02:55Et puis, comme il veut qu'on soit à l'intérieur des choses,
02:57il m'a demandé d'apprendre à lire pour comprendre les sons.
02:59Il nous fait faire des scènes avant le film qui ne sont pas dans le film,
03:01mais comme des souvenirs auxquels on peut se référer.
03:04Il y a aussi tellement de choses précieuses.
03:06Il m'avait dit à un moment, bientôt, tu auras les 17 questions du personnage.
03:09Je lui ai dit, les 17 questions du personnage, waouh, c'est quoi ça ?
03:12Pourquoi 17 en plus ?
03:14Et en fait, c'est un document qui te donne, qui est merveilleux, quoi.
03:16Un document qui te donne, qui est une sorte de...
03:19Je ne veux pas...
03:20J'ai l'impression de dévoyer tous ses secrets, j'ai presque un peu honte.
03:23Mais bon, alors, je vais essayer de le dire.
03:25Il va écrire quelque chose, c'est ton personnage qui répond à des questions,
03:28ou même qui n'y répondent pas, et ça serait comme une manière très théorique.
03:32Il trouve toujours une manière théorique de trouver, d'aller vers le hasard,
03:38ou le mystère, ou la grâce.
03:39Normalement, il n'y a pas de technique pour aller vers ça,
03:41mais il trouve des façons techniques d'encadrer,
03:43et je vais mettre plein de guillemets, le mystère d'un personnage.
03:47C'est aussi qu'est-ce qui se dérobe.
03:48Comment on ne peut pas trop en faire le contour ?
03:50Faire le contour du contour qu'on ne pourra jamais faire, quoi.
03:53Enfin, un peu chelou comme ça, mais voilà.
03:55Même sa direction d'acteur, il sait que c'est l'écoute le plus important.
03:58Il va beaucoup plus se diriger.
04:00Imaginons qu'on joue une scène, toi qui es derrière la caméra, là.
04:02Eh bien, il va beaucoup plus se diriger, toi, avec ton écoute.
04:06Voilà, en fait, ces choses-là.
04:08Moi, c'était aussi très particulier, parce que dans ses films,
04:11il y a un jeu qui est un peu assez droit.
04:14Et en plus, je viens quand même d'un cinéma français,
04:17souvent plus naturaliste, social et tout ça.
04:21Et donc, je me dis, comment on fait cette chose-là ?
04:23Et donc, il m'avait dit qu'il aimait autant...
04:25Il m'avait fait parvenir Jeanne d'Arc de Bresson.
04:28Il m'avait fait parvenir aussi une interview de l'actrice géniale
04:31qui est dans le film.
04:32Et il m'avait dit qu'il aimait autant ça que Gina Rolland.
04:35Alors que c'est vraiment dans deux opposés.
04:38Mais voilà, tu...
04:40Voilà, et puis il va dire aussi, ne cherche pas...
04:43Je sens que tu cherches à comment interpréter ton texte.
04:45Ne te sers pas du texte comme d'un outil rentre à l'intérieur.
04:48Des choses comme ça où, au début, on se dit,
04:50comment je fais avec cette chose cryptique ?
04:52Et puis après, tu trouves le chemin.
04:54Ce qui fait que quand cette chose-là se termine,
04:58c'est vraiment quelqu'un qui vous élève humainement,
05:01qui arrive à instaurer...
05:03Moi, c'est Ryo Suke président pour moi.
05:06Non, mais vraiment, ce serait formidable.
05:11Est-ce que tu peux rapidement nous dire ce que c'est pour...
05:13Les gens qui n'ont pas vu le film,
05:15et pour le coup, on ne dévoile pas grand-chose,
05:16mais parce que l'humanitude, derrière ce mot,
05:18on a l'impression que ça sort d'un sketch de l'inconnu,
05:21il y a une vraie méthodologie.
05:24Ah oui, oui, il y a une vraie méthodologie.
05:31Du coup, c'est marrant, parce que tu vois,
05:32quand je parle, j'ai mon texte qui me revient.
05:34Et là, du coup, je me dis comment ça récite.
05:36Parce qu'à un moment, je l'explique.
05:37C'est considéré chaque être humain comme un individu à part entière.
05:39Surtout sur les principes théoriques, mais...
05:41Ah oui, je peux te refaire tout le japonais, là.
05:44Il n'y a pas de problème, c'est intégré.
05:46Donc là, je ne peux pas commencer à réciter ce texte,
05:48sinon cette interview va durer une année.
05:51Mais en fait, c'est quelque chose qui semble être...
05:53C'est vrai au départ, un peu, oui, c'est du bon sens.
05:55Quand tu parles avec quelqu'un, tu le regardes,
05:57tu prends soin de lui, tu touches.
06:00Enfin, ça semble être logique.
06:01Mais dans la société dans laquelle on est,
06:05on n'a pas le temps de faire tout ça.
06:07Et en fait, c'est comme de réapprendre des essentiels.
06:10C'est aussi pour les gens qui sont en fin de vie,
06:12qui ont des troubles cognitifs et tout ça,
06:14c'est une manière d'être avec eux
06:16qui réveillent, en fait, leurs capacités et tout ça.
06:19C'est une manière de s'éveiller,
06:20de ne pas se prendre soi pour le centre,
06:21mais d'aller vers...
06:22C'est flou, comment je raconte ?
06:24Peut-être que je ferais mieux de dire mon texte, en fait.
06:26Mais ça, c'est merveilleux, en fait.
06:29Mais c'est...
06:30C'est-à-dire, c'est s'engager dans une relation
06:32avec ces personnes-là aussi,
06:34montrer qu'on est là,
06:35ne pas être juste, par exemple,
06:36sur les gens qui font ça dans ces soins-là en EHPAD,
06:39ce n'est pas arriver pour dire
06:40nous devons aller vous laver.
06:42C'est d'abord avoir une interaction.
06:43Mais c'est très difficile de faire comprendre ça.
06:46Les gens, ils ont aussi, dans le milieu du soin,
06:49d'autres impératifs,
06:50des choses où c'est complexe, quoi.
06:53Et...
06:54Bon, voilà, quoi.
06:55Il y a suffisamment...
06:57Oui, c'était très clair.
06:59Il y a deux choses quand même aussi.
07:00Il y a une dimension cinématographique,
07:02parce que ce n'est pas qu'un film de care,
07:04comme on dit, de soin.
07:04Ah non, heureusement.
07:05Il y a du cinéma.
07:06Alors, je fais quand même...
07:07Le japonais, honnêtement, c'est très impressionnant.
07:11Comment on apprend le japonais aussi ?
07:13En plus, tu le parles très bien,
07:15parce que c'est juste des spécialistes qui m'en parlent.
07:17C'est vrai ?
07:17Il y a des japonais qui t'ont dit ?
07:18Il y a des japonais qui travaillent sur le tournage, visiblement.
07:22Ah, mais on avait Léa avec nous tout le temps.
07:24C'était formidable.
07:26Alors, ce n'est évidemment pas quelqu'un
07:27où tu vas faire des trucs.
07:31Les scènes durent 20 minutes,
07:32et si tu te plantes pendant,
07:33on recommence depuis le début.
07:34Donc, ce n'est pas,
07:34tiens, on va faire des petits ajustements,
07:36on va mettre une oreillette.
07:37Ça n'existe pas.
07:40Et heureusement.
07:40Moi, au début,
07:41il m'a demandé d'apprendre à lire.
07:43Donc, j'ai dû apprendre,
07:44tous les iragana, etc.
07:46À la fin, je me dis,
07:47je sais lire en japonais.
07:49Puis après, j'ai appris qu'il y avait plusieurs alphabets en japonais.
07:51Donc, en fait, je sais lire comme quelqu'un
07:52qui a 10 ans ou 12 ans, en fait, pas plus.
07:55Et ensuite, c'est un apprentissage très studieux, forcément.
08:00Mais c'était une chance de pouvoir faire ça.
08:05Phonétique.
08:06Et de comprendre aussi.
08:08Phonétique, parce que j'ai beaucoup de choses à dire.
08:10D'écouter plein de fois.
08:11De le répéter.
08:12C'était un travail important, forcément.
08:16Mais je devais aussi connaître le texte de ma partenaire.
08:18Parce qu'on a aussi des discussions en français et en japonais.
08:20Donc, je connaissais tout.
08:21Donc là, maintenant, je peux te parler du capitalisme
08:23pendant 25 minutes en japonais.
08:24En revanche, si je vais à Tokyo et que je suis perdue dans une rue,
08:27je resterai perdue, quoi.
08:28Oui, il faut être honnête.
08:30Vous voyez.
08:31Il y a une scène, il y a un suspense assez intense.
08:33C'est quand vous parlez, ce fameux plan séquence
08:34où vous parlez pendant, je ne sais pas, 20 minutes, une demi-heure.
08:37Avec le...
08:38Et vous descendez les marges de la bibliothèque François Mitterrand.
08:41Vous parlez japonais et français.
08:43Vous passez de l'un à l'autre avec des talons.
08:45Non, mais ça, c'est des fous.
08:46On se dit, mais quand...
08:47Alors, je connaissais mon japonais, mais parfaitement.
08:49Non, là, ce n'est pas de la prétention, c'est de la lucidité.
08:52Je connaissais parfaitement tout ça.
08:54Sauf que là, tout d'un coup, on doit descendre en même temps
08:57les escaliers de la bibliothèque nationale.
09:00Et c'est ça, c'est la bibliothèque nationale.
09:02Descendre des escaliers de la bibliothèque nationale.
09:04Et comme Tao est très, très grande,
09:06et qu'il voulait qu'on soit plus ou moins à égalité,
09:08elle fait 1,85 m, je pense, avec des talons.
09:10Je me dis, mais ça...
09:11Et là, c'est quand même très, très compliqué,
09:13parce que tout le texte...
09:14Je me dis, mais pourquoi il fait ça, mon Dieu ?
09:16C'était...
09:17Je voulais tellement y parvenir.
09:19Et tout ça, c'est un plan séquence.
09:21C'est pas...
09:22Il y avait de la pluie, en plus.
09:23Et les marches de ces escaliers sont en bois,
09:25donc on ne voit pas très bien.
09:27Donc, je me dis, c'est super si tu connais bien le japonais,
09:30mais si c'est en même temps pour te retrouver,
09:31te casser la figure dans les escaliers,
09:33ce ne sera pas très intéressant.
09:35Et voilà, c'est aussi quelqu'un qui ne va jamais encadrer la performance.
09:39Non pas que j'ai fait une quelconque performance,
09:41mais se dire, tiens, elle parle japonais, regardez...
09:44Non, c'est l'antithèse de ça, Ryusuke.
09:46Donc, c'est...
09:48Je me demande même à quel point je me disais, waouh !
09:50C'est comme, par exemple, on a une scène où on doit parler avec...
09:53Je ne savais pas qu'on allait le faire comme ça, tu vois.
09:55Mais ce n'est pas évident, tout un texte,
09:57c'est avec une petite marionnette au bout du doigt.
09:59Et même quand on n'est pas filmé, qu'il y a juste ça,
10:01en fait, tu dis le texte.
10:03C'est toujours que tu es au centre des choses,
10:05il n'y a jamais rien qu'on fait en dehors.
10:08Mais c'est quelqu'un, par l'admiration, l'amour que je lui porte,
10:11qui déploie aussi vos possibilités.
10:13Et c'est vraiment quelque chose qu'on a tous ressenti.
10:16Tous les gens, les figurants, l'applaudissaient chaque journée de tournage.
10:19Je me suis dit, il va croire qu'en France,
10:20on est tous là à applaudir en permanence.
10:22Dès qu'il y a un truc, tu parles.
10:24Mais non, c'est lui qui, voilà.
10:27Quand ça s'est terminé, quand il partait,
10:28je me dis, la bonté qui me reste,
10:31elle va disparaître avec lui, reviens.
10:33Il me voit, reviens.
10:34Là, je suis contente, je le vois loin.
10:36D'ailleurs, même ici, à Cannes,
10:37il y a quand même une chose,
10:38à Cannes, on le sait que c'est une terre de contraste.
10:41Et donc, il y a beaucoup de choses autour
10:43de quoi les bijoux, quoi le chapeau,
10:45quoi les talents, quoi le truc.
10:46Et puis après, une fois que je me suis retrouvée avec lui,
10:48il y a un endroit qui calme et qui...
10:51Qui est au centre.
10:52Ouais, ouais, ouais, ouais.
10:53Il déterre la beauté partout où elle peut se trouver.
Commentaires