00:00Sur ce sujet de neutralité du service public, qui est une obligation importante comme l'honnêteté, le pluralisme, l'indépendance,
00:07le 21 septembre 2023, à nouveau, vous avez dressé un constat particulièrement accablant du manque de neutralité.
00:14Je vous rappelle vos propos, je vous cite, France Télévisions aujourd'hui n'est plus à mon sens un groupe
00:18public neutre. Si je prends la parole aujourd'hui, c'est pour libérer un certain nombre de journalistes à France
00:22Télévisions qui me disent « ce n'est plus possible, on est dirigé par des idéologues ».
00:26Fin de la citation. Est-ce que vous pourriez nous donner des exemples, des anecdotes, des faits qui peuvent alerter
00:36sur ce manque, sur cette violation de principes à valeur constitutionnelle ?
00:42Et demain, au-delà du constat, demain, que peut-on faire pour strictement garantir le respect de l'indépendance, de
00:50l'honnêteté, du pluralisme, de la neutralité pour toutes ces personnes à qui on délègue une mission de service public
00:56?
00:56Ce n'est pas moi qui l'ai fait, mais il y a une association qui a essayé de relever
01:03une quantité d'émissions sur un certain nombre d'années pour essayer de voir quels étaient les biais, quels étaient
01:10les réflexes systématiques.
01:11Moi, je considère que dès lors qu'on parle des patrons systématiquement, les présentant comme des patrons voyous, que dès
01:21lors que l'on parle de la police,
01:22je me souviens d'une émission qui m'avait extrêmement choqué sur la police raciste, et en l'occurrence, lorsqu
01:28'on regardait les chiffres, on s'apercevait qu'il y avait un cas qui était avéré devant les tribunaux.
01:33Je trouvais que c'était extrêmement faible et que ça ne valait pas une émission. En l'occurrence, placer le
01:39sujet français dans un editing plus global,
01:42avec deux exemples américains, à mon avis, c'est jouer sur un biais cognitif très précis.
01:49Je connais ces biais-là. C'est une manière de présenter les choses qui, pour moi, ne me convient pas.
01:58Pour moi, c'est une façon de ne pas être honnête intellectuellement.
02:04Des exemples, l'une des émissions dont j'ai parlé, j'ai assisté aux discussions, c'était une enquête sur
02:12Jordan Bardella.
02:13L'enquête sur Jordan Bardella, le rédacteur en chef, a dit devant moi, celle-là, et je m'en suis
02:17entretenu avec la direction,
02:19je n'ai pas le droit de la rater. Sous-entendu, on peut faire des enquêtes sur certains hommes politiques,
02:25et puis sur d'autres, il ne faut pas la rater.
02:29Je vais rebondir sur vos propos, M. Cardoz. Vous faisiez référence au complément d'enquête sur Jordan Bardella,
02:35qui a été diffusé le 18 janvier 2024. Je le rappelle parce que la chronologie pouvait paraître surprenante.
02:42C'était à peine cinq mois avant les élections européennes. On était dans un contexte quasiment électoral sur le service
02:48public.
02:49Donc, de s'intéresser à une personne qui était tête de l'île d'une élection européenne sur le service
02:53public à un moment électoralement aussi important,
02:56pouvait en tout cas poser question.
02:58Vous nous avez expliqué qu'une personne, un directeur, était venu vous voir,
03:02et vous avez dit, l'enquête sur Bardella, on ne peut pas la rater,
03:06ce qui suppose une sorte de traitement à charge et de consigne à charge émanant d'un directeur du service
03:13public.
03:14Est-ce que vous pouvez, si c'est des accusations qui sont graves, est-ce que vous pouvez étayer vos
03:18propos ?
03:19Je suis à la tête de cette société de production qui s'appelle TV Press.
03:22Et donc, cette société TV Press vend des magazines, puisque je vous ai dit que, voilà, ce n'est pas
03:28un aller-retour.
03:29À l'époque, je leur avais permis de pouvoir commencer à travailler pour complément.
03:33Ils ont continué en mon absence et lorsque je suis revenu, l'enquête sur Jordan Bardella avait été lancée.
03:38Et ensuite, ça me valait d'être au titre de directeur de la rédaction et donc de devoir chapeauter à
03:44la fois cette enquête,
03:45pendant le temps où j'étais là, les trois ou quatre mois où j'étais là,
03:47et j'étais en contact avec l'équipe de complément.
03:50Bon, eh bien, il y a eu un échange avec un rédacteur en chef de complément d'enquête
03:57qui a dit ouvertement devant quatre ou cinq personnes que cette enquête,
04:01il avait pour mission de ne pas la rater.
04:03Oui, je vous le dis.
04:04Et en plus, c'est quelqu'un que vous avez auditionné.
04:07Bon, soit vous nous dites...
04:09Le rédacteur en chef de complément d'enquête, à ce moment-là, c'est Hugo Plagnard.
04:12D'accord.
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