Pular para o playerIr para o conteúdo principal
  • há 18 horas
L'aventure commence en 1924 dans le 15e arrondissement, au 33, rue Blomet, dans une maison du XVIIIe siècle reconvertie en commerce de vins puis en cabaret sous le nom de "Bal Blomet". Au lendemain de la Grande Guerre, la génération des Années folles avide de distractions se passionne pour ce lieu, baptisé "Bal Nègre" par Robert Desnos. Les célébrités y croisent des anonymes, des ouvriers côtoient des intellectuels. Le Bal Blomet devient le creuset d'une nouvelle identité noire où se croisent les créoles de Paris, petits-bourgeois assimilés, travailleurs manuels, intellectuels et révolutionnaires venus danser sur la biguine en oubliant, le temps d'une parenthèse enchantée, la réalité de leur condition.
Transcrição
00:00O primeiro lugar é uma época de trabalhismo,
00:19As rúes de Paris eram muitas vezes parcouradas por dois motos lançados como um cri de rallimento, um mandamento, vamos
00:25dançar.
00:28O traumatismo da grande guerra era proche.
00:31Os corpos tinham precisão de exultar, os esprits tinham sido pridos de modernidade.
00:41Os corpos tinham sido pridos de modernidade.
01:05Os corpos tinham sido pridos de modernidade e reflete cet engouement.
01:09Rue Blomé, noirs et blancs, ouvriers et artistes, riches et pauvres, jeunes et moins jeunes, partageaient le temps d'une
01:17nuit le même espace.
01:20Mieux encore, ils se touchaient, se serraient, s'enlassaient, chaloupaient au son d'une musique inédite, la big in.
01:30Au bal colonial, Jeanne, jeune domestique venue de Guadeloupe, se demandait si elle ne rêvait pas éveillée.
01:39Hors les murs, Paris agissait comme un révélateur de ce que Jeanne et ses compatriotes venus de Guadeloupe, de Martinique
01:46et de Guyane,
01:47étaient aux yeux d'une majorité, des noirs venus des colonies.
01:55Dans ce petit espace, les morsures de l'exil s'estompaient un peu.
02:01Ainsi, Arsène, martiniquais, s'exprimait avec sa clarinette et, bien qu'âgé de 35 ans,
02:07il regardait le monde se transformer depuis son estrade avec une grande sagesse.
02:12Quant à Gaston, fringant étudiant en droit de la Martinique,
02:16il ne savait que penser de la présence de femmes et d'hommes blancs venus sans esprit de conquête,
02:22sans désir de coloniser, chose rare à l'époque, et sans regard condescendant ou effrayé.
02:35Le bal et la big in étaient un cordon qui reliait les Antillais et les Guyanais à leurs terres lointaines.
02:41Les lettres qu'ils écrivaient à leurs familles et amis en étaient un autre.
02:46Celles de nos personnages rendent compte des difficultés à exister dans une société française
02:51tiraillée entre négrophilie et négrophobie.
02:56Le bal de la rue Blomay raconte ces temps contrastés
02:59où la communauté antillaise de Paris rêvait que le regard porté sur elle le temps d'une nuit
03:05se prolonge au-delà, que ce qu'elle y vivait ne soit pas qu'une parenthèse enchantée.
03:22Ma chère sœur Rosalie, faut-il que les blancs soient faits d'une autre matière que la nôtre
03:27pour supporter ce froid, ce ciel si bas ?
03:30C'est mon premier hiver en France.
03:32Je suis prête à le supporter si c'est le prix à payer pour gagner ma vie.
03:36L'affaire risque d'être plus ardue que je ne le pensais.
03:41À Paris, il y a les Noirs américains célébrés et acceptés et les autres, les colonisés, dont je fais partie.
03:47À nous, le travail dans les usines et les tâches ingrates, même si nous avons nos députés, nos bourgeois et
03:54le droit de vote.
03:55À eux, l'activité plus noble de distraire les Parisiens.
04:00Et puis, il y a cet engouement pour ce que les artistes appellent l'art nègre.
04:05Ils devraient plutôt dire l'art africain.
04:06Parce que je ne vois rien qui ne ressemble à ce qui est produit aux Antilles.
04:10Mais peut-être que pour eux, Antillais et Africains sont pareils, dès lors qu'ils ont la même couleur de
04:15peau.
04:17Je ne t'ai pas encore parlé de madame et monsieur chez qui je travaille.
04:23Madame est assez irascible et pas très jolie.
04:27Souvent, elle me parle en articulant chaque syllabe.
04:30Je lui réponds en créole.
04:31Ça la casse.
04:33C'est ma manière de lui rappeler qu'elle m'a engagée parce que j'ai mon certificat d'enseignement
04:38primaire.
04:39Monsieur pourrait presque passer pour un gentil.
04:42Mais je sais que son silence face aux agissements de madame n'est que le reflet de sa lâcheté.
04:48Qui ne dit mot qu'on sent.
04:51Le bureau de placement m'avait prévenu qu'ils étaient très exigeants.
04:55Ce qui veut dire pas facile.
04:57Je crois qu'ils en ont épuisé plus d'une avant moi.
05:04Je sais que la récolte de cannes à sucre a commencé.
05:06Dis bien aux parents de ne pas se tuer à la tâche.
05:09Je t'embrasse.
05:11Jeanne.
05:12Je t'embrasse.
05:51A Paris, a Béguine a atravessado o Atlântico.
05:54É o começo de uma reconhecimento da parte do público parisiano.
05:58O diabo é o tambor de nossos ancestros.
06:00Depis um mês, eu jogo em Max.
06:03Um dancing que abre a jornada até 19h.
06:06Depois, eu fiz o bal colonial da rua Blomé.
06:09Minha clarinete e eu não conhecemos de répit.
06:20Tavaes escreveu que ele lua é tenu par un Auvergnat.
06:23La sala se trove à l'arriere de son bar tabac.
06:26Ela é toda simples e não desampliu.
06:29Ele pode agradecer De Vouve, um martiniquais candidato à la deputação.
06:33Desde 1924, ele percebeu que os compatriotes venaient
06:37para os pequenos concertos que ele donnait
06:38à la fin de ses reunions politiques.
06:42J'aime jouer dans ce bal.
06:44Ele me rappelle ceux de notre île.
06:47Tu sais, je ne regrette pas ma décision de partir.
06:50Rester en Martinique ne m'aurait jamais apporté
06:52c'est la réussite que je souhaite.
06:57Je te sers la main chaleureusement, l'ami.
06:59Arsène.
07:27Ma chère sœur, figure-toi qu'il s'agit de l'arriere de l'arriere de l'arriere de l
07:30'arriere.
07:30Je ne pensais pas que j'ai trouvé dans le quartier de Montparnasse.
07:32Un bal où je respire l'air des Antilles.
07:35Je ne pensais pas qu'il était possible qu'un tel lieu existe dans Paris.
07:39Un beau moqueur pour moi.
07:41Et mon amie Joséphine, une mulâtre de Trois-Rivières.
07:44Domestique aussi.
07:45Là-bas, on s'échappe de la rudesse parisienne au son des mazurkas, des valses et surtout de la biguine.
07:52Tu aimerais l'endroit.
07:53Au plaisir de te lire.
07:55Jeanne.
08:17Chers parents, je suis tellement fier, tellement heureux d'être à Paris.
08:23Cela dépasse tout ce que j'avais pu imaginer.
08:29Cette ville est si belle, si impressionnante.
08:33Les Parisiens ont l'air détendus et souriants.
08:35Ils ne semblent pas être touchés par la crise économique qui a frappé les États-Unis,
08:40ni par les changements de gouvernement successifs.
08:43J'entends dans les rues les langues du monde entier.
08:46Paris est vraiment la ville où il faut être.
09:01Sur le bateau qui m'a mené en France,
09:03j'ai fait la connaissance d'une jeune femme qui, comme moi, venait étudier à Paris.
09:12Elle se destine à être institutrice, mais sa véritable passion est le théâtre.
09:17Elle estime que si les Parisiens ont adopté Joséphine Baker et les musiciens de jazz,
09:21il n'y a aucune raison qu'elle ne réussisse pas à monter sur une scène pour jouer les plus
09:25grandes tragédies.
09:26J'ai envie d'y croire aussi.
09:30Une fois au Havre, nous avons fait le voyage en train jusqu'à Paris ensemble.
09:35Je me suis senti moins seul.
09:36Je ne sais pas ce qu'elle est devenue.
09:45Je me suis renseigné sur les modalités du concours de l'école coloniale.
09:49Je pense que mes études de droit à la Sorbonne m'aideront à réussir.
09:53Cette bourse est une opportunité que je ne souhaite pas gâcher.
09:57J'ai envie de servir mon pays.
09:59J'ai envie de rendre ce qu'il me donne.
10:02Je vous embrasse, votre fils Gaston.
10:09La France, c'est l'assimilation en grand.
10:12Depuis l'école maternelle, ça commençait.
10:15De sorte que le Martiniquais se considérait comme un Français.
10:21Et la caricature du petit nègre se balançant dans une suspension
10:26en disant aux ancêtres les Gaulois, etc.,
10:30ça n'était qu'une caricature, mais c'était vraiment l'esprit des gens.
10:34La France, c'était un idéal extraordinaire,
10:38de sorte que la revendication de toute la population
10:42était justement d'aboutir à se confondre, à se fondre dans la France.
11:03Chers parents, je suis impressionné par le nombre de compatriotes présents au bal et par leur fidélité.
11:08Au bal, nous sommes chez nous.
11:10Je sais bien que ces ouvrières et ouvriers de chez Renault et Citroën,
11:13ces domestiques, ces petits commerçants ou étudiants recherchent le rythme,
11:17le visage et le parler des Antilles.
11:25Où vont-ils une fois le bal terminé ?
11:27Je ne les vois pas dans les rues de Paris.
11:30Je n'entends pas non plus le créole.
11:33J'espère vous lire bientôt.
11:35Arsène.
11:41J'aime bien aussi déambuler dans le quartier de Montparnasse.
11:44Quand je regarde les cabarets, ces artistes, ces intellectuels,
11:47je me dis que nous sommes bien sages.
11:59Montparnasse a été pour nous, non seulement une époque,
12:03mais un lieu de rencontre extraordinaire.
12:05Parce que, voyez-vous, quand nous franchissions les limites de Montparnasse,
12:10nous avions l'impression tout à coup de respirer la liberté.
12:15Il y a eu une explosion après les années affreuses de 1914-1918.
12:20On a éprouvé le besoin de se libérer complètement.
12:23Et même, alors, au point de vue moeurs, c'est extraordinaire.
12:26Je peux vous dire que, aussi bien les filles que les garçons,
12:30étaient absolument libérées de tout préjugé.
12:34Et c'était absolument extraordinaire comme atmosphère.
12:50Chers parents, vous me manquez.
12:53Mon pays me manque.
12:54Ici, il n'y a pas de place pour l'herbe et les arbres.
12:57Et la Seine ne vaudra jamais notre mère des Caraïbes.
13:01Vous le savez, je suis une fille du vent et des grands espaces.
13:06N'ayez pas d'inquiétude. Je tiens bon. Je m'adapte.
13:12Mais je ne m'habitue pas encore au regard des Parisiens.
13:15Et je ne sais qu'en penser.
13:17Est-ce de l'étonnement, de la peur, de l'intérêt ?
13:21Pourtant, des Noirs, ils en voient sur scène.
13:25Peut-être suis-je trop proche d'eux dans la rue.
13:28J'ai l'impression d'être une bête curieuse.
13:33Je ne sais comment expliquer ce sentiment.
13:40Le regard porté sur Noéla Biguine, chère maman, n'est pas toujours amical.
13:46Un journaliste a écrit
13:47« Je ne vois pas les dames du Faubourg Saint-Germain se livrer à cette gymnastique en public. »
13:54Les Noirs américains ont amené le Charleston, les Cubains la rumba, les Argentins le tango.
14:00Les critiques ne trouvent rien à redire.
14:02Au contraire.
14:07Par contre, une simple danse à quatre temps suscite moult témoins.
14:13Je sais, plusieurs fois dans tes lettres, tu doutais de la capacité des Françaises
14:17à bouger leurs bassins, leurs hanches, comme les femmes de chez nous.
14:21J'ai envie d'ajouter à condition qu'on les y autorise.
14:28Mais nous sommes d'accord sur un point.
14:31Il n'y a rien d'obscène dans notre danse.
14:33Et puis on est quand même à la fin des années 20.
14:36Quel drôle de monde.
14:38Je t'embrasse ma douce maman, ton fils, Arsène.
14:45Heureusement, il m'arrive d'être l'objet d'attentions aimables.
14:49Hier, madame m'a envoyé acheter des asperges.
14:53Je n'ai pas osé lui dire que je ne savais pas ce que c'était, ni comment les cuisiner.
14:57Une marchande m'a expliqué comment faire avec ce drôle de légume.
15:02Vous voyez, j'apprends et je m'adapte.
15:06Merci pour vos lettres et vos mots doux.
15:08Jeanne
15:11En ce temps-là, tout le monde était habillé de noir.
15:15De voir ça, ça m'a fait peine.
15:16Je me suis dit, c'est comme ça qu'ils vivent dans l'angoisse et dans la tristesse.
15:21C'est longtemps après que je m'étais aperçue, que je me suis aperçue
15:25que c'était moi qui étais à plaindre.
15:27Parce qu'en plus d'être comme eux,
15:29eh bien, il y avait pour poser la grosse question,
15:32la question des pigments que j'apportais en plus.
15:35Mais les pigments, je les tenais du soleil,
15:38qui m'avaient mis de l'énergie, de la vie, de la gaieté,
15:41du rythme dans le sang et dans le cœur.
15:44Et j'arrivais toute fraternelle, prête à les stimuler, à leur dire,
15:50comme maintenant j'ai envie de leur dire, je vous en prie, profitez de la vie,
15:53profitez du présent, ça passe.
15:56Eh bien, pas du tout.
15:58Il a fallu que je me mette à ma place, à ma vraie place, à ce moment-là.
16:07Moi habillé à la mode française, parce que moi forcément n'ai pas à l'aise,
16:12avec pantalons et tous les fous-bis, boitelles, faux-colles, souliers, vernis.
16:18Moi aimais bien mieux la mode des chenots, avec pas de costume du tout.
16:24Où ça ?
16:25Où ça ?
16:26À la cabane, bambou, bambou, à la cabane, bambou,
16:30à la cabane, bambou, bambou, à la cabane, bambou.
16:42Moi, tu es gové de femme d'ici, connaît à l'ençon Liane de Paulie.
16:48Mais si moi aimais les minois jolis, plouvait le néné beaucoup au petit.
16:53Moi, tu es gové de femme d'ici, connaît à l'ençon Liane de Paulie.
16:59Où ça ?
17:01Où ça ?
17:02À la cabane, bambou, bambou, à la cabane, bambou, à la cabane, bambou, à la cabane, bambou.
17:21Sous-titrage Société Radio-Canada
17:51Maman, hier soir, j'étais au pays.
17:53J'ai rêvé que je jouais au bal des anciennes élèves de Fort-de-France.
17:56C'était étrange, car je sentais se fondre en moi chaque influence de la Big In.
18:01Notre mazurka, les rythmes africains et la polka européenne.
18:07Ma clarinette ajoutait une note de jazz américain à l'ensemble.
18:13J'étais engagé pour enregistrer un disque par la compagnie Odéon qui veut profiter de l'engouement pour la Big
18:17In.
18:20Alexandre Stelio et Ernest Léhardé sont les premiers à avoir gravé dans la cire sept morceaux de Big In.
18:25Et le disque se vend comme des petits pains.
18:28Je me souviens que tu louais leur talent quand ils jouaient au cinéma Gaumont de Fort-de-France.
18:33Sans jamais avoir pris une seule leçon de solfège, ces deux boucles secouent les reins des Parisiens et plus seulement
18:39des Antillais.
18:42Stelio est un génie de la clarinette et de la composition.
18:46Jamais je n'aurai ce souffle qui lui permet de sortir de telles notes.
18:50Léhardé renouvelle à chaque fois le genre de la Big In.
18:52Il chante, est capable de jouer plusieurs instruments et compose.
18:58Si ces deux hommes n'avaient pas été là, notre musique aurait-elle connu le même emballement ?
19:08En tous les cas, le 78 tours que j'ai enregistré sera vendu aux Antilles.
19:11A défaut d'entendre ma voix, ma clarinette te dira des mots doux.
19:16Je t'imagine sur le marché raconter à tes compagnes de labeur mes aventures musicales à Paris.
19:22Je t'embrasse, ton fils harcèle.
19:37Ma chère sœur Rosalie.
19:39Depuis quelques temps, des Parisiens fréquentent le bal colonial.
19:43Piètre danseur, tu t'en doutes.
19:46Je suis troublée, car jamais je n'aurais imaginé qu'Antillais noirs et parisiens blancs puissent se côtoyer,
19:53vibrer au son d'une même musique.
19:56Cette simplicité des liens qui se tissent ne pourrait jamais se produire sur nos îles.
20:01Peut-être est-ce parce que la plupart sont des artistes.
20:03Il y a là un peintre, une sculptrice, une comédienne et un écrivain, je crois.
20:09Tu vas dire que je cherche toujours la petite bête,
20:12mais cette présence fait que maintenant, nos compatriotes hommes semblent ne s'intéresser qu'aux femmes blanches.
20:18Pour les hommes blancs, je suis exotique.
20:20Je pourrais être une amie, mais pas une amoureuse.
20:23Je crois qu'il faudrait que je sois claire comme mon amie Joséphine pour avoir du succès.
20:28Je l'envie.
20:30Il y a toutefois un homme qui trouve grâce à mes yeux, le clarinettiste de l'orchestre.
20:35Je rêve qu'un soir, il me remarque et vienne s'asseoir à ma table.
20:38Ou mieux, qu'il me fasse tournoyer.
20:42Il joue si bien.
20:44Je te quitte à regret.
20:45Demain, je me lève tôt.
20:47Madame organise une réception en l'honneur de monsieur.
20:50Je dois lessiver mur et sol de leur grand appartement.
20:53Je t'embrasse.
20:54Jeanne.
20:56Post-Crypto, le bal colonial a changé de nom.
21:00On l'appelle désormais le bal nègre.
21:02J'aime bien ce nom.
21:03Il me fait penser à Joséphine Baker, que j'adore.
21:06Et qui, en ce moment, se produit au casino de Paris.
21:10Le bal nègre a été lancé par Robert Desnos, qui demeurait à côté.
21:14Et les premiers qui ont été au bal nègre, rue Blomé, c'est Robert Desnos, Man Ray, Kitty et moi.
21:20Et puis alors, après, on y a amené plein d'amis.
21:22Et ça n'était que des noirs.
21:24Écoute, Thérèse.
21:26Thérèse, d'accord.
21:26On n'était pas masqué, c'était la biguine.
21:28Assez par les ou les quittés, moi.
21:31Assez par les moins, pas belle encore.
21:33Assez par les moins, fais-vous quelque chose.
21:36Depuis des montres à négligez-moi.
21:39Les messieurs, ça en fait, y'a fait qu'il faut faire au bonheur.
21:43Cher mademoiselle promeneur, ma professeure de français préférée, quand la nostalgie du pays est trop forte, je me rends au
21:51bal nègre.
21:52Généralement, mon ami Léopold, un Sénégalais élève en classe préparatoire littéraire au lycée Louis-le-Grand, m'accompagne.
22:00Ensemble, nous avons souvent des discussions enflammées.
22:03J'essaie de le convaincre que nous sommes français avant d'être noirs.
22:06Lui affirme le contraire.
22:09Il dit que je cherche à m'assimiler, à me fondre dans la culture française et qu'ainsi j'oublie
22:14qui je suis.
22:16Nous sommes comme les deux faces d'une même pièce.
22:19Par exemple, la présence des Blancs au bal me réjouit.
22:22Pour moi, ils viennent à la rencontre de notre culture.
22:26Lui est plus sceptique.
22:27Il parle de colonisation des corps noirs et de la culture.
22:32Léopold est parfois excessif.
22:34Parmi les nombreuses revues qu'il lit, il y a la « Dépêche africaine », dont il m'a cité
22:40un article de Jeanne Nardal.
22:42Vous m'aviez souvent parlé d'elle et de ses brillantes études en littérature française et classique à la Sorbonne.
22:49Elle aussi s'interroge et ses questionnements me bousculent, tout comme ceux de Léopold.
22:53Elle écrit notamment « Les Blancs de Paris parviennent à donner l'impression d'honorer la négritude,
22:59tout en lui manquant de respect, en essentialisant de nombreuses cultures distinctes. »
23:05Vous croyez vraiment qu'aux yeux des Blancs, nous avons tous la même culture ?
23:09Qu'en pensez-vous ?
23:10Amicalement, Gaston.
23:21Applaudissements
23:44Cher Guy, je vois que les nouvelles vont plus vite qu'une traversée de l'océan.
23:49Même en Martinique, vous êtes au courant de l'affaire Villeur, cette femme qui a tué son mari après une
23:54fin de soirée au bal.
23:58À présent, les journaux le décrivent comme un lieu de débauche, et nos danseuses comme des tentatrices.
24:09Le goût de l'exotisme, je dirais même cette mode, fait que les Parisiens et les Parisiennes
24:14viennent parfois plus pour séduire nos compatriotes hommes ou femmes que pour danser ou écouter de la biguine.
24:21Mais qu'est-ce qui est le mieux ?
24:23Provoquer de la curiosité et du désir, ou de la peur et de la moquerie ?
24:28J'attends ta réponse avec impatience, Arsène.
24:41Je déclame faire l'exposition internationale coloniale de 1931.
24:51J'attends l'entreprise d'union et de paix entre les nations.
24:57Et j'adresse aux puissances étrangères et aux peuples qui sont représentés le salut très amical de la France.
25:18Quittant son pays, un petit négro de l'Afrique centrale, vint jusqu'à Paris voir l'exposition coloniale.
25:40Papa, ça y est, l'exposition coloniale a débuté.
25:44Ils ont composé un hymne qu'on entend régulièrement dans les allées et qui n'a aucun intérêt musical.
25:51Quant aux paroles, elles m'exaspèrent.
25:54Ils auraient mieux fait de composer une bonne biguine.
25:58Si seulement tu pouvais me voir jouer.
26:01Je suis engagé par l'orchestre d'Alexandre Stelio pour une bonne partie de l'année, de mai à novembre.
26:08Nous animons le pavillon de la Guadeloupe.
26:10Tant de personnes du monde entier viennent écouter notre musique et voir nos danseuses.
26:15Les organisateurs attendent près de 8 millions de visiteurs.
26:21Mademoiselle promeneur, j'ai dû jouer des coudes pour entrer à l'exposition coloniale.
26:26Il suffit de franchir son enceinte pour passer de l'Est parisien populaire à la magnificence des pavillons du monde
26:32entier.
26:33Les possessions françaises ont bien sûr la part belle.
26:36L'Afrique, l'Asie, l'Océanie.
26:38Nous sommes 100 millions d'habitants sur un territoire de 13 millions de kilomètres carrés.
26:43La Martinique me semble bien petite.
26:47J'y ai vu tellement de choses innovantes.
26:49Des cars électriques et une salle de cinéma de 1500 places.
26:53La France est complètement dans la modernité.
26:56Il paraît même que le discours d'inauguration de notre ministre des colonies, Paul Reynaud,
27:00a été diffusé sur toutes les ondes de l'Empire français.
27:04L'avez-vous entendu ?
27:07Des hauteurs du temple d'Ancor, on peut entendre des notes de Big In venant du pavillon de la Guadeloupe,
27:12juste à côté.
27:16Je crois qu'à la faveur de cette exposition, la Big In connaîtra un succès retentissant.
27:21Ce sera bon pour notre bal.
27:25Tu m'as toujours dit, papa, que mes yeux et mes oreilles traînaient partout.
27:29Dans mes moments de pause, je me promène dans les allées.
27:32Et en discutant avec certains exposants, j'ai appris que la plupart de ceux qui travaillent ici viennent directement des
27:38colonies françaises.
27:39Et qu'ils sont payés 150 francs par mois.
27:43Clarinettiste au bal nègre me rapporte bien plus.
27:45Et d'après ce que je sais, un manœuvre en province gagne 650 francs chaque mois.
27:50Je ne suis pas devenu communiste, mais tu reconnaîtras qu'ils sont exploités.
27:56Quel était le problème dans cette manifestation pour qu'un sentiment de malaise se renforce au fil de ma visite
28:02?
28:02Le grand organisateur de l'exposition coloniale, le maréchal Lioté,
28:06voulait montrer la présence de la France sur tous les continents.
28:10De ce point de vue, il a réussi.
28:11Il voulait aussi affirmer l'amour de la France pour ses colonisés.
28:15J'ai plutôt vu la démonstration de l'inverse.
28:18Tout cela me laisse un goût amer.
28:21J'ai lu quelques articles de journaux qui sont ouvertement contre le colonialisme.
28:25Ceux qui vont le plus loin dans la critique sont les communistes
28:28et les membres du mouvement artistique surréaliste.
28:32Mon ami Léopold m'a entraîné à l'exposition qu'ils ont organisée.
28:37Nous étions peu de visiteurs à cette contre-exposition coloniale.
28:41J'ai découvert alors un aspect de la colonisation que je ne connaissais pas.
28:46Le travail forcé, les révoltes décolonisées,
28:49la répression dans le sang de toute velléité d'égalité,
28:53que ce soit au Maroc, aux États-Unis ou même en Chine.
28:57Aviez-vous connaissance de tous ces agissements ?
29:00Avec tout mon respect, Gaston.
29:02Je t'embrasse, papa.
29:04Arsène.
29:06Oh, mademoiselle.
29:07Je voudrais vous dire.
29:08Mais il y a un peu à rire.
29:09Tout ce que je n'ose pas vous dire.
29:11Mais c'est bien.
29:11On nous réclame pour danser la biggie.
29:13Mais je...
29:14Êtes-vous mon métro-clair ?
29:15Oui ou non ?
29:16Oui, mais...
29:16Eh bien alors, dansons la biggie.
29:21À chaque saison, il faut quelques pas.
29:23Nous, on met tous ces panneaux du grand pas.
29:26Chers parents, je ne sais quelle mouche a piqué monsieur,
29:29mais depuis le succès de l'orchestre du pavillon de la Guadeloupe
29:32à l'exposition coloniale,
29:34il n'a de cesse de vouloir apprendre à danser la biggie.
29:37Vaste programme.
29:39Quand madame n'est pas là,
29:40il vient me demander mon avis sur ses prouesses.
29:43Je suis très embarrassée.
29:44J'ai beau lui expliquer,
29:46il finit toujours par dénaturer l'essence même de cette danse.
29:50C'est comme les cours de biggie qui se multiplient dans tout Paris.
29:53On y enseigne une biggie sans cette poursuite éternelle de la femme par l'homme,
29:58sans ses avancées et reculades à petits pas.
30:01La biggie ne s'apprend pas, elle se ressent.
30:04Et leur biggie manque totalement de sensualité.
30:07Je vous embrasse tendrement.
30:09Votre fille, Jeanne.
30:11Mesdames, messieurs,
30:13les professeurs de danse français ont modernité la biggie
30:17et en ont fait une danse au salon,
30:19comme je vais avoir l'honneur de vous le présenter
30:21avec ma part de neige.
30:36Sous-titrage Société Radio-Canada
31:00Sous-titrage Société Radio-Canada
31:02Sous-titrage Société Radio-Canada
31:34Sous-titrage Société Radio-Canada
31:53Sous-titrage Société Radio-Canada
31:56Sous-titrage Société Radio-Canada
31:57...
31:58...
31:59...
32:00...
32:01...
32:02...
32:03...
32:04...
32:05...
32:06...
32:07...
32:09...
33:41...
34:12...
35:12...
35:43...
35:44...
35:45...
35:45...
35:45...
35:45...
35:45...
35:46...
35:46...
36:17...
36:17...
36:17...
36:17...
36:17...
36:17...
36:17...
38:17...
38:18...
38:19...
38:22...
38:23...
38:24...
38:26...
38:27...
38:28...
38:28...

Recomendado